Outre-Rhin : retour d'une croissance modeste

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L'économie allemande a renoué avec la croissance. Ses exportations ont atteint un nouveau sommet. Mais les performances à l'export n'ont eu qu'un effet d'entraînement limité sur l'investissement. La croissance allemande reste fragile, en raison de la faiblesse de la consommation des ménages. Dans un contexte de maintien d'un chômage élevé, de réduction du pouvoir d'achat et de la protection sociale, les dépenses en biens durables sont reportées à plus tard.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ÉCONOMIE
Outre-Rhin :
retour d'une croissance modeste
L’économie allemande
Solde du commerce extérieur de l'Allemagne en 2004 :a renoué avec la croissance.
156 milliards d'euros, soit 20 % de plus qu'en 2003
Ses exportations ont atteint
un nouveau sommet. Royaume-Uni
Mais les performances USA
à l’export n’ont eu qu’un effet Reste du Monde
Franced’entraînement limité
Espagnesur l’investissement.
ItalieLa croissance allemande
Autrichereste fragile, en raison
Belgique
de la faiblesse de la
Suisse
consommation des ménages.
Suède
Dans un contexte de maintien
Pologne
d’un chômage élevé,
République tchèque
deréductiondupouvoird’achat Russie
et de la protection sociale, Pays-Bas
les dépenses Japon
Chineen biens durables En millions d'euros
sont reportées à plus tard.
-30 000 -20 000 -10 000 0 10 000 20 000 30 000
n 2004, l’Allemagne a retrouvé sommet, à 733 milliards d’euros, (IFO), une part croissante de l’in-E le chemin de la croissance, en progression de 10,4 % par rap- vestissement s’effectue en dehors
après deux années de stagnation port à 2003. de l’Allemagne, dans les nouveaux
économique. Le PIB a augmenté de pays de l’Europe élargie et en Asie.
1,7 %. Ce résultat reste toutefois mo- L’IFO constate en outre, qu’avec laDemande intérieure en panne
deste, comparé à la moyenne de la mondialisation de la production, la
zone euro (2,0 %) et de l’Union euro- Si l’Allemagne reste à la traîne de croissance des exportations s’ac-
péenne à 25 (2,4 %). Pourtant, l’Alle- la croissance européenne et sur- compagne ipso facto d’une aug-
magne participe pleinement au tout mondiale, c’est en raison de la mentation des biens importés. Ce
dynamisme exceptionnel des échan- faiblesse de la demande intérieure. sont autant de commandes qui
ges mondiaux. Son industrie est par- Jusque-là, les performances à l’ex- échappent aux entreprises alle-
ticulièrement bien placée dans le port n’ont eu qu’un effet d’entraîne- mandes : près de 40 % des impor-
domaine des biens d’équipement, ment limité sur l’investissement. tations seraient directement géné-
pour lesquels la demande est très rés par les exportations ; cette partChez les industriels, l’attentisme
forte. L’an passé, les exportations al- prévaut et, comme le souligne l’ins- n’était que de 30 %, il y a dix ans.
lemandes ont atteint un nouveau titut de conjoncture de Munich
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Chiffres pour l'Alsace · dossier n° 9 · L'année économique et sociale 2004 · juillet 2005
Source : Statistisches Bundesamt AllemagneÉCONOMIE
Du côté des ménages, l’heure est diminutions de l’impôt sur le revenu Dynamiser le marché de l’emploi
plus à l’épargne qu’à la consomma- en 2004, inscrites dans la récente
Le climat d’incertitude, loin de s’a-tion. Face à un avenir de plus en réforme fiscale, ont tout juste
paiser, est alimenté par le nouveauplus incertain, marqué par la crainte compensé le renchérissement des
train de mesures adoptées courantdu chômage et la réduction de la produits pétroliers et le relèvement
2004 pour dynamiser le marché duprotection sociale, les dépenses en sensible du prix du tabac. Globale-
travail. Ces mesures, communé-biens durables sont reportées à ment, le coût de la vie a augmenté
ment appelées "réformes Hartz"plus tard. Ainsi, la consommation a de 1,6 %. Dans beaucoup d’admi-
(cf. encadré), visent à favoriserenregistré un recul de 0,3 %, tandis nistrations publiques, le personnel
l’embauche des chômeurs et à inci-que le taux d’épargne est passé à a vu ses primes de vacances et de
ter les bénéficiaires d’allocations de10,3 % du revenu. Noël amputées, voire supprimées,
fin de droit ou d’un revenu minimumafin de réduire les dépenses de
à reprendre un travail.Dans un contexte de restriction fonctionnement. En 2004, pour la
salariale, le pouvoir d’achat a été troisième année consécutive, les
La situation de l’emploi reste préoc-affecté par la hausse des cotisa- déficits publics ont en effet dépas-
cupante.Le nombre de chômeurs n’ations retraites, en application de la sé la limite des 3,0 % du PIB, fixée
pas régressé, malgré le retour de laréforme "Riester", et par la réduc- par le pacte de stabilité et de crois-
croissance. Officiellement, l’Alle-tion des prestations maladies. Les sance.
magne comptait, en moyenne an-
nuelle, 4,38 millions de chômeursStabilisation du chômage en 2004
comme en 2003, ce qui correspond à
un taux de chômage de 10,3 %. Ces
chiffres masquent cependant une
dégradation de l’emploi, dans la me-
Schleswig-Holstein sure où cette stabilité n’a pu être ob-
9,8 % Mecklembourg -
Poméranie occidentale tenue que grâce à la multiplicationHambourg
20,5 %9,7 % des "petits boulots" (minijobs) et aux
incitations financières pour encoura-
Brème
Berlin13,3 % ger les chômeurs à s’installer à leur
17,6 %
Basse-Saxe propre compte.
Brandebourg9,6 %
18,7 %
Saxe-Anhalt
20,3 % Bade-Wurtemberg : baisse
Rhénanie du Nord- des effectifs dans l’industrie
Westphalie Saxe
10,2 % 17,8 %
Thuringe L’évolution économique dans le
16,7 %
Bade-Wurtemberg est à l’image deHesse
8,2 % la situation nationale. Les secteurs
Rhénanie- industriels qui ont le mieux tiré leur
Palatinat
Taux de chômage épingle du jeu sont la machine-ou-7,7 %
moyen annuel (en %)
til, l’électronique et l’optique. LaSarre
9,2 % Bavière18 et plus construction automobile, fer de
6,9 %
de 14 à moins de 18 lance de l’industrie bade-wurtem-
de9àmoinsde 14
Bade-Wurtemberg bergeoise, n’affiche en revanche
de7àmoinsde 9 6,2 %
que des performances très moyen-
moins de 7
nes, aussi bien sur le marché na-
Allemagne : 10,3 %
tional qu’à l’exportation. Dans le
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Chiffres pour l'Alsace · dossier n° 9 · L'année économique et sociale 2004 · juillet 2005
Source : Bundesagentur für Arbeit 2004 © Megrin - InseeÉCONOMIE
bâtiment, et encore plus dans les n’a que légèrement augmenté : Avec un taux de croissance de
travaux publics, on enregistre une + 0,2 point pour atteindre 6,3 % 1,7 %, le Bade-Wurtemberg se re-
nouvelle dégradation, suite à une fin décembre. La mise en œuvre trouve en sixième position dans le
réduction drastique des comman- des premières "réformes Hartz" a classement des Länder. Il est no-
permis de stabiliser le niveau de tamment devancé par la dyna-des publiques.
l’emploi, voire de dégager un mique Bavière (2,3 %) et la Hesse
solde positif de 8 000 emplois sa- (2,0 %), mais aussi par le Land deLa baisse des effectifs dans
lariés, mais elle s’est accom- Rhénanie-Palatinat (2,0 %), lequell’industrie a été compensée par
pagnée d’une forte précarisation. se trouvait déjà dans le peloton deles créations d’emplois dans le
En effet, le nombre de postes à tête en 2003.tertiaire malgré une conjoncture
temps plein continue de diminuer,plutôt morose, notamment dans
tant dans le secteur privé quele commercedegroset de détail.
dans la fonction publique.Par rapport à 2003, le chômage Daniel WAHL
Les réformes Hartz
En 2002, le gouvernement allemand a mis en place une commission chargée de faire des propositions concrètes
pour réduire le chômage, notamment celui des jeunes et des plus de 50 ans. Connues sous le nom de réformes
Hartz, du nom du président de la commission, ces réflexions ont abouti à quatre lois (Hartz I à Hartz IV), dont la
erpremière est entrée en vigueur au 1 janvier 2003. Les principales dispositions sont énumérées ci-dessous.
Hartz I
- Création d’un réseau d’agences-personnel-service (PSA), qui s’apparentent à des agences de travail tempo-
raire, mais qui ont vocation à mettre le salarié à disposition d’une entreprise, avec l’espoir qu’il sera embauché à
terme.
- Pour accroître la mobilité des chômeurs, ceux qui ne peuvent faire état de liens familiaux devront, à compter du
quatrième mois de chômage, étendre leur zone de recherche à l’ensemble de l’Allemagne.
- Pour le calcul des aides au chômeur de longue durée, la prise en compte du revenu du conjoint et de l’épargne
accumulée est renforcée, ce qui conduit à abaisser le montant des aides versées.
Hartz II
- Le dispositif réglementaire relatif aux petits boulots déclarés et précaires, avec allègement de charges sociales,
est élargi. Les “Mini Jobs”, qui concernent les entreprises et les ménages, peuvent être rémunérés jusqu’à 400
euros. Pour un salaire entre 400 et 800 euros, l’entreprise peut embaucher un Midi-Jobber, en payant toutefois la
totalité des charges sociales.
- Les chômeurs qui créent leur propre entreprise peuvent bénéficier, durant trois ans, d’une allocation mensuelle
ère e e
(de 600 euros durant la 1 année, de 360 euros durant la 2 et de 240 euros durant le 3 ).
Hartz III
La "Bundesanstalt für Arbeit" (Agence nationale pour l’emploi) est restructurée. Un réseau de "Job Centers",cou-
vrant tout le territoire allemand, doit faciliter la prise en charge, l’orientation et le suivi des chômeurs. Grâce à
cette réorganisation interne et à un redéploiement des moyens, chaque agent de l’agence encadrera désormais
75 chômeurs (au lieu de 350).
Hartz IV
erÀ compter du 1 janvier 2005, l’allocation versée aux chômeurs en fin de droits et le revenu minimum sont conver-
tis en une aide unique, appelée allocation de chômage II (Arbeitslosengeld II), ce qui sous-entend que le bénéfi-
ciaire est à la recherche d’un emploi. Cette allocation est forfaitaire et dépend des charges familiales.
Les communes peuvent demander au bénéficiaire d’occuper un emploi, qui donnera lieu à un versement supplé-
mentaire minimal de un euro l’heure. Ces "ein Euro-Jobs" traduisent bien l’esprit des réformes-Hartz, qui est de
financer l’emploi et non d’indemniser le chômage.
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