La montée des tensions dans l'économie française (dossier de l'Economie française, edition 2001-2002)

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Présentation de l'un des trois dossiers de l'Economie française, édition 2001-2002 - La première partie de ce dossier cherche à donner une mesure, à travers différents indicateurs conjoncturels, des tensions qui sont apparues dans l'économie française depuis la mi-1999. Ces tensions se sont traduites en 2000 par une utilisation de plus en plus intensive du capital, par des difficultés de recrutement et d'approvisionnement, et se sont répercutées sur les délais de fabrication et de livraison. Elles auraient pu avoir des conséquences inflationnistes et entraîner des augmentations salariales. Or, ce ne fut pas le cas.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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PRESENTATION DU DOSSIER
LA MONTEE DES TENSIONS SUR L’OFFRE DANS L’ECONOMIE FRANÇAISE




Cette étude figure in extenso dans l’édition 2001-2002 de
l’Économie française, publiée en juin 2001 par l’Insee dans
« Le Livre de poche » (éditions Hachette) – collection Références –


La première partie de ce dossier cherche à donner une mesure, à travers différents
indicateurs conjoncturels, des tensions qui sont apparues dans l’économie française depuis
la mi-1999. Ces tensions se sont traduites en 2000 par une utilisation de plus en plus
intensive du capital, par des difficultés de recrutement et d’approvisionnement, et se sont
répercutées sur les délais de fabrication et de livraison. Elles auraient pu avoir des
conséquences inflationnistes et entraîner des augmentations salariales. Or, ce ne fut pas le
cas. La seconde partie du dossier apporte des éléments d’explication au décalage entre les
effets réels de la montée de ces tensions et les répercussions auxquelles on pouvait
s’attendre. L’analyse part d’une comparaison entre la situation actuelle et celle de la fin de la
dernière décennie. Ces deux périodes sont en effet marquées par des tensions comparables.
Si les tensions récentes sont restées sans effets notables sur les prix et sur les salaires,
c’est en raison de transformations structurelles intervenues dans l’économie française ; mais
des éléments plus conjoncturels, tels que la mise en place de la réduction du temps de travail
et la baisse de la fiscalité indirecte, ont également contribué à la modération des prix et des
salaires.

Les indicateurs de tensions ont atteint des niveaux historiques en 2000
Au milieu de l’année 2000, les taux d’utilisation des capacités de production atteignaient des
niveaux comparables à ceux de la fin des années quatre-vingt, déjà historiquement élevés. A
la fin de l’année 2000, 40 % des entreprises de l’industrie manufacturière se déclaraient
confrontées à des « goulots de production ». Toutefois, ces tensions ont alors cessé de
s’accentuer.

Les tensions se sont d’abord manifestées dans les branches situées en amont du processus
de production, et produisant notamment des biens intermédiaires. Par contrecoup, des
goulots d’approvisionnement sont apparus dans toutes les branches de l’industrie
manufacturière ; ils sont en partie à l’origine des « goulots de production ». Dans le secteur
des biens d’équipement, les tensions ont surtout pris la forme de difficultés de recrutement.
Les branches productrices de biens de consommation sont celles où la hausse des taux
d’utilisation des capacités de production a été la moins forte. Ces branches n’ont été
confrontées qu’à des problèmes de recrutement. La branche automobile a été la plus
contrainte en termes de production, principalement en raison de difficultés
d’approvisionnement.

Le manque de personnel est la principale cause de tensions dans la construction et les
services. Les petites entreprises sont plus souvent confrontées à des difficultés de
recrutement que les grandes, et elles touchent tous les niveaux de qualification.

TUC et goulots de production
Indutrie manufacturière
Proportion d'entreprises concernées (en %)
45 92
40 90
35 88
30 86
25
84
20
82
15
80 10
78 5
0 76
76T1 78T1 80T1 82T1 84T1 86T1 88T1 90T1 92T1 94T1 96T1 98T1 2000T1
Goulots de production (échelle de gauche) TUC (échelle de droite)

Source : Insee


Les tensions n’ont eu d’effet notable, ni sur les prix, ni sur les salaires
En dépit de la montée de ces tensions, les pressions inflationnistes sont restées faibles en
France au cours de la période récente. L’accélération des prix au cours de l’année 2000
résulte principalement de l’envolée des cours du pétrole et du renchérissement des prix
d’importation lié à la baisse de l’euro. Hors énergie, l’inflation reste inférieure à 1 %, en
moyenne annuelle.
La faiblesse de l’inflation en France est due, en premier lieu, à une évolution modérée des
salaires, laquelle a été temporairement favorisée par la mise en place de la réduction du
temps de travail. En outre, différentes mesures de politique économique ont permis au
chômage effectif de reculer sans que ce reflux se traduise par des tensions salariales
significatives. Ainsi, les allégements de charges sur les bas salaires ont favorisé la création
d’emplois peu qualifiés. Plus généralement, 80 % des mesures d’allégements de charges
patronales mises en place depuis quelques années sont ciblées au niveau du SMIC. Le
« coin salarial », c’est-à-dire l’écart entre le coût du travail supporté par l’entreprise et le
salaire net reçu par le salarié, s’est ainsi stabilisé.




Difficultés de recrutement selon les qualifications
Industrie manufacturière
Proportion d'entreprises concernées (en %)
40
35
30
25
20
15
10
5
0
76T1 78T1 80T1 82T1 84T1 86T1 88T1 90T1 92T1 94T1 96T1 98T1 2000T1
Cadres Ouvriers qualifiés Ouvriers spécialisés

Source : Insee


Dans ce contexte de fluidité accrue du marché du travail, le fait que les entreprises fassent
état de difficultés de recrutement peut surprendre. Il est possible que l’évaluation de ces
difficultés soit teintée de subjectivité, les entreprises ayant pu s’habituer pendant les années
de crise à considérer comme normal le fait de n’avoir quasiment aucune difficulté à
embaucher. Une autre explication résiderait dans l’inadéquation entre les offres et les
demandes d’emploi par qualification, que renforcent de façon conjoncturelle de très fortes
créations d’emplois dans certains secteurs.

Si l’amélioration du fonctionnement du marché du travail depuis quelques années a contribué
à élargir le potentiel d’offre de l’économie française, la contribution du capital productif à la
croissance potentielle de l’économie française s’est aussi sensiblement accrue.

Le dynamisme de l’investissement, à l’œuvre en France depuis trois ans, a contribué à
réduire les tensions sur les prix. Il a été favorisé par la baisse des taux d’intérêt réels. Par
ailleurs, l’entrée en vigueur de l’euro a réduit la volatilité des paramètres entrant dans les
décisions d’investissement. Enfin, les entreprises, qui avaient beaucoup réduit leurs
investissements entre 1990 et 1997, devaient rattraper leur retard, notamment dans le
domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ainsi, la
progression de l’investissement en NTIC expliquerait 3 points de la croissance de
l’investissement total des entreprises en 1998. En outre, la diffusion des NTIC dans la
combinaison productive des entreprises contribue à la croissance de la valeur ajoutée, tout
en favorisant la modération des prix, du fait que les prix de ces produits sont eux-mêmes en
baisse.


Difficultés de recrutement et salaires réels par tête
dans l'industrie manufacturière
60% 3
2,5
50%
2
40%
1,5
30% 1
0,5
20%
0
10%
-0,5
0% -1
87T1 88T1 89T1 90T1 91T1 92T1 93T1 94T1 95T1 96T1 97T1 98T1 99T1 2000T1
Difficultés de recrutement (échelle de gauche)
Salaires réels par tête, en glissements annuels (échelle de droite)
Source : Insee
L’ÉCONOMIE FRANÇAISE


L’Économie française – Édition 2001 – 2002
Éditions « Le livre de poche » - Collection Références
Juin 2001 – 256 pages



L’ouvrage fait le point sur l’économie française à travers l’analyse des faits
marquants de l’année 2000, trois dossiers et treize fiches thématiques
Cet ouvrage a été rédigé par un ensemble de spécialistes de l’économie appartenant à
l’Insee, à la Direction de la Prévision du ministère de l’Économie, des Finances et de
l’Industrie, et à la Banque de France. Il est disponible dans toutes les grandes librairies
ainsi que dans les points de vente régionaux de l’Insee, au prix de 40 francs (éditeur Le
Livre de Poche, collection Références, 256 pages). Les précédentes éditions de
l’Économie française ont été vendues à plus de 10 000 exemplaires.


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