Les catégories socioprofessionnelles

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La nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) est utilisée en France depuis plus d’un demi-siècle pour étudier les milieux sociaux et décrire les emplois. Elle combine le statut, le métier et la qualification. Malgré les critiques dont elle fait l’objet de divers points de vue, elle reste un outil irremplaçable d’analyse de la société française.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Les catégories socioprofessionnelles
! Alain Desrosières* La nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) est utilisée en France depuis plus d’un demi-siècle pour étudier les milieux sociaux et décrire les emplois. Elle combine le statut, le métier et la qualification. Malgré les critiques dont elle fait l’objet de divers points de vue, elle reste un outil irremplaçable d’analyse de la société française.
Ds leiaoces c0, lcheuher- ncssre ses eicn 195néess ans lepeiu comme les instituts privés spéciali-sés dans l’étude de l’opinion publique utilisent largement une nomencla -ture des groupes sociaux créée par l’Insee, lesProfessions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS). Ce découpage a été conçu à une époque où la société française était structu-rée en groupes sociaux consistants, souvent dotés d’une forte conscience d’eux-mêmes et d’organisations représentatives puissantes (les agri-culteurs, les ouvriers, les patrons, les cadres). Ces catégories empiriques utilisées par les statisticiens et les sociologues étaient vues comme desTravail en usine, tableau de Adolph von Menzel (1872-1875) approximations des « classes socia-les » mises en avant par la tradition sociologique et politique. Depuis les La nomenclature imaginée par Jean spécialisé, ouvrier qualifié, contremaî-années 1980, il est devenu classi- Porte à l’Insee en 1951 combinait trois tre, employé, technicien, cadre. que d’observer que ces groupes ont logiques distinctes. Les deux premiè-perdu de leur force en tant que grou- res (le statut et le métier) remontaient La combinaison complexe de ces trois pes « pour soi », que les statuts ou au 19ème principes taxinomiques faisait l’origi- siècle, tandis que la troi-quasi-statuts qui les sous-tendaient sième (la qualification convention- nalité de la nomenclature sociopro-se sont effrités, notamment sous nelle) était alors toute récente. Le fseusssciiotanint elldeé,j à madies,s  ecnr itimqêumese  tdeemppuiss,  l’effet de la crise économique, desstatut les salariés et les distingue transformations du marché du travail ar et de la baisse de la syndicalisation. nmoenr-çsaanltasri, ésa (gpriactruoltnesu,rs).t isLaen s, mcéotimer-onizor hésrivas , sedesssla cdes retè ruel ed » isrxs,teLe. mas ulfnstneola i srtrouvaie, ny rese« c irtnp sal Par ailleurs, certains économistes, héritier de l’antique vocabulaire des théorie. Mais les économistes néo-qui préfèrent souvent des critères corporations, correspond à une épo- classiques n’y trouvaient pas non pour eux plus faciles à enregistrer que où les activités « individuelles » et plus un critère unidimensionnel, facile et à coder, comme le revenu et le « collectives » étaient peu distinguées, à re diplôme, voient dans l’usage persis-tant de cette nomenclature une sorte et caractérisées par un savoir spéci-tr iiqnutée,g cor mdamnes l eu sn ermaiot dpèaler  eéxceomnoplme éle- danachronisme ayant perdu toute fciiqnu-em :é dbeocuilnaen. geErn-fbino, ullaa ngqeurailei,f icmaétidoen-t aap secnempêchdroite,  ed te ehc-uag e de,qutiri cleub eodeCttun .erev , pertinence. Vingt ans après la publi- propre à l’univers du salariat ind -cation d’un petit volume consacré us aux recherches menées lors d’une triel, était définie à partir des conven-refonte de cette nomenclature enga- tions collectives négociées dans les* Alain Desrosières est administrateur de l’Insee gée à l’occasion du recensement années 1940 et 1950. Celles-ci met-et membre du Centre Alexandre Koyré d’histoire de 1982 (Desrosières et Thévenot, taient en place un système de caté-gesndranos remb aL ilopq-itd eutamment publié «icneec.sI  l aon sesd ldee irtois Hs. nosiar a  1988/2002), comment expliquer que, gories hiérarchisées (dites « catégo-ibrojet detuoi nésprt en0.00e  L tsep nuitra elcécouLa D », ique,e2 ophc e /evtrtsitats malgré ces critiques fortes, elle reste ries Parodi », du nom du ministrepour leDictionnaire des sciences h ucmoanitnresdes  toujours largement utilisée ? qui les organisa) : manœuvre, ouvrierPresses Universitaires de France.
Courrier des statistiques n° 125, novembre-décembre 2008
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Alain Desrosières
outil empirique proposé par l’Insee petits agriculteurs). Mais un autre par le fait qu’elles traitent toutes deux dans les années 1950, d’être ensuite axe, transversal au premier, oppose le même matériau de base : des massivement utilisé. En effet, l’enche- les catégories dotées surtout de res- déclarations de professions. Mais il vêtrement de ces trois logiques crité- sources scolaires et culturelles (ensei- se trouve que les critères de qualifica-rielles reflétait une structure sociale gnants, salariés du public) à d’autres tion retenus pour définir les « catégo-complexe, elle-même faite de l’accu- plutôt mieux dotées en ressources ries Parodi », fondés sur la formation mulation historique de ces principes économiques (commerçants et arti- codifiée nécessaire pour occuper un de classement. Il épousait mieux la sans, salariés d’entreprises privées). emploi, ont été remis en cause, à diversité et la richesse des autore- L’espace ainsi structuré rend bien partir des années 1970, par la logique présentations des groupes sociaux compte de maints comportements, dite « des compétences », fondée que ne le faisaient les critères théori- de consommation, de logement, sur des caractéristiques des person-ques des marxistes ou des néo-clas- de mariage, de pratiques culturel- nes, et supposées mieux à même siques. Si cette nomenclature a été les, de votes. Sa relative stabilité de faciliter leur mobilité éventuelle. partiellement remaniée à l’occasion dans le temps montre que les affir- Cette évolution a été inégalement du recensement de 1982, sa logique mations selon lesquelles les clas - poussée selon les branches, mais de base combinant ces trois critères, ses sociales n’existeraient plus, et elle a entrainé une transformation est restée la même, même si sa struc- que seuls subsisteraient des indivi- du vocabulaire utilisé par les acteurs ture et son vocabulaire ont été alors dus atomisés, doivent être, à tout le eux-mêmes (salariés et employeurs), un peu modifiés. Ainsi les anciens moins, fortement nuancées.ccoe dqaugie  rdeensd  PsoCuSv. eLnet  tprlauvsa ild ifdfiec ilme islee  « cadres moyens » (instituteurs, infir- en équivalence nécessaire codage mières, techniciens, comptables…) au sont devenus les « professions inter-CAPITA LISMstitaqitsa euété épo ré successive-tnp ral  eovacub terme « cadre » a été laire traditionnel  rméséedrivaiér eas u»x,  eat nlcei ens « cadres supé- U YOWE MULE,srpuis par le drmoei tudt aravli des métie rieurs ». Les contremaîtres, aupa- (pour définir le salariat) et enfin par les ravant classés avec les ouvriers, le conventions collectives type Parodi. Cet édifice est remis en cause à la isnotenrt mdéédsioarirmesa.i sL iadvéeec  lgeésn éprraolfee sessit odnes  WE ROOL YO U dufois par l’affaiblissement d droit u travail (avec l’émergence de statuts sdee s racpopnrvoecnhteior nsa uteat nt duq uveo cpaobsuslibirlee  WE SNOOT YO U ATintermédiaires entre salariat et non-coutumier en usage, notamment daans salariat, tels que les intérimaires ou le monde des entreprises. les intermittents du spectacle), et  par le développement de modes de Par comparaison avec des nomencla- gestion de la main d’œuvre mettant l’accent sur la flexibilité et la mobilité, tures anglo-américaines analogues, dont le vocabulaire des compétences udnees  pPaCrtiSc uelasrti téd ed u nse ysptaèsm ep rférasneçntaeisr WO RK FOR ALL WE FEEDALLest une pièce importante.  la forme d’une simple échelle uni-dimensionnelle, telle que celles qui,Une représentation humoristique de la hiérarchie aux États-Unis, distinguent lesuppersociale dans la société capitaliste classes, lesmiddle classes et les lsoéwmeerntc lapsosuersiaser trosl ria-utcrie or Unfe a diver-f  taorvè tiesmep ér-lnu,ualitigin  sCyescé du. re çais des PCS est de réunir en un sité critérielle déjà mentionnée. Cette seul outil deux nomenclatures ailleurs multidimensionnalité a été utilisée distinctes, en général : d’une part, par certains sociologues, comme par celle des « milieux sociaux » utilisée exemple Pierre Bourdieu (1979) dans par les sociologues et les spécialistes La distinction.Dans ces travaux, un études de marché et d’opinion, et des espace social à deux dimensions est d’autre part, celle des « emplois », uti-construit et analysé, à partir d’analy- lisée par les économistes du marché ses factorielles des correspondances du travail. La première peut classer mettant en œuvre la nomenclature des des individus, mais aussi et surtout PCS. Le « grand axe » de cet espace, des « ménages », répartis naguère celui qui ressemble le plus aux échel- selon la PCS du « chef de ménage », les unidimensionnelles anglo-améri- qualifié désormais de « personne de caines, oppose les catégories les référence ». La seconde en revanche plus favorisées (cadres, professions ne prend en compte que des indivi-libérales, grands et moyens patrons) dus ayant un emploi. Cette réunionLa distinction, critique sociale du jugement aux catégories populaires (ouvriers, des deux nomenclatures est justifiéede Pierre Bourdieu
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Encadré : le rapport sur l’évaluation de la pertinence des catégories socioprofessionnelles (CSP) Rapport n°49/B005 du 23 mars 1999, de direction de l’Insee a souhaité que Insee. ce travail soit complété par une éva-luation de la pertinence actuelle des La nomenclature des catégories socio- grandes catégories sociales pour les professionnelles des personnes du différents types d’usages. De façon système statistique public français est complémentaire il était demandé à une pièce centrale pour l’étude de la ce que l’évaluation soit attentive aux société française. Elle est utilisée par besoins éventuels d’autres catégori-de nombreux acteurs économiques sations sociales que les CSP ainsi et sociaux, pour l’étude de sujets très qu’aux réflexions en cours à Eurostat variés : les opinions politiques, les sur ce problème. Cette évaluation a pratiques culturelles, éducatives, les été confiée à Hedda Faucheux et Guy hiérarchies salariales, patrimoniales, Neyret, membres de l’Inspection géné-la démographie, la santé, les condi- rale de l’Insee. [...] Une soixantaine tions de travail, la mobilité sociale, d’entretiens ont été menés (et plus l’accès à l’emploi, parmi les exemples d’une centaine de personnes rencon-cités. Constatant le vieillissement de trées), dans les milieux qui semblaient cette nomenclature, créé au début des le plus s’appuyer sur une conceptua-t ca ories lisationannées 1950 et rénovée en 1982, un de groupes sociaux, afin de Nomenclsatoucrieosp rdoefse spsrioofnensesliloenss  2e003tégtravail détaillé a été entrepris en liaison comprendre les usages, de recueillir avec le Cnis pour actualiser les métiers des avis et suggestions, et aussi des précis, au niveau des 3ème et 4ème réflexions sur les évolutions en cours Malgré ces évolutions, les PCS res-chiffre de la nomenclature. Le Comité à venir. [...] ou tent un outil statistique précieux.Les principales recommandations : Les régularités observées dans les1. Ne pas bouleverser le niveau agrégé à un chiffre années 1980 le sont toujours, malgré et promouvoir activement un nouveau niveau intermédiaire2. Elaborer ces différentes formes de brouillage. investissements renouvelés sont à engager3. Des Cependant, dans le travail statistique plus proche des usagers4. Etre courant, elles sont souvent interpré-5. Quelques modifications pourraient être mises en œuvre à bref délai tées en restant à l’intérieur de l’es- certaines nomenclatures complémentaires6. Formaliser pace des variables figurant dans le fichier analysé. Des techniques de plus en plus autonomes, comme cel- complexit on-les dérivant de lanalyse de variance dir létudeé  dseo clioalrotigciuqluatei,o àn  aepntprreo fdes que, seoloenr  dseusr  olep positions rituelles ou de léconométrie, sont utilisées, modes de connaissances différents, Sesitn tuernre gfaçon de sisnttaetrurto gdeer s suPr CleS  dans lesquelles le chercheur risque plutôt qu’à se contenter d’une seule statut de l’observation empirique et de s’enfermer. Cependant, le plus de décrire, ua souvent, lutilisateur de loutil tente, ftiatçatoinve, monograqphiqlituaet ivoe u ous tqautiastni--sdoe cilaal eds.e sncription dans les sciences en bout de course, de raccorder les résultats des procédures statis-tiques à des connaissances de sens commun, c’est-à-dire empruntant àBibliographie l’exemple concret. Plus que ne le sont d’autres critères réputés « simples »,isrèseD,seP.u ierdouB  LAa.d&i sTtihnéctvieonn.o tC rLi.ti, e mceegsLtndie eolruéjg autpoicos sorociaue sq,fPesasriiso,nnMeilnleuis,7is9,. 9  Para L1t , les catégories socioprofessionnellesDécroo 1988, cinquième édition : 2002. :uverte/Repères, première édition sont, en tant que produit de décen-Insee, Nomenclatures des Professions et Catégories Socioprofessionnelles(PCS nies de transformations des repré-2003), Paris, INSEE, 2003. sentations que la société se donnePorte J., Les catégories socioprofessionnelles », in Friedmann J. & Naville P. « d’elle-même, de l’histoire accumulée.(éds)Traité de sociologie du travail,Paris, Armand Colin, 1961. Leur usage incite, en raison de leur
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