Les comptes économiques de la Guadeloupe en 2006 : Retour à une croissance modérée

De
Publié par

En 2006, la croissance économique guadeloupéenne est estimée à 2,1 % en volume d’après les premiers résultats des comptes économiques rapides. Elle ralentit légèrement après une année 2005 très dynamique, qui avait vu le Produit Intérieur Brut progresser de 4,4 %. Ce taux, inférieur à la croissance moyenne de ces dix dernières années (+3,4 %), dépasse toutefois les faibles niveaux enregistrés en 2002 et 2004.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
Lecture(s) : 22
Tags :
Nombre de pages : 4
Voir plus Voir moins


N° 5 - septembre 2007


Les comptes économiques de la Guadeloupe en 2006
Retour à une croissance modérée

Éric MORIAME, INSEE, Direction Antilles-Guyane



En 2006, la croissance économique guadeloupéenne est En 2006, le PIB augmente de 2,1 %
estimée à 2,1 % en volume d’après les premiers résultats Évolution des principales opérations sur biens et services, en %
des comptes économiques rapides. Elle ralentit
Valeurs 2006 Évolutions en volume légèrement après une année 2005 très dynamique, qui (millions d'euros)
avait vu le Produit Intérieur Brut progresser de 4,4 %.
2004 2005 2006

RD* RI* PR*
Ce taux, inférieur à la croissance moyenne de ces dix
dernières années (+3,4 %), dépasse toutefois les faibles
PIB 0,9 % 4,4 % 2,1 % 7 750
niveaux enregistrés en 2002 et 2004.
Consommation finale des 1,6 % 3,4 % 1,6 % 4 838
ménages La croissance 2006 est tirée en premier lieu par les
dépenses des administrations, qui continuent de croître Dépenses des touristes 12,0% -7,0% 1,1 % 273
au rythme soutenu de 3,5 %. Les dépenses de
Formation Brute de
1 849 consommation des ménages sont plus mesurées qu’en
Capital Fixe -1,2 % 7,5 % 4,0 %
2005, mais deviennent le second levier de la croissance
Importations -2,9 % 22,0 % - 4,5 % 2 398 guadeloupéenne. Enfin, les investissements progressent
encore de 4 %, après +7,5 % en 2005 : le taux Exportations 229 2,5 % 21,5 % 1,5 %
d’investissement recule donc légèrement, mais reste plus * RD : Résultats détaillés ; RI : Résultats intermédiaires ; PR : Premiers résultats
élevé qu’au niveau national.

Une croissance récente en dents de scie Ces dépenses bénéficient au secteur de la construction,
Évolution comparée du PIB guadeloupéen et français, toujours très dynamique, et au secteur industriel, en
en volume et en % particulier à l’industrie des biens d’équipement et à celle
6%des biens de consommation, dont la valeur ajoutée
Guadeloupe
augmente respectivement de 5,9 % et 4,3 %. De même,
France entière
5%l’activité touristique connaît une embellie, et l’agriculture
se redresse légèrement après deux années difficiles.
4%
Pour répondre à la demande, les entreprises ont stocké
3%moins de produits qu’en 2005, année marquée par les
importantes reconstitutions de stocks dégarnis après la
2%grêve du port fin 2004. Ce phénomène a atténué l’élan
productif, et contribue cette année négativement à la
1%croissance du Pib.

0%L’année 2006 semble marquer le retour à une croissance
1996 1998 2000 2002 2004 2006modérée, après les évolutions heurtées enregistrées ces
cinq dernières années.

Les comptes économiques rapides 2006

Les comptes économiques rapides pour l’outre-mer (CEROM) sont produits par l’INSEE, en partenariat avec l’AFD et
l’IEDOM. Ils visent à mettre à disposition du public une estimation provisoire des principaux agrégats économiques de
l’année précédente. En Guadeloupe, ces comptes sont diffusés depuis 2004.
Ils reposent sur une modélisation macroéconomique alimentée par les premières informations disponibles de l’année
écoulée : il ne s’agit donc pas de comptes définitifs. Les estimations présentées feront l’objet de révisions successives,
fonction de l’avancement de la collecte des données 2006.
L’économie de la Guadeloupe en 2006

Après le trou d’air de 2004 (+0,9 %), et le vif de biens d’équipements de 1,9 %. Les ventes de
rétablissement opéré en 2005 (+4,4 %), la croissance véhicules utilitaires neufs atteignent les 2 960 unités
guadeloupéenne enregistre en 2006 une performance (+1 %). Enfin, l’investissement en logement des
plus mesurée : le Pib augmente de 2,1 % en volume. ménages reste soutenu, et profite au secteur de la
Ce résultat s’inscrit dans un contexte international construction.
particulièrement dynamique : portés par une Le taux d’investissement (FBCF/PIB) recule
accélération de la croissance mondiale, le Pib français légèrement, à 24 %, mais reste plus élevé qu’au
augmente de 2 % en 2006, et celui de la zone caraïbe niveau national (20 %).
de 8,3 %. Le Pib par habitant progresse de 1,8 %,
compte tenu d’une croissance démographique
Consolidation de l’investissement annuelle estimée à 0,8 % sur la période récente.
Évolution de l’investissement, en volume et en %

12%Dépenses soutenues des administrations
10%La croissance est tirée en premier lieu par les
dépenses des administrations, qui continuent de 8%
croître au rythme soutenu de 3,5 % en 2006, après
6%2,1 % en 2005. Elles alimentent la demande, et
contribuent ainsi pour 1,2 point à l’augmentation du 4%
Pib, ce qui en fait le premier moteur de la croissance
2%en 2006. Cette vigueur des services administrés ne
s’est pas étendue aux services marchands, aux 0%
résultats dans l’ensemble décevants (+1,9 %, après
-2%+4,4 % en 2005).
2001 2002 2003 2004 2005 2006
-4%Prudence des ménages

La consommation des ménages, déjà mitigée en Le BTP toujours dynamique
2005, ne progresse que de 1,6 % en volume, c’est à
Le secteur du BTP est resté l’un des plus dynamiques dire moins vite que le Pib. Cette faiblesse s’explique
en 2006, avec une valeur ajoutée en progression de par une progression limitée de leurs revenus : les
3,3 %, après les +7,1 % de 2005. Cette progression prestations sociales versées en 2006 augmentent de
robuste est confirmée par la hausse de 12,4 % des 3 %, et les augmentations salariales ont dans
crédits à l’habitat aux ménages et de 2,6 l’ensemble été modérées. Le relèvement du smic de
attestations de conformité électrique délivrées par le 3 % en milieu d’année, et la faible revalorisation du
Consuel aux particuliers. L’investissement en point indiciaire dans la fonction publique (+1,2 %),
logement des ménages est en effet soutenu par un conduisent globalement la masse salariale distribuée
contexte de taux d’intérêt modérés et l’allongement de a n’augmenter que de 2,5 %, après 3,6 % en 2005.
la durée moyenne des crédits octroyés. L’activité Cette moindre revalorisation s’inscrit dans un contexte
immobilière en profite d’ailleurs également, avec une de hausse des prix contenue, mais dont le niveau est
hausse de 3 %. Les ventes de ciments, en hausse de suffisamment élevé (2,1 %) pour atténuer les gains de
4,4 %, s’accélèrent encore en fin d’année, en phase pouvoir d’achat. La poussée des prix de l’énergie, de
avec le démarrage de nombreux projets immobiliers. près 10 %, et dans une moindre mesure du prix des
services, a sans doute fait obstacle à une
consommation plus dynamique. Les achats Croissance modérée de tous les secteurs
Évolution de la valeur ajoutée par secteur, en volume et en % d’automobiles ressortent ainsi en baisse de 5,5 %.

8%
L’investissement reste bien orienté
6%
L’investissement constitue le 3ème levier de la
4%croissance en 2006. Il contribue pour 0,9 point à la
hausse du PIB, avec une progression en volume de 2%
4 % après +7,5 % en 2005. L’investissement
0%public, en hausse de 5,4 % en valeur, se révèle plus
dynamique qu’en 2005. Les budgets -2%
2002 2003 2004 2005 2006d’investissements de l’État et de la Région en
-4%particulier augmentent respectivement de +13 % et
Primaire
+ 14 % en euros courants. L’investissement des -6% Industrie
entreprises reste bien orienté pour la deuxième année BTP
-8%consécutive, même s’il se situe en deçà du très bon Services
niveau de 2005 : l’encours des crédits à l’équipement -10%
enregistre une croissance de 10 %, et les importations
2L’économie de la Guadeloupe en 2006

Timide redressement de l’agriculture Le nombre de bénéficiaires du RMI est en repli de
0,8 % en 2006.
Après deux années de forte baisse, le secteur

agricole se redresse un peu, à +1,6 %, même si ses L’emploi progresse, le chômage aussi
deux filières emblématiques, sucre et banane, Nombre de chômeurs et taux de chômage au sens du BIT
connaissent toujours d’importantes difficultés. Les
60 000 32conditions climatiques favorables à la campagne
Taux de chômagesucrière 2006 ont permis d’obtenir une richesse
saccharinique supérieure d’un point à celle de 2005. Chômeurs (sens du BIT) 30
55 000Le tonnage récolté recule néanmoins de 6 % sous
l’effet d’une forte réduction des quantités de cannes
28manipulées. La production de bananes poursuit son
50 000déclin : surfaces plantées et nombre de producteurs
chutent encore respectivement de -14 % et -23 %. Le 26
prix du marché s’inscrit en forte baisse (- 48 %) après
45 000une remontée providentielle en 2005, et les
24exportations se contractent à 44 000 tonnes.
En revanche, le melon prend toujours plus
40 000d’importance : ses exportations augmentent de 11 % 22
à la faveur d’un accord entre le groupement Caraïbe
ème Melonniers et Air France, confortant sa place de 4
35 000 20produit d’exportation.

Embellie prometteuse dans le tourisme

L’activité touristique semble retrouver une dynamique
positive : les dépenses des touristes sur l’archipel
Commerce extérieur : d’importants effets prix progressent de 1,1 % après la chute de 7 %
enregistrée en 2005, ce qui profite au secteur de Les résultats du commerce extérieur s’améliorent,
l’hôtellerie et de la restauration dont la valeur ajoutée sous l’effet conjugué d’une nette contraction des
croît de 1,9 %. Le taux moyen d’occupation des importations (-4,5 %) et d’un maintien des
hôtels, en hausse de 5 points, n’a pas souffert de exportations (+1,5 %). La flambée des prix du pétrole
l’augmentation de 8 % de la capacité d’accueil de l’île. explique largement la hausse des prix à l’importation
La fréquentation hôtelière est portée par (+3,6 %). A l’inverse, la chute du prix export de la
l’augmentation de 8 % du nombre de croisiéristes en banane joue dans la forte baisse du prix des
2006, alors que le nombre de passagers à l’aéroport exportations (- 3,7 %). Hors tourisme, le taux de
Guadeloupe-Pôle Caraïbe augmente aussi de près couverture des échanges est stable, à 9,6 %.
de 2 %. Enfin, la course nautique de la Route du
Rhum a contribué a stimuler l’activité du secteur en fin
Contraction du commerce extérieur d’année.
Évolution des échanges extérieurs courants, en %

25%
Effets limités sur l’emploi
ImportsLe nombre de demandeurs d’emplois de catégorie 1 20%
Exports y.c.tourismeinscrits à l’ANPE en fin de mois, qui était de 44 500 en
moyenne en 2005, est passé sous la barre des 15%
44 000, en baisse de 1,5 %. Cette légère décrue
concerne aussi bien les hommes que les femmes, et
10%bénéficie principalement aux actifs de 25 à 49 ans.
L’emploi salarié suivi par l’Unedic augmente dans le
5%
même temps de 5,9 % en 2006. En conséquence, le
montant des allocations chômage servies par
0%l’ASSEDIC baisse de 5,1 %, pour atteindre 183
millions d’euros.
-5%En raison de l’arrivée de 7 000 actifs supplémentaires
2001 2002 2003 2004 2005 2006sur le marché du travail, le taux de chômage au sens
-10%du BIT est néanmoins reparti à la hausse, à 27,3 %.


3
1993
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006L’économie de la Guadeloupe en 2006

Compte d’exploitation des branches
en % et millions d’euros
Valeurs
Évolutions en volume
Prix (en millions d’euros)

2006/2005 2004 2005 2006 2005 2006
PR* RD* RI* PR* RI* PR*
Production 0,9 3,9 2,3 2,2 12 675 13 256
Consommations intermédiaires 0,8 4,2 2,1 3,1 5 908 6 220
Valeur ajoutée 0,9 3,6 2,6 1,4 6 768 7 037
Dont : Secteur primaire -9,1 -8,0 1,6 -5,9 187 179
Industrie -0,6 4,8 3,2 -3,4 398 397
Construction -0,7 7,1 3,3 2,7 604 640
Services 1,6 3,6 2,4 1,9 5 872 6 126
- dont privés 0,8 4,4 1,9 1,8 3 697 3 835
- dont administrés 2,9 2,3 3,3 1,9 2 175 2 291

Masse salariale 1,3 3,6 2,5 2,5 4 069 4 277
Évolutions en valeur
Excédent brut d'exploitation 5,0 6,8 2,0 - 2 500 2 551
Revenu disponible brut des ménages 3,0 5,9 3,9 - 5 629 5 843
* RD : Résultats détaillés ; RI : Résultats intermédiaires ; PR : Premiers résultats
La valeur ajoutée par grands secteurs Bibliographie
d’activité « Les comptes économiques des DOM »,
La valeur ajoutée globale progresse de 2,6 % en consultables sur www.insee.fr/guadeloupe
volume (après 3,6 % en 2005). C’est le résultat « La Guadeloupe en 2006 », rapport annuel de
d’une évolution modérée de l’ensemble des l’IEDOM – juin 2007
secteurs d’activité. L’industrie et la construction
« L’année économique et sociale 2006 en
sont en hausse respective de 3,2 % et 3,3 %,
Guadeloupe», Antiane-Eco n°69, Insee – septembre après avoir enregistré en 2005 des résultats
2007
exceptionnels (respectivement 4,8 % et 7,1 %).
Le secteur tertiaire continue de progresser Les publications CEROM aux Antilles-Guyane
(+2,4 % après +3,6 % en 2005). L’agriculture se
Guadeloupe rétablit (+1,1 %) après deux années
consécutives de forte baisse. « Une économie en déficit…d’image » – juin 2004
« Après le trou d’air, un rétablissement délicat» - Les prix
septembre 2006
Le prix du PIB, augmente de 1,4 % en 2006
Martinique après +2,1 % en 2005. De même, la hausse des
prix des dépenses de consommation des « L’économie martiniquaise au passage de 2000 :
ménages ralentit (+2,4 % après +3,2% en 2005). une trajectoire vertueuse ? » - juin 2005
« L’investissement, pilier de la croissance Les salaires
martiniquaise » - septembre 2006 La masse salariale progresse à un rythme moins
« Les entreprises de Martinique » - septembre 2007
élevé qu’en 2005 : +2,5 % en volume après
+3,6 %.
A paraître :
Le bilan macroéconomique de la Guyane

Des comptes rapides construits avec le modèle TABLO-Guadeloupe
Le modèle TABLO-Guadeloupe est un modèle macro-économétrique, de type keynésien, dit « quasi-comptable ». il
permet de projeter les comptes économiques d’une année donnée à partir d’hypothèses d’évolutions de l’offre et de la
demande de biens et services. En Guadeloupe, ce modèle est construit avec 25 branches et 25 produits. Il est basé
sur le TES (Tableau des Entrées-Sorties) de la Comptabilité Nationale. Ces relations comptables permettent d’assurer
la cohérence du modèle en décrivant les équilibres nécessaires entre les ressources et les emplois pour chaque
opération. La projection du compte se fait selon la méthode de Léontieff, fondée sur les interactions entre branches, et
celle de Keynes, fondée sur l’interaction revenu-consommation.
4

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.