Logiques sectorielles et nomenclature d'activité

De
Publié par

La validité d'une nomenclature d'activité réside dans sa capacité à rendre compte des mécanismes économiques et financiers propres aux activités regroupées en chacun de ses postes. Sous cet angle, dans les dernières années de son utilisation, la nomenclature d'activité et de produit (NAP) s'est avérée encore capable de segmenter l'activité économique en ensembles homogènes sous l'angle de certains de ces mécanismes. Tout comme à la fin des années 60, rentabilité et utilisation des facteurs de production restent, en 1985, les dimensions essentielles autour desquelles s'articulent les logiques productives, économiques et financières des différentes activités. C'est par rapport à ce référentiel que peut s'apprécier la pertinence de la NAP en ce qui concerne l'individualisation et l'homogénéité de ses différents postes. En son niveau de regroupement le plus agrégé (N15), elle démontre ainsi, sur près de vingt ans d'états de services, une remarquable persévérance à rendre compte des différences sectorielles en matière de combinaison des facteurs de production. L'essentiel de cette capacité discriminante est conservé en 1985 et en 1992. En matière de rentabilité, elle donne, en revanche, une image peu fidèle des fluctuations réelles d'un secteur d'activité à l'autre.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
Lecture(s) : 20
Nombre de pages : 19
Voir plus Voir moins

NOMENCLATURES
Logiques sectorielles
et nomenclature d’activités
Frédéric La validité d’une nomenclature d’activité réside dans sa capacité à rendre compte
Lainé* des mécanismes économiques et financiers propres aux activités regroupées
en chacun de ses postes. Sous cet angle, dans les dernières années de son utilisation,
la nomenclature d’activité et de produit (NAP) s’est avérée encore capable de
segmenter l’activité économique en ensembles homogènes sous l’angle de certains
de ces mécanismes.
Tout comme à la fin des années 60, rentabilité et utilisation des facteurs
de production restent, en 1985, les dimensions essentielles autour desquelles
s’articulent les logiques productives, économiques et financières des différentes
activités. C’est par rapport à ce référentiel que peut s’apprécier la pertinence
de la NAP en ce qui concerne l’individualisation et l’homogénéité de ses
différents postes.
En son niveau de regroupement le plus agrégé (N15), elle démontre ainsi, sur près
de vingt ans d’états de services, une remarquable persévérance à rendre compte
des différences sectorielles en matière de combinaison des facteurs de production.
L’essentiel de cette capacité discriminante est conservé en 1985 et en 1992.
En matière de rentabilité, elle donne, en revanche, une image peu fidèle
des fluctuations réelles d’un secteur d’activité à l’autre.
* Au moment de la ré-
daction de cet article,
Frédéric Lainé appar-
tenait à la division
Synthèse des statisti- e système productif français a connu des d’organisation de l’offre (concentration des en-
ques d’entreprises. L recompositions importantes de sa struc- treprises, emprise des groupes) sont des fac-
ture sectorielle des années 70 aux années 90. teurs de diversité. Une autre différenciation
Ces modifications ont été abondamment com- réside dans la position relative des secteurs par
mentées dans la littérature économique. Mais rapport à l’utilisation des facteurs de produc-
en quoi un secteur est-il différent d’un autre ? tion, au mode de financement de l’activité ou
La réponse apportée à cette question permet encore à la rentabilité. L’étude porte sur ce
d’apprécier pleinement ces recompositions troisième aspect. Il s’agira d’abord d’exhi-
ainsi que la pertinence du découpage utilisé ber les dimensions essentielles autour
pour décrire l’économie (à savoir la nomen- desquelles s’articulent les logiques produc-
clature d’activités). Le type de marché dans le- tives, économiques et financières des sec-
Les noms et dates entre quel s’insère un secteur d’activité (taux teurs. Les résultats obtenus serviront alors à
parenthèses renvoient à d’accroissement de la demande, degré d’inter- apprécier la pertinence de la nomenclature agré-
la bibliographie en fin
nationalisation par exemple) ainsi que le mode gée pour regrouper les activités économiquesd’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 95en des ensembles homogènes et sufisamment naison productive capital / travail et le degré de
distincts les uns des autres. qualification semblent donc liés. La variable
taux d’investissement se retrouve elle aussi au
Le système productif marchand est analysé sur nord du deuxième axe : un taux d’investisse-
le champ des sociétés imposées au bénéfice réel ment matériel élevé constitue le moyen privilé-
normal. Les logiques sectorielles sont appré- gié de maintenir une combinaison productive à
hendées au travers de la nomenclature d’activi- forte utilisation de capital.
tés et de produits en 100 postes (NAP 100).
Cette dernière a servi de cadre de référence au - le troisième axe discrimine les secteurs selon
classement sectoriel des unités économiques de la valeur du taux d’intégration (valeur ajou-
1973 à 1992 (cf. encadré 1). tée / production). Il révèle la place qu’occupent
les secteurs dans les filières de production et de
commercialisation. Les secteurs à taux d’inté-
Rentabilité, utilisation des facteurs gration faibles sont situés soit en amont des fi-
de production et taux d’intégration : lières (intégration dans la production de
trois dimensions discriminant les consommations intermédiaires importantes),
soit en aval (incorporation d’importantes fonc-logiques sectorielles
tions de commercialisation).
L’analyse en composantes principales permet
d’appréhender les dimensions essentielles Les ratios économiques et financiers s’ordon-
qui structurent un ensemble de variables nent donc autour de trois dimensions essentiel-
quantitatives (Volle, 1985). Réalisée pour les qui définissent le positionnement relatif des
l’année 1985, elle porte sur 15 ratios économi- secteurs : rentabilité, utilisation des facteurs
ques et financiers relatifs à 78 secteurs (cf. en- de production et taux d’intégration de la pro-
cadré 1). Elle fait ressortir trois axes factoriels duction. Le premier pourrait être qualifié de di-
significatifs : mension économique alors que le deuxième
s’interpréterait comme une dimension techni-
- un premier axe que nous appellerons axe de que. Celles-ci sont indépendantes, à savoir que
rentabilité (taux d’inertie = 33,6 %). À l’ouest le positionnement technique d’un secteur ne
de cet axe (cf. graphique I), se regroupent les préjuge pas de son positionnement économi-
variables de rentabilité et d’autofinancement que, et inversement. Ce résultat est en accord
(rentabilité des immobilisations, rentabilité fi- avec les conclusions de A. Desrosières dans son
nancière, capacité de remboursement, taux analyse du système productif industriel à la fin
d’autofinancement des investissements), tandis des années 60, même si l’ordre des axes est in-
que se positionnent à l’autre extrémité les va- terverti (Desrosières, 1972). La place du sec-
riables corrélées négativement à la rentabilité, à teur dans la filière de production apparaît
savoir la part des frais de personnel dans la va- également déterminante. Cependant, elle n’in-
leur ajoutée et le taux d’endettement. On con- duit aucune spécificité systématique dans le
çoit la logique qui préside à l’organisation de domaine de l’utilisation des facteurs de produc-
ces variables autour d’un axe de rentabilité. Le tion ou de la rentabilité.
maintien d’une part de frais de personnel faible
dans la valeur ajoutée conditionne une rentabi- Le positionnement des secteurs sur les axes 1 et 2
lité plus élevée, qu’elle soit d’ordre économi- de l’analyse en composantes principales des-
que ou financier. Une rentabilité élevée permet sine ainsi le paysage productif du milieu des an-
l’autofinancement des investissements, garan- nées 80. Sa diversité s’exprime au travers d’un
tit une capacité de remboursement des dettes et certain nombre de pôles représentatifs de situa-
permet de maintenir un niveau d’endettement tions bien caractérisées (cf. graphique II).
faible.
Au nord de l’axe d’utilisation des facteurs de
- un deuxième axe que nous appellerons axe production se retrouvent les secteurs à forte in-
d’utilisation des facteurs de production (taux tensité capitalistique, combinée à des frais de
d’inertie = 27,8 %). Se positionnent au nord de personnel moyens et à une productivité du tra-
cet axe la variable intensité capitalistique, qui vail assez élevée, comme l’industrie énergéti-
témoigne d’une utilisation prononcée du fac- que et bon nombre d’industries de process,
teur capital par rapport au facteur travail, et la ainsi que certaines activités de service utilisant
variable frais de personnel par tête qui reflète des équipements importants : postes et télé-
essentiellement le degré de qualification de la communications, services récréatifs, culturels
main-d’œuvre. Au niveau du secteur, la combi- et sportifs, transports aériens.
96 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3Encadré 1
CHAMP DE L’ÉTUDE ET RATIOS ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS UTILISÉS
Source et types d’entreprises étudiées
Le champ des sociétés imposées au bénéfice réel normal constitue le domaine de référence pour cette
étude. Se limiter aux sociétés, et exclure donc les personnes physiques, était un choix nécessaire dans la
mesure où le statut de la rémunération de la personne physique dans la déclaration fiscale (inclusion dans
l’excédent brut d’exploitation) rend délicate toute mesure de la profitabilité ou du partage de la valeur ajoutée
entre salaire et profit pour cette catégorie juridique. D’autre part, le choix de limiter l’étude aux seules entreprises
imposées au bénéfice réel normal a été motivé par le souci de pouvoir utiliser les ratios usuels de l’analyse fi-
nancière et le désir de pouvoir mener une comparaison par rapport aux résultats de A. Desrosières.
L’étude porte sur le système productif marchand. Sont donc exclus les secteurs relevant du secteur finan-
cier : assurances [N88] et organismes financiers [N89]. Quelques secteurs relevant beaucoup plus d’une
logique financière que d’une logique productive ont étéégalement exclus du champ de l’étude : il s’agit des
holdings [N76], des auxiliaires financiers et d’assurances [N78], des promoteurs et sociétés immobilières
[N79],delalocationetducrédit bail mobiliers [N80]. Deux secteurs industriels soumis au secret statistique
et qui présentent des problèmes de fiabilité des données ont également étééliminés:il s’agit de l’industrie
de l’armement [N26] et de la transformation du tabac [N42].
Le tableau de base : des données sectorielles au niveau 100
Le niveau 100 de la nomenclature NAP a été choisi comme niveau d’observation sectorielle. Pourquoi un tel
choix ? Une observation à un niveau plus fin se heurtait au problème de la lisibilité des résultats (multitude
d’observations) et à leur degré de précision à un niveau aussi fin. Le niveau 100 présentait, par contre,
l’avantage d’être suffisamment fin pour rendre compte d’une réalité sectorielle, et suffisamment agrégé pour
rendre les résultats moins sensibles aux perturbations des classements sectoriels des entreprises ou de don-
nées comptables présentant des anomalies. L’étude porte au total sur 78 secteurs.
Les années de référence : 1985 et 1992
L’année 1985 constitue une annéederéférence pour les données comptables forgées selon les principes
du nouveau plan comptable, après la stabilisation du système SUSE 2 (1). L’année 1992, établie en nomen-
clature NAP, constitue l’annéede « finderègne » de cette nomenclature. Le recours à ces deux années de
référence présentait donc le double intérêt de permettre une analyse sectorielle du système productif dans
l’esprit du nouveau plan comptable et dans les dernières années de viedelaNAP. D’un point de vue histo-
rique, les années 1985-1992 ont correspondu, en France, à une période de restructuration du tissu industriel
(politique d’assainissement financier en particulier) et de rupture dans les trajectoires de certains secteurs :
cette période apparaissait également digne d’intérêtd’un point de vue économique.
Les ratios économiques et financiers utilisés
La construction et le choix des ratios ont essayé de répondre à un triple objectif :
- fournir un éventail suffisamment vaste pour décrire les comportements économiques et financier sectoriels ;
- éviter la redondance ou la quasi-corrélation entre les indicateurs choisis ;
- pouvoir conduire une analyse comparative avec les résultats obtenus par A. Desrosières (1972) dans son
étude sur le paysage sectoriel de l’industrie manufacturière.
En définitive, 15 ratios ont été retenus :
Les ratios de combinaison des facteurs de production
immobilisations corporelles immobilisations incorporelles
Intensité capitalistique :
effectif salarié moyen
1. SUSE, Système Unifié de Statistiques d’Entreprises, est un système d’information statistique de l’Insee qui recouvre l’ensemble des
données comptables annuelles des entreprises. Les données sont obtenues grâce à la confrontation de deux sources : la source fiscale
et la source Enquêtes Annuelles d’Entreprise
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 97
Encadré1(fin)
salaires et traitements charges sociales
Frais de personnel moyens :
effectif salarié moyen
Les ratios d’intégration :
valeur ajoutéeau prix du marché
Taux d’intégration :
production
Les ratios de performance productive
valeur ajoutée auprix dumarché
Productivité apparente du travail :
effectif salarié moyen
valeur ajoutéeau prix du marché
Efficacité apparente du capital immobilisé :
immobilisations corporelles immobilisations incorporelles
Les ratios de comportement d’investissement
investissement corporel hors apport
Taux d’investissement :
valeur ajoutée auprix dumarché
investissement corporel hors apport
Taux d’accumulation :
immobilisations corporelles de début
Les ratios de profitabilité et de rentabilité
salaires et traitements charges sociales
Part des frais de personnel dans la valeur ajoutée:
valeur ajoutéeauprix du marché
capacité d’autofinancement
Marge d’autofinancement :
valeur ajoutée auprix dumarché
excédent brut d’exploitation
Rentabilité des immobilisations :
immobilisations corporelles immobilisations incorporelles
résultat brut courant avant impôts
Rentabilité financière des ressources stables :
ressources stables
Les ratios de situation financière
emprunts concours bancaires courants
Taux d’endettement :
ressources stables
capacitéd’autofinancement
Capacité de remboursement :
emprunts concours bancaires courants
capacité d’autofinancement
Taux d’autofinancement de l’activité d’exploitation :
investissement corporel hors apport
ressources stables
Taux de couverture des immobilisations :
immobilisations
98 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3
Graphique I
Rentabilité et utilisation des facteurs de production*
* Ces deux dimensions constituent les deux premiers axes de l’ACP et l’on a représenté les projections des variables dans leur plan.
Source : SUSE, Insee.
Graphique II
Rentabilité et utilisation des facteurs de production : le positionnement des secteurs*
* On n’a fait figurer l’intitulé en clair des secteurs que pour les plus remarquables d’entre eux(en particulier ceux dont les positions sont
éloignées du centre).
Source : SUSE, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 99Au sud se concentrent par contre les industries main-d’œuvre, employant plutôt des ouvriers
traditionnelles de main-d’œuvre comme l’in- non qualifiés.
dustrie de la chaussure et l’industrie de l’ha-
billement. On y recense également le bâtiment La relation entre le taux d’encadrement élargi
ainsi que des services peu capitalistiques ou le taux de technicité tertiaire avec les carac-
comme l’enseignement, les réparations diver- téristiques économiques sectorielles semble
ses et les services aux particuliers. par contre plus complexe. Certes, les secteurs
les moins capitalistiques sont aussi ceux dont le
Les secteurs en difficulté en matière de rentabi- taux d’encadrement élargi est en moyenne le
lité et de financement, situés à l’est de l’axe de moins élevé : leur statut de secteurs de main-
rentabilité, constituent un autre pôle. On y d’œuvre se trouve ainsi confirmé. Les secteurs
trouve des industries dont la production est les plus capitalistiques ont en moyenne un taux
déclinante, comme les combustibles-miné- d’encadrement élargi élevé mais il ne s’agit pas
raux solides et la fabrication de fils et fibres des activités les plus en pointe dans ce domaine.
artificiels, ou des secteurs de la filière du tra- Ce sont en fait les secteurs les mieux position-
vail des métaux comme la fonderie et l’auto- nés en matière de rentabilité qui connaissent le
mobile. taux d’encadrement et le taux de technicité ter-
tiaire les plus élevés. On remarquera enfin que
Le pôle regroupant les secteurs à rentabilité éle- les secteurs les moins rentables connaissent un
vée, situés à l’ouest de l’axe de rentabilité, taux d’encadrement plutôt faible.
comprend des industries récentes à marché por-
teur et haute technologie comme la fabrication Les résultats obtenus dans le domaine de la
de matériel de traitement de l’information, la gestion de la main-d’œuvre éclairent de fa-
construction aéronautique et la pharmacie. çon intéressante les relations entre variables
économiques et financières et variables
d’emploi.
De la logique économique
àlagestion delamain-d’œuvre Les secteurs les plus capitalistiques concen-
trent des emplois bien rémunérés et par ailleurs
Comment sont liées les caractéristiques secto- stables, comme en témoignent les faibles taux
rielles de combinaison productive et de rentabi- de sortie par autres licenciements et par dé-
lité avec l’organisation et la gestion de la mission, ainsi que les faibles taux d’entrée
main-d’œuvre ? Pour cerner ces liens, nous par contrats à durée déterminée. L’utilisation
avons procédé à une projection sur l’analyse en d’équipements lourds et complexes requiert, en
composantes principales de variables supplé- effet, une certaine stabilité des individus qui y
mentaires tirées de l’enquête Structure des em- sont affectés (Eymard-Duvernay, 1981). Dans
plois et des déclarations mensuelles de les secteurs les moins capitalistiques prédomi-
mouvements de main-d’œuvre. nent au contraire des emplois peu stables, avec
des salaires peu élevés. Ces secteurs sont
Trois variables de qualification ont ainsi été ad- d’ailleurs ceux où les frais de personnel par tête
jointes : le degré de ouvrière (part sont les plus faibles. Les licenciements autres
des ouvriers qualifiés dans l’ensemble des ou- qu’économiques et les démissions sont des mo-
vriers), le degré de technicité tertiaire (rapport tifs de sortie plus fréquemment invoqués. Ces
entre les effectifs des professions intermédiai- secteurs ont aussi tendance à employer une
res de type tertiaire, et ceux relatifs aux em- main-d’œuvre plus féminisée : on peut penser
ployés) et un taux d’encadrement élargi (part que ce phénomène a des origines techniques
des cadres et des professions intermédiaires (environnement de travail plus propice au tra-
dans l’emploi total) (cf. graphiques III). vail féminin) et des causes liées au type de ges-
tion de la main-d’œuvre adoptée (mobilisation
La qualification ouvrière semble bien liée à la de catégories de main-d’œuvre jugées moins
combinaison productive des secteurs. Les sec- revendicatrices). Le contraste entre ces deux
teurs dotés d’un capital productif important catégories de secteurs s’accorde avec l’appro-
mobilisent une main-d’œuvre ouvrière quali- che dualiste du marché du travail, qui oppose
fiée apte à maintenir les équipements produc- traditionnellement un secteur dit « primaire »
tifs. Les cas types sont les industries (emplois bien rémunérés, stables et bénéficiant
énergétiques et les industries de process (Chof- de bonnes conditions de travail), à un secteur
fel et Kramarz, 1988). Les secteurs les moins dit « secondaire » (où les emplois ont des carac-
capitalistiques sont, par contre, des secteurs de téristiques opposées).
100 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3Il semble également exister une liaison entre le une main-d’œuvre plus mobile, comme le mon-
positionnement économique des secteurs en trent les taux d’entrée, de sortie et de rotation
matière de rentabilité et la gestion de la main- assez élevés. C’est dans les secteurs cumulant
d’œuvre. Les secteurs en difficulté ont arrêté problèmes de rentabilité et intensité capitalisti-
leurs embauches, comme en témoigne le faible que élevée que la stabilité de la main-d’œuvre
taux d’entrée. Les secteurs les mieux position- est la plus importante, les réductions d’effectifs
nés en matière de rentabilité ont, par contre, s’obtenant par d’importantes mises à la retraite.
Graphiques III
De la logique économique à la gestion de la main-d’œuvre
A - Qualification, féminisation de l’emploi et positionnement économique
Source : enquête Structure des emplois, Inseee.
B - Gestion de la main-d’œuvre et positionnement économique
Source : déclarations mensuelles de mouvement de main d’œuvre, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 101En revanche les variables économiques et fi- mode de recrutement est-elle indépendante des
nancières ne jouent qu’un rôle de second plan singularités économiques des secteurs.
dans l’explication des variations sectorielles
d’utilisation des contrats à durée déterminée.
Nomenclature NAP15 agrégée :Tout au plus peut-on noter un faible recours à
cette forme d’embauche dans les secteurs capi- des postes homogènes sous l’angle de
talistiques offrant des emplois à la stabilité éle- l’utilisation des facteurs de production
vée. Cependant, ces contrats ne semblent pas
localisés dans une partie ou une autre du sys- Le niveau d’agrégation N15 de la NAP re-
tème productif : sans doute la diffusion de ce groupe les nomenclatures plus détaillées
Graphiques IV
Homogénéité de la NAP15 en 1985 (projections sur les plans factoriels) *
A - Biens intermédiaires, d’équipement et de consommation
D12
D86D08D75 D72D71
D14
D17
D68 D69 D27
D04
D41D09 D43 D83
D70 D40
D39D15 D33
D36
D56
D50
D31 D16
D18
D32 D20 D11 D53D61D67
D2A D37D52 D30 D74D63 D57D48 D28
D25 D51D21D23 D38 D59D35 D24D62 D19D2B
D84
D22 D85 D34D64 D44 D54
D60
D49 D77D65
D82D55
D87
D66
D46
D58D45
D47
B - Énergie transports et services
D12
D08 D86
D75 D72
D71
D14
D17 D27
D68 D69
D41
D04 D83D09
D70D43 D40
D39D15 D33
D36
D56
D50
D16D31
D18D32 D11
D67
D53D20 D61D63 D30 D37D74D22 D48 D57 D2AD23 D2B D28D21D62 D38 D51D35 D59D25 D24 D19D22
D85 D84
D54 D34D64D44
D60D77D65
D49
D82D55
D87
D66
D46
D58
D45
D47
102 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3(niveau 40 et niveau 100). Au moment où elle C’est bien le cas, tout d’abord, de la partition la
fut constituée, une des légitimations des re- plus regroupée : biens de consommation, biens
groupements retenus résidait dans la capacité intermédiaires, biens d’équipement de l’indus-
de chacun de ses postes à rendre compte de lo- trie manufacturière. Les secteurs appartenant aux
giques de production et de situations financiè- biens intermédiaires ont un mode d’organisation
res homogènes. Douze ans après, est-ce de la production plutôt capitalistique, avec des
toujours vérifié, ou, au contraire, les secteurs frais de personnel par tête élevés témoignant
élémentaires (de niveau 100) entrant dans la d’une relative qualification de la main-d’œuvre.
composition de chacun des postes de niveau 15 Les biens d’équipement occupent, quant à eux,
ont-ils connu des évolutions divergentes ? On une position plus médiane dans l’utilisation des
se borne en général à répondre à cette question facteurs de production. Quant aux secteurs des
en se limitant à l’industrie manufacturière. Le biens de consommation, ils s’identifient davan-
point de vue plus vaste adopté ici englobe l’en- tage à des industries de main-d’œuvre, avec une
semble des secteurs.On a tenté d’apprécier le intensité capitalistique moindre et des frais de
degré d’homogénéité de la nomenclature agré- personnel par tête relativement faibles. Ainsi se
gée N15 par rapport aux axes de rentabilité et trouvent confirmées les assertions avancées par
d’utilisation des facteurs de production en A. Desrosières (1972) pour l’industrie manufac-
1985 (cf. graphiques IV). turière à la fin des années 60.
La nomenclature N15 de la NAP ne rend comp- Cette globale conformité de la nomenclature en
te d’aucun positionnement relatif en matière de son regroupement le plus agrégé au mode d’uti-
rentabilité. D’assez grandes disparités de posi- lisation des facteurs de production ne signifie
tion au regard de la rentabilité et de la situation
financière peuvent être observées au sein d’un 1. Au niveau des caractéristiques individuelles des
même poste. Par contre, l’appartenance à l’un entreprises les mêmes résultats (existence d’une liaison entre
la nomenclature d’activité et l’utilisation des facteurs ded’entre eux traduit en général un mode d’utili-
production, assez grande hétérogénéité des conditions de
sation des facteurs de production sensiblement rentabilité au sein d’une même activité) ont été mis en évidence
individualisé (1). par L. Runacher (1995) et M.-C. Parent (1995).
Graphiques IV (fin)
C-IAAetcommerce
D12
D86
D75 D08 D72D71
D14
D17
D27D68 D69
D41D04
D83
D70D43 D40D09
D15 D39D36 D33
D56
D50
D16D31
D18D32 D53D11
D67 D61D74D20 D30 D37D63
D57D48 D2AD51D23 D25 D28D21D62 D52 D38 D35 D19D59
D2B D24D85 D54D22 D64 D84D44 D34D77
D49 D60
D65
D82
D87D55 D46 D66
D45 D58
D47
* Pour la signification en clair des différents secteurs, on se reportera à la nomenclature détaillée fournie en annexe. Les secteurs N05,
N06,N10,N13 et N73 ne sont pas représentés sur le graphique.
Lecture : le contour des différents secteurs (biens intermédiaires, biens d’équipement, etc.) représente l’enveloppe des postes entrant
dans leur composition.
Source : SUSE, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 103pas pour autant une homogénéité parfaite de Dans les secteurs non industriels, le bâtiment et
chacun de ses postes au regard de ce critère. génie civil apparaît comme un secteur de main-
d’œuvre dont la position est proche des secteurs
Ainsi, dans les biens intermédiaires, on peut de biens de consommation et de secteurs de ser-
distinguer deux sous-ensembles. Le premier est vices aux particuliers (Berthier, 1993). Les
constitué des « industries de process », dont le transports occupent, par contre, une position
processus de production en continu repose sur beaucoup plus capitalistique, hormis les agen-
des équipements productifs importants : il ces de voyage dont la combinaison des fac-
s’agit de la sidérurgie [N10], de la métallurgie teurs est plus proche de celle d’un secteur de
et première transformation des métaux non fer- services. Les secteurs du commerce apparais-
reux [N13], de la production de minéraux sent, quant à eux, comme des secteurs à inten-
divers [N14], de l’industrie chimique de base sité capitalistique et frais de personnel
[N17], de l’industrie des fils et fibres artificiels relativement faibles.
[N43]. On peut y adjoindre les industries d’ex-
traction situées en amont et qui font partie des C’est dans les secteurs des services que l’hété-
biens intermédiaires : la préparation de minerai rogénéité apparaît la plus élevée, quant au
de fer [N09] et la préparation de minerais non mode d’utilisation des facteurs de production.
ferreux [N12]. Un second sous-ensemble ras- Le contour allongé du nuage de points le long
semble des industries caractérisées par un pro- de l’axe correspondant révèle, en effet, des si-
cessus de production en série. Les équipements tuations contrastées. Un premier groupe se dis-
productifs nécessaires y sont moins importants, tingue par une intensité capitalistique
de même que les frais de personnels moyens. relativement élevée : il s’agit des services ré-
On y recense la première transformation de créatifs, culturels et sportifs [N86] et de la re-
l’acier [N11], la production de matériaux de cherche [N83]. Un deuxième groupe, composé
construction [N15], l’industrie du verre [N16], de la récupération [N56] et des hôtels, cafés,
la fonderie [N20], le travail des métaux [N21], restaurants [N67] occupe une position plus mé-
l’industrie du papier-carton [N50], l’industrie diane. Enfin un troisième groupe, le plus im-
du caoutchouc [N52] et la transformation de portant, est constitué de secteurs à faible
matières plastiques [N53]. intensité capitalistique et à faible frais de per-
sonnel moyens : il s’agit du secteur des répara-
En ce qui concerne les autres industries, qu’el- tions diverses [N66], des activités de conseil,
les soient ou non manufacturières, c’est l’in- d’étude et d’assistance [N77] (2), de la répara-
dustrie automobile, par sa position sur l’axe tion et du commerce de l’automobile [N65], de
d’utilisation des facteurs de production, qui oc- l’enseignement [N82], de la santé [N84] et des
cupe la position la plus proche des secteurs des services divers marchands [N87].
biens d’équipement professionnel. De même la
structure productive des biens d’équipement
Rentabilité et situation financière :ménager semble proche de celle des autres
biens d’équipement. des postes hétérogènes
L’énergie, quant à elle, occupe une position Les postes de la nomenclature agrégée au ni-
fortement capitalistique. Les infrastructures veau 15 ne reflètent pas, en général, une situa-
importantes utilisées dans la production d’éner- tion de rentabilité homogène de leurs
gie expliquent une telle situation. composantes. Les plus hétérogènes sont, en
1985, les biens d’équipement, les biens inter-
Les industries agro-alimentaires, enfin, ont un médiaires, l’énergie et les transports. Les biens
statut d’industries relativement capitalistiques. d’équipement incluent plusieurs secteurs
Deux sous-ensembles s’y distinguent assez connaissant des difficultés de rentabilité et
nettement. D’une part, les industries capitalisti- de financement (construction navale, fabrica-
ques comme l’industrie laitière [N36], la fabri- tion de machines agricoles, fabrication de ma-
cation de produits alimentaires divers [N40], la chines-outils et fabrication de matériel de
fabrication de boissons et alcools [N41]. D’au-
tre part, on peut isoler un autre sous-ensemble
dont la combinaison productive est davantage 2. La position des activités de conseil, d’études en d’assistance
centrée sur l’utilisation de main-d’œuvre. Il re- peut surprendre : il s’agit d’un secteur plutôt hétérogène alliant
des secteurs de main-d’œuvre comme les activités de nettoyagegroupe l’industrie de la viande [N35], de la
ou de surveillance et des secteurs plus pointus comme les
boulangerie-pâtisserie [N38] et la fabrication cabinets d’études techniques. Ces derniers n’ont pas forcément,
de conserves [N37]. de surcroît, une intensité capitalistique élevée.
104 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.