Les délocalisations au coeur de l'expansion du commerce extérieur chinois

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Dans les années 90, l'afflux d'investissements étrangers a créé en Chine des industries très dynamiques qui ont accéléré la croissance économique et qui lui ont assuré des gains de parts de marchés spectaculaires dans les échanges mondiaux. La participation croissante de la Chine au commerce international a été directement liée à son insertion dans une division internationale des processus de production en Asie. Les stratégies de délocalisation des firmes étrangères ont développé sur le continent des entreprises exportatrices qui, initialement cantonnées à un rôle d'atelier d'assemblage, semblent gagner progressivement une maîtrise plus complète des processus de production et de commercialisation. L'ouverture internationale de la Chine a cependant ses limites. Elle est circonscrite géographiquement aux régions côtières. Cette fracture géographique en révèle une plus profonde. L'expansion du commerce extérieur chinois est d'abord le fait des entreprises à capitaux étrangers implantées en Chine, puis des entreprises chinoises ayant des contrats de sous-traitance avec des partenaires extérieurs. Les échanges relevant du commerce ordinaire, c'est-à-dire les opérations non liées d'exportation et d'importation, réalisées par les entreprises chinoises, ont connu une progression modeste au cours des années 1994-1998, indiquant que la capacité à percer dans la concurrence internationale est loin d'être la caractéristique de l'ensemble du tissu industriel chinois. Le commerce extérieur de la Chine s'est ainsi développé sur un mode dualiste. Sa composante dynamique est constituée d'industries internationalisées issues des spécialisations chinoises sur certains segments de production. La composante traditionnelle des échanges est plus inerte et reflète la protection du marché intérieur et la faible compétitivité des entreprises chinoises intégrées dans les chaînes de production locales.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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COMMERCE EXTÉRIEUR
Les délocalisations au cœur de
l’expansion du commerce
extérieur chinois
Françoise Dans les années 90, l’afflux d’investissements étrangers a créé en Chine des
Lemoine* industries très dynamiques qui ont accéléré la croissance économique et qui lui ont
assuré des gains de parts de marchés spectaculaires dans les échanges mondiaux.
La participation croissante de la Chine au commerce international a été
directement liée à son insertion dans une division internationale des processus de
production en Asie. Les stratégies de délocalisation des firmes étrangères ont
développé sur le continent des entreprises exportatrices qui, initialement
cantonnées à un rôle d’atelier d’assemblage, semblent gagner progressivement
une maîtrise plus complète des processus de production et de commercialisation.
L’ouverture internationale de la Chine a cependant ses limites. Elle est
circonscrite géographiquement aux régions côtières. Cette fracture géographique
en révèle une plus profonde. L’expansion du commerce extérieur chinois est
d’abord le fait des entreprises à capitaux étrangers implantées en Chine, puis des
entreprises chinoises ayant des contrats de sous-traitance avec des partenaires
extérieurs.
Les échanges relevant du commerce ordinaire, c’est-à-dire les opérations non liées
d’exportation et d’importation, réalisées par les entreprises chinoises, ont connu
une progression modeste au cours des années 1994-1998, indiquant que la capacité
à percer dans la concurrence internationale est loin d’être la caractéristique de
l’ensemble du tissu industriel chinois. Le commerce extérieur de la Chine s’est
ainsi développé sur un mode dualiste. Sa composante dynamique est constituée
d’industries internationalisées issues des spécialisations chinoises sur certains
segments de production. La composante traditionnelle des échanges est plus inerte
et reflète la protection du marché intérieur et la faible compétitivité des
entreprises chinoises intégrées dans les chaînes de production locales.
*Françoise Lemoine a dynamique du commerce international politique commerciale suivie par la Chine depuis
appartient au Centre L de la Chine depuis une décennie s’expli- le milieu des années 80 qui a encouragé le déve-
d’Études Prospectives
que très largement par les délocalisations in- loppement d’industries extraverties (reposantet d’Informations Inter-
nationales (CEPII). dustrielles opérées par les entreprises des pays sur la transformation de produits intermédiai-
voisins dans les régions côtières chinoises. res importés et destinés à être réexportés) et,
Les noms et dates entre
L’intégration des industries chinoises dans les d’autre part les stratégies des firmes des pays
parenthèses renvoient à
réseaux de production et d’échanges asiatiques asiatiques les plus développés, confrontés aula bibliographie en fin
d’article. résulte d’une convergence entre, d’une part la renchérissement des coûts de production dans
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327 1999 - 6/7 53les industries intensives en main-d’œuvre. en mettant en place des mesures pour surmon-
L’essor du commerce extérieur chinois a été ter le handicap qu’implique cette protection.
porté par l’activité des entreprises étrangères qui Ordinairement, les régimes commerciaux qui
ont transplanté en Chine leurs opérations d’as- maintiennent des barrières à l’importation afin
semblage et de transformation afin de conserver à de protéger le marché intérieur ont indirecte-
leurs produits un avantage dans la concurrence ment pour effet de décourager l’exportation, au
internationale. moins pour deux raisons : d’une part, la protec-
tion renchérit le coût des équipements et des
Ces transferts de capacités de productions produits intermédiaires importés nécessaires au
industrielles de pays d’Asie sur le continent développement d’industries exportatrices com-
chinois ont un effet déterminant sur la géogra- pétitives ; d’autre part, elle conduit générale-
phie du commerce extérieur de la Chine, sur ses ment à des niveaux de prix internes supérieurs
performances sur les grands marchés d’expor- aux prix mondiaux pour les produits potentiel-
tation, sur sa balance commerciale globale lement exportables, ce qui a pour conséquence
comme sur les soldes bilatéraux. L’importance de détourner les producteurs de l’exportation et
prise par ces délocalisations contribue aussi à de renforcer l’attrait du marché intérieur.
expliquer que la compétitivité chinoise ait été
jusqu’ici relativement peu affectée par la forte Les politiques commerciales suivies par les
appréciation du taux de change réel du yuan pays d’Asie ont donc visé généralement à isoler
depuis 1994. les industries exportatrices de l’impact des me-
sures protectionnistes, en les faisant bénéficier
Les délocalisations ont aussi des implications de réductions ou d’exemptions de droits de
majeures sur l’évolution des déséquilibres régio- douanes pour leurs importations. C’est précisé-
naux en Chine. Les investissements étran- ment ce qui caractérise le régime commercial
gers ont été concentrés sur la façade maritime de la Chine encore au milieu des années 90 :
du pays et ont ainsi contribué à un développe- maintien de barrières tarifaires et non tarifaires
ment économique accéléré des provinces côtiè- à l’importation, associé à de larges exemptions
res, fondé sur des industries qui sont désormais pour les industries exportatrices.
partie prenante dans la segmentation interna-
tionale des processus de production, mais qui
sont peu intégrées avec le reste de l’économie Promotion des industries exportatrices
chinoise.
Dès ses débuts, la politique d’ouverture a eu
Les statistiques douanières chinoises fournis- comme priorité de renforcer et diversifier les
sent, pour la période récente (1994-1998), des capacités d’exportation de la Chine. Mécanis-
données sur les différents segments du commerce mes d’incitation spécifiques et politique de
extérieur chinois et permettent d’identifier les change ont concouru à cet objectif. Pendant
flux d’échanges liés aux délocalisations (1). toute la période où a prévalu l’inconvertibili-
té de la monnaie chinoise (jusqu’au milieu
des années 90), le droit pour les entreprises ex-
portatrices de disposer d’une fraction de leurs
recettes en devises a été un puissant moyen deUne politique commerciale
stimuler l’exportation. Modulés par secteur etinspirée du modèle asiatique
par région, ces taux de rétention ont été un ins-
trument au service d’objectifs visant à encoura-
a politique commerciale suivie par la ger les secteurs nouveaux d’exportationL Chine depuis 1979 fait apparaître de for- (industries mécaniques) et à encourager la pro-
tes similitudes avec celles mises en œuvre dans pension à exporter des régions les mieux pla-
les pays d’Asie orientale dans les années 60 et cées (les zones côtières ouvertes). De 1979 à
dans les pays d’Asie du Sud-Est depuis le début 1993, les autorités ont mené une politique
des années 80. Ces pays ont adopté des politi- de dévaluation de la monnaie associée à une
ques commerciales qui se caractérisent par « la libéralisation très progressive du marché des
coexistence singulière d’une orientation à l’ex-
portation et du maintien d’une protection à
l’importation » (Flatterset Harris, 1994). La logique 1.Certes, les statistiques douanières ont leurs limites et elles ne
reflètent pas toujours la réalité des échanges, en raison dede ces politiques commerciales a consisté à
pratiques répandues comme la sous-facturation des
maintenir des politiques de protection du marché exportations, la surfacturation des importations et les
intérieur, pendant plus ou moins longtemps, tout importations de contrebande.
54 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7Graphique Ichanges. La dévaluation nominale du taux de
Taux de change effectif réel du yuanchange officiel et l’utilisation de plus en plus
1978-1998*large des taux de change déterminés sur les
marchés de swap (2) ont conduit à une très forte
dépréciation du yuan en termes réels. L’évolu-
tion du taux de change effectif réel de 1980 à
1993 montre que le yuan a été déprécié de 70 %.
En 1994, le taux de change officiel a été aligné
sur celui des marchés de swap, un marché des
changes unifié a été établi, et une convertibilité
limitée aux opérations commerciales est entrée
en vigueur en 1996. Depuis 1994, le taux de
change nominal est maintenu stable par les
autorités, ce qui entraîne une tendance à l’appré- * Une augmentation correspond à une dépréciation.
Sources : (Guillaumont-Jeanneney et Ping Hua, 1998 ; Dées etciation du taux de change réel. En 1998, celui-ci
Lemoine,1999).
se retrouve à son niveau du milieu des années
80 (cf. graphique I).
Par ailleurs, une politique spécifique a été mise ont orienté l’activité des investisseurs étrangers
en place pour favoriser le développement d’in- vers les activités exportatrices. À partir de
dustries extraverties, fondées sur la transforma- 1986, l’ouverture de marchés de change locaux,
tion de produits importés pour être réexportés. puis, en 1996, l’introduction de la convert-
Les matériaux et composants importés sont ibilité du yuan pour les opérations commercia-
exemptés de droits de douanes. Dans un contexte les ont atténué la contrainte sur l’équilibre des
de tarifs douaniers élevés (cf. infra), ces opérations en devises. La commercialisation de
mesures se sont révélées très efficaces et les leurs produits sur le marché chinois est restée sou-
opérations internationales de sous-traitance et mise à l’agrément des autorités chinoises, qui
d’assemblage ont connu un développement très l’octroient aux productions venant en substitu-
rapide. Ces exemptions en faveur d’industries tion des importations (Kueh, 1992). Au début
extraverties sont au cœur de la stratégie d’in- des années 90, ce principe a été assoupli et les
dustrialisation accélérée des régions côtières sociétés à capital étranger peuvent commercia-
énoncée par le gouvernement chinois en 1987 liser une fraction de leur production sur le
qui prônait le développement d’activités expor- marché chinois (Huchet et Xiangjiun, 1996).
tatrices à fort contenu en importations.
Les investissements directs étrangers en Chine
ont connu un démarrage assez lent avant de
L’attrait de la Chine prendre de l’ampleur dans la deuxième moitié
pour les investisseurs étrangers des années 80 et d’enregistrer une « explosion »
à partir de 1992. L’attrait du territoire chinois
La politique à l’égard des investissements pour les investisseurs étrangers s’est amplifié
étrangers, autorisés en 1979, a eu un double au début des années 90 pour plusieurs raisons :
objectif : promouvoir les industries exportatri- d’une part, l’évolution de la situation macro-
ces et développer les productions venant en économique en Chine marquée par la reprise de
substitution des importations (c’est-à-dire la croissance et la dévaluation du yuan ; d’autre
les productions locales destinées à réduire part, l’abaissement des barrières institutionnel-
les besoins d’importation). Des dispositions les grâce à la relance des réformes économi-
préférentielles en matière tarifaire et fiscale ques, à l’ouverture de nouveaux secteurs aux
s’appliquent aux entreprises à capitaux étran- investissements directs (commerce de détail,
gers (exemptions de droits de douanes sur les secteur financier) et aux possibilités accrues de
équipements importés, exemptions et réduc- commercialisation sur le marché intérieur.
tions de l’impôt sur les bénéfices). En même
temps, leur activité est restée soumise à de fortes
contraintes. Dès le début, l’activité des sociétés
à capital mixte était subordonnée à leur capaci-
té à exporter : l’absence de convertibilité, 2. Il s’agit de centres locaux (une centaine, non interconnectés)
où s’ajustent les offres et les demandes de devises desl’obligation d’équilibrer leurs comptes en devises
entreprises. À la fin de 1992, le taux de change moyen du yuan
et l’interdiction de commercialiser leurs pro- sur ces marchés était déprécié d’environ 25 % par rapport au
duits sur le marché intérieur, sauf dérogation, taux officiel.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327 1999 - 6/7 55Compte tenu des dispositions qui encadrent produits, quotas. Malgré la réduction progres-
l’activité des entreprises étrangères implan- sive de ces barrières non tarifaires, leur équiva-
tées en Chine, celles-ci ont traditionnel- lent tarifaire était encore de 9,3 % en 1996
lement deux stratégies alternatives, qui (Banque mondiale, 1997).
dépendent du secteur dans lequel elles opè-
rent : la production pour le marché chinois Les tarifs douaniers, qui sont restés long-
dans les secteurs où les autorités chinoises temps très élevés, ont été progressivement
veulent développer les productions locales au abaissés de 32 % en 1992, à 17 % en 1997
détriment des importations et qui sont généra- (moyenne pondérée), mais ils comportent
lement des industries à fort contenu en capital d’importants « pics » tarifaires. En fait, ce régime
ou technologie (automobile, équipement de tarifaire s’applique seulement aux importa-
télécommunication) ; la production pour l’ex- tions destinées au marché intérieur car,
portation dans les secteurs où les faibles comme on l’a vu, les importations de produits
coûts de production en Chine constituent destinés à être réexportés après transforma-
pour elles un moyen d’améliorer leur compé- tion entrent en Chine sans droits de douanes.
titivité sur les marchés extérieurs. Cepen- Il en est de même pour les équipements im-
dant, dans une perspective de long terme, ces portés par les entreprises qui se livrent à ce
deux stratégies peuvent être plus complémen- type d’opérations et pour les biens importés
taires qu’exclusives. En particulier, les in- par les sociétés à capitaux étrangers au titre
vestissements directs dans les industries d’investissement initial.
exportatrices sont aussi un moyen de prendre
pied sur le marché intérieur à la faveur des Le régime d’importation a ainsi un caractère
mesures qui ont, au cours des années 90, pro- dualiste marqué, qui lui permet de concilier
gressivement libéralisé la commercialisation protection du marché intérieur et encourage-
des productions sur le marché intérieur. ment des activités exportatrices basées sur la
transformation de produits importés.
Entre protection et ouverture
Un commerce extérieur segmenté
Depuis 1979, l’organisation des relations écono- selon les régimes douaniers
miques extérieures, jusque-là très fortement cen-
tralisée, a obéi au mouvement de décentralisation Le commerce extérieur chinois apparaît ainsi
et de libéralisation qui a marqué l’ensemble du composé de plusieurs segments : les exemp-
système économique chinois. Le monopole du tions tarifaires accordées à certaines catégories
commerce extérieur a été fortement entamé par la d’opérations commerciales conduisent à les
multiplication de nouveaux acteurs habilités à distinguer des opérations soumises au régime
intervenir dans ce domaine : sociétés de commerce général ; les conditions particulières dans les-
extérieur créées sous la tutelle des autorités régio- quelles opèrent les entreprises étrangères en
nales ou locales, entreprises de production ayant Chine amènent aussi à différencier leur rôle de
le droit de commerce extérieur, sociétés à capi- celui des entreprises chinoises dans les échan-
taux étrangers. Toutefois, l’entrée dans les activi- ges extérieurs.
tés de commerce extérieur reste soumise à
autorisation. Seul un petit nombre d’entreprises L’existence de régimes douaniers spécifiques
privées ont été autorisées récemment à exporter et permet d’identifier quatre grands segments :
importer directement. 1) le commerce « ordinaire » : les exportations
et les importations qui relèvent du régime doua-
L’accès au marché intérieur chinois est resté as- nier général ;
sujetti à de multiples interventions administrati- 2) les exportations et importations effectuées
ves. Avant l’introduction de la convertibilité de dans le cadre d’opérations d’assemblage ou de
la monnaie pour les opérations commerciales sous-traitance et qui bénéficient, à ce titre,
au milieu des années 90, l’accès aux devises d’exemptions douanières et fiscales. Exporta-
étrangères était un moyen de contrôle sur les tions et importations sont liées ; ni les produits
importations. Le régime des importations com- intermédiaires importés, ni les produits finis
porte encore des dispositifs de contrôle direct et n’entrent en règle générale sur le marché inté-
indirect : monopole d’État sur le commerce de rieur ;
certains produits (agricoles notamment), licen- 3) les importations réalisées par les firmes
ces d’importation, droit exclusif donné à certai- étrangères au titre de l’investissement direct :
nes sociétés d’importer certaines catégories de cette contribution « en nature » au capital prend
56 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7généralement la forme de machines et équipe- Les délocalisations moteur du
ment, qui entrent aussi en franchise douanière ;
commerce extérieur
4) les autres types de transactions (commerce
de compensation, d’entrepôt, échanges fron-
taliers) dont le poids est relativement faible. a composition du commerce extérieur chi-L nois peut être regardée en fonction du double
Au sein de ces différents régimes douaniers, on critère des régimes douaniers et des types d’entre-
peut identifier la contribution des différentes prises (cf. tableau 1). Cela permet d’identifier pré-
catégories d’entreprises en distinguant : cisément les différentes formes que prennent les
1) les filiales d étrangères : celles-ci délocalisations en Chine et leur poids dans l’en-
incluent différents types d’entreprises, à capital semble du commerce extérieur chinois.
mixte et à capital 100 % étranger ;
2) les entreprises d’État chinoises : celles-ci Le commerce « ordinaire » constitue, en 1998,
regroupent d’une part les corporations de com- une part minoritaire des échanges totaux de la
merce extérieur qui agissent comme intermé- Chine (31 % des importations et 40 % des
diaire obligé entre la plupart des entreprises de exportations). Ce commerce est essentielle-
production et les partenaires extérieurs, et com- ment le fait des entreprises chinoises qui réali-
mercialisent donc la majorité des produits des sent les trois quarts des exportations comme
entreprises chinoises (publiques, collectives et des importations ordinaires, les filiales étrangè-
privées), et d’autre part les entreprises d’État res ayant une part marginale.
autorisées à faire des transactions directement
avec l’étranger ;
Assemblage et sous-traitance3) les autres entreprises intervenant dans les
échanges extérieurs (entreprises collectives et représentent la moitié des échanges
autres) qui ont un rôle marginal. extérieurs
Par souci de simplicité, seules les deux premiè- Les opérations d’assemblage et sous-traitance
res catégories sont analysées ici. constituent environ la moitié des échanges
Tableau 1
Distribution des échanges extérieurs chinois par types d’entreprises et régimes douaniers en
1998
A - Exportations
En %
Exportations 100
Assemblage et sous-traitance Autres
Ordinaires 40,4
56,8 2,7
Entreprises Entreprises à Entreprises Entreprises à
Sous-traitance Transformation et assemblage
chinoises cap. étrangers chinoises cap. étrangers
16,7 40,1
34,8 5,6 2,0 0,8
Entreprises Entreprises à Entreprises Entreprises à
chinoises cap. étrangers chinoises cap. étrangers
12,8 3,9 6,4 33,7
B - Importations
En %
Importations 100
Participation au
Ordinaires Assemblage et sous-traitance Autres
capital
31,1 48,9 9,6
10,3
Entreprises Entreprises à Entreprises à Entreprises Entreprises à
Sous-traitance Assemblage
chinoises cap.étrangers cap. étrangers chinoises cap.
14,2 34,7
24,3 6,8 10,3 6,5 étrangers 3,1
Entreprises Entreprises à Entreprises Entreprises à
chinoises cap. étrangers chinoises cap. étrangers
10,6 3,6 3,9 30,8
Sources:Douanes chinoises.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327 1999 - 6/7 57extérieurs et elles se réalisent sous deux moda- la province de Canton et Hong-Kong notam-
lités différentes : la plus importante est le com- ment) peut conduire le produit à passer plu-
merce d’assemblage, qui correspond aux sieurs fois la frontière à différents stades de sa
opérations pour lesquelles l’entreprise exporta- fabrication.
trice du continent se procure elle-même les im-
portations nécessaires et commercialise le Sur cette période, le commerce « ordinaire »
produit fini. Ce commerce est essentiellement enregistre une progression modérée, nette-
le fait des firmes étrangères implantées en ment en retrait par rapport au dynamisme des
Chine. L’autre modalité est la sous-traitance opérations d’assemblage et de sous-traitance.
où, dans le cadre d’arrangements contractuels, Cette divergence d’évolution a été accentuée,
les produits importés pour transformation et en 1998, par la crise asiatique, dont les effets
exportation sont apportés par un fournisseur se sont principalement fait sentir sur le com-
extérieur, propriétaire des inputs et des produits merce « ordinaire ». En fait, sur l’ensemble
finis, qui assure la définition du produit fini et de la période 1994-1998, l’appréciation du
sa commercialisation. Cette sous-traitance est taux de change réel du yuan a impliqué une
principalement le fait des entreprises chinoises. perte de compétitivité qui a affecté les expor-
(cf. tableau 1). tations « ordinaires », alors que les exporta-
tions de sous-traitance et assemblage y ont
La délocalisation sur le continent d’activités étépeu sensiblesenraisondufortcontenu
industrielles prend ainsi deux formes : elle en importations de ces exportations (Dées et
passe soit par l’implantation en Chine de filia- Lemoine, 1999).
les d’entreprises étrangères faisant de la
transformation de produits importés pour la Dans la progression des échanges, les entrepri-
réexportation, soit par des contrats de sous- ses à capitaux étrangers jouent un rôle moteur :
traitance dans lesquels la firme extérieure elles contribuent à la quasi-totalité de la pro-
intervient comme donneur d’ordre à une gression des importations et à près des trois
entreprise chinoise et à qui elle fournit les inputs quarts de la progression des exportations chi-
nécessaires et les débouchés. Dans les deux noises depuis 1994. Leur poids dans les échan-
cas ce sont les stratégies des entreprises ges extérieurs s’est ainsi considérablement
étrangères qui déterminent la position de la accru, passant, entre 1994 et 1998, de 29 % à
Chine dans la segmentation internationale 44 % des exportations et de 45 % à 55 % des
des processus de production. importations. Elles réalisent l’essentiel de leurs
performances dans les activités extraverties,
Dans les importations, à côté des importa- mais elles interviennent aussi de plus en plus
tions « ordinaires » et des importations pour sur le segment des opérations « ordinaires », ce
assemblage et sous-traitance, on trouve les qui indique un progrès de leur intégration dans
importations faites au titre d’investissements le tissu industriel chinois.
directs par les entreprises à capitaux étran-
gers implantées en Chine. Celles-ci représen- Les entreprises chinoises perdent nettement
tent un dixième des importations totales en du terrain. Leurs importations, qui sont pour
1998. moitié destinées au marché intérieur (impor-
tations « ordinaires ») stagnent notamment
sous l’effet du ralentissement de la croissance
La progression des échanges imputable interne en 1997-1998. De 1994 à 1998, leurs
aux entreprises à capitaux étrangers exportations globales progressent deux fois
moins vite que celles des entreprises à capi-
Sur la période 1994-1998, les échanges liés aux taux étrangers. Au cours de cette période,
délocalisations ont assuré l’essentiel de la très leurs exportations « ordinaires » pâtissent de
rapide croissance du commerce extérieur chi- l’appréciation réelle du yuan et, en 1998, de
nois (cf. tableau 2). Les opérations d’assem- l’effondrement de la demande asiatique.
blage et de sous-traitance ont contribué à la Leurs exportations de sous-traitance se main-
majeure partie de la progression globale des tiennent relativement.
exportations (76 %) et des importations (85 %).
L’ampleur prise par les échanges liés aux délo- Les délocalisations ont donc joué un rôle déci-
calisations est sans doute d’autant plus importante sif dans l’expansion du commerce international
que la segmentation du processus de production de la Chine. Ces activités contribuent aussi lar-
entre la Chine et les partenaires extérieurs, gement à son excédent commercial au cours des
surtout quand ils sont situés à proximité (entre dernières années (cf. tableau 3).
58 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7Tableau 2
Distribution du commerce extérieur chinois par types d’entreprises et régimes douaniers
Contribution à la Croissance
Distribution (en %)
croissance (en %) (1994=100)
Exportations 1994 1997 1998 1994-1998 1994-1997 1994-1998 1994-1997
Exportations totales 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 150 150
Entreprises d’État chinoises 69,6 56,2 52,7 19,1 29,2 114 121
Entreprises à capitaux étrangers 28,5 41,0 44,1 74,9 66,2 233 215
Autres 1,9 2,8 3,3 6,0 4,6 257 218
Exportations ordinaires 50,7 42,7 40,4 19,9 26,5 120 126
Entreprises d’État chinoises 46,6 35,9 32,9 5,9 14,4 106 115 à capitaux étrangers 3,4 5,4 5,6 10,1 9,4 250 239
Autres 0,8 1,4 1,8 3,9 2,7 359 272
Assemblage 31,9 38,4 40,1 56,4 51,4 189 180
Entreprises d’État chinoises 8,1 6,4 5,9 1,6 3,0 110 119 à capitaux étrangers 23,6 31,6 33,7 53,9 47,7 215 200
Autres 0,3 0,4 0,5 0,9 0,7 271 224
Sous-traitance 14,6 16,1 16,7 21,0 19,1 172 165
Entreprises d’État chinoises 13,1 12,2 12,2 10,6 10,5 141 140 à capitaux étrangers 1,5 3,4 3,9 8,7 7,1 389 331
Autres 0,0 0,5 0,6 1,7 1,6 n.s. n.s.
Autres exportations 2,7 2,8 2,7 2,8 3,0 151 154
Entreprises d’État chinoises 1,8 1,7 1,6 1,1 1,4 129 138 à capitaux étrangers 0,1 0,7 0,8 2,3 2,0 2 291 1 977
Autres 0,9 0,5 0,4 - 0,6 - 0,4 66 78
Importations
Importations totales 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 121 123
Entreprises d’État chinoises 52,2 42,8 42,8 - 1,6 2,5 99 101 à capitaux étrangers 45,8 54,6 54,7 97,0 92,8 145 147
Autres 2,1 2,6 2,5 4,6 4,7 147 153
Importations ordinaires 33,2 27,4 31,1 21,6 2,6 114 102
Entreprises d’État chinoises 28,6 20,9 23,6 0,0 - 12,6 100 90
Entreprises à capitaux étrangers 3,9 6,0 6,8 20,7 14,8 212 187
Autres 0,6 0,6 0,7 0,9 0,3 132 113
Assemblage 28,2 34,7 34,7 66,2 63,1 150 152
Entreprises d’État chinoises 5,1 4,3 3,6 - 3,5 0,6 86 103 à capitaux étrangers 22,8 30,1 30,8 68,9 62,1 164 163
Autres 0,3 0,2 0,3 0,8 0,5 200 166
Sous-traitance 13,1 13,3 14,2 19,4 14,1 131 138
Entreprises d’État chinoises 11,3 9,4 10,1 4,4 1,3 108 103 à capitaux étrangers 1,5 3,4 3,6 13,4 11,3 285 270
Autres 0,2 0,5 0,5 1,6 1,4 251 249
Contributions au capital des filiales étrangères 17,5 12,6 10,3 - 23,4 - 8,7 72 89
Autres importations 8,2 12,1 9,6 16,2 28,9 142 160
Entreprises d’État chinoises 7,1 8,2 5,4 - 2,5 13,1 92 143
Entreprises à capitaux étrangers 0,1 2,6 3,1 17,5 13,3 5 310 4 427
Autres 1,1 1,3 1,1 1,3 2,5 125 153
n.s. : non significatif.
Sources : China’s Customs Statistics (différents numéros) et calculs de l’auteur.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327 1999 - 6/7 59Tableau 3
Solde du commerce extérieur chinois par régimes douaniers
En millions de dollars
1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
Commerce total 4 322 - 12 187 5 346 16 692 12 229 40 422 43 591 ordinaire 9 992 5 148 23 218 28 005 23 281 38 940 30 585
Assemblage et sous-traitance 8 088 7 880 9 413 15 334 22 059 30 603 35 011
Autres - 13 758 841 - 27 285 - 26 647 - 33 111 - 29 121 - 22 005
Sources : China’s Customs Statistics (différents numéros) et calculs de l’auteur.
1998). Plusieurs explications non exclusivesLa Chine est devenue un vaste atelier
les unes des autres peuvent là aussi être avan-
La Chine est ainsi devenue un vaste atelier tra- cées. Premièrement, les entreprises étrangères
vaillant pour des entreprises étrangères à la re- privilégient les secteurs de production les
cherche d’une main-d’œuvre bon marché. Dans moins élaborées ou, plus vraisemblablement,
ce type d’activité, on peut estimer la valeur elles cantonnent leurs filiales en Chine aux sta-
ajoutée de la partie chinoise au vu du ratio entre des de fabrication les plus élémentaires.
la valeur des exportations et celle des importa- Deuxièmement, elles obtiennent une producti-
tions. À cet égard, il y a, au cours des dernières vité de la main-d’œuvre supérieure à celle des
années, une élévation remarquable de ce ratio entreprises chinoises. L’implantation de ces
qui passe de 119 en 1994 à 152 en 1998 (cf. joint ventures en Chine constituant pour la mai-
tableau 4). Plusieurs facteurs sont susceptibles son-mère un moyen de réduire ses coûts de pro-
d’expliquer le gonflement apparent de la valeur duction, la pression en ce sens peut être
ajoutée en Chine lors de ces opérations. L’une particulièrement forte. Par ailleurs, ces échan-
est l’augmentation des marges de profit et la ges intra-firme se font à des prix de transfert.
hausse des coûts de production locaux, notam- Enfin, il est possible que ces filiales de sociétés
ment des salaires, qui correspond à l’apprécia- étrangères se fournissent beaucoup moins en
tion du taux de change réel. L’autre est inputs sur le marché local que les entreprises
l’intégration croissante des processus de pro- chinoises pratiquant le même type d’activité
duction : la Chine réalise une fraction crois- ou/et qu’elles vendent sur le marché chinois
sante de la valeur ajoutée totale car elle couvre une partie des produits destinés en principe à
une succession de plus en plus longue de stades l’exportation.
de fabrication et de commercialisation, ce qui
se reflète dans une meilleure valorisation des
produits exportés. Cette interprétation est La diversification des exportations
étayée par le relatif fléchissement du rôle de
Hong-Kong dans le commerce extérieur chi- Pour la Chine, l’avantage des délocalisations
nois qui s’effectue de plus en plus directement n’a ainsi cessé de s’amplifier dans la deuxième
avec les partenaires étrangers. Les entreprises moitié des années 90. Elles contribuent non
exportatrices du continent maîtrisent davan-
tage la finition et la commercialisation de leurs
produits et une partie de la valeur ajoutée autre-
Tableau 4
fois réalisée à l’étranger est désormais localisée
Commerce d’assemblage et sous-traitancesur le continent. En 1998, la hausse brutale du
ratio exportations/importations tient aussi vrai-
Ratio exportations /semblablement à la baisse des prix des inputs
importations
importés d’Asie. Par ailleurs, les entreprises
chinoises et les entreprises à capitaux étrangers 1994 1995 1997 1998
ont des taux apparents de valeur ajoutée très
Assemblage et sous-traitance 119 126 142 152différents (cf. tableau 4). Le ratio exporta-
dont :
tions/importations est beaucoup plus élevé
entreprises chinoises 136 149 174 173
dans le cas des opérations de transformation à capitaux étrangers 109 113 134 143réalisées par les entreprises chinoises (173 en
1998) que dans le cas des opérations réalisées
Sources : China’s Customs Statistics (différents numéros) et calculs
par les filiales d’entreprises étrangères (143 en de l’auteur.
60 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7seulement à l’augmentation des revenus nets en confrontées à des augmentations de coûts sala-
devises, à la création d’emplois, mais aussi à riaux qui remettaient en question leurs avantages
l’adaptation de l’offre aux normes et aux modes comparatifs dans les industries de main-d’œuvre,
internationales. Elles ont un poids dominant un phénomène parfois renforcé, comme à
dans la plupart des principaux postes d’expor- Taïwan, par la réévaluation de la monnaie en
tation de la Chine et elles sont à l’origine de 1987. Cette conjonction a été à l’origine d’un
l’émergence de nouveaux secteurs industriels vaste mouvement de délocalisation en Chine des
d’exportation. Les exportations après assem- industries hong-kongaises, taïwanaises, sud-
blage et sous-traitance sont très concentrées sur coréennes, mais aussi japonaises (Naughton,
un petit nombre d’industries. Près de la moitié 1996). L’essor des investissements directs depuis
sont localisées dans quatre secteurs : vêtements, 1992 a amplifié considérablement ce phénomène.
articles en cuir, machines, matériel électrique.
Toutefois, alors qu’elles sont relativement en
Un nouveau partage des marchésretrait dans les catégories d’exportation tradi-
tionnelles comme les vêtements, elles prennent entre Chine et NPI
un rôle décisif dans les secteurs nouveaux
comme le matériel électrique, les articles en Les importations de produits pour assemblage
cuir, les machines ou les articles de sports (cf. et sous-traitance sont en effet dominées par les
tableau 5). Dans ces industries, les exportations fournisseurs asiatiques et notamment par cinq
de la Chine ne traduisent pas sa maîtrise de pays : le Japon, Hong-Kong, Taïwan, la Corée
l’ensemble des stades de production mais reflè- du Sud et Singapour (cf. tableau 6). En 1997,
tent la délocalisation sur le continent de segments plus des deux tiers des produits que la Chine
abandonnés par les pays plus industrialisés importe pour assemblage et sous-traitance
d’Asie. viennent de ces pays et ces opérations sont, pour
l’essentiel, aux mains de leurs usines et filiales
implantées en Chine. Les productions issues de
ces délocalisations sont réimportées par les pays
partenaires ou plus généralement exportées versLa géographie du commerce
les pays tiers. Les conséquences en sont visi-extérieur chinois
bles tout d’abord sur les grands marchés que
sont les États-Unis et le Japon. Les performan-
a politique d’ouverture de la Chine s’est ces respectives des différents exportateurs asia-L trouvée en phase avec la stratégie des tiques montrent que les exportations chinoises
firmes asiatiques à la fin des années 80. Les se substituent à celles de la première génération
économies industrialisées d’Asie ont été des NPI dans les années 90. Les gains de la
Tableau 5
Assemblage et sous-traitance dans les exportations de la Chine en 1996
En %
Structure des exportations (1)
Part de l’assemblage et
Secteurs
sous-traitance
Ensemble des exportations Assemblage et sous-traitance
Industrie 100,0 100,0 60,6
Industrie manufacturière 95,5 99,0 62,9
Vêtements 16,7 15,9 57,5
Machines électriques< 14,8 21,4 87,8
Cuirs et articles en cuir 9,2 11,4 75,7
Machines 7,8 9,6 74,4
Chimie de base 5,5 1,4 15,5
Industrie textile 4,9 3,3 41,1
Métallurgie ferreuse 4,6 4,2 56,1
Articles de sport 4,4 6,0 82,4
Industrie alimentaire 4,4 2,4 33,3
Instruments 3,8 5,4 85,6
10 premiers postes 76,0 81,1 64,6
1. Sélection des 10 principaux postes d’exportation.
Sources : ITC (cf. bibliographie) et calculs de l’auteur.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327 1999 - 6/7 61Chine se font principalement au détriment de achats à la Chine, le continent est exclusive-
Hong-Kong, de la Corée du Sud, de Taïwan et ment une base d’exportation vers les pays tiers
de Singapour, reflétant le transfert sur le conti- et les opérations d’assemblage et sous-traitance
nent des productions concernées (cf. graphi- sont pour l’île une source d’excédents massifs
ques II et III). La progression de la Chine n’a dans son commerce bilatéral avec la Chine. La
pas provoqué de pertes de marché pour la réimportation de produits assemblés en Chine
seconde génération de NPI (Indonésie, Malaisie, reste aussi très faible pour la Corée du Sud qui
Philippines et Thaïlande), qui progresse aussi, dégage des excédents commerciaux dans les opé-
ce qui tend à disqualifier l’interprétation selon rations d’assemblage et sous-traitance avec la
laquelle la concurrence chinoise a contribué Chine. Le Japon, fournisseur le plus important
aux difficultés économiques dans ces pays. Il de la Chine pour ce type d’opérations, réim-
n’y a pas eu d’effet d’éviction des nouveaux porte une fraction relativement importante des
pays émergents, sauf à faire l’hypothèse qu’ils productions délocalisées et il a, avec la Chine,
auraient progressé davantage en son absence des échanges relativement équilibrés. Les sol-
(Fernald et al., 1998). des excédentaires enregistrés par la Chine avec
les pays européens et les États-Unis dans ce
Ces délocalisations ont aussi des conséquences type d’échanges montrent que ces derniers ont
directes sur les balances commerciales bilatéra- été les principales cibles des délocalisations
les de la Chine. Les opérations d’assemblage et asiatiques, d’autant plus qu’environ la moitié
sous-traitance engendrent pour la Chine des des réexportations par Hong-Kong de produits
excédents massifs avec les États-Unis et chinois leur est destinée.
l’Union européenne. Ceux-ci contrastent avec
les déficits massifs ou les excédents modestes Les délocalisations sous-tendent ainsi des cou-
enregistrés avec les pays d’Asie, à l’exception rants d’échanges massifs entre l’Asie, la Chine
de Hong-Kong qui joue un rôle d’intermédiaire et les pays occidentaux, sur un mode triangu-
et qui fait écran entre la Chine et ses partenai- laire : les entreprises asiatiques approvision-
res. La réallocation des échanges de Hong- nent la Chine en produits intermédiaires et
Kong avec la Chine en fonction de leur origine composants ; la Chine réexporte les produits
et de leur destination finale augmenterait les transformés principalement vers les États-
importations de la Chine en provenance d’Asie Unis, l’Europe et le Japon.
et ses exportations vers l’Europe et l’Amérique
du Nord. L’asymétrie des soldes bilatéraux
La Chine : base de production ous’en trouverait encore plus accentuée. La confi-
guration des soldes commerciaux confirme que marché d’exportation ?
les délocalisations asiatiques ont été guidées
avant tout par des considérations de compétiti- Ce sont leurs délocalisations industrielles en
vité sur les marchés tiers. Les stratégies des dif- Chine qui confèrent aux pays asiatiques leurs
férents pays asiatiques peuvent être fortes positions dans les importations chinoi-
caractérisées au vu des soldes commerciaux bi- ses. Très présents sur le segment de l’assem-
latéraux générés par ces opérations (cf. tableau blage et de la sous-traitance, ils sont peu
6). Pour Taïwan, qui limite au minimum ses représentés sur le segment des importations
Graphique II Graphique III
Parts de la Chine et des autres pays asiatiques Parts de la Chine et des autres exportateurs
dans les importations des États-Unis en asiatiques dans les importations du Japon
produits manufacturés en produits manufacturés
Source : CEPII, base de données Chelem. Source : CEPII, base de données Chelem.
62 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7

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