Les stratégies de portefeuille de produits des entreprises industrielles françaises face à la concurrence des pays à bas coût de production

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Les écarts de coûts de production entre pays développés et pays en développement incitent les entreprises implantées dans les premiers à élaborer des stratégies spécifiques pour faire face à la concurrence des seconds. En effet, les stratégies d'amélioration de la compétitivité-coûts, fondées par exemple sur l'amélioration des techniques de production (innovation de procédé), sont le plus souvent vouées à l'échec, compte tenu de l'importance des écarts initiaux de coûts de production. La littérature suggère une stratégie alternative, l'innovation de produit, davantage susceptible de répondre à la concurrence du Sud. Cette stratégie conduit souvent l'entreprise à s'engager dans des activités de Recherche et Développement et lui permet de tirer parti des avantages comparatifs dont elle dispose : compétence technologique, accès à une main-d'œuvre hautement qualifiée, etc. Une analyse empirique des stratégies mises en œuvre par les entreprises françaises face à la concurrence du Sud montre que les entreprises soumises à ce type de concurrence sont significativement plus diversifiées ; elles modifient davantage, et plus fréquemment, leur profil de production. Seules les entreprises les plus productives associent à ces stratégies un véritable effort d'innovation, pour partie susceptible d'expliquer leurs meilleures performances en termes de survie précédemment mises en évidence dans la littérature.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ÉCONOMIE
Les stratégies de portefeuille de produits
des entreprises industrielles françaises
face à la concurrence des pays à bas coût
de production
Claire Lelarge* et Benjamin Nefussi**
Les écarts de coûts de production entre pays développés et pays en développement inci-
tent les entreprises implantées dans les premiers à élaborer des stratégies spécifques
pour faire face à la concurrence des seconds. En effet, les stratégies d’amélioration de
la compétitivité-coûts, fondées par exemple sur l’amélioration des techniques de pro-
duction (innovation de procédé), sont le plus souvent vouées à l’échec, compte tenu de
l’importance des écarts initiaux de coûts de production.
La littérature suggère une stratégie alternative, l’innovation de produit, davantage sus-
ceptible de répondre à la concurrence du Sud. Cette stratégie conduit souvent l’entre-
prise à s’engager dans des activités de Recherche et Développement et lui permet de tirer
parti des avantages comparatifs dont elle dispose : compétence technologique, accès à
une main-d’œuvre hautement qualifée, etc.
Une analyse empirique des stratégies mises en œuvre par les entreprises françaises face
à la concurrence du Sud montre que les entreprises soumises à ce type de concurrence
sont signifcativement plus diversifées ; elles modifent davantage, et plus fréquem-
ment, leur profl de production. Seules les entreprises les plus productives associent à
ces stratégies un véritable effort d’innovation, pour partie susceptible d’expliquer leurs
meilleures performances en termes de survie précédemment mises en évidence dans la
littérature.
* CREST-Insee, claire.lelarge@ensae.fr
** DG Trésor, benjamin.nefussi@dgtresor.gouv.fr
Nous remercions Philippe Askenazy, Eve Caroli, Benoît Cœuré, Mathieu Crozet, Marc-Arthur Diaye, Erwan Gautier, Nathalie Greenan,
Francis Kramarz, Thierry Mayer, Muriel Roger, Sébastien Roux, Joaquim Oliveiras-Martins, Mathias Thoenig et John Van Reenen pour
leurs remarques constructives. Nous restons seuls responsables des erreurs que pourrait contenir cette étude.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010 31blèmes. Tout d’abord, si les entreprises ont e phénomène de l’accroissement
effectivement la possibilité de réaliser des gains Ldes inégalités au sein des économies
de productivité, il est diffcile de comprendre développées observé au cours de ces der-
pourquoi l’entreprise ne déciderait de réaliser
nières décennies a suscité une importante ces gains qu’une fois son marché ouvert à la
littérature. Deux principaux mécanismes concurrence des pays à bas coût. De plus, la
ont été proposés afn de rendre compte des pays du Sud est souvent perçue
comme étant particulièrement diffcile à affron-de cette évolution : d’une part, l’exis-
ter en termes de concurrence en prix, c’est-à-dire tence d’un progrès technologique biaisé
par des stratégies de prix agressives : compte en faveur des travailleurs qualifés ; et
tenu des écarts de coûts de production, en par-
d’autre part, l’accroissement des échan- ticulier salariaux, entre Nord et Sud, ce type
ges commerciaux avec les pays en déve- de stratégie semble voué à l’échec (Bernard et
loppement, caractérisés par l’abondance Koerte, 2007). Ce raisonnement conduit à émet-
tre l’hypothèse que, dans la mesure où le concept d’une main-d’œuvre faiblement qualifée.
d’innovation défensive est pertinent pour rendre Compte tenu de la relative faiblesse du
compte des comportements des entreprises sou-commerce avec le Sud, la première expli-
mises à la pression concurrentielle des pays à
cation a souvent été considérée comme la bas coût de production, il aura davantage ten-
plus convaincante. Pour autant, le concept dance à prendre la forme d’innovation de pro-
d’innovation défensive, récemment ré- duit que de procédé.
exploré par Thoenig et Verdier (2003),
Cette hypothèse a des conséquences en termes permet de réconcilier ces deux approches :
de spécialisation internationale. En effet, si la pression concurrentielle exercée par les
l’ouverture au commerce international induit un
pays à bas coût de production incite les processus de création/ destruction alimenté par
entreprises des pays développés à modi- l’effort d’innovation dans de nouveaux produits
fer leur processus de production en y par les entreprises du Nord et leur imitation pro-
gressive par les pays du Sud, alors ce type de intégrant davantage de travail qualifé, de
processus est susceptible de rendre compte du façon à mieux se protéger de l’imitation
fait que les entreprises du Nord et du Sud opèrent par les entreprises localisées au Sud. Cette
globalement dans les mêmes secteurs d’activité.
stratégie contribue à accroître les inégali- Les échanges commerciaux entre Nord et Sud
tés salariales au sein même des économies n’impliquent plus alors des secteurs d’activité
développées. différenciés selon l’avantage comparatif et la
spécialisation respective de chacune des zones
géographiques. Ces échanges sont au contraire Selon l’hypothèse d’innovation défensive,
intra-sectoriels, entre différentes variétés de pays du Nord et pays du Sud produiraient
biens – voire, pour un même bien, entre quali-les mêmes biens mais avec des niveaux de
1tés différentes (1). Cette propension des pays du qualité différents
Nord et du Sud à exporter le même type de bien,
mais en se positionnant à différents niveaux de Il est possible d’envisager deux formes d’inno-
l’échelle de qualité, a notamment été mise en vation défensive : d’une part, la mise en œuvre
évidence par Schott (2004).de nouvelles technologies de production (inno-
vation de procédé) qui permettent à l’entreprise
d’accroître sa productivité, et donc de rester
La concurrence avec le Sud induit compétitive face à la pression concurrentielle
une réallocation des activités du Nord…exercée par les entreprises du Sud. D’autre part,
elle est susceptible de prendre la forme d’inno-
Plus généralement, l’importance des ajuste-vations de produits, permettant aux entreprises
ments des échanges commerciaux par leur marge du Nord d’éviter la concurrence des pays à bas
extensive, c’est-à-dire par le nombre de produits coût de production en produisant un bien nou-
exportés, a fait l’objet de nombreux travaux veau pour lequel elles disposent, pour un certain
récents. Hummels et Klenow (2005) montrent temps, d’un pouvoir de monopole (e.g. stratégie
que plus un pays est grand et plus il exporte, et de niche).
Pour autant, l’innovation défensive conçue
1. On entend par variété le croisement d’un produit et d’un pays
comme innovation de procédé pose deux pro- d’origine.
32 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010que cette augmentation résulte pour 60 % d’un l’augmentation du nombre de produits échangés
nombre plus élevé de produits exportés – et pour au cours de la période récente.
40 % d’un montant plus élevé d’exportation par
produits. Broda et Weinstein (2004) considèrent Tout d’abord, la plupart des études empiriques
au contraire les fux d’importation et proposent montrent que les entreprises exportatrices sont
de quantifer les gains, en termes de bien-être, plus productives, plus grandes, plus capitalis-
associés à l’augmentation du nombre de biens tiques et rémunèrent mieux leur personnel que
importés et de la diversifcation des sources leurs concurrentes qui n’opèrent que sur le seul
d’importations. Ils montrent que le nombre de marché domestique. Fait corrélatif, ces entrepri-
variétés importées par les États Unis entre 1972 ses sont généralement des entreprises multi-pro-
et 2001 a quadruplé. Cette augmentation du duits, au portefeuille de production diversifé.
nombre de variétés s’est traduite par une dimi-
nution de l’indice des prix importés. Selon ces La décision d’exporter un bien, en particulier,
auteurs, les gains en termes de bien-être asso- est prise en relation avec l’ensemble des straté-
ciés à l’augmentation du nombre de variétés gies de production et d’exportation éventuelle
importées sont considérables – ces conclusions des autres biens de l’entreprise. Dès lors, l’ana-
valant non seulement pour les pays développés lyse de la décision de participation des entrepri-
mais, plus encore, pour les pays en développe- ses aux marchés étrangers doit être précisée, afn
ment. Goldberg et al. (2009) établissent que la de tenir compte des différents biens que produit
hausse des importations qu’a connu l’économie chaque entreprise, et du processus décisionnel
indienne dans les années 1990 a résulté pour par lequel elle décide d’en exporter certains.
82 % de l’augmentation du nombre de produits
importés, et du nombre de fournisseurs de ces
…et ce processus complexe, largement différents produits. Ces contributions de la lit-
interne aux entreprises, est diffcile térature montrent dans leur ensemble l’impor-
à analysertance des ajustements par la marge extensive
concomitants de l’intensifcation des échanges
internationaux. Par ailleurs, si, comme le suggère l’hypothèse
d’innovation défensive, la concurrence des pays
La littérature récente a proposé de rendre à bas coût se traduit par une modifcation du
portefeuille d’activités des entreprises, le pro-compte de cette augmentation du nombre de
cessus de réallocation induit par le commerce variétés échangées par l’augmentation de la par-
international est susceptible d’être circonscrit ticipation des entreprises aux échanges interna-
(au moins pour partie) à l’intérieur même des tionaux et aux processus de réallocation entre
entreprises. Peu de travaux ont jusqu’à pré-entreprises qui en découlent. Sur le plan théo-
sent pris cette hypothèse en considération. La rique, Mélitz (2003) propose un modèle dans
concurrence des pays à bas coût de production lequel l’existence d’un coût fxe à l’exporta -
est-elle véritablement l’un des déterminants de tion et de niveaux de productivité spécifques à
chaque entreprise se traduisent par la sélection ces processus de réallocation internes ? Ces der-
des entreprises les plus productives. Eaton et niers s’appuient-ils sur des activités de recher-
al. (2008) calibrent sur données françaises un che et développement (R&D) ? Ces stratégies
modèle à frmes hétérogènes avec coûts fxes de réponse à la pression concurrentielle exercée
à l’exportation, ce qui leur permet de simuler par les pays à bas coût de production sont-elles
l’impact d’une baisse des tarifs douaniers. Dans réservées aux entreprises les plus productives,
leur modèle, le renforcement de l’intégration comme le suggèrent les travaux précédemment
commerciale se traduit par la sortie de marché cités, qui mettent en avant l’hétérogénéité entre
des entreprises les moins productives. Enfn, entreprises ?
Bernard et al. (2006) mettent plus particulière-
ment l’accent sur la concurrence induite par les La diffculté à rendre compte des processus de
pays à bas coût de production. Ils montrent que réallocation induit par le commerce internatio-
les probabilités de survie et de croissance des nal au sein même des entreprises découle pour
entreprises américaines sont négativement cor- partie de la diffculté à réunir toute l’information
rélées à l’intensité de la concurrence des pays statistique nécessaire. Ce type d’analyse sup-
du Sud. pose en effet d’assembler à la fois des données
macro-économiques sur les fux commerciaux
Cependant, il est insuffsant de ne considérer entre pays, et des données micro-économiques
que la seule participation des entreprises au sur les biens produits par les entreprises. Il sup-
commerce international pour rendre compte de pose également l’accès à ce type d’information
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010 33avec une dimension (temporelle) longitudinale Pour autant, les entreprises multi-produits
afn de pouvoir mettre en évidence les évolu- sont généralement décrites dans la littérature
tions des portefeuilles d’activités des entrepri- comme possédant un « cœur » de compétence
ses. Bernard, Jensen et Schott (2006) étudient la pour lequel elles sont particulièrement produc-
2propension des entreprises à changer d’activité tives (2) . Bernard, Redding et Schott (2008)
principale en relation avec leur exposition à la montrent que sous cette hypothèse, l’intégra-
concurrence des pays à bas salaires. Cependant, tion commerciale induit deux types de réal-
les données dont ils disposent ne leur permet- locations : d’une part, entre entreprises – en
tent pas d’étudier à un niveau suffsamment fn faisant sortir du marché les moins producti-
les mouvements de réallocation entre les dif- ves –, d’autre part, au sein même des entrepri-
férentes activités des entreprises. Les résultats ses – en sélectionnant les biens pour lesquels
qu’ils obtiennent sont par ailleurs faiblement l’entreprise est la plus performante. Dans ce
signifcatifs. Bernard, Redding et Schott (2010)
cadre, l’ouverture au commerce international
utilisent des données plus fnes pour mettre en
se traduit donc par le « recentrage » de l’entre-
évidence les réallocations d’activités au sein des
prise sur son cœur d’activité, ce qui induit une entreprises, mais ne relient pas explicitement
amélioration de sa productivité et par consé-ces mouvements de réallocation à la concur-
quent, l’augmentation à la fois de ses ventes et rence des pays du Sud. Broda et Weinstein
de la part des biens qu’elle exporte. L’intérêt (2004) montrent l’importance des phénomènes
de ce cadre théorique est qu’il permet de ren-de création et destruction internes aux entrepri-
dre compte d’une régularité fréquemment ses, mais ces auteurs n’établissent pas non plus
observée dans les données : la corrélation posi-de lien avec la concurrence des pays à bas coût
tive entre le nombre de produits vendus par les de production. Par ailleurs, ces contributions
entreprises et les ventes que celles–ci réalisent ne formulent pas d’hypothèse sur la façon dont
en termes de chacun de ces biens. Il permet peut se dérouler ce processus de réallocation au
sein de l’entreprise et sur le rôle que peuvent y également d’expliquer comment la producti-
jouer des activités de R&D. vité croît avec l’augmentation des échanges
commerciaux. Cependant, si ce travail rend
très bien compte des échanges entre pays de
Commerce international et entreprises même niveau de développement et les proces-
multi-produits sus de réallocation qui en découlent, il est peut
être moins pertinent lorsqu’il est appliqué à
Le choix de produire un bien spécifque dépend l’analyse des échanges avec les pays à bas coût
de la capacité des pays du Sud à imiter ce produit,
de production. De plus, cette analyse décrit
dont la littérature a montré qu’elle était corré-
fnement la sélection des biens qui résulte de
lée au degré de standardisation du processus de
l’intégration commerciale, mais ne donne production. Dans la théorie du cycle du produit,
aucun élément pour comprendre l’introduction Vernon (1966) montre comment la standardisa-
de nouveaux biens, sur le marché et dans les tion du produit progresse avec l’augmentation
portefeuilles de production des entreprises. La des ventes, ce qui facilite l’imitation des techni-
contribution de Eckel et Neary (2006) consti-ques de production par le « sud ». Dans une for-
tue un autre exemple d’analyse dans lequel les mulation plus récente, Antràs (2005) propose un
entreprises opèrent sur un cœur d’activité dont modèle de cycle de vie du produit dans lequel
elles peuvent s’écarter à condition de payer la standardisation du processus de production
un coût supplémentaire de diversifcation. permet de compenser les pertes associées à la
Cependant, comme dans Bernard, Redding et présence de contrats incomplets, ce qui permet
le transfert de la production du bien du « nord » Schott (2007), la mondialisation est ici décrite
vers le « sud », d’abord au sein de l’entreprise, comme une augmentation du nombre de par-
puis en dehors de celle-ci. Cette notion cruciale tenaires commerciaux dont les structures de
3de standardisation ou, à l’inverse, de connais- production sont identiques (3).
sance intangible (« rente informationnelle »)
intrinsèques aux processus de production est
2. Nocke et Yeaple (2006), Bernard et al. (2007), Eckel et Neary
également au cœur de la modélisation propo- (2006) constituent trois exemples récents de ce type de littéra-
ture qui mêle cœur de compétence et intégration commerciale.sée par Thoenig et Verdier (2003). Ces auteurs
3. Nocke et Yeaple (2008) ne retiennent pas l’hypothèse d’un
montrent comment les entreprises du Nord intè- cœur de compétence sur lequel l’entreprise est particulièrement
productive, mais supposent que chaque entreprise est grent davantage de personnel qualifé dans le
caractérisée par un niveau de productivité spécifque et que processus de production afn de se protéger de les coûts d’organisation se traduisent par des coûts marginaux
l’imitation par les entreprises du Sud. croissants avec le nombre de biens produits.
34 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010Diversifcation et « cannibalisation » dées davantage sur l’innovation de produit que
sur la recherche de gains de productivité. Cette
Une entreprise diversifée (multi-produits) est hypothèse nous est suggérée aussi bien par la
également susceptible de réduire l’éventail des littérature en stratégie d’entreprise (Porter, 1980
et 1985 ou Bernard et Koerte, 2007) que les tra-biens qu’elle produit du fait de la concurrence que
vaux économiques récents sur la spécialisation suscite la vente de ces différents biens entre eux.
internationale des pays sur différentes gammes La littérature économique traitant de ces effets
de qualité (Schott, 2004).de « cannibalisation » est peu abondante, alors
que ces phénomènes sont très précisément ana-
lysés en stratégie d’entreprise. En effet, l’hypo-
Les entreprises exposées à la concurrence thèse technique de fonction d’utilité à élasticité
des pays du Sud tendent à être plus de substitution constante (CES) fréquemment
4 5diversifées utilisée dans la littérature sur le commerce inter-
national depuis les travaux de Krugman (1979)
Plusieurs sources statistiques ont été utilisées induit des marges constantes pour tous les pro-
afn d’assembler au niveau entreprise l’infor -duits (4). Ce type de modélisation interdit donc
mation permettant d’étudier les processus de toute analyse des effets de cannibalisation (5).
réallocation d’activités qui concernent les por-À l’inverse, Eckel et Neary (2006) adoptent un
tefeuilles de produits des entreprises et d’ana-cadre de concurrence à la Cournot dans lequel
lyser la relation entre ces réallocations et la la production d’un bien supplémentaire réduit
pression concurrentielle des pays à bas coût de la demande adressée à tous les autres. Dans ce
production. Flux d’importation et d’exportation modèle, les entreprises internalisent cet effet
par pays d’origine ou de destination, emploi, négatif sur la marge globale qu’elles tirent de
valeur ajoutée, intensité capitalistique, activité la vente de l’ensemble de leurs produits, ce qui
principale, chiffre d’affaires décomposé selon les incite à restreindre l’éventail de biens pro-
les différentes activités de l’entreprise, dépen-duits. Feenstra et Ma (2007) conservent quant à
ses engagées en faveur de la recherche et du eux le cadre de concurrence monopolistique et
développement, informations sur le comporte-de fonction d’utilité CES, mais relâchent l’hy-
ment d’innovation : ces variables sont rassem-pothèse d’indice de prix exogène, ce qui leur
blées au moyen d’appariements de ces sources permet d’inclure des effets de cannibalisation.
sur l’identifant de l’entreprise et constituent Dans ce cadre, l’intégration commerciale se tra-
une base suffsamment riche pour entrepren -duit par une augmentation des débouchés, ce qui
dre l’étude empirique des comportements au contribue à réduire l’intensité du phénomène de
moyen d’analyses économétriques. Le détail de cannibalisation. De ce fait, dans ce modèle et
ces sources, de leur champ et des appariements contrairement à Eckel et Neary (2006), l’ouver-
effectués est donné à l’encadré 1.ture au commerce international tend à avoir un
impact positif sur l’éventail de biens produits
Sur l’ensemble de notre échantillon composé par chaque entreprise.
d’entreprises industrielles observées au cours
de la période 1999 à 2004, 16 % des entreprises Nos travaux s’inscrivent précisément dans le
6indiquent plusieurs activités industrielles (6). prolongement de cette littérature, en prenant
Cependant, cette proportion varie considérable-en compte l’effet potentiellement spécifque de
ment selon que les entreprises sont exposées ou l’accroissement de la pression concurrentielle
non à la concurrence des pays à bas coût. Pour engendrée par les pays à bas coût de produc-
mesurer cette exposition, nous avons calculé, tion. Nous retenons donc le cadre proposé par
pour chaque entreprise, le taux de pénétration Thoenig et Verdier (2003) en interprétant l’in-
(cf. encadré 2) des pays du Sud moyen auquel tensifcation de la production en travail quali -
elle fait face sur ses différents marchés. Parmi fé induite par la concurrence du Sud comme la
les entreprises relativement peu exposées à la mise en œuvre d’une stratégie d’amélioration
de la qualité ou d’innovation de produit – plutôt
qu’une innovation de procédé – plus diffcile -
4. L’hypothèse de marge constante résulte à la fois de la fonction ment imitable par le Sud.
de demande retenue et du cadre de concurrence adopté. Melitz
et Ottaviano (2008) présentent un modèle de commerce interna-
tional avec frmes hétérogènes dans lequel les préférences sont Plus précisément, nous testons l’hypothèse selon
quadratiques et les marges, endogènes.laquelle les écarts de coûts avec les pays du Sud 5. C’est notamment le cas de Helpman (1985), Brambilla (2006)
et Bernard et al. (2008).sont tels qu’ils disqualifent les stratégies agres-
6. En retenant une décomposition des activités en 700 pos-sives et contraignent les entreprises du « nord » à
tes, soit quatre caractères, selon la Nomenclature d’Activités
mettre en œuvre des stratégies alternatives, fon- Françaises de 1993.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010 35concurrence des pays à bas coût de production, L’exposition à la concurrence des pays
au sens où elles font face à un indice de péné- du Sud accentue les réallocations de
ièmetration inférieur au 33 percentile de notre production au sein des entreprises
échantillon, seules 11 % sont multi-produits.
Cette proportion s’élève à 18 % parmi les entre-
Plusieurs indicateurs ont été construits afn d’af-prises fortement exposées à ce type de concur-
fner l’analyse précédente ; ils permettent de rence internationale – au sens où elles font face
ième décrire fnement les mouvements de réallocation à un indice de pénétration supérieur au 66
d’activités au sein des entreprises industrielles.percentile de notre échantillon. Le graphique
permet d’affner encore l’analyse : parmi les
Le premier indicateur est simplement l’indica-entreprises multi-produits, les entreprises for-
teur de concentration des activités des entrepri-tement exposées à la concurrence du Sud sont
7elles-mêmes signifcativement plus diversifées ses considéré au graphique :
(moins spécialisées) que les entreprises faible-
ment exposées (7). L’analyse symétrique menée CONC_ACT = max {ω },it a iat
en considérant cette fois le degré d’exposition
aux pays du Nord ne permet pas au contraire de
7. Un test de Kolmogorov-Smirnov montre que les distributions
mettre en évidence de différence signifcative. sont signifcativement différentes à un seuil de 3 %.
Encadré 1
SourceS StatiStiqueS
Plusieurs sources statistiques ont été mobilisées afn Cette information très riche permet de construire en
d’assembler toute l’information nécessaire au niveau particulier les principales mesures d’intensité de la
entreprise. Les volets français des enquêtes commu- concurrence internationale, fondées sur les indices de
nautaires sur l’innovation CIS3 et CIS4 (Sessi), com- pénétration des importations issues des pays du Sud
plétées des enquêtes « recherche » (ministère de la (à bas coût de production, défnis statistiquement ici
Recherche) ont fourni le socle de notre échantillon, comme présentant un PIB par habitant inférieur à 5 %
composé d’entreprises engagées dans des activités du PIB de la France) et de celles issues de pays du
de R&D et d’entrqui ne le sont pas. Ces deux Nord (les autres pays d’origine des importations fran-
ensembles d’enquêtes permettent également d’ob- çaises, cf. encadré 2). Au-delà des montants échan-
server les montants engagés par les entreprises dans gés, les informations douanières nous permettent
ces activités d’innovation. Sans être exhaustives, ces également de calculer des valeurs unitaires que l’on
deux sources couvrent une population importante, interprète comme des proxys de la qualité des pro-
1de près de 10 000 entreprises appartenant à l’indus- duits échangés (cf. encadré 3).
trie manufacturière et employant plus de 20 salariés
Enfn, les sources fscales BIC-BRN (DGI) permet-sur la période 1999-2004 ; chaque entreprise est en
tent de compléter l’information comptable relative moyenne observée trois années consécutives.
aux entreprises de notre échantillon : emploi, valeur
Nous avons apparié cet échantillon-socle avec diver- ajoutée, intensité capitalistique, activité principale de
ses bases de données exhaustives pour la population l’entreprise. La décomposition du chiffre d’affaires de
des entreprises industrielles de 20 salariés et plus. Tout l’entreprise selon ses différentes activités provient par
d’abord, les bases de données de l’Institut National ailleurs des Enquêtes Annuelles d’Entreprises (EAE).
de la Propriété Industriel (INPI) et l’Offce Européen Comme l’activité principale, les différentes activités
des Brevets (EPO/OCDE) permettent de compléter sont codées dans la Nomenclature d’Activité Française
l’information relative au comportement d’innovation à quatre caractères (NAF700). L’activité principale cor-
des entreprises. L’information relative aux échanges respond à l’activité dont la part dans le chiffre d’affai-
commerciaux provient des douanes. Les fux d’im- res est la plus importante.
portations et d’exportations y sont décomposés (i) par
pays d’origine ou de destinations, et (ii) par type de
bien, dans une « Classifcation des Produits Français
(CPF) » à six caractères (6). De plus, chaque fux d’ex-
portation est associé à l’identifant (SIREN) de l’entre-
prise exportatrice. Les exportations sont recensées
1. Dans l’ensemble du document, les « produits » sont défnis
« franco-à-bord » (FAB), c’est-à-dire à l’exclusion des à partir de la Classifcation Française des Produits au niveau
frais de transport et des tarifs douaniers, tandis que le plus fn disponible, c’est-à-dire dans une décomposition à
six caractères. L’« activité » de l’entreprise est donnée dans les importations « coût, assurances et fret » (CAF) les
la Nomenclature d’activité française à quatre caractères. On incluent. Ces données ont été précédemment utilisées
appelle « secteur » la décomposition (identique) à trois carac-
par Biscourp et Kramarz (2003), ainsi que par Eaton, tères des deux nomenclatures précédentes, qui permet un
Kortum et Kramarz (2004). appariement univoque de ces deux nomenclatures.
36 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010où ω est la part que représente l’activité a dans dans le chiffre d’affaires total de l’entreprise iat
l’ensemble du portefeuille d’activité de l’entre- d’une période à l’autre (t-3 à t) :
prise - en nomenclature NAF 700.
,
Un second ensemble d’indicateurs consiste sim-
plement à identifer, dans notre échantillon, les
où Δω est la variation de la part de l’activité entreprises qui ont abandonné ou au contraire iat
a entre les années t-2 et t pour l’entreprise i, et introduit (au moins) un nouveau produit dans
Aug représente l’ensemble des activités main-leur portefeuille de productions entre l’année
tenues entre t-2 et t et dont les parts dans le t-2 et l’année t.
chiffre d’affaires global de l’entreprise ont aug-
8menté (8). Le second est un indice global d’iner-Deux indicateurs plus synthétiques sont éga-
lement proposés. Le premier est un indice de
réallocation des activités existantes mesurant, 8. L’indice symétrique construit à partir de l’évolution des parts
des activités maintenues par l’entreprise, mais en diminution, est parmi les activités maintenues par l’entreprise,
identique sur le plan comptable à celui qui est présenté dans le
l’augmentation de la part de chaque activité corps du texte.
Encadré 2
intenSité du commerce international et indiceS de pénétration
Nos principaux indicateurs de l’intensité de la concur- les graphiques ci-dessous présentent quelques
rence étrangère sont les indices de pénétration. Ces statistiques descriptives relatives à ces deux indi-
indices sont calculés pour chaque entreprise, comme cateurs. Les deux graphiques de gauche représen-
la somme pondérée des importations en France dans tent les indices de pénétration moyens associés aux
les différents secteurs d’activité de l’entreprise. Les entreprises dont l’activité principale appartient à la
pondérations utilisées correspondent à la part de cha- division (secteur d’activité agrégé au niveau 2 carac-
que type de production dans le chiffre d’affaires total tères) spécifée. Comme l’on pouvait s’y attendre, les
de l’entreprise (9). Nous rendons compte ainsi de l’ef- entreprises de l’habillement et de l’industrie du maté-
fet de la concurrence que subit l’entreprise sur l’en- riel informatique sont celles qui sont le plus exposées
semble des marchés sur lesquels elle opère. à la pression concurrentielle des pays à bas coûts de
production. De façon générale, les indices sectoriels
Afn de tenir compte de la spécifcité de la concur - de pénétration des pays à bas coûts de production
rence des pays à bas coûts, nous distinguons les sont signifcativement moins élevés, mais plus hété-
importations en provenance des pays dits « du Sud » rogènes que les indices de pénétration des pays du
des issues d’autres pays. À la suite de Nord. Les deux graphiques de droite montrent de
Bernard et al. (2008), nous défnissons l’ensemble des plus qu’en cinq ans, entre 1999 et 2004, les indices
pays à bas coûts comme ceux dont le PIB par tête est de pénétration des pays du Sud ont signifcativement
inférieur à 5 % de celui de la France (10). augmenté dans de nombreux secteurs d’activité, ce
qui refète l’intensifcation générale du commerce
Après normalisation des fux d’importation par l’ab- international et en particulier la progression des
sorption totale de l’économie (11), nous obtenons échanges commerciaux avec l’économie chinoise
pour chaque entreprise et chaque année, deux indices 12 3(Bloom et al., 2008).
de pénétration – un pour la concurrence des pays du
Sud et un autre pour la concurrence des autres pays :
avec ω la part que représente le secteur j (défni au
ijt 1. La construction de cet indicateur suppose donc d’agré-
niveau trois caractères dans les nomenclatures de ger l’information sur les flux d’importations, décrits dans
produits et d’activités) dans le chiffre d’affaires de la une nomenclature produits à six positions dans le fichier
des douanes, afin de pouvoir l’apparier à la description frme i l’année t ; le total des importations de la
des différentes activités des entreprises, décrites dans
l’EAE dans une nomenclature activités à quatre positions. France en provenance des pays du Sud l’année t dans
L’appariement (univoque) entre ces deux sources est pos-le secteur j, et A l’absorption de la France pour l’an-Ft
sible lorsqu’elles sont agrégées chacune au niveau trois née t. L’indice de pénétration des pays du Nord est
caractères.
construit de la même manière : il sufft de remplacer 2. 73 pays (sur 161) sont ainsi considérés comme pays à
dans la formule précédente les importations en prove- bas coûts de production ou « pays du Sud », parmi lesquels
fgurent notamment la Chine et l’Inde. Nos analyses ne sont nance des pays du Sud par celles en provenance des
cependant pas sensibles au choix du seuil utilisé (5, 10 ou pays du Nord :
15 %).
3. L’absorption française est défnie comme la somme du
PIB et des importations totales de la France, diminués de ses
exportations.

ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010 37tie compris entre 0 et 1 dont la valeur diminue Plus précisément, la relation entre l’exposition à
lorsque l’entreprise modife ses activités, soit la concurrence exercée par les pays à bas coût et
par introduction ou suppression d’activités, réallocations d’activités est étudiée grâce à l’es-
soit par modifcation de l’importance relative timation d’équations de la forme suivante :
des activités maintenues au cours de la période
considérée :
,
où STRAT est l’une des variables décrites pré-it
Tous ces indicateurs ont été utilisés dans des cédemment qui permettent de capturer les stra-
analyses par régression qui permettent d’analy- tégies de réallocation d’activité de l’entreprise ;
ser les relations entre l’intensité de la concur- est l’indice de pénétration des pays du
rence internationale et la dynamique des porte-
Sud, est l’indice de des pays feuilles de produits ou d’activités des entreprises
(selon le niveau de détail disponible dans les du Nord et X est un vecteur de variables de it
données). contrôles additionnels, et ε un terme d’erreur.
it
Encadré 2 (suite)
indices de pénétration des pays du Sud et du nord
par industries agrégées au niveau division
a - pays du Sud
en 2004 évolution entre 1999 et 2004
B - pays du nord
en 2004 évolution entre 1999 et 2004
Champ et sources : L’échantillon d’estimation a été construit à partir d’un appariement entre les enquêtes sur l’innovation CIS2 et
CIS3 (Sessi), les enquêtes R&D (Ministère de la Recherche), le fchier des dépôts de brevets auprès de l’Inpi et de l’OEB (OCDE), les
enquêtes annuelles d’entreprises (EAE-Sessi), les sources fscales Ficus (DGI-Insee) et les fchiers des Douanes (cf. encadré 1).
38 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010Graphique
concentration des activités selon le degré d’exposition à la concurrence
a-pression concurrentielle des pays à bas coût de production (pays du Sud)
B-pression concurrentielle des autres pays (pays du nord)
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010 39Nous incluons dans ces régressions un contrôle naires, dont la littérature empirique appliquée
standard de taille (mesurée en termes d’em- récente a montré qu’ils permettaient d’obtenir
ploi), ainsi que l’intensité capitalistique de des estimateurs robustes des effets marginaux
l’entreprise, comme proxy de la fexibilité de associés à chacune des variables explicatives au
son processus productif. Le niveau (retardé) point moyen de l’échantillon. Cette hypothèse
de productivité (9) de l’entreprise est égale- de linéarité permet en outre de traiter de façon
ment inclus parmi les variables explicatives simple de la sélection (de ces entreprises expor-
de toutes les régressions, éventuellement en tatrices) par une méthode d’estimation standard
interaction avec les indices de pénétration, afn en deux étapes s’inspirant de celle utilisées par
de tester si les entreprises les plus productives Heckmann. On introduit à cet effet des ratios de
adoptent un comportement de réponse spéci-
9 10 11Mill dans l’équation d’intérêt.
fque, conformément aux intuitions suggérées
par la littérature récente sur les entreprises
Les résultats de ces estimations sont donnés au hétérogènes (10). Enfn, l’encadré 3 décrit en
tableau 1. Les trois premières colonnes décri-détail les indicateurs additionnels de concur-
vent les résultats obtenus pour l’indice d’iner-rence domestique (indice de Herfndahl), de
tie le plus synthétique du portefeuille d’activi-diversifcation de l’entreprise et de structure
tés. Dans l’estimation présentée en première de ses importations (part des exportations de
colonne, nous ne retenons parmi nos indices l’entreprise destinée aux pays du Nord).
Par ailleurs, nous mettons en œuvre des métho- 9. La productivité globale des facteurs est estimée en calculant
la part des salaires dans la valeur ajoutée. Les résultats obtenus des d’estimations par maximum de vraisem-
et présentés ici sont robustes à l’utilisation d’une autre procé-
blance adaptées à la nature des variables expli- dure pour l’estimation de la productivité globale des facteurs,
notamment celle développée par Levinsohn et Pétrin (2003) qui quées, dont le domaine de variation est compris
permet de tenir compte des problèmes d’endogénéité propres à
entre 0 et 1 (11) et qui requièrent une spécif- ce type d’estimation de fonction de production.
10. Selon cette littérature, et notamment les travaux de Aw et cation Tobit avec double censure à gauche (0)
al. (2010) et Costantini et Melitz (2007), les entreprises les plus
et à droite (1). Dans le cas de la modélisation productives sont sélectionnées pour participer aux marchés à
l’exportation, et la productivité bénéfcie des investissements des simples variables indicatrices d’introduc-
qui sont réalisés en R&D. Ces travaux suggèrent que seules les tion ou de suppression dans la liste des produits entreprises les plus productives devraient être à même de mettre
en œuvre les investissements en R&D nécessaires pour s’affran-exportés par les entreprises considérées, nous
chir de la concurrence des pays du Sud.avons recours à de simples modèles linéaires de
11. C’est le cas de tous les indicateurs de réallocation de pro-
probabilité, estimés par moindres carrés ordi- duction précédemment décrits.
Encadré 3
VariaBleS de contrôle introduiteS danS l’analySe empirique
En dehors des indices de pénétration des importations où S représente les ventes de l’entreprise k opérant
kpt
issues des pays du Nord et du Sud respectivement, sur le marché p (défni au niveau quatre caractères) au
plusieurs variables de contrôle (toutes retardées par cours de l’année t, et ω la part des ventes de l’entre-
ipt
rapport aux dépendantes) ont été introduites prise i réalisées sur le marché p.
dans les analyses menées par régression.
On utilise également comme variable de contrôle le - Le niveau d’emploi de l’entreprise permet de contrô-
degré de diversifcation des activités de l’entreprise ler des effets taille.
en introduisant dans les régressions le logarithme de
- La productivité globale des facteurs (PGF) des entre-
l’indice suivant :
prises permet de tenir compte de leur hétérogénéité
en termes de productivité. Un indicateur d’intensité
capitalistique, mesurée ici comme le rapport du capital
productif à la valeur ajoutée produite par l’entreprise,
complète cet indicateur de PGF.
- L’indice de Hirschman-Herfndahl permet de mesurer
Enfn, dans le cas des entreprises exportatrices, nous le degré de concurrence prévalant sur le marché local
introduisons comme variable de contrôle additionnel de l’entreprise. Il est calculé comme la concentration
la part des exportations à destinations des pays du moyenne des différents marchés où opère l’entreprise :
Nord. Cet indicateur est en effet censé reféter la qua-
lité de la production de l’entreprise. Hallak (2006) sug-
gère en effet que les produits importés par les pays du
Nord sont de meilleure qualité.
40 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 435–436, 2010

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