Les indicateurs de développement durable

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Selon la définition consacrée par le rapport Brundtland (1987), le développement durable est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs », autrement dit un développement à la fois économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable. Pour prendre la mesure de ce triple enjeu, le besoin d’évaluation et de suivi est désormais incontournable. À cette fin, plusieurs types d’outils ont été développés : des tableaux de bord d’indicateurs ; des indicateurs « composites » synthétiques ; enfin, des indicateurs qui s’efforcent d’évaluer la soutenabilité dans un cadre comptable unifié.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Les indicateurs de développement durable
Odile Bovar, Magali Demotes-Mainard, Cécile Dormoy,
Laurent Gasnier, Vincent Marcus, Isabelle Panier, Bruno Tregouët *
Face aux interrogations sur les voies du développement durable (économiquement effi-
cace, socialement équitable et écologiquement soutenable), le besoin d’une stratégie et
d’un arsenal statistique appropriés se fait sentir. De nombreux pays et organisations inter-
nationales ont privilégié une approche pragmatique fondée sur un corpus d’indicateurs
statistiques, censés refléter les diverses dimensions du développement durable. Les indica-
teurs composites, obtenus par agrégation d’indicateurs élémentaires hétérogènes, s’effor-
cent d’en donner une vision synthétique au moyen d’un indicateur unique, mais posent le
problème de l’importance relative des différentes dimensions. S’inscrivant au contraire
dans un cadre de valorisation unifiée, des indicateurs globaux de développement durable
ont vu le jour. L’épargne nette ajustée publiée par la Banque mondiale met ainsi en évi-
dence le surplus de ressources économiques, humaines et naturelles dont dispose l’éco-
nomie pour compenser la dépréciation du capital matériel, humain et naturel.
L’empreinte écologique recourt quant à elle à des facteurs d’équivalence en hectares glo-
baux pour mesurer la surface biologique nécessaire à la survie d’une population donnée.
Même si ces indicateurs peuvent éclairer utilement telle ou telle facette du développe-
ment durable, aucun n’a encore réussi à s’imposer comme référence internationale uni-
voque en la matière, ne serait-ce qu’en raison des choix normatifs qu’ils recouvrent. À
moyen terme, il paraît difficile de s’affranchir d’une démarche comptable renouvelée inté-
grant l’environnement. Élaborée dans un cadre international harmonisé, elle devrait per-
mettre de mieux décrire les interactions entre l’économie et l’environnement. Sa
généralisation reste conditionnée à la mise en place d’outils statistiques adéquats.
Une décennie de travaux français sur les indicateurs de développement
durable...
L’émergence de la notion de développement durable
La question du développement durable qui pose le problème de la conciliation entre la
croissance économique, la cohésion sociale et la préservation des ressources naturelles
n’est pas nouvelle. En 1970 déjà, les experts du club de Rome, chargés de dresser un inven-
taire des difficultés auxquelles font face les sociétés, publiaient un rapport intitulé « Halte à
la croissance », qui a connu un certain retentissement. Face à la surexploitation des ressour-
ces naturelles due à la croissance économique et démographique, ce rapport prônait la
croissance zéro. C’est dans ce contexte que se tient la Conférence des Nations Unies sur
l’environnement humain en 1972, qui s’interroge sur les conditions d’un modèle de déve-
loppement compatible avec l’équité sociale et la protection de l’environnement. En 1987,
le rapport Brundtland (du nom de son instigatrice, Premier ministre norvégien) propose une
définition du développement durable, qui fait encore référence : « un type de développe-
ment qui permet de satisfaire les besoins du présent sans compromettre la possibilité pour
les générations futures de satisfaire les leurs ».
* Odile Bovar est responsable de l'observatoire des territoires à la DIACT ; Magali Demotes-Mainard et Isabelle Panier
(DR de Midi-Pyrénées), Laurent Gasnier (Département des comptes nationaux) et Vincent Marcus (Division croissance
et politiques macroéconomiques) travaillent à l'Insee. Bruno Tregoüet et Cécile Dormay appartiennent à l'Institut Fran-
çais de l'Environnement (Ifen).
Dossier - Les indicateurs de développement durable 51La mise en place d’indicateurs de développement durable
En 1992, le sommet de Rio, tenu sous l’égide des Nations Unies, officialise la notion de dé-
veloppement durable et celle des trois piliers (économie/écologie/social) : un développe-
ment économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable. Il
affirme par ailleurs la nécessité de disposer d’une information quantitative pour mesurer les
progrès vers la voie de la durabilité. Dans son chapitre 40, l’Agenda 21 invite les pays à éla-
borer de tels indicateurs nécessaires à la prise de décision. Afin de répondre à cette de-
mande, la Commission du développement durable des Nations Unies lance en 1995 un
programme de travail visant à élaborer des indicateurs de développement durable : 134
propositions d’indicateurs sont ainsi testées par une vingtaine de pays volontaires, dont la
France. Ce test est conduit par l’Institut français de l’environnement (Ifen) pour la France, en
collaboration avec l’Insee. Les indicateurs proposés apparaissent alors souvent trop géné-
raux pour cerner de manière pertinente la problématique du développement durable. En
outre, il s’agit davantage d’une juxtaposition d’indicateurs que d’une intégration des trois
dimensions du développement durable. Ce constat sert de point de départ aux travaux enga-
gés alors par l’Ifen pour élaborer des indicateurs plus satisfaisants, travaux qui aboutissent à
la sélection et au chiffrage de 45 indicateurs originaux en 2003.
Les stratégies de développement durable
En 2001, l’Union européenne inscrit le développement durable à son agenda politique et
adopte une stratégie de développement (Conseil européen de Göteborg). Cette stratégie dé-
cline des objectifs et instaure un dispositif de suivi et d’évaluation biennale fondé sur un en-
semble d’indicateurs élaborés par Eurostat en concertation avec les États membres. En
décembre 2007, la Commission européenne a ainsi rapporté au Conseil européen sur l’état
d’avancement de la stratégie de développement durable sur la base de 116 indicateurs,
dont 11 indicateurs « clés ».
En France, les travaux de l’Ifen et ceux menés au sein d’Eurostat viennent enrichir les outils
de suivi élaborés dans le cadre de la stratégie nationale adoptée en 2003 par le Comité in-
terministériel pour le développement durable. Le plan d’action sur 2003-2008 prévoit no-
tamment l’élaboration d’un rapport triennal présentant les indicateurs nationaux du
développement durable : « ceux-ci devront traduire l’état de l’environnement, de l’éco-
nomie, de la santé, de la qualité de la vie, de la cohésion sociale dans une perspective de durable et permettront à la France de se situer par rapport à ses partenaires
au niveau international. Ils mesureront, au niveau du pays, les effets de la mise en œuvre de
la stratégie ». Une première version de ce rapport périodique, privilégiant l’approche clas-
sique en trois piliers, aboutit en 2004 au chiffrage de 45 indicateurs. Les travaux reprennent
en 2005 mais s’interrompent car l’Union européenne révise sa stratégie en juin 2006, ce qui
conduit la France à revoir la sienne. À cette occasion, une sélection de 12 indicateurs « pha-
res » est adoptée, dans un souci de cohérence avec les 12 indicateurs clés européens.
La déclinaison d’indicateurs à l’échelle infranationale est tout aussi importante. D’une part,
la traduction des objectifs de développement durable peut différer selon les caractéristiques
des territoires. D’autre part, les enjeux du développement territorial définissent des problé-
matiques spécifiques à cette échelle. Enfin, la prise en compte de l’interdépendance des ter-
ritoires est déterminante car les phénomènes qui les influencent (notamment les pollutions)
peuvent être localisés hors du territoire d’observation et d’action. En la matière, plusieurs
initiatives ont déjà été prises à l’échelle régionale (encadré 1) et l’observatoire des territoi-
res de la Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires
(DIACT) a été chargé de décliner territorialement les indicateurs nationaux de la stratégie
nationale en les adaptant aux problématiques locales.
Dans la plupart des autres pays européens, les enjeux du développement durable ont égale-
ment été formulés politiquement dans le cadre d’une stratégie nationale, dont le suivi et l’éva-
luation reposent sur un ensemble d’indicateurs. Le cadre européen a offert un schéma
fédérateur aux stratégies nationales, structurées autour de plusieurs thèmes communs
52 L’économie française, édition 2008Encadré 1
Une batterie d’indicateurs régionaux de développement durable
en Midi-Pyrénées
La région Midi-Pyrénées, première région fran- et mettent en péril la recherche de découplage
çaise à avoir transposé un Agenda 21 à l’échelle entre la croissance économique et les quantités
1locale, reconnu par le MEEDDAT , a souhaité de ressources utilisées et de pollutions émises.
disposer d’indicateurs régionaux pour dresser L’empreinte écologique de Midi-Pyrénées s’en
un état des lieux en matière de développement trouve altérée.
durable, suivre les évolutions et partager ce
diagnostic avec les acteurs concernés, élus, ac- L’exercice reste limité, faute de recul dans l’ob-
teurs économiques et représentants associatifs. servation (il n’excède pas 10 à 15 ans) et d’expé-
Un partenariat avec l’Insee Midi-Pyrénées a per- rience dans l’analyse d’une problématique aussi
mis d’élaborer de tels indicateurs. Ce travail a transversale et complexe. La batterie d’indica-
donné lieu en septembre 2007 à une publica- teurs reste à parfaire. Le système d’information
tion « Le développement durable en Midi-Pyré- est encore balbutiant sur certains sujets, comme
nées : 46 indicateurs ». la biodiversité. La mesure des stocks, moins
aboutie que celle des flux, est aussi nécessaire
La transversalité de cette approche et le besoin pour évaluer l’entretien des patrimoines, la ges-
de comparabilité des indicateurs à divers éche- tion des ressources épuisables ou le principe de
lons (région, France, Europe) ont guidé le choix responsabilité et de précaution (notamment la
d’une batterie d’indicateurs, à partir du cadre question des déchets ultimes).
conceptuel retenu par l’Ifen. Les indicateurs dé-
finis par l’Ifen ont été adaptés au plan national : Parmi les besoins les plus mal couverts
adaptation des références, ajout de dimensions aujourd'hui, figurent ceux ayant trait à la gou-
importantes pour la région (érosion des sols, vernance (engagement associatif, confiance des
prélèvements en eau, égalité d’accès aux servi- habitants dans leurs institutions en matière d’en-
ces) ou manquantes (surendettement des ména- vironnements, etc.), dont la mise en place passe
ges, agendas 21 locaux, etc.). Des travaux par le lancement d’enquêtes appropriées. Faute
particuliers ont enfin été menés pour apprécier de nomenclatures budgétaires adaptées, il est
la vulnérabilité des systèmes de production agri- aujourd’hui coûteux d’isoler les dépenses des
cole ainsi que la dynamique et l’adaptabilité de collectivités en faveur de la protection de l’envi-
l’économie régionale. L’empreinte écologique ronnement, ou de la protection du patrimoine,
est un des indicateurs qui permet d’éclairer les ainsi que celles allouées à l’aide au développe-
problématiques régionales. ment. De même, il est difficile d’isoler l’effort de
R&D relatif à une gestion avisée de l’environne-
Ce premier exercice a essentiellement une vertu ment et du développement. Certaines dimen-
pédagogique. Il permet également de dégager sions, enfin, ne peuvent être mesurées sans la
des messages forts : une espérance de vie élevée mise au point de méthodologies adaptées. Ci-
et un taux d’illettrisme chez les jeunes relative- tons le recours à la voiture individuelle pour
ment bas, témoignent par exemple d’une qualité analyser le caractère soutenable des modes de
de vie, que viennent compléter la richesse et la déplacement de personnes ou les dépenses pour
variété du patrimoine naturel. La dispersion de la formation continue pour rendre compte de la
l’habitat, notamment dans l’espace périurbain vulnérabilité et de l’adaptation à l’imprévisible
toulousain, et l’accroissement concomitant du sur un plan social.
recours à la voiture individuelle contribuent à
l’évolution défavorable de plusieurs indica- Sans attendre de telles avancées, la région
teurs : l’étalement urbain source d’inégalités Midi-Pyrénées et l’Insee ont décidé de mettre en
spatiales, l’artificialisation du territoire qui cons- place un tableau de bord actualisé annuelle-
titue une pression irréversible sur les écosystè- ment, afin de tester les 46 indicateurs régionaux
mes ; ils accroissent aussi les consommations dans le temps et d’en partager le suivi avec l’en-
d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre semble des acteurs régionaux et locaux.
1. Ministère de l'Écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire
Dossier - Les indicateurs de développement durable 53(changement climatique, biodiversité, transports, liens entre santé et environnement, etc.).
Il a également favorisé l’harmonisation des pratiques nationales en termes d’indicateurs.
Certains pays ont choisi d’utiliser explicitement des indicateurs de développement durable
pour orienter, suivre et évaluer l’action publique, au niveau national, régional ou local.
Symboliquement, la Norvège, dont le Premier ministre n’était autre que G. H. Brundtland
jusqu’en 1996, insère une batterie d’indicateurs de développement durable dans sa loi de fi-
nances. La Suisse s’est pour sa part dotée d’un système d’indicateurs pour orienter et évaluer
l’action politique. Les « indicateurs de conduite » pour le Conseil fédéral et le Parlement se
composent d’une centaine d’indicateurs détaillés et de 15 indicateurs » de l’échelon supé-
rieur » (taux de croissance, taux de chômage, dépenses d’éducation, émissions de CO2,
etc.). Dans le cadre de son rapport annuel de gestion, le Conseil fédéral suisse se sert de ces
indicateurs pour évaluer les actions politiques conduites. Un débat annuel analogue a lieu
également devant le Parlement en Finlande. En Australie, L’État de Tasmanie a organisé
deux consultations auprès de ses habitants en 2000 et 2005 à partir desquelles un plan de
développement économique, social et environnemental à 20 ans a été élaboré (Tasmanian
Together) : ce plan se décline en un ensemble de 12 objectifs (éducation, santé, etc.) décrits
par une série de 143 indicateurs détaillés. Le suivi de ces objectifs a été explicitement confié
à une instance de contrôle par le Tasmania Together Progress Board Act 2001, qui rapporte
directement devant le Parlement sur l’état d’avancement de ce plan. Enfin, en Nouvelle-Zé-
lande, Le Local Government Act de 2002 a imposé aux municipalités l’élaboration d’un
« plan de long terme pour la communauté » en matière de développement économique, so-
cial, environnemental et culturel. Cette législation a renforcé et impulsé un projet conjoint
de suivi d’indicateurs (Quality of Life project) au niveau des aires urbaines, adopté par les
grandes agglomérations du pays pour suivre et évaluer les actions politiques locales.
En France, le Grenelle de l’environnement a débouché sur des recommandations inspirées
de ces exemples : créer une commission parlementaire « développement durable », faire
adopter la stratégie nationale par le Parlement et instaurer un rapport annuel auprès de ce
dernier, intégrer le développement durable dans les indicateurs de la LOLF. La poursuite de
la réflexion et du diagnostic sur les indicateurs de développement durable et de croissance a
également été fortement souhaitée.
Les indicateurs « phares » de développement durable
La stratégie de l’Union européenne, révisée en 2006 et sur laquelle la France s’est alignée,
met en exergue une sélection de 11 indicateurs « clés », présentés ci-dessous :
1. Taux de croissance du PIB par habitant
2. Émissions totales de gaz à effet de serre
3. Part des énergies renouvelables dans la consommation intérieure brute d’énergie
4. Consommation d’énergie des transports et PIB
5. Productivité des ressources
6. Indice d’abondance des populations d’oiseaux communs
7. Prises de poissons en dehors des limites biologiques de sécurité
8. Espérance de vie en bonne santé
9. Taux de risque de pauvreté après transferts sociaux
10. Taux d’emploi des travailleurs âgés (55-64 ans)
11. Aide publique au développement
54 L’économie française, édition 2008La France continue néanmoins à faire référence au taux de dépendance vieillesse, qui figu-
rait dans la version précédente, mais devrait prochainement retenir à son tour le taux d’em-
ploi des travailleurs âgés. Ces indicateurs couvrent huit grandes thématiques :
développement socio-économique, changement climatique et énergies propres, transport
durable, production et consommation durables, conservation et gestion des ressources na-
turelles, santé publique, inclusion sociale, démographie et migrations, et enfin pauvreté
dans le monde et défis internationaux. Ils ne prétendent pas épuiser la complexité de cha-
cune de ces thématiques mais permettent d’attirer l’attention sur les principaux problèmes
et de rendre compte des principales tendances, quitte à être complétés ou mis en
perspective par des indicateurs complémentaires.
Le taux de croissance du PIB réel par habitant
La prospérité économique constitue un pilier important du développement durable. Rejoi-
gnant en cela les termes du traité de Lisbonne, la stratégie de l’Union européenne en faveur
du développement durable réaffirme la nécessité d’une économie dynamique comme mo-
teur du et de la croissance. De ce point de vue, la croissance du produit in-
térieur brut (PIB) par habitant, à prix constant (ou PIB en volume), reste l’agrégat synthétique
le plus communément admis, même si ses limites sont bien connues (encadré 2).Ilrend
Encadré 2
Le PIB est-il une mesure du bien-être ?
Le Produit intérieur brut (PIB) évalué par la sont pas pris en compte, lorsqu'aucun agent
comptabilité nationale est l’indicateur commu- économique n’en supporte les coûts. En re-
nément utilisé pour juger de la production an- vanche, les dépenses engagées pour la répara-
nuelle d'un pays. De nombreuses controverses tion de certains de ces dommages (dépollution,
ont néanmoins vu le jour quant à sa capacité à reforestation...) seront, elles, comptabilisées po-
exprimer le bien-être d’une nation. Le PIB peut sitivement. Deuxièmement, le PIB, en recensant
se définir comme la valeur de tous les biens et les biens et services produits et consommés, ne
services produits durant une période donnée, de peut constituer qu’une approximation du
laquelle on retire la valeur des biens et services bien-être retiré de cette consommation (par
intermédiaires utilisés pour leur création. À cette exemple : même si les deux sont liés, il faut faire
définition générale, il faut apporter plusieurs une différence entre la de soins
précisions importantes. D’une part, il s’agit des de santé et l’amélioration de l’état de santé
biens et services « marchands », produits pour lui-même). Enfin, le bien-être apporté par des
être vendus ou des biens et services non mar- activités non monétarisées (typiquement le
chands, dont on peut évaluer monétairement le temps libre) ou le travail effectué hors de la
coût de production (éducation, santé, adminis- sphère marchande (le travail domestique) ne
tration, etc.). D’autre part, ces biens et services sont par définition pas pris en compte.
sont produits par du travail rémunéré.
Pour conclure, mettre en question la pertinence
Ces éléments de définition permettent de cerner du PIB au motif qu’il ne mesure pas le bien-être
d’emblée les limites du PIB comme indicateur s’apparente à un faux débat, dans la mesure où il
synthétique de bien-être et a fortiori comme in- n’a pas été conçu pour cela mais pour décrire le
dicateur de développement durable. Première- fonctionnement d’une économie à l’aide d’un
ment, le PIB comptabilisera tout ce qui a une modèle comptable cohérent. Cependant, le PIB
valeur monétaire et rien que cela, sans préjuger par habitant reste assez fortement corrélé (en ni-
de la contribution positive ou négative de cette veau surtout, moins en évolution) avec certaines
activité au bien-être. C’est ainsi que les domma- dimensions identifiées du bien-être (état de san-
ges causés aux biens environnementaux par té ou niveau d’études moyen notamment). À ce
l’activité productive - eaux de rivière polluées, titre, il peut conserver une certaine légitimité en
rejets atmosphériques, forêts détruites, etc. - ne tant qu’indicateur synthétique de bien-être.
Dossier - Les indicateurs de développement durable 55compte de l’activité économique et de la création de valeur (monétaire) qui en résulte. L’ac-
cent est délibérément mis sur la dynamique de croissance du PIB comme capacité d’une
économie à accroître ses ressources et, partant, sa capacité à répondre aux besoins sociaux
et environnementaux, présents et futurs.
Entre 2000 et 2007, le PIB réel de la France par habitant progresse en moyenne de + 1,1 %
l’an (figure 1), contre + 1,6 % dans l’Union européenne à 15 (UE-15) et + 1,8 % dans
l’Union européenne à 27 (UE-27). En phase de rattrapage, les pays récemment entrés dans e connaissent une croissance robuste sous l’effet d’un cycle vertueux in-
vestissement/consommation : Slovénie exceptée, leur croissance dépasse les 4 % l’an, et at-
teint même plus de 8 % pour les trois pays baltes ; celle des pays de l’UE-15 - à l’exception
de la Grèce et de l’Irlande - est inférieure à 3 %.
1. Taux de croissance du PIB en volume par habitant
Source : Eurostat
En complément de la croissance du PIB, les moyens consacrés à la recherche et au dévelop-
pement (R&D) constituent également un indicateur pertinent. Ils sont nécessaires à la crois-
sance de demain et fondés sur la connaissance et l’innovation. Entre 2000 et 2006, la part
des dépenses de R&D dans le PIB reste stable pour l’UE-27 (1,9 %) et pour la France
(2,2 %), soit nettement en deçà de l’objectif affiché de 3 % à l’horizon 2010. Seules la
Suède et la Finlande ont d’ores et déjà atteint cet objectif en 2006.
Le changement climatique
Dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, la réduction des émissions de
gaz à effet de serre constitue un enjeu majeur. En France, les émissions agrégées des six gaz
à effet de serre étaient en 2006 inférieures de 4 % à leur niveau de 1990 (figure 2). Les
transports et le « résidentiel tertiaire » enregistrent une forte hausse sur la période (respecti-
vement + 20 % et + 13,5 %) alors que les émissions des autres secteurs sont en baisse. Le
secteur du transport représente encore à lui seul le quart des émissions totales de la France.
La mise en œuvre du Plan Climat, adopté en 2004, doit permettre à la France de respecter
les objectifs de Kyoto à l’horizon 2008-2012 d’une stabilisation de ses émissions par rapport
à 1990.
Les émissions de gaz à effet de serre de l’UE-27 ont pour leur part diminué de 7,9 % entre
1990 et 2005. Tous les secteurs ont contribué à cette réduction, excepté celui des transports
en augmentation sensible. Les émissions des nouveaux États ont fortement baissé entre
1990 et 2000 mais depuis leur tendance est semblable à celle de l’UE-15. Avec une baisse
de 2 % entre 1990 et 2005, l’Europe des 15 reste encore assez éloignée de son objectif, à sa-
voir une réduction de ses émissions de 8 % d’ici 2012. En attendant la conclusion d’un ac-
56 L’économie française, édition 20082 . Émissions agrégées des six gaz à effet de serre : France et UE 15
Sources : CITEPA (inventaire CCNUCC, décembre 2007), Métropole et DOM) ; Agence européenne pour l'environ-
nement, 2007.
cord international global sur la période post-2012, l’Union européenne s’est engagée en
2007 à réduire ses émissions d’au moins 20 % d’ici 2020 par rapport à 1990. Cette réduc-
tion pourrait être portée à 30 % si les autres pays développés consentent des efforts compa-
rables.
Les énergies renouvelables
La maîtrise de la demande énergétique et la diversification du bouquet énergétique consti-
tuent également deux axes importants de la lutte contre le changement climatique. En 2006,
la France était, en valeur absolue, le second producteur européen d’énergies renouvelables
(juste derrière l’Allemagne), grâce principalement au bois et à l’hydroélectricité. En termes
relatifs, s’agissant de la part des énergies renouvelables dans la consommation totale, la
France se situe dans la moyenne européenne. Malgré le fort développement de la produc-
tion d’électricité éolienne, il lui reste encore du chemin à parcourir pour atteindre les objec-
tifs ambitieux qu’elle s’est fixés à l’horizon 2010 : assurer 10 % de ses besoins énergétiques
et 21 % de sa consommation en électricité à partir des sources d’énergies renouvelables,
alors qu’en 2007 ces ordres de grandeur n’étaient respectivement que de 7 % et 13 %. On
observe une situation assez similaire pour l’Union européenne, avec cependant des écarts
importants entre États membres. En 2005, les énergies renouvelables couvraient 7 % des be-
soins énergétiques de l’UE-27 et 14 % de ses besoins en électricité. Les objectifs à l’horizon
2010 (respectivement 12 % et 21 %) ne seront probablement pas atteints ainsi que le sug-
gère la Commission européenne.
La consommation d’énergie des transports
La stratégie de l’Union européenne en faveur du développement durable met en exergue la
nécessité de parvenir à un découplage entre la croissance économique et la demande de
transports afin de minimiser les atteintes à l'environnement. Cela implique notamment le
choix de modes de transports plus économes en énergie et respectueux de l’environnement.
En France, jusqu’en 1999 la consommation d’énergie dans le secteur des transports (route,
rail, transports maritimes et aériens, navigation intérieure et oléoducs) évolue de concert
avec le PIB comme en témoigne le développement des transports aérien et routier. On cons-
tate en revanche depuis 2000 une stagnation de la consommation de produits pétroliers (en
tonnes équivalent pétrole), avec une baisse notable en 2003. Parmi les facteurs qui expli-
quent cette tendance : l’augmentation des prix des carburants, le ralentissement de la circu-
Dossier - Les indicateurs de développement durable 57lation routière et l’accentuation de la baisse de la consommation moyenne des véhicules
par kilomètre parcouru. À cela s’ajoute également un meilleur respect des limitations de vi-
tesse par les conducteurs. En France, 84 % du trafic intérieur de passagers est effectué en
voiture mais cette proportion a cessé d’augmenter ces dernières années. Par contre, le trans-
port des marchandises par route continue de progresser. Il représente plus de 80 % du trafic
mesuré en tonnes-km. L’objectif fixé par l’Union européenne est de stabiliser cette part à
l’horizon 2010.
Au plan européen, la consommation d’énergie des transports évolue à peu près au même
rythme que le PIB sur la période 1995-1999. Depuis, elle progresse un peu plus lentement
(+ 1,3 % par an en moyenne annuelle, contre + 1,7 % pour le PIB).
La productivité des ressources
Le volet « production et consommation durables » de la stratégie de développement du-
rable vise le découplage entre croissance économique et utilisation des ressources naturel-
les et des matières premières. Les progrès dans le découplage peuvent être approchés par le
biais d’indicateurs de productivité des ressources.
Le calcul de la productivité des ressources fait intervenir un certain nombre d’indicateurs
élémentaires. La consommation intérieure de matières agrège par exemple les tonnages de
combustibles fossiles et de produits minéraux et agricoles, consommés sur le territoire na-
tional ou importés, qu’il s’agisse de matières premières ou de produits finis. Elle mesure la
quantité totale de matières physiquement utilisées par l’économie nationale, afin de satis-
faire aux besoins de la population. La productivité des ressources rapporte le PIB à la
consommation intérieure de matières. Elle donne un aperçu de l’efficacité matérielle d’une
économie et du découplage entre utilisation des ressources naturelles et croissance écono-
mique. Par contre, elle ne renseigne que partiellement sur l’impact de nos modes de pro-
duction et de consommation et sur les risques d’épuisement des ressources.
La productivité des ressources en France a augmenté de près de 50 % en 30 ans (figure 3).
Cette évolution s’explique notamment par le développement des activités de service et la
substitution partielle de combustibles nucléaires au pétrole et au charbon. Entre 2000 et
2004, la productivité des ressources de la France a crû d’environ + 3,5 % par an, contre
+ 2,3 % par an en moyenne pour l’UE-15. Cependant, en 2004, la consommation intérieure
de matières (13,5 tonnes/habitant) reste comparable à celle de 1970. En outre, depuis 1990,
alors que consommation de matières et PIB sont découplés, la croissance économique
continue de s’accompagner d’une dépendance plus forte aux importations (39 % de la
3. Productivité des ressources et consommation de matières en France
Sources : Ifen, Eurostat
58 L’économie française, édition 2008

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