Le dynamisme des petites entreprises internautes

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En 1997, 11 % des petites entreprises industrielles déclaraient utiliser Internet. A tous points de vue, ces entreprises se distinguent des autres : leur croissance est deux fois plus élevée, elles sont deux fois plus exportatrices...et elles rémunèrent mieux. Vis-à-vis des autres entreprises informatisées, elles sont beaucoup plus portées sur l'innovation, à la fois en amont, à travers de gros efforts de recherche-développement, et dans les faits, puisqu'elles innovent deux et demie fois plus.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N°668 JUILLET 1999
PRIX : 15 F (2,29 $)
Le dynamisme
des petites entreprises internautes
Pascal Rivière, division Harmonisation d’enquêtes auprès des entreprises, Insee
Les petites entreprises internautes :n 1997, 11 % des petites entrepri
jeunes et de toutes taillesses industrielles déclaraient utili Eser Internet. À tous points de vue,Sur les 152 000 entreprises industrielles de
moins de 20 salariés, 16 200 déclarent utiliserces entreprises se distinguent des au
Internet, soit plus d’une sur dix, et un sixième
tres : leur croissance est deux fois plus de celles qui recourent à l’informatique. Avec
élevée, elles sont deux fois plus exporta 54 milliards, elles contribuent pour 16 % au
chiffre d’affaires total des PEIA et emploienttrices... et elles rémunèrent mieux. Vis à
71 000 salariés (14 % du total).
vis des autres entreprises informatisées, Les chefs de ces entreprises sont un peu
elles sont beaucoup plus portées sur l’in plus jeunes ; en particulier, les moins de 35
ans sont nombreux (19 % contre 13 % dansnovation, à la fois en amont, à travers de
les autres entreprises).
gros efforts de recherche développe On les trouve un peu plus souvent en Île de
ment, et dans les faits, puisqu’elles inno France, où une entreprise sur six utilise In
ternet. Dans les autres régions, la part desvent deux et demie fois plus.
entreprises connectées varie entre 6 %
(Champagne Ardennes) et 13 % (Alsace).
L’édition imprimerie reproduction, déjà fort
Selon un cliché désormais courant, l’usage informatisée, rassemble à elle seule 38 %
d’Internet dans une petite entreprise consti de toutes ces internautes ; dans ce secteur,
tuerait une marque de modernité. L’enquêteplus d’une entreprise sur quatre utilise le
auprès des petites entreprises industrielles web (graphique 1). Internet est également
et de l’artisanat de production (PEIA cf. bien implanté dans la pharmacie parfumerie
Pour comprendre ces résultats) permet de (27 %) et dans l’industrie des composants
donner chair à cette idée. À maints égards,électriques et électroniques (20 %). À l’in
les « internautes » incarnent le renouveau, verse, Internet semble peu en usage dans
au même titre que les entreprises informati l’habillement cuir, l’industrie de produits mi
sées dix ans auparavant (cf. encadré). Mais néraux, l’industrie automobile, ou l’industrie
l’usage d’Internet est il un effet, ou une des équipements du foyer (tous aux alen
cause ? La question reste posée. tours de 5 % d’utilisatrices).
L’édition imprimerie reproduction en tête sur Internet
Source : EPEI 1997, Insee
?
INSEE
PREMIEREAinsi leur part de chiffre d’affaires réa d’entreprises ayant déposé une de L’utilisation de l’Internet
lisée à l’export est elle deux fois plus mande de brevet (6,5 % contre 2 %),et de l’informatique selon la taille
importante (13 % contre 6,2 %), les trois fois plus d’achats de brevetdes petites entreprises industrielles
entreprises exportatrices étant nette (3,2 %, à comparer avec 1,1 %), trois
ment plus nombreuses : parmi les en fois plus d’entreprises déclarant dé-
treprises reliées à la Toile, plus d’une penser de manière significative pour la
sur trois exporte contre une sur cinq recherche développement (21,6 %
parmi les autres. contre 6,4 %). Parmi les entreprises
Dans ce paysage, les entreprises non utilisant l’informatique, ces écarts en
informatisées ont un comportement tre internautes et non internautes,
que l’on devine fort différent. Elles ontmarqués par ce rapport approximatif
un taux de salariat (cf. Pour compren de un à trois, apparaissent déjà consi
dre ces résultats ) faible (58,3 % contre dérables. Mais il y a encore un fossé
85 % pour les deux autres), un faible entre ces entreprises et celles qui ne
chiffre d’affaires moyen par personne sont pas informatisées, pour lesquel
(390 000 francs), et une croissance net les seules 1,3 % financent la recher
Source : EPEI 1997, Insee tement inférieure aux autres : le chiffre che développement, 0,4 % déposent
d’affaires stagne et la valeur ajoutée une demande de brevet, 0,2 % achè
croît de 2,4 %. Enfin, seules 10 % d’en tent un brevet. Certes, ces comparai Manifestement liée au secteur, la pro
tre elles exportent, à raison de 4 % du sons surévaluent le réel écart, enpension à utiliser Internet n’est en re
chiffre d’affaires total, et une petite moi raison notamment de structures de po vanche pas si dépendante de la taille
tié (41 %) déclare investir. pulations très différentes : il existe unequ’on pourrait le croire. Certes, la pro
grande quantité de très petites entre portion d’internautes croît régulière
prises (deux salariés ou moins) parmiment avec la taille : de 8 % parmi les Brevets, R&D, innovation :
les non informatisées. Mais même surentreprises sans salarié à 16 % parmi les internautes en pointe
les entreprises de 10 à 19 salariés,celles qui en emploient entre 10 et 19
La capacité à innover peut être éva l’écart entre les non informatisées et(graphique 2). Mais au sein des entre
luée, avant même que ne soit mise sur les internautes reste très élevé : à titreprises informatisées, le taux d’utilisa
le marché une innovation, par quel d’exemple, chez les non informati tion d’Internet est plus stable avec la
ques traits caractéristiques, comme sées, une proportion sept fois moindretaille : entre une entreprise sur six et
les brevets ou le financement de la re finance un effort de recherche déve une sur cinq selon les cas.
cherche développement. À tous ni loppement.
veaux, les internautes se révèlent L’étude des innovantes proprementLes internautes croissent
beaucoup plus avancées que les au dites (cf. Pour comprendre ces résul et exportent nettement plus
tres entreprises informatisées graphi ( tats), c’est à dire des entreprises met
Les entreprises internautes ont des que 3 ) : environ trois fois plus tant sur le marché un nouveau produit
performances sensiblement supérieu
res aux entreprises informatisées non Caractéristiques des petites entreprises (PEIA) suivant leur utilisation
reliées au réseau. En effet, leur chiffre de l’Internet et de l’informatique
d’affaires par personne occupée est
Entreprises...
significativement supérieur, en
Ensemble ... utilisant ... utilisant ... n’utilisant
moyenne (671 000 francs contre
des PEIA l’informatique l’informatique pas
591 000 francs, en 1997) aussi bien que et Internet mais pas Internet l’informatique
secteur par secteur ; entre 1996 et
Nombre d’entreprises 152 036 16 196 84 308 51 532
1997, il croît quasiment deux fois plus
CAHT moyen
vite (7,2 % contre 3,5 %), de même que (en milliers de francs) 2 277 3 325 2 946 855
la valeur ajoutée (7,3 % contre 3,9 %), Évolution du CAHT entre 1996
et l’emploi salarié (4,6 % contre 2,6 % et 1997 (en %) 3,6 7,2 3,5 - 0,3
tableau 1). En outre, les utilisatrices CAHT moyen par personne
occupée (en milliers de francs) 564 671 591 390d’Internet rémunèrent mieux : 151 000
Part du CAHT réalisée francs contre 133 000 francs, en salaire
à l’exportation (en %) 6,9 12,7 6,2 3,7annuel moyen. La proportion d’investis
Évolution de la valeur ajoutéeseuses se monte à deux tiers dans les
entre 1996 et 1997 (en %) 4,2 7,3 3,9 2,4
deux cas, mais les internautes se singu
Valeur ajoutée par personne
larisent par leurs investissements en in
occupée (en milliers de francs) 209 238 217 158
formatique : plus de la moitié (54 %)
Évolution de l’emploi salarié
d’entre elles en ont effectué au cours de entre 1996 et 1997 (en %) 2,7 4,6 2,6 1,2
l’année, contre un peu plus du tiers des Salaire annuel moyen
autres (36 %). (en milliers de francs) 133 151 133 115
Les internautes manifestent également Âge moyen du chef d’entreprise 46,0 44,4 45,8 46,9
une bien meilleure capacité à exporter. Source : EPEI 1997, Insee
˚`L’informatisation varie encore sur quatre chez les internautes, une particulier, les trois quarts se décla-
beaucoup selon l’effectif sur dix chez les autres informatisées, rent convenablement informées sur
et le secteur d’activité
et une sur trente chez celles qui n’ontles nouvelles technologies (deux tiers
L’informatique gagne du terrain dans les pas recours à l’informatique. pour les autres). Par ailleurs, près de
entreprises, y compris parmi les plus petites. la moitié (46 %) estiment que leur pa
En 1997, sur 152 000 petites entreprises trimoine technologique est suffisam Bien intégrées dans des réseaux
industrielles et de l’artisanat de production ment protégé, contre un tiers (32 %)et bien informées
(PEIA), 60 % utilisaient l’informatique pour des non internautes informatisées.
leur gestion courante, c’est à dire exacte
Si les internautes multiplient ainsi les
ment deux fois plus qu’en 1991. En outre,
caractéristiques de dynamisme, c’est L’effet Internet est bien réel22 % employaient la conception assistée par
aussi parce qu’elles ne fonctionnent
ordinateur (11 % en 1991), 16 % se servaient
pas de manière isolée. Ainsi, près L’effet Internet n’est il pas tout simple de machines à commande numérique et
d’une sur dix se déclare filiale d’un ment la conséquence de la structure11 % avaient recours à Internet. Au total,
groupe, la proportion passant à 4 % particulière de la population des entre 66 % utilisaient l’informatique d’une manière
ou d’une autre. chez les autres informatisées, et à prises internautes ? Surreprésenta-
0,7 % chez celles qui se passent de tion de l’Île-de France, inégalités de
En nombre d’entreprises utilisatrices, ce l’outil informatique. Cet apport n’est représentation des secteurs, plus
taux peut paraître faible. Il passe à 87 % pas négligeable : le groupe sert à la d’entreprises de grande taille, plus de
calculé en termes de chiffre d’affaires. Par fois de source de financement poten filiales de groupe De fait, critère par
ailleurs, ce taux moyen d’informatisation
tiel et de source d’information et critère, une analyse plus approfondie
recouvre des réalités très différentes, se
d’échanges, insuffle une culture et desmontre que non. Ainsi, les entreprises
lon les caractéristiques de l’entreprise, en
modes d’organisation, et encourage franciliennes innovent autant que la
particulier la taille. Ainsi, le taux d’informa
des stratégies innovantes. En moyenne, moyenne (9 %), et leur croissance esttisation passe t il de 44 % pour les entre
les filiales de groupe innovent plus moindre (3,2 % contre 4,2 %).prises individuelles à 66 % pour les
(19 %), financent plus la recherche déve L’effet secteur ne peut pas non plusentreprises de 1 à 2 salariés, et il monte
jusqu’à 93 % pour les 10 19 salariés. Le loppement (15 %), exportent plus (32 %), être invoqué : le secteur de l’édition
secteur constitue un facteur tout aussi dis que les autres petites entreprises, imprimerie reproduction, où les inter
criminant : 44 % dans l’habillement cuir, même si les écarts ne sont pas aussi nautes sont légion, se trouve moins
mais 89 % dans l’édition imprimerie re importants que pour les internautes. innovant que la moyenne, finance
production, ou 86 % dans l’industrie des Comparées aux autres utilisatrices moins de recherche-développement,
composants électriques et électroniques.
de l’informatique, les petites entrepri et demande moins de dépôts de bre
ses internautes sont également plus vets. Sa croissance est également in
présentes dans les réseaux, partici férieure à la moyenne et le tauxou un procédé innovant, vient corrobo
pant plus aux actions menées par d’exportatrices n’est que légèrementrer les résultats précédents : les utili
des organismes professionnels (36 % plus élevé que la moyenne (21 %).satrices d’Internet « tirent »
contre 27 %) et ayant un peu plus sou Le critère taille, on l’a vu, ne joue pasl’innovation. Sur 14 300 entreprises
vent recours à la sous traitance (61 %vraiment. En découpant la populationinnovantes, 4 000 déclarent se servir
contre 56 %). par tranche de taille, la comparaisondu réseau mondial. Dans une popula
Enfin, elles possèdent une maîtrise de entre les internautes et les autrestion de petites entreprises industriel
l’information supérieure aux autres, no donne des résultats tout aussi nets ( ta les où moins d’une sur dix innove en
tamment en matière de technologie : enbleau 2).moyenne, la proportion passe à une
R&D, innovation, exportation : « l’effet Internet » Les petites entreprises innovantes :
avantage aux internautes quelle que soit leur taille
En %
Entreprises innovantes...
... utilisant ... utilisant
... n’utilisant pas
l’informatique et l’informatique
l’informatique
Internet mais pas Internet
0 salarié 15,9 7,4 2,6
1 ou 2 salariés 21,8 7,8 3,7
3 à 5 salariés 27,4 9,4 3,9
6 à 9 salariés 29,9 12,6 5,1
10 à 19 salariés 35,8 17,2 6,9
Lecture : parmi les entreprises de 0 salarié, 15,9 % de celles qui utilisent l’informatique et
Internet sont deses innovantes.
Source : EPEI 1997, Insee Source : EPEI 1997, Insee
´¸Le seul effet susceptible d’atténuer vation technologique, et sur l’ouverture aux « Depuis 1995, votre entreprise a-t-elle
l’effet propre à Internet reste l’effet marchés extérieurs (thèmes qui seront dé- créé un procédé de fabrication technologi
filiale : les filiales de groupe combi veloppés dans de prochaines publications). quement novateur, transformé un procédé
nent en effet plusieurs facteurs de L’enquête menée sur l’exercice 1997 a cou existant en lui apportant une innovation
santé économique, au même titre que vert le champ des : technologique ? »
les internautes mais à un degré moin entreprises ordinaires, marchandes, Taux de salariat
dre. Cela dit, elles ne représentent implantées sur le territoire métropolitain, Il est égal au rapport de l’emploi salarié sur
qu’une très faible part des petites en - dont la catégorie juridique ne relève pas l’emploi total.
treprises industrielles et artisanales des personnes morales et organismes sou
(3,6 %), et leur impact, très mineur, ne mis au droit administratif ou des coopératives
vient nullement atténuer les analyses d’utilisation de matériel agricole en commun, Pour en savoir plus
précédentes. employant de 0 à 19 salariés,
dont le chiffre d’affaires hors taxes est
« Panorama des petites entreprises in
inférieur à 35 millions de francs,Pour comprendre
dustrielles », Insee Première, n° 667,
et dont l’activité principale relève de l’in ces résultats 1999.
dustrie extractive et manufacturière, y com
pris les industries agricoles et alimentaires « L’informatisation des entreprises indus
Cet article s’appuie sur les résultats de l’en (codes NAF : 020B, 101Z à 145Z, 151A à trielles : l’explosion des réseaux et la mon
tée d’Internet », Le 4 Pages des statistiquesquête auprès des petites entreprises indus 151E, 152Z à 158A, 158F à 159T, 171A à
industrielles, Sessi, n° 94, août 1998.trielles et de l’artisanat de production (EPEI).193Z, 201A à 410Z et 631D).
Cette enquête s’inscrit dans le dispositif des L’échantillon de l’enquête est constitué de
« Les petites entreprises innovantes »,enquêtes structurelles d’entreprises. Elle a 37 000 entreprises environ. Toutes les en
Insee Première, n° 268, 1993.
été menée par l’Insee en association avec latreprises de 10 à 19 salariés ont été inter
Direction de l’Artisanat et a été traitée à la rogées et les entreprises de 0 à 9 salariés
« Les petites entreprises industrielles en
direction régionale de Midi Pyrénées. Dans ont été sondées au taux moyen de 1/9.
1991 », Insee Première, n° 258, 1993.
un souci d’allégement de la charge statisti L’innovation
que, elle est passée d’un rythme de deux fois L’innovation de produit et de procédé est abor
« Essor de l’informatique dans l’artisa
tous les cinq ans à une fois tous les quatre dée par deux questions dans l’enquête EPEI : nat de production », Insee Première ,
ans. Les dernières EPEI ont porté sur les « Depuis 1995, votre entreprise a-t-elle n° 101, 1990.
exercices 1988, 1991 et 1993. En 1997, créé ou mis sur le marché un produit tech
l’EPEI a surtout mis l’accent sur l’accès à nologiquement innovant, transformé un À paraître :
Les résultats de l’EPEI ( Insee Résultats).l’information, le recours à l’informatique, l’ef produit existant en lui apportant une inno
fort de recherche et développement, l’inno vation technologique ? »
Direction Générale :
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