Le prix des carburants : La régulation des prix amortit les chocs

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Face à la hausse du prix du pétrole sur le marché international les consommateurs réunionnais bénéficient d'un mécanisme de fixation des prix qui amortit les chocs. Comme dans les autres Dom le prix des carburants est fixé par le préfet et les taxes intérieures qui s'y appliquent sont décidées par le Conseil régional. La hausse des prix à la consommation est cependant de plus en plus sensible.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Le prix des carburants
La régulation des prix
Face à la hausse du prix du pétrole sur le marché international les
consommateurs réunionnais bénéficient d’un mécanisme de fixation
des prix qui amortit les chocs. Comme dans les autres Dom le prix
des carburants est fixé par le préfet et les taxes intérieures qui s’y
appliquent sont décidées par le Conseil régional. La hausse des prix
à la consommation est cependant de plus en plus sensible.
e prix des hydrocarbures rendus àDéfinitions Composition de la valeur totale
La Réunion a presque doublé en des carburants consommésLl’an 2000, après avoir baissé deLe brent : C’est le nom d’un gisement
29 % en 1998. Cette forte volatilité desde pétrole découvert en 1971 au large
prix suit celle du marché du pétrole, lesd’Aberdeen (Ecosse) en mer du Nord,
dont l’exploitation a commencé en prix d’importation des carburants étant
1976. Le terme brent caractérise mécaniquement liés à ceux du brent.
aujourd’hui un pétrole assez léger, issu L’évolution des prix à la consommation
d’un mélange de la production de 19 est heureusement plus lisse que celle des
champs de pétrole situés en mer du
prix à l’importation car les prix des pro-
Nord. Malgré une production limitée,
duits pétroliers sont réglementés dans lesle brent sert de brut de référence au
Dom. L’effet d’amortissement est d’autantniveau mondial. Son prix détermine
plus marqué lorsque l’évolution des prixcelui de 60 % des pétroles extraits
dans le monde. à l’importation s’accélère. Ainsi, face au
doublement des coûts d’approvisionne-
ment les prix à la consommation n’ont
augmenté que de 16 % en l’an 2000.
La taxation des produits En 2002 le prix à l’importation a
représenté 41 % du prix à laLa régulation du prixpétroliers dans les Dom
pompe.
des hydrocarbures
Dans les Dom, est instaurée une taxe
parité euro-dollar. Ce système permetspéciale de consommation dite “sur les Les prix-plafond des carburants à La Réu-
d’amortir les contrecoups des fluctua-carburants” qui affecte toutes les ventes nion sont fixés tous les trois mois par le
tions pétrolières. A l’inverse, les prixde produits pétroliers et remplace la TIPP. préfet, sur recommandation de la Direc-
métropolitains sont libres, ce qui rendCette taxe est perçue par le Conseil
tion départementale de la concurrence, les comparaisons difficiles. Les moyen-régional qui fixe lui-même les taux et
de la consommation et de la répression nes fournies par le Ministère des finan-éventuellement les exonérations, et qui en des fraudes. Cette dernière se base sur
ces indiquent que le super serait généra-inscrit le produit fiscal à son budget. une dizaine de paramètres parmi les-
lement plus cher à La Réunion, tandisCependant, en ce qui concerne la quels le prix de la matière première, le que le gazole serait meilleur marché. Enrépartition du produit et son utilisation,
transport, le stockage, la fiscalité et la résumé, le préfet fixe pour les carburantscette taxe fait l’objet d’une affectation tout
un prix de vente maximum applicableà fait particulière en faveur notamment du
Evolution des prix à l’importation et à la pour une période de quatre mois. Dansdéveloppement des routes et des
consommation de 1993 à 2004 les faits, le prix maximum représente letransports. Les départements d’Outre-mer
prix pratiqué.bénéficient par ailleurs d’exonérations
particulières de TVA, notamment sur les La Réunion bénéficie de mesures fisca-
importations de produits pétroliers. les particulières en ce qui concerne les
produits pétroliers. La taxe intérieure
sur les produits pétroliers (TIPP) ne
s’applique pas et les carburants sont
Les auteurs taxés selon un régime local spécifique
(une sorte de TIPP à taux réduit) qui est
Frédéric FLORENTIN est Volontaire fixée par le Conseil régional. De plus,
civil de l’aide technique à la direction les importations de produits pétroliers
régionale de l’Insee. sont exonérées de TVA. Au final le prix
payé par les consommateurs pourLes prix à la consommation atté-Nadine JOURDAN est responsable de
nuent la variation des prix à l’ensemble des carburants vendus cor-la division “comptes économiques” à
l’importation. respondait en 2002 au prix à l’importla direction régionale de L’Insee.
économie 2e trimestre 200526 DELAREUNIONéconomie
amortit leschocs
Les fournisseurs en pétrole
Le prix du pétrole brut de 1988 à 2004
de La Réunion
Avec la chute du Mur de Berlin en 1989 mais engendre une incertitude sur le marché du
De 1988 à 1997 Bahreïn était de loin lesurtout la guerre du Golfe, l’offre globale de pétrole a fait flamber les cours. De plus les
premier fournisseur de l’île avec pluspétrole se contracte dans un contexte de pays de l’OPEP remettent en cause l’accord
demande toujours élevée et provoque la de stabilité de 2000 en élevant la fourchette de 60 % de part de marché (en valeur)
suivi de près par l’Arabie saouditehausse du prix du baril. Le prix du brent de prix à 25-32 $ le baril, principalement à
retombe ensuite au niveau d’avant la guerre, cause de la dépréciation du dollar face à (entre 15 et 20 % selon les années) et
autour de 15-17 $ le baril et ce jusqu’en 1996. l’euro. Enfin la demande augmente avec la d’autres pays comme les Emirats arabes
En 1996, la mise en place du programme reprise économique aux Etats-Unis, la forte Unis ou l’Afrique du sud. Mais depuis
pétrole contre nourriture entraîne un rétablisse- croissance en Chine et dans certains pays 1998, Bahreïn est supplantée par
ment d’une partie de l’offre mondiale et va favo- d’Asie. l’Arabie Saoudite et ses parts de
riser une baisse significative du prix du baril. marché n’ont cessé de diminuer pour
A la mi-2005, la valeur du baril de pétrole a
atteindre 5 % en 2004 contre 60 % en
A partir de la fin de 1997, les cours du pétrole plus que doublé par rapport à janvier 2004.
1997 et 32,5 % en 1998.
brut commencent à baisser. Ainsi, le brent, en Le prix du baril frôle les 70 $ fin août 2005 et
1998, a chuté de 33 %, après deux années de le prix moyen calculé sur les huit premiers L’Arabie Saoudite reste le premier
hausse. Ce phénomène résulte essentielle- mois de l’année (de janvier à août 2005) fournisseur jusqu’en 2003 avec 60%
ment de la crise asiatique qui a déprimé la s’élève déjà à plus de 41 . des livraisons en moyenne, surpassée
demande mondiale de brut avec une baisse par de nouveaux exportateurs comme
Les facteurs qui nourrissent cette flambéede la consommation de la zone Pacifique et l’Australie (40 % en 2003 et 21 % en
sont d’abord économiques : il s’agit d’un clas-un fort ralentissement de celles de la Chine et 2004) et Singapour (29 % en 2003 et
sique décalage entre l’offre et la demande.du reste de l’Asie. 40 % en 2004).
Les besoins des pays émergents, notamment
A la fin de la crise asiatique, la demande mon- la Chine, vont croissant tandis que ceux des
diale se rétablit pour atteindre son point culmi- pays industrialisés (Etats Unis plus particuliè-
nant en 2000 avec 28 $ le baril, à cause rement) ne fléchissent pas. Du côté de l’offre,
notamment du besoin de plus en plus impor- les pays producteurs n’augmentent pas leur L’Organisation des pays
tant en carburant des pays comme la Chine production en proportion. De plus, la situation
en plein essor. Cependant, une chute des cours exportateurs de pétrolepolitique dans les pays gros producteurs
intervient à la suite d’un accord, en l’an 2000, aggrave cette situation : l’insécurité politique
entre les pays de l’OPEP sur la stabilisation des est récurrente en Arabie Saoudite, en Irak et L’OPEP est une organisation
prix dans une fourchette de 22-25 $ le baril.
au Nigeria et les gouvernements du Vene- intergouvernementale de pays visant à
zuela et de l’Iran ont clairement proclaméMais en 2003, le prix du baril se remet à flam- négocier avec les sociétés pétrolières
leur intention de tirer profit du pétrole cher.ber et trois explications sont possibles. Tout pour tout ce qui touche à la production
d’abord la nouvelle guerre du Golfe qui de pétrole, à son prix et aux futurs
droits de concession. Les 11 pays
membres sont : Algérie, Libye, Nigeria,
Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis,
pour 41 %, auquel s’ajoutaient les mar- Irak, Iran, Koweït, Qatar, Indonésie,coûts et donc sur l’activité des entrepri-
ges commerciales pour 18 % et les taxes Venezuela, certains importants paysses et sur les échanges extérieurs tout
intérieures pour 36 %. producteurs de pétrole ne sont pascomme sur les consommateurs. Ces der-
membres de l’OPEP. C’est le cas duniers ont réagi jusqu’ici en substituant
Canada, du Mexique, du
Des niveaux toujours les moteurs diesel aux moteurs à Royaume-Uni, de la Norvège, des
essence, pour consommer du gazole, Etats-Unis, de la Russie et d’Oman. Lesplus élevés
moins onéreux. Cette tendance semble 11 pays membres détiennent 75 % des
toutefois avoir atteint ses limites en réserves connues de brut. En 1973, ilsMalgré les différents mécanismes de lis-
représentaient 55 % de la production2004, avec l’augmentation sensible dusage, les prix des carburants atteignent
mondiale de pétrole, 44,6 % en 1980,prix unitaire du gazole.des niveaux toujours plus élevés. Après 40,2 % en 1996, 42 % en 2000 et
le repli de 2002 et la pause de 2003 les Les consommateurs réunionnais risquent finalement en 2004, ils ont la mainmise
produits pétroliers ont recommencé à sur environ 40 % de la productionde subir encore les effets de hausses
augmenter en 2004. Au cours de l’année mondiale de pétrole brut et lesrecords du prix du brent dans les pro-
exportations de ces nationsleur hausse a été de 7,7 % en glissement chains mois. Malgré les mécanismes de
représentent quelque 60 % du pétroledans l’indice des prix à la consomma- régulation pratiqués sur l’île, les prix à
brut négocié sur les marchéstion. La tendance inflationniste s’est la pompe ne peuvent qu’augmenter en internationaux. L’Arabie Saoudite reste
confirmée au cours des derniers mois conséquence. de loin le plus gros producteur avec
avec une hausse de 8,1 % de septembre plus de 402 millions de tonnes par an.
2004 à septembre 2005. L’impact néga- Frédéric FLORENTIN
et Nadine JOURDANtif de cette hausse se retrouve à tous les
niveaux de l’économie : elle pèse sur les
économie2e trimestre 2005 27DELAREUNION

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