L'impact sur l'emploi des créations d'entreprises

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Plus de 200 000 entreprises voient le jour en moyenne chaque année. Entreprises nouvelles ou reprises n'ont pas le même impact sur l'emploi, ce que montre le suivi d'un panel d'entreprises pendant trois ans.

Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N°917 - AOÛT 2003
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L’impact sur l’emploi
des créations d’entreprises
Bernard Thirion, Elvire Demoly,
pôle national Démographie des entreprises, Insee Lorraine
lus de 200 000 entreprises voient le Huit fois sur dix, la création d’entreprises cor-
respond à une création ex nihilo, c’est-à-dire àjour en moyenne chaque année.
une entreprise nouvelle. Dans 70 % des cas,PEntreprises nouvelles ou reprises
ces entreprises nouvelles n’ont aucun salarié.
n’ont pas le même impact sur l’emploi, ce
Ce type de création génère néanmoins, en rai-
que montre le suivi d’un panel d’entrepri- son de son nombre, un volume d’emplois total
ses pendant trois ans. significatif : 303 000 en 1998, dont 129 000
Lors de leur création en 1998, les 210 000 salariés.
Les créations par reprise d’entreprise existanteentreprises créées ou reprises emploient
ne représentent que 20 % des créations. Mais463 000 personnes : 226 000 non-salariés
elles regroupent à leur début 35 % des emplois
et 237 000 salariés. Parmi ces derniers,
de l’ensemble, soit 160 000, dont 108 000 salariés.
seuls les 129 000 salariés des entreprises Leur impact sur l’emploi n’est cependant pas
nouvelles correspondent à des emplois de même nature que celui des entreprises
« nouveaux ». nouvelles, puisqu’il s’agit dans la grande majo-
rité des cas de maintien d’emplois existantsTrois ans plus tard, en 2001, deux entre-
(graphique 1).prises sur trois sont toujours actives. Ces
127 000 entreprises emploient alors au to-
tal 472 000 personnes, soit un volume Les entreprises nouvelles
d’emploi équivalent au volume initial à la créent de l’emploi
création, malgré la mortalité qui a frappé
Chaque année, la création d’entreprises repré-certaines jeunes entreprises.
sente entre 2 % et 3 % de l’ensemble desLa mortalité des entreprises fait baisser
emplois salariés et non salariés du secteur
l’emploi non salarié : dans les créations et
marchand.
reprises de la génération 1998, celui-ci L’emploi non salarié est dans un premier temps
passe en trois ans de 226 000 à 128 000, le plus concerné par la dynamique de la créa-
soit une diminution de près de 100 000, tion : créer ou reprendre une entreprise, c’est
due aux disparitions d’entreprises.
En 1998, près de la moitié des emploisA l’inverse, l’emploi salarié connaît un
salariés sont le fait des créations par
développement certes limité par entre-
reprise
prise, mais globalement significatif. milliers créations pures par repriseAprès trois ans d’activité, les 127 000 280
entreprises pérennes totalisent 344 000
240
salariés. L’emploi salarié dans les entre-
200prises encore vivantes en 2001 a augmen- 44 52 108
té de 107 000 par rapport à 1998. 160
120
165 174 129Depuis cinq ans, 214 000 entreprises voient le 80
jour en moyenne chaque année. Ces entreprises
40emploient entre 400 000 et 500 000 personnes
l’année de leur création. 0
entreprises emploi emploiEn 1998 par exemple, les créations d’entreprises
non salarié salarié
regroupent à leur démarrage 463 000 emplois, Source : Enquête SINE 1998, vagues 1998 et 2001 et répertoire
226 000 non salariés et 237 000 salariés. SIRENE, Insee
INSEE
PREMIEREd’abord créer son propre emploi. Par culier, les moyens investis au Ce recul de l’emploi non salarié provient
exemple, les 226 000 non salariés des démarrage sont plus conséquents, et bien sûr de la mortalité des jeunes
créations et reprises de l’année 1998 l’adoption de la forme sociétaire plus entreprises. Mais il s’explique aussi par
représentent 14 % du total de l’emploi fréquente, toutes choses favorisant la le retrait d’une partie des conjoints col-
non salarié au 31 décembre 1997. La pérennité de l’entreprise. laborateurs une fois le décollage de
moitié d’entre eux exerçaient déjà une Comme pour la génération 1994 en l’entreprise effectué,et également par
activité avant de créer ou reprendre une effet, les caractéristiques du projet le changement de statut de certains
entreprise, dont sept fois sur dix en tant sont déterminantes pour assurer la dirigeants non salariés, qui deviennent
que salarié. pérennité de l’entreprise. En particulier, dirigeants salariés.
Sur l’emploi salarié,lacréation d’entre- les moyens financiers consacrésau Après trois années d’activité,l’emploi
prises a un impact plus limité au départ. lancement du projet restent le critère salarié des jeunes entreprises représente
En 1998, les 237 000 salariés des entre- majeur, avec huit entreprises sur dix 73 % de leur emploi total contre 51 % au
prises créées ou reprises représentent encore actives après trois années d’acti- démarrage. Sa part reste inférieure à
1,8 % du total des emplois salariésdusec- vité si les fonds investis dépassent celle observée dans l’ensemble des
teur marchand. Cependant les 129 000 76 000 euros contre six sur dix lorsqu’ils entreprises en 2001, de l’ordre de 90 %.
salariés des entreprises nouvelles de sont inférieurs à 7 600 euros.
1998 représentent le tiers de la progres-
sion de l’emploi sur l’année(graphique 2). Les jeunes entreprises
L’emploi salarié se limitent souvent à une
progresse dans le temps ou deux embauches
Deux entreprises sur trois pour les entreprises pérennes
créées en 1998
Après trois années d’activité, plus de la
toujours actives en 2001 Les jeunes entreprises pérennes aug- moitié des jeunes entreprises conservent
mentent le nombre de leurs salariésau la même taille, tandis que 9 % perdent
Bien qu’elle reste élevée, la mortalité cours des trois premières années d’acti- des emplois salariés. Pour les 36 % qui
des jeunes entreprises est moins forte vité. Cette croissance permet de com- affichent une hausse de l’emploi, l’aug-
pendant les trois premières années penser la disparition des emplois mentation reste majoritairement limitée
pour la génération 1998 que pour la salariés dans les jeunes entreprises à un ou deux salariés (graphique 5).
génération 1994. L’amélioration porte mortes au cours de cette période. Compte tenu de leur nombre, ces entre-
surtout sur les deux premières années, Les entreprises commencent à embau- prises à faible développement contri-
avec une mortalité en recul pour les cher dès les premiers mois. buent cependant de façon significative à
créations ex nihilo (graphique 3). Deux Après trois ans, seules 127 000 entre- la croissance des salariés dans les jeu-
facteurs expliquent cette amélioration. prises sont encore actives. Mais ces nes entreprises.
D’une part, les nouvelles entreprises de « survivantes » regroupent plus de Plus fréquemment employeuses, les
la génération 1998 ont bénéficié d’une 472 000 emplois, dont 344 000 salariés. entreprises reprises peuvent réduire leur
conjoncture favorable pour se lancer. Cette situation résulte de deux évolu- effectif salarié en cas de problème. Les
D’autre part, elles sont dèsledépart tions contraires : une baisse de l’emploi créations pures, très souvent sans salarié,
mieux armées pour résister aux difficul- non salarié et une croissance de l’ ne peuvent utiliser cet « amortisseur » :
tés de la phase de lancement. En parti- salarié (graphique 4). en cas de difficultés, la fermeture de
Les entreprises nouvelles Mortalité moins élevée pour les Évolution des entreprises créées
apportent plus du tiers des emplois créations pures de la génération en 1998 et de leurs emplois
supplémentaires en 1998 1998
milliers au démarrageaugmentation de l'emploi salarié en 1998 taux de survieà3ans génération 1994
apport des créations pures en 1998 après 3 ans et 1/2en % 1998400 000 500
80
350 000
70
400
300 000
60
250 000
30050
200 000
40
150 000 200
30
100 000
20 10050 000
0 10
industrie commerce ensemble 0
construction services
nombre emploi emploi emploi0Champ : secteur marchand, hors agriculture, secteur finan- créations créations ensemble d'entreprises total non salarié salarié
pures par reprisecier, éducation-santé-action sociale créées en 1998
Source : Estimations d'emplois et enquête SINE 1998, Source : Enquête SINE 1994, vagues 1994, 97, 99 et Source : Répertoire SIRENE et enquête SINE 1998,
vagues 1998 et 2001, Insee enquête SINE 1998, vagues 1998 et 2001 vagues 1998 et 2001, Insee
INSEE - 18, BD ADOLPHE PINARD - PARIS CEDEX 14 - TÉL. : 33 (1) 41 17 50 50
INSEE
PREMIEREl’entreprise elle-même est bien souvent 70 % avec 145 000 salariés supplé-Temps partiel dans le tertiaire,
la seule solution. mentaires. En moyenne, cela repré-emplois temporaires
Rares sont les entreprises (moins de sente plus d’un nouvel emploi par
dans l’industrie
3 %) qui réalisent une croissance supé- entreprise.
rieure à neuf salariés. Seuls trois sec- Les créations pures d’entreprises jouent
teurs se distinguent dans ce domaine Les jeunes entreprises, comme les un rôle moteur dans cette croissance
avec une proportion de 5 à 6%: autres entreprises, emploient une partie (graphique 8). Elles ont doublé leurs
l’industrie, les transports et les services de leurs salariés à temps partiel, et effectifs salariés en trois ans. Elles ont
aux entreprises. recourent à l’intérim ou aux contrats à dégagé un solde positif d’environ
durée déterminée. 120 000 salariés, soit en moyenne 1,2
Fin 2001, après trois ans d’activité,16% salarié supplémentaire. En particulier,
des salariés (hors dirigeants salariés) dans le secteur des services aux
Forte croissance en emplois :
des entreprises de la génération 1998 entreprises, la progression est de 180 %
souvent une politique occupent un emploi à temps partiel. sur trois ans. Avec 17 % des entreprises
de rachat ou fusion Cette proportion est identique à celle pérennes, ce secteur fournit 31 % des
de l’ensemble des entreprises. A leur emplois salariés supplémentaires. Ce
démarrage, les nouvelles entreprises développement est en partie liéà l’essor
Dans la quasi-totalité des cas (97 %), la avaient 21 % de leurs emplois à temps des technologies de l’information et de la
création ou la reprise d’une entreprise partiel. Ce recul du temps partiel dans communication, qui a favorisé de nou-
s’accompagne au démarrage de la les jeunes entreprises suit la tendance velles activités dans le domaine des
création ou de la reprise d’un seul éta- générale observée en 2000 et 2001. services informatiques.
blissement, c’est-à-dire d’un seul lieu Le recours au travail à temps partiel Dans les créations par reprise, l’aug-
de production ou de fournitures de biens est surtout utilisé dans les services aux mentation est plus faible, 25 %, pour un
ou de services. particuliers et dans l’agroalimentaire. solde positif de 23 000 salariés, soit en
Au cours de ses trois premières années Dans ce cas, les nouvelles entreprises moyenne 0,7 emploi supplémentaire par
de vie, une entreprise sur dix a néan- sont pour l’essentiel des boulangeries et
Une entreprise sur dix a procédémoins créé ou repris au moins un boucheries. Prèsd’un tiers de leurs sala-
à la création ou reprise d'audeuxième établissement (graphique 6). riés après trois ans d’activité sont à temps
moins un second établissementMais la part des entreprises pluri-éta- partiel.
blissements augmente très peu en trois Dans l’industrie et la construction, le
ans, de 3,4 % à 4,9 %. Car si des établis- temps partiel concerne à peine 6 % de la
sements nouveaux sont créés, parallè- main-d’œuvre. Par contre, les entrepri-
aucun établissementlement d’autres sont fermés. ses du secteur recourent plus couram-
supplémentaire
Les entreprises ayant étendu ou renouvelé ment à l’intérim et aux embauches sous 90 %
leur parc d’établissements contribuent plus contrat à duréedéterminée(graphique 7).
fortement aux gains d’emplois que les
autres. Les 10 % d’entreprises ayant un établissement
Forte croissance dans les supplémentairecréé ou repris au moins un second éta- deux
8%établissementsblissement ont généré 30 % des gains services aux entreprises supplémentaires
d’emplois réalisés par les entreprises ou plus 2 %
pérennes en trois ans.
Cependant, la croissance de l’emploi Dans les 127 000 entreprises de la
salarié résulte souvent, dans ce cas, génération 1998 toujours présentes en Source : Enquête SINE, vagues 1998 et 2001, Insee
d’un rachat ou d’une fusion. 2001, l’emploi salarié s’est accru de
Part de l'emploi à temps partiel Huit entreprises sur dix restent stables ou augmentent
de un ou deux salariés
industrie
gain de 20 et plus 1,1
construction
1,7 activitésgain de 10 à 19
immobilières
gain de6à9 2,8 transport
services aux
gain de3à5 7,7 entreprises
gain de1à2 23,1 ensemble
commercestabilité 54,9
éduc., santé,
perte de1à2 social7,1
IAA
perte de3à5 1,3
services aux
particuliersperte de 6 et plus 0,4
010 20 30 40 %
0 10 20 30 40 50 60%
Source : Enquête SINE 1998, vagues 1998 et 2001 - Insee Source : Enquête SINE, vagues 1998 et 2001, Insee
INSEE - 18, BD ADOLPHE PINARD - PARIS CEDEX 14 - TÉL. : 33 (1) 41 17 50 50
INSEE
PREMIERECréations par reprise : entreprises juridi-reprise. Seule exception à la règle, le Dynamisme des créations pures
quement nouvelles mais dont les moyenssecteur des transports : la croissance de 1998 à 2001
de production ont été repris totalement ou
pour ces entreprises est de 125 %, sou- créations puresen milliers partiellement à une entreprise qui existait par reprisevent liée à une politique de développe- 250 déjà.
ment externe par rachat d’entreprises NTIC : les Nouvelles Technologies de
l’Information et de la Communication cou-existantes.
200 vrent l’ensemble des activitésdel’in-Les entreprises sous forme de société
dustrie, du commerce, et des services
ont un développement dynamique, elles
qui concourent à la mise sur le marché de
150contribuent à hauteur de 85 % aux gains matériels et de services permettant le
d’emplois. Les entreprises individuelles traitement et la transmission de l’infor-
mation.assurent avant tout l’emploi de leur 100
Entreprises pérennes : entreprisespropre créateur.
créées ou reprises en 1998 et toujours acti-
50 ves trois ans plus tard.
Emploi non salarié : dirigeants non sala-Sources
riés et conjoints collaborateurs. Une entre-
0
prise peut donc regrouper plusieursnombre emploi salarié emploi salarié
personnes non salariées.Al’inverse, elled'entreprises à 6 mois à 3 ans
Le Système d’Information sur les Nouvelles pérennes peut n’en avoir aucune si le dirigeant est sa-
Entreprises (SINE) a pour objectif de suivre
larié.Source : Enquêtes SINE 1998, vagues 1998 et 2001 et ré-
pendant cinq ans les entreprises nées une
pertoire SIRENE - Insee Emploi salarié : dirigeants salariés, em-
même année, par le biais de trois enquêtes
plois à temps plein ou partiel, à contrat à
directes par voie postale. La première inter-
durée indéterminéeoudéterminée. Sont
vient dès les premiers mois de la création,
exclus les apprentis et les stagiaires.
mesuréà partir des emplois salariés dansla seconde après trois ans d’activité et la
les seules entreprises nouvelles. Les em-troisième cinq ans après la naissance.
plois dans les créations par reprise sontCette étude utilise les résultats des deux Bibliographieconsidérés comme déjà existants.premières interrogations réalisées en
L’apport des créations d’entreprises aprèsseptembre 1998 et en septembre 2001 au-
trois ans se mesure en comparant le vo-prèsd’un échantillon d’entreprises créées
lume d’emplois salariésaudépart dansou reprises au premier semestre 1998. Ces « 30 % de femmes parmi les créateurs
l’ensemble des créations, pures et parentreprises font partie des secteurs de d’entreprises », Insee première,n° 887,
reprise, et le volume de salariés après troisl’industrie, de la construction, du commerce mars 2003.
ans d’activité dans les entreprises péren-et des services, à l’exclusion des activités « Légère diminution des créations d’entre-
nes, c’est-à-dire encore en activité.financières et de l’agriculture. prises depuis 2000 », Insee première,
Les volumes d’emplois ont été mesurés à la n° 879, janvier 2003.
création et après trois ans d’activité. Pour « Jeune, diplômé et créateur d’entreprise »,
Définitionsmesurer l’impact sur l’emploi de la généra- Insee Lorraine et Universités, novembre
tion 1998 pendant trois ans, les principes 2002.
suivants ont été retenus : « Créations et créateurs d’entreprises »,
L’apport des créations d’entreprises en em- Créations pures : entreprises juridique- Insee Résultats (papier et cédérom),
plois salariésl’année de leur naissance est ment et économiquement nouvelles. n° 773, décembre 2001.
INSEE PREMIÈRE figure dès sa parution sur le site Internet de l'Insee : www.insee.fr
Direction Générale :BULLETIN D'ABONNEMENT A INSEE PREMIERE
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