Les évolutions de la conjoncture industrielle 1962-1996

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Depuis le début des années soixante, la conjoncture industrielle française a évolué suivant quatre phases successives. La première, jusqu'en 1973, correspond à l'apogée des « trente glorieuses ». La croissance de la production industrielle fut forte mais heurtée. Pendant la période des chocs pétroliers, l'industrie subit de fortes tensions sur ses prix de vente. Ensuite, une politique de rigueur ouvrit une période d'assainissement pour les entreprises (1983-1987). Depuis lors, la conjoncture industrielle française s'est progressivement mise en phase avec les fluctuations cycliques de ses partenaires européens.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 480 AOÛT 1996
PRIX : 14F
LES EVOLUTIONS DE LA
CONJONCTURE INDUSTRIELLE
1962 1996
Laurent Auzet et Jean-MarieFour nier, Division enquêtes de conjoncture, Insee
5,6% par an en moyenne). Toutefois, cetteepuis le début des années
croissance fut particulièrement heurtée
soixante, la conjoncture indus- (graphique 1) : à des périodes d’intenseD trielle française a évolué suivant activité succédèrent de forts ralentisse-
ments, liés aux effets des politiques dequatre phases successives. La première,
stabilisation destinées à limiter les tensions
jusqu’en 1973, correspond à l’apogée des inflationnistes. Ainsi, la perte de dynamisme
« trente glorieuses ». La croissance de lade l’activité industrielle observée en 1964
résulta t elle des effets du plan de stabilisa production industrielle fut forte mais
tion mis en place en septembre 1963 (blocage
heurtée. Pendant la période des chocs des prix et strict encadrement du crédit). Le
pétroliers, l’industrie subit de fortes ten redressement de l’activité observé par les
chefs d’entreprise, de l’été 1965 à l’automnesions sur ses prix de vente. Ensuite, une
1966, témoigne d’une forte reprise de la
politique de rigueur ouvrit une période production industrielle, mais de courte du
d’assainissement pour les entreprises rée. L’activité industrielle resta ensuite bri
dée par le maintien des mesures de(1983 1987). Depuis lors, la conjoncture
stabilisation.
industrielle française s’est progressive Le retour à une forte croissance de la
ment mise en phase avec les fluctuations production industrielle n’eut lieu qu’en 1968,
le solde d’opinion concernant la tendancecycliques de ses partenaires européens.
passée de la production (Cf. encadré) attei
gnant alors son maximum historique. Ce
Dans le prolongement des années cin regain de dynamisme suivit la mise en
quante, la production industrielle connut uneplace, en fin d’année 1967, d’une politique
progression remarquable au cours de la de relance (baisse de la TVA et subventions
période 1960 1973 (avec une croissance deà l’investissement) et surtout du dénoue
Evolution de la production industrielle
Lecture : Après pondération des réponses par les chiffres d’affaires, on calcule la différence entre la proportion des entreprises déclarant leur
production en hausse au cours des trois derniers mois et celle des entreprises la déclarant en baisse. Le maximum historique se situe au
quatrième trimestre de 1968 (+37%).
Source : Enquêtes de conjoncture de l’Insee
Pendant l’année de son cinquantenaire, l’INSEE publie une série d’études rétrospectives
?
INSEE PREMIEREment de la crise sociale de 1968. La et forte inflation). L’augmentation C’est dans ce contexte qu’intervint le
production industrielle atteignit alors moyenne de la production industrielle second choc pétrolier (1979). Comme
un rythme bien supérieur à celui ne fut plus que de 1,2% par an, un tauxle premier, il eut avec retard un fort
d’avant les grèves. Des tensions infla plus de quatre fois inférieur à celui effet dépressif sur la production indus
tionnistes commencèrent à apparaître observé au cours de la période précé trielle, qui ne fléchit nettement qu’au
sur les prix de vente industriels (gra dente. Le choc pétrolier ne produisit début de l’année 1980. Là encore, des
phique 2). Pour un temps, les politi ses effets sur l’activité industrielle qu’àpoussées inflationnistes se manifestè
ques de stabilisation furent donc partir du printemps de l’année 1974. rent. En baisse continuelle, l’activité
rétablies (contrôle des changes en La production recula nettement au industrielle atteignit son point bas au
novembre 1968, blocage des prix en cours de l’année 1975, pour la premièrepremier trimestre de 1981, puis se sta
août 1969 et encadrement du crédit enfois depuis 1945. Les carnets de bilisa au deuxième trimestre, grâce
décembre 1972), suivies à chaque foiscommandes des industriels apparu notamment au ralentissement du
par un retour rapide à une forte crois rent particulièrement dégarnis, alors déstockage touchant les industries
sance de la production industrielle. que dans le même temps, les prix de des biens intermédiaires et à une légère
vente connaissaient une progression reprise de la demande des ménages.
sans précédent (supérieure à 20% en Malgré une politique de relanceLa rupture des chocs pétroliers
glissement annuel). Après un rattra- (stimulation de la demande par l’augmen (1974 1982)
page en 1976, puis une stabilisation tation des transferts sociaux, majoration
Le premier choc pétrolier (le prix du en 1977, une reprise de la crois- du SMIC et accroissement du déficit
pétrole fut multiplié par quatre en sance se manifesta en 1978, dans budgétaire), la production indus
1973) marqua l’entrée de l’industrie un environnement nettement moins trielle recula à nouveau à partir du se
française dans une période de stagfla inflationniste pour les prix de ventecond semestre 1982, jusqu’à l’été
tion (faible croissance de la productionindustriels. 1983.
De la rigueur à la reprise
Variation des prix de vente industriels (1983 1987)
Au début de l’année 1982, les ten
sions sur les prix de vente industriels
restaient fortes, avec un glissement
annuel supérieur à 10% pour la troi
sième année consécutive. La France
traversait alors une période d’inflation
généralisée, qui conduisit à des me
sures de rigueur dès la fin de l’année
1982 (blocage des prix et des salai
res jusqu’en novembre 1982, hausse
de la TVA). Elles se traduisirent par
un net resserrement de la demande
des ménages. Les tensions se dissi
pèrent en fin de période avec les ef Lecture : Moyenne, pondérée par par le chiffre d’affaires, des évolutions des prix de vente déclarées par les chefs d’entreprise.
fets bénéfiques du contre chocSource : Enquêtes de conjoncture de l’Insee.
pétrolier et de la forte dépréciation du
dollar. L’ajustement des effectifs, en
Evolution des effectifs industriels tamé au cours de la période précédente
pour faire face aux ralentissements
successifs de la production, fut pour
suivi et amplifié (graphique 3).
Dans le même temps, la politique
économique devint plus favorable aux
entreprises. Au début des années 80, les
industriels déclaraient en effet onnaîtrec
de graves difficultés financières qui,
contrairement à celles rencontrées pré-
cédemment, semblaient ne pas devoir
se résoudre rapidement (graphique 4).
Un certain nombre de mesures furent
alors prises (allégement important de
Lecture : Après pondération par les effectifs salariés, on calcule la différence entre la proportion des entreprises déclarant
la taxe professionnelle, taux d’intérêtque leurs effectifs ont augmenté au cours des trois derniers mois et celle des entreprises pour lesquelles ils ont diminué.
Le maximum historique se situe au troisième trimestre de 1969 (+23%). bonifiés, stabilisation des charges des
Source : Enquêtes de conjoncture de l’Insee sociétés) dont l’effet s’échelonna sur
´`toute la période. Le pourcentage d’en forme de soldes d’opinion dans le cas de montré que celles ci peuvent être, en fonc
treprises déclarant être confrontées à réponses à trois modalités (cas le plus fré tion des questions, rapprochées des taux
des difficultés de trésorerie passa ain quent). Ainsi à la question "Quelle est la de croissance trimestriels ou annuels d’in
si de 50% à 10% entre 1983 et 1987.tendance récente d’évolution de votre pro dicateurs de référence par des estimations
Ce taux n’avait jamais été aussi faible.duction au cours des trois derniers mois ?",économétriques permettant d’ étalonner les
le solde d’opinion est obtenu en faisant la soldes d’opinion ( à partir de la croissance
différence entre la proportion d’entreprises annuelle de la production, l’évolution tri Une activité de plus en plus
dont la production a augmenté et la propor mestrielle des effectifs salariés, etc.). Ceintégrée (1988 1996)
tion d’entreprises considérant qu’elle a di n’est qu’après avoir réalisé ce travail qu’il
Au cours des périodes précédentes, laminué. est possible d’utiliser les résultats de ces
croissance française avait été en Cet indicateur est un résumé très efficace enquêtes et de fournir des prévisions rela
décalage par rapport à celle de sesde l’information contenue dans une ques tivement robustes à l’horizon de deux tri
principaux partenaires européens tion qualitative à trois modalités : hausse, mestres.
(graphique 5). Ainsi, en 1983, alors stabilité et baisse (Cf. Fansten (1976)). SonD’autres questions permettent d’établir di
qu’un mouvement de reprise mondiale interprétation est toutefois délicate. Si le rectement des mesures quantitatives des
se dessinait, l’industrie française n’en solde d’opinion est à un moment donné égalévolutions de l’activité industrielle (taux
bénéficia pas immédiatement, contrai à 10%, il ne signifie pas que la production d’utilisation des capacités productives, évo
rement à ses concurrents européens. a connu une croissance de l’ordre de 10% lution trimestrielle des prix de vente indus
La reprise de la croissance industriellesur un seul trimestre: le solde d’opinion n’atriels). Lorsque cela est possible, elles sont
ne se produisit en France qu’à partir donc pas de signification en niveau. Ce sont également étalonnées par rapport à d’au
de 1985. ses évolutions au cours du temps qui peu tres indicateurs quantitatifs , afin d’éliminer
En 1987, en revanche, lorsque la vent être interprétées. Des travaux ont d’éventuels biais de réponse.
reprise mondiale s’amplifia, les en
treprises industrielles françaises en
Difficultés de trésorerie des entreprises industrielles
bénéficièrent pleinement. Elles em
bauchèrent à nouveau, tout en limitant
la hausse de leurs prix de vente. Au
cours des trois années qui suivirent
(88 90), l’industrie française renoua
avec une croissance forte (4,2% en
rythme annuel), comparable à celle de
la fin des « trente glorieuses ».
Les retournements de tendance de
ces dernières années, qu’ils soient
dus à la crise du Golfe (fin de l’année
1990 et début 1991) ou propres au
cycle conjoncturel, avec la récession
de 1993 et la reprise qui a suivi en
1994, ont affecté la France en même Lecture : Pourcentage des entreprises déclarant rencontrer des difficultés de trésorerie. Le maximum historique se situe
au troisième trimestre de 1974 (64%).temps que la plupart des pays européens.
Source : Enquête de conjoncture de l’InseeLa conjoncture industrielle française
apparaît donc aujourd’hui en phase
Evolution de la production industrielle dans les principauxays eu p ropéens avec celle de l’Union Européenne.
Pour comprendre
ces résultats
Principe de construction des soldes d’opi
nion. Pour interpréter les réponses aux en
quêtes de conjoncture, on construit des
indicateurs synthétiques combinant les
pourcentages de réponses aux différentes
modalités des questions. Ils prennent la
Lecture : Comme pour le graphique 1, les soldes d’opinion ont été ici centrés et réduits afin d’éliminer les écarts de niveau et
forme de simples proportions dans le cas
de variabilité entre les différentes séries. Pour les cinq paenairt res (Allemagne occidentale, Belgique, Italie, Pays Bas et
de réponses dichotomiques (oui non), ou la Royaume Uni), ils ont été agrégés en tenant compte de l’importance relative de chaque pays.
Sources : Insee et Commission européenne
ˆ˜Pour en savoir plus Les enquêtes d’opinion. Dès la fin des que mois auprès d’environ 4500 chefs
années 40, on a cherché à mettre en place d’entreprise, constitue l’un des princi
des enquêtes d’opinion dans le but de paux outils de la prévision conjonctu “ L’enquête mensuelle de conjoncture
prévoir l’orientation conjoncturelle de l’ac relle. Ses résultats, disponibles dès laauprès des industriels ”, C. MAL
tivité industrielle. En 1947, la revue amé fin du mois de réalisation de l’enquêteHOMME, Economie et Statistique n° 7,
ricaine Fortune réalisa, auprès de sous la forme de soldes d’opiniondécembre 1969
“ décideurs ” économiques, la première de(Cf. pour comprendre ces résultats ), dres
ces enquêtes. Toutes les questions po sent en effet un tableau complet de“ La croissance française ” , J.J. CARRE,
sées étaient qualitatives, ne comportant l’activité industrielle. Tous les domai P. DUBOIS et E. MALINVAUD, Le Seuil
que deux ou trois modalités de réponse nes y sont abordés : la production, l’uti 1972
(hausse, stabilité ou baisse). Les résultats lisation des capacités productives, le
publiés furent les taux de réponse associés àcomportement de stockage, les achats “ Le mouvement économique en
ces différentes modalités. Cesenquêtes ont de matières premières ou les variationsFrance 1949 1979 ”, séries longues ma
tout de suite connu un grand succès et ont,des prix de vente. L’expérience a mon cro économiques, INSEE, mai 1981
dès lors, été très largement développées. tré que les soldes d’opinion fournissent
une information relativement précise“ L’analyse de la conjoncture ”, J.P.
En France, l’INSEE réalisa la première une fois qu’ils ont été « étalonnés » parCLING, Collection REPÈRES La dé
enquête de ce genre en 1951, à partir d’un rapport à des indicateurs quantitatifs.couverte 1990
échantillon de près de 3000 entreprises de
différents secteurs (industrie, commerce, Harmonisée dans tous les Etats mem “ La rénovation des enquêtes de con
transports, ...). Le questionnaire compre bres de l’Union Européenne au débutjoncture ” , J.C. FANOUILLET, Insee
nait deux parties : la première consacrée des années 60, l’ enquête de conjonc Méthodes n° 32, décembre 1992
aux pronostics quant aux évolutions de ture dans l’industrie tient un rôle d’indi
l’ensemble de l’économie française, la se cateur précurseur. Elle constitue en“ Introduction à une théorie mathémati
conde à la situation présente et anticipée effet la première mesure de l’évolutionque de l’opinion ” M. FANSTEN, Anna
de l’entreprise elle même. Le bon accueil de la conjoncture industrielle euro-les de l’INSEE n°21, janvier mars 1976
réservé à cette enquête permit de la re péenne. Etablie sous sa forme actuelle
nouveler régulièrement. Pour affiner en en 1962, elle jouit depuis 35 ans d’une“ L’utilisation des enquêtes de conjonc
core le diagnostic conjoncturel, des grande stabilité. Cette permanence desture pour modéliser et prévoir la produc
enquêtes sectorielles ont été progressive méthodes, rare en matière de statisti tion industrielle ” C. VASSEUR et H.
ment substituées à cette première en ques économiques, en fait un témoinSTERDYNIAK, Observations et diag-
quête, les questions sectorielles prenant privilégié des mutations qu’a connu l’in nostics économiques n°7, avril 1984
alors relativement plus d’importance. Ainsi dustrie française au cours des derniè
naquit en 1958, l’enquête de conjoncture res décennies. L’analyse des“ Les degrés d’utilisation des équipe
dans l’industrie. évolutions de quelques séries issuesments industriels : évolutions cycliques
de cette enquête permet ainsi de dres et stabilité sur longue période ”, G.
L’enquête de conjoncture dans l’in ser un rapide tableau de près de 35 ansCETTE et C. WAYSAND, Insee Pre
dustrie. Cette enquête, réalisée cha de conjoncture industrielle.mière n° 470, juillet 1996
Direction Générale :
18, Bd Adolphe Pinard
75675 Paris cedex 14
Directeur de la publication :
Paul Champsaur
Rédacteur en chef :
Baudouin Seys
Rédacteurs : F. Magnien,
S. Tagnani, V. Guihard, C. Dulon
Maquette : F. Buhot
ISSN 0997 3192
© INSEE 1996

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