Quel est le taux d'épargne des ménages français ? (dossier de l'Économie française, édition 2002-2003)

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Présentation de l'un des trois dossiers de l'Economie française, édition 2002-2003 - Plusieurs mesures du taux d'épargne sont compatibles avec les règles de la comptabilité nationale. Pour procéder à des comparaisons internationales, il faut adopter une définition commune à tous les pays, peu sensibles aux différences institutionnelles. Le taux d'épargne des ménages français occupe alors une position médiane dans le groupe des grands pays industrialisés.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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PRESENTATION DU DOSSIER :
QUEL EST LE TAUX D’EPARGNE DES MENAGES FRANÇAIS ?




Cette étude figure in extenso dans
l’édition 2002-2003 de l’Économie
française, publiée en juin 2002 par
l’INSEE dans la collection « Le livre
de poche » des éditions Hachette -
collection Références.




Le taux d’épargne : un indicateur de l’état de santé de l’économie
L’épargne des ménages est un indicateur important de la santé d’une économie. Á court
terme, l’évolution de l’épargne vient amortir les fluctuations économiques et permet
ainsi de limiter les conséquences de chocs adverses. Á plus long terme, l'épargne des
ménages est une composante majeure de la capacité de financement d'un pays. Elle joue
un rôle essentiel dans le financement de l'économie et aide à anticiper les conditions de
la croissance à venir. Dans les analyses économiques, on fait plutôt usage du taux
d’épargne qui se définit comme la fraction non consommée du revenu.
Les statistiques officielles font apparaître une très forte hétérogénéité des taux
d’épargne entre pays
Il est fréquent d’avoir à comparer les taux d’épargne de différents pays. Si l’on
examine les taux directement publiés par les Instituts Nationaux de Statistique, les
écarts de taux d’épargne peuvent être très importants. Ainsi, selon les statistiques
collectées par l'OCDE, les taux d'épargne des principaux pays industrialisés varient
entre 1 % du revenu des ménages pour les plus bas, ceux des États-Unis et du Royaume-
Uni, et 16 % pour le taux le plus élevé, celui de la France. Toutefois, une analyse
approfondie de la mesure du taux d’épargne montre que la lecture n’en est pas simple.
D’une part, plusieurs mesures coexistent ; d’autre part, elles peuvent être fortement
conditionnées par les règles institutionnelles des pays.
Suivant les choix retenus, la mesure du taux d'épargne français peut varier à une date
donnée dans une fourchette d'une dizaine de points, voire plus. En adoptant une mesure
unique, commune à tous les pays et retenue pour être la plus robuste, le taux français
occuperait une position médiane au sein du groupe des grands pays industrialisés.



taux d'épargne des ménages
brut (y.c. CCF), en % du revenu disponible ajusté

Belgique Espagne Italie
Pays-Bas Royaume-Uni Allemagne27%
France Etats-Unis Japon
24%
21%
18%

15%

12%
9%
6%

3%
1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000



Source : BEA, Eurostat, Insee
Note : CCF = consommation de capital fixe


Les marges de manœuvre des statisticiens pour définir le taux d’épargne
D’apparence simples, les définitions des deux agrégats utilisés dans le calcul du taux
d’épargne, la consommation et le revenu, sont en réalité fondées sur des concepts
économiques qui prennent de multiples formes dans le monde réel. Parce qu’il repose en
partie sur les déclinaisons de ces concepts, le système de conventions utilisé par la
comptabilité nationale, tout en étant très codifié, autorise différentes constructions
de leur mesure. Par ailleurs, l’économiste en se référant aux fonctions de l’épargne peut
souhaiter modifier certaines de ces conventions.
Des exemples : le traitement …
• … de la protection sociale
Ainsi, les contours du revenu disponible des ménages peuvent être plus ou moins
larges. Le comptable peut par exemple y intégrer, ou non, l’équivalent monétaire des
prestations en nature reçues par les ménages au titre de la protection sociale, sous
forme de soins médicaux notamment. En effet, un des motifs de l’épargne est de se
constituer un pécule pour se prémunir en partie des conséquences d’une maladie. Le
système de protection sociale remplit en partie ce rôle à travers la perception des
cotisations. Si les transferts sociaux en nature sont inclus dans le revenu, celui-ci
est plus élevé mais l’épargne est inchangée car la consommation des ménages est
aussi augmentée des mêmes montants ; le taux d’épargne est donc révisé en baisse.
La correction est d’autant plus importante que le poids de ces transferts dans le
revenu est important : elle atteint 2,2 points en Allemagne mais n’est que de 0,7
point aux États-Unis. Le choix du concept n’est donc pas neutre sur la mesure du

taux d’épargne. En outre, et c’est là le point clé en matière de comparaison, les
corrections peuvent être très différentes selon les pays. On comprend dès lors
qu’elles puissent modifier la hiérarchie des taux d’épargne et les conclusions qui en
découlent.
Le traitement du financement des retraites donne lieu à d’autres variantes dans la
définition du revenu et de l’épargne, selon qu’il prend la forme de cotisations
obligatoires ou d’une épargne volontaire dans une économie moins socialisée.

• …des impôts indirects
Le système d’imposition altère aussi la comparabilité des taux d’épargne, du fait des
différences de traitement dans les comptes entre les impôts directs et indirects.
Les impôts indirects (TVA, TIPP en France) n’affectent un ménage que s’il consomme
ou investit et sont comptabilisés dans la mesure de ces agrégats taxes comprises. Ils
ne sont pas ôtés du revenu disponible, à la différence des impôts directs. En traitant
la TVA de la même manière que les impôts directs, le taux d’épargne français serait
relevé. Ce résultat repose sur un calcul complet qui n’a pu être conduit pour d’autres
pays ; il est néanmoins permis de supposer que la correction, indépendamment de son
sens, serait plus faible aux États-Unis qu’en Europe, car le poids des impôts indirects
y est moins important.

• …des plus-values réalisées
Le mode de comptabilisation des plus-values réalisées sur la vente d’un actif peut
également être discuté. Actuellement, elles ne sont pas intégrées au revenu alors
qu’elles abondent les ressources du ménage au niveau individuel. Le degré de richesse
financière des ménages variant beaucoup d’un pays à l’autre, les niveaux relatifs des
taux d’épargne pourraient être sensiblement affectés par l’adoption d’une
convention alternative. Toutefois, au sein du secteurs des ménages, les acquisitions
et les cessions d’actifs se compensent pour une large part.

• …des biens durables
On peut aussi s’interroger sur le contenu de la consommation finale des ménages.
Des achats de biens durables, tels que les automobiles ou les biens d’équipement
domestiques, qui se gèrent dans le temps et sont souvent financés par le crédit, ne
sont-ils pas assimilables à des investissements ? En ce cas, le taux d’épargne serait
sensiblement rehaussé et la correction plus importante dans les pays où les ménages
ont une propension plus forte à effectuer de telles dépenses. Il en est ainsi aux
États-Unis. La correction aurait notamment pour effet de rapprocher les taux
français et américains au cours du passé récent.


En France, le taux d'épargne des ménages est resté à peu près stable au cours
des années quatre-vingt dix, alors qu’il a baissé dans beaucoup de pays
industrialisés
Une comparaison internationale de l’évolution des taux d’épargne a pu être conduite sur
la base d’une définition commune à tous les pays. Le taux d’épargne des ménages
français est stable depuis 1995, à l'instar des taux allemands et japonais, alors que le
taux d'épargne a tendance à baisser dans les autres pays européens et aux États-Unis.
Les évolutions du taux d'épargne depuis 1995 trouvent leur origine dans des
mécanismes économiques qui diffèrent selon les pays. Parmi les plus pertinents, on peut
citer l’appréciation des actifs détenus par les ménages, la baisse de l’inflation et de la
dette publique. Les ménages ont retiré de ces tendances un sentiment renforcé de
richesse qui les a conduits à réduire leur effort d’épargne. L'impact de ces effets a été
faible en France, ce qui contribue à expliquer la stabilité du taux d’épargne sur cette
période.
Par ailleurs, l'épargne des ménages est, en majeure partie, constituée d'une épargne
immobilière et de placements monétaires et financiers. La baisse du taux d’épargne
s’accompagne en Belgique et en Italie d’un recul des acquisitions d’actifs financiers ou
non (logements, actions, obligations, etc.). Aux États-Unis, au Royaume-Uni, aux Pays-
Bas et en Espagne, elle correspond à un recours accru au crédit. Les comportements
d'endettement et d'épargne des ménages rapprochent la France de ce second groupe
de pays, bien que le recours au crédit n'y prenne pas la même ampleur.


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