Les comptes économiques de la Guadeloupe en 2004 : Coup de frein sur la croissance

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En 2004, la croissance du produit intérieur brut de la Guadeloupe a fortement ralenti, selon les premières estimations des comptes économiques rapides (cf . encadré page 4). La hausse estimée est de 0,5 % en volume, après 1,8 % en 2003 et 1,2 % en 2002. Le PIB par habitant progresse de 1,7 % en euros courants après +3,9 % en 2003. C’est la forte baisse des investissements (-6,0 % après +6,8 % en 2003) qui explique ce coup de frein : ils contribuent négativement pour 1,4 point à la croissance du PIB. Les mauvais résultats de l’agriculture, avec une production globale qui chute de 10 %, y contribuent aussi. 2004 est une année contrastée. L’arrêt de la baisse du chômage confirme le ralentissement de l’activité, mais de fortes revalorisations salariales et sociales contribuent à une hausse des revenus des ménages. Elles permettent de soutenir la consommation, qui progresse de 1,8 % et participe pour 1,2 point à la croissance du PIB. Sans le conflit social des dockers en fin d’année, la consommation aurait été plus dynamique encore. La fermeture du port a en outre pesé sur de nombreux prix de détail, sur les stocks et sur le commerce extérieur, avec des importations qui reculent de 4,6 %.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 1 - septembre 2005

Les comptes économiques de la Guadeloupe en 2004
Coup de frein sur la croissance
Agnès Greliche, Claude Joeger, Service Régional de Guadeloupe, INSEE






En 2004, la croissance du produit intérieur brut Le PIB et les opérations sur biens et services
en % et millions d’euros de la Guadeloupe a fortement ralenti, selon les
prix valeurs premières estimations des comptes Évolutions en volume
2004 2004 économiques rapides (cf . encadré page 4). La
/2003 (millions hausse estimée est de 0,5 % en volume, après 2002 2003 2004
d'euros)
1,8 % en 2003 et 1,2 % en 2002. Le PIB par
PIB 1,2 1,8 0,5 2,1 6 674habitant progresse de 1,7 % en euros courants
Consommation après +3,9 % en 2003.
0,3 1,6 1,8 1,6 4 329
finale des ménagesC’est la forte baisse des investissements
Formation Brute de (-6,0 % après +6,8 % en 2003) qui explique ce -1,8 6,8 -6,0 2,1 1 492
Capital Fixe coup de frein : ils contribuent négativement pour
Importations -2,3 1,6 -4,61,01 9831,4 point à la croissance du PIB. Les mauvais
résultats de l’agriculture, avec une production Exportations -9,5 -6,3 -3,5 2,6 480
globale qui chute de 10 %, y contribuent aussi.
dont dépenses des
-12,3 -13,0 1,4 2,8 2762004 est une année contrastée. L’arrêt de la touristes
baisse du chômage confirme le ralentissement
de l’activité, mais de fortes revalorisations
Le PIB en euros constants
salariales et sociales contribuent à une hausse Base 100 en 1993
des revenus des ménages. Elles permettent de
soutenir la consommation, qui progresse de 180
1,8 % et participe pour 1,2 point à la croissance 170
160du PIB. Sans le conflit social des dockers en fin
d’année, la consommation aurait été plus 150
140dynamique encore.
130La fermeture du port a en outre pesé sur de
120nombreux prix de détail, sur les stocks et sur le
110commerce extérieur, avec des importations qui
100reculent de 4,6 %.
1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
PIB PIB / Hab

La valeur ajoutée par grands secteurs d’activité
Les prix La valeur ajoutée globale progresse de 0,2 % en volume
Le prix du PIB augmente de 2,1 % en 2004 après (2,0 % en 2003). Elle augmente un peu plus lentement
+3,0 % en 2003 et 3,2 % en 2002. De même, la que le PIB total qui comprend, en plus de la valeur
hausse des prix des dépenses de consommation ajoutée, les impôts nets des subventions. Cette
des ménages ralentit (+1,6 % après +2,1 % en progression est le fait d’évolutions contrastées selon les
2003). secteurs d’activité. Le secteur primaire affiche une baisse
très prononcée (-10,2 % après -1,0 % en 2003).
Les salaires L’industrie se replie de 0,5 % (après +1,7 ), la
La masse salariale progresse à un rythme proche de construction et les travaux publics de 4,7 % (après +4,6 %
celui de 2003 : +0,8 % en volume et +2,9 % en prix. en 2003). En revanche, le secteur tertiaire progresse de
1,1 % (+1,9 % en 2003).
AVERTISSEMENT
Cette première publication, qui inaugure notre nouvelle série « Les Synthèses de CEROM » présente des estimations
provisoires des principaux agrégats des comptes économiques 2004 et 2003 de la Guadeloupe. Ces données seront
ultérieurement révisées, notamment lors de la publication, sous la même forme, des comptes rapides 2005 et 2004 à la
rentrée 2006
1
LES SYNTHESES DE CEROM
Le taux de croissance estimé à 0,5 % en 2004, partie par les intempéries et par le long conflit
après 1,8 % en 2003 et 1,2 % en 2002, marque le social qui a touché le secteur. Les autres cultures
ralentissement de l’activité économique de la prises globalement sont aussi en repli sensible (-
Guadeloupe et la met en décalage avec 13 %). Le secteur primaire poursuit son lent déclin.
l’économie nationale, puisque la croissance Il représente en 2004 à peine 3,0 % du PIB
française passe de +0,8 % en 2003 à +2,3 % en guadeloupéen contre 4,1 % en 2000.
2004.
Un ralentissement dans tous les secteurs
Les investissements chutent Le secteur des services, qui traditionnellement est
La baisse des investissements de 6 % est la un moteur essentiel de la dynamique intérieure,
principale cause de cette inflexion dans la n’a pas été épargné. Il marque une inflexion
trajectoire soutenue de la Guadeloupe depuis certaine, avec une croissance en volume de 1,1 %
plusieurs années. Cette baisse intervient après après 1,9 % pour chacune des deux années
une année 2003 exceptionnellement dynamique précédentes. C’est toutefois le seul secteur
(+6,8 %). Le recul de la construction privée et des d’activité qui réalise une croissance positive en
1dépenses publiques d’investissement paraissent volume en 2004.
en être les causes principales. La FBCF contribue
négativement à l’évolution du PIB (-1,4 %). Valeur ajoutée par grands secteurs
en volume
Évolution de l’investissement
8,0%en volume
6,0%
4,0%
8,0%
2,0%
0,0%6,0%
-2,0%
4,0% -4,0%
-6,0%2,0%
-8,0%
0,0% -10,0%
-12,0%-2,0%
2001 2002 2003 2004
-4,0%
Services Industrie BTP Primaire
-6,0%
-8,0% La situation de l’emploi apparaît globalement
2001 2002 2003 2004 stationnaire sur l’année 2004 (le nombre de
demandeurs d’emplois est stable en glissement

annuel). Deux phénomènes s’observent toutefois. La chute des dépenses d’investissement entraîne
Sur la première partie de l’année, l’emploi a une baisse de l’activité dans la construction et les
continué de bénéficier des effets de la croissance travaux publics de près de 5 % en volume.
de 2003, et le nombre d’inscrits à l’ANPE a atteint L’industrie est en repli de près d’un point, sous 3un plancher en avril avec 42 400 demandeurs . l’effet d’une forte contraction de la demande de
Les effets du ralentissement de l’activité se sont biens d’équipement.
2 manifestés à partir du second semestre, et le Le taux global d’investissement diminue d’un
nombre de demandeurs d’emplois a recommencé demi-point, mais il se situe encore nettement au-
à progresser, pour terminer l’année à 44 300. Du dessus de celui du niveau national : 22,4 % en
côté de l’offre, le BTP accuse un réel Guadeloupe et 19,2 % pour la France entière.
ralentissement : le nombre d’offres d’emploi
publiés par l’ANPE dans ce secteur a diminué de Nouvelles difficultés du secteur agricole
32,5 %. Le second élément défavorable concerne le
secteur primaire qui enregistre une baisse globale
Évolution du nombre de demandeurs d’emploi de la production en volume de 10 %.
en glissement annuel
Si la canne à sucre continue de réaliser de bons
résultats, avec une production qui augmente de 1,0%
0,0%12 % en volume, le reste de l’agriculture connaît
-1,0%un revers sérieux. Pour la seconde année -2,0%
-3,0%consécutive, la récolte vendue de banane chute
-4,0%(-26 % après –10 % en 2003). Ceci s’explique en
-5,0%
-6,0%
-7,0%
1
Cf. Antiane n° 64 - l’année économique et sociale 2004 : les
dépenses d’investissements mandatées de l’Etat diminuent de
4 % en valeur, celles de la Région de 18 % et celles du
source : DRTEFP - ANPE Département de 17 %. Investissements des communes non
disponibles.
2 3 Taux d’investissement = FBCF rapportée au PIB source : DTEFP de Guadeloupe : optique DEFM1.
2
janv-02
mars-02
mai-02
juil-02
sept-02
nov-02
janv-03
mars-03
mai-03
juil-03
sept-03
nov-03
janv-04
mars-04
mai-04
juil-04
sept-04
nov-04
janv-05
La consommation des ménages, on se réfère à l’indice des prix de détail
moteur de la croissance guadeloupéen.
La consommation des ménages reste bien
orientée (+1,8 % en volume après +1,6 % en Évolution mensuelle de l’indice des prix
base 100 en décembre N-1 2003) et constitue de nouveau le principal moteur
de la croissance. Elle est soutenue par la hausse
104,0du revenu disponible (+30,8 % en valeur), qui
103,0bénéficie de prestations sociales en forte
progression (+8,0 % en valeur). De plus, les 102,0
2001
salariés du privé profitent de la revalorisation du 101,0 2002
SMIC de 5,6 % en moyenne sur l’année. Seuls les 2003100,0
2004traitements de la fonction publique marquent le
99,0
pas avec un relèvement du point indiciaire limité à
98,00,5 %. Globalement, la masse salariale distribuée
97,0augmente de près de 3 % en valeur et le pouvoir
d’achat des salaires de 1,3 %, ce qui représente
près du double de l’année 2003.
Du côté du commerce extérieur, les prix à Cette forte progression des revenus a permis aux
l’importation restent modérés (+0,8 %) malgré ménages de soutenir un rythme de consommation
l’envolée des prix des produits pétroliers, alors que élevé et de continuer de développer leur épargne
les prix des exportations se raffermissent (+2,5 %). financière. L’ensemble des dépôts des ménages
En conséquence, le prix du PIB continue de croître auprès des établissements de crédit locaux
4 à un rythme relativement élevé (+2,1 %), mais progresse de 8,1 % après 3,5 % en 2003 .
moins soutenu qu’en 2003 (+3,0 %) et 2002 La consommation aurait certainement été plus
(+3,2 %). soutenue encore si la grève des dockers de Jarry
Le commerce extérieur présente un solde un peu n’avait pas perturbé les approvisionnements, à une
moins dégradé qu’en 2003 (-1 493 millions d’euros période de l’année de forte activité. La progression
après –1 575 millions). Cette évolution à priori de la consommation des ménages ne suffit
favorable s’explique en fait par une double chute : toutefois pas à compenser les effets de la chute
celle des importations – effet du conflit social en fin des dépenses d’investissement. Sa contribution
d’année - et celle, un peu moins forte, des positive au PIB (+1,2 %) n’annule pas celle,
exportations – due à la chute des ventes de négative, de la FBCF (-1,4 %).
banane. Le taux de couverture des échanges de
biens reste très bas, puisque les exportations de la Léger mieux pour le tourisme
Guadeloupe ne couvrent que 7,6 % de ses La Guadeloupe a bénéficié d’une petite embellie
importations. en matière de tourisme. La légère reprise de la
fréquentation touristique s’est traduite par une
Évolution des importations et des exportations hausse de la dépense des non résidents estimée à
en volume 1,4 % en volume, qui succède à deux très
mauvaises années (–13 % en 2003 et –12 % en
4,0%
2002). Elle bénéficie principalement aux services
2,0%
marchands. 0,0%

-2,0%
Conflit social des dockers : -4,0%
une fin d’année très perturbée -6,0%
La grève qui a touché le port de Jarry entre la mi- -8,0%
octobre et la mi-décembre a eu des répercussions -10,0%
principalement sur les importations, qui baissent -12,0%
2001 2002 2003 2004de près de 5 % en volume par rapport à 2003. Les
entreprises y ont fait face en partie en procédant à
Importations Exportationsun déstockage important, mais l’activité de nombre
d’entre elles a probablement été touchée.
Les effets sur les prix de détail des biens de Au total, l’année 2004 apparaît contrastée, avec
consommation ont certes été spectaculaires en des résultats macroéconomiques plutôt ternes.
décembre, puisque pendant ce seul mois la Mais à contrario elle n’a pas été défavorable du
hausse des prix a atteint 1,3 %, mais les point de vue de l’emploi et elle s’avère positive
répercussions sont peu visibles sur l’ensemble de pour le pouvoir d’achat des ménages. Davantage
l’année : l’augmentation annuelle moyenne de encore que dans le passé, l’année écoulée
l’inflation s’établit à 1,3 % après 2,1 % en 2003, si souligne bien la sensibilité des résultats
économiques de la Guadeloupe aux dépenses
publiques et aux actions des partenaires sociaux.
4
Cf. IEDOM – Rapport annuel : « la Guadeloupe en 2004 ».
3 Le compte d’exploitation des branches
En % et millions d’euros
2002 2003 2004 Prix 2004/2003 Valeurs 2004
Évolutions en volume (milions d'euros)
Production 0,7 2,0 -0,1 2,2 11 049
Consommations intermédiaires - 0,2 -0,4 2,0 4 844
Valeur ajoutée, dont : 1,4 2,0 0,2 2,3 6 204
Secteur primaire 1,8 -1,0 - 10,2 3,2 194
Industrie - 2,2 1,7 - 0,5 1,3 348
Construction - 1,2 4,6 - 4,7 3,1 498
Services 1,9 1,9 1,1 2,3 5 417
Masse salariale 1,7 0,6 0,8 2,9 3 628
Évolutions en valeur
Excédent brut d'exploitation 7,6 8,3 0,8 - 2 420
Revenu disponible brut des ménages 5,3 6,0 3,8 5 137

En savoir plus sur les notions de valeur, de prix et de volume
Valeur : Les valeurs s’expriment dans une unité monétaire commune, et les valeurs de produits différents sont additives.
Dans les comptes économiques de la Guadeloupe, les valeurs sont exprimées en euros courants ou en millions d’euros.
L’évolution en valeur peut parfois être décomposée en une évolution du prix et une évolution en volume (voir ci-
dessous).
Prix : Le prix d'un bien ou d'un service se définit par la valeur d'une unité de ce bien ou de ce service. Il varie
directement en fonction de la taille de l'unité de quantité choisie et il varie aussi dans le temps. Les prix de biens ou de
services différents ne sont pas additifs. Une moyenne des prix de biens ou de services différents n'a aucune signification
économique, et elle ne peut pas être utilisée pour mesurer les variations de prix dans le temps.
Volume : L’évolution en volume d’une grandeur mesure l’augmentation ou la diminution de la valeur de cette grandeur
dans le cas où les prix resteraient inchangés d’une année à l’autre. L'expression "augmentation de volume" est
employée de préférence à l'expression "augmentation de quantité". En effet, les quantités de deux produits distincts ne
sont pas additives. En outre, l’évolution en volume retrace non seulement l’évolution des quantités mais aussi l’évolution
de la qualité.
Par exemple, l’importation d’ordinateurs plus performants se traduit, sur le plan comptable, par une augmentation du
volume d’ordinateurs importés même si leur nombre est identique d’une année à l’autre.

Pour en savoir plus
« Les comptes économiques des DOM », consultables sur www.insee.fr/guadeloupe
« L’année économique et sociale 2004 », Antiane n°64, INSEE – septembre 2005
« La Guadeloupe en 2004 », rapport annuel de l’IEDOM – juin 2005
« L’enquête emploi en Guadeloupe en 2004 », INSEE – février 2005

Les publications CEROM
« Guadeloupe : une économie en déficit … d’image » – juin 2004
« Une double transition presque réussie : chômage, productivité et politique d’emploi à la Réunion » –
octobre 2004
« L’économie martiniquaise au passage de 2000 : une économie vertueuse ? » – juin 2005

Les comptes économiques rapides pour l’outre-mer (CEROM) sont le fruit d’une collaboration entre
l’Agence Française de Développement (AFD), l’Institut d’Emission des DOM (IEDOM) et l’Insee. Ils visent à
mettre à la disposition du public une estimation des principaux agrégats économiques pour l’année
précédente. Ces comptes rapides sont issus d’une modélisation ayant pour base les comptes économiques
définitifs produits par l’Insee.
Les informations économiques utilisées pour l’élaboration de ces comptes rapides sont parcellaires. Les
résultats calculés par le modèle pour une année donnée seront révisés lors des versions successives. Par
exemple, l’année 2004, publiée pour la première fois en septembre 2005 sera révisée en septembre 2006 à
l’occasion de la publication des comptes provisoires de 2005, puis en avril 2007 lors de l’élaboration du
compte définitif 2004.
La mise en place de comptes rapides dans les départements d’outre-mer ne remet pas en cause
l’élaboration des comptes définitifs par l’Insee mais vient la compléter.
4

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