Une alternative pour les firmes multinationales : exportations intra-firme ou directes

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Pourquoi les entreprises optent-elles pour des échanges intra-firme et en quoi ce choix influence-t-il leur volume d'exportations ? En France, par exemple, ils représentent le tiers des exportations industrielles et près d'un quart des exportations agro-alimentaires en 1997. L'importance croissante des ces échanges met au premier plan, dans l'analyse de la compétitivité externe, différents aspects de la mondialisation des firmes. Pour les produits agro-alimentaires, les économies d'échelle, la protection de la marque et des savoir-faire et l'existence de barrières à l'échange motivent le choix des firmes multinationales de recourir au marché interne. Une analyse économétrique de l'enquête sur les échanges intra-firme confirme le fonctionnement spécifique du marché interne des entreprises multinationales de ce secteur. Ces firmes auraient, dans la détermination du prix interne, la possibilité d'annuler l'effet de la charge fiscale qui grève la compétitivité des exportations directes. D'autre part, le volume des exportations intra-firme serait plus particulièrement influencé par l'expérience du groupe sur les marchés internationaux et la protection de la marque. Enfin, les effets-prix, couplés au comportement de gestion par la firme multinationale des différentiels de fiscalité, suggèrent une recherche d'optimisation de sa compétitivité globale dans laquelle le marché interne joue un rôle privilégié.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ÉCHANGES EXTÉRIEURS
Exportations intra-firme
ou directes : une alternative
pour les firmes multinationales
Emmanuelle Pourquoi les entreprises optent-elles pour des échanges intra-firme et en quoi
Chevassus-Lozza, ce choix influence-t-il leur volume d’exportations ? En France, par exemple,
Jacques Gallezot ils représentent le tiers des exportations industrielles et près d’un quart des
et Danielle exportations agro-alimentaires en 1997. L’importance croissante des ces échanges
Galliano* met au premier plan, dans l’analyse de la compétitivité externe, différents aspects
de la mondialisation des firmes.
Pour les produits agro-alimentaires, les économies d’échelle, la protection
de la marque et des savoir-faire et l’existence de barrières à l’échange motivent
le choix des firmes multinationales de recourir au marché interne. Une analyse
économétrique de l’enquête sur les échanges intra-firme confirme
le fonctionnement spécifique du marché interne des entreprises multinationales
de ce secteur.
Ces firmes auraient, dans la détermination du prix interne, la possibilité d’annuler
* Les auteurs travaillent
à l’Inra-ESR, Emma- l’effet de la charge fiscale qui grève la compétitivité des exportations directes.
nuelle Chevassus-Lozza D’autre part, le volume des exportations intra-firme serait plus particulièrement
au laboratoire LERECO
de Nantes, Jacques influencé par l’expérience du groupe sur les marchés internationaux
Gallezot au laboratoire
et la protection de la marque. Enfin, les effets-prix, couplés au comportementLEIAA d’Ivry sur Seine
et Danielle Galliano au de gestion par la firme multinationale des différentiels de fiscalité, suggèrent
laboratoire ETIQ de
une recherche d’optimisation de sa compétitivité globale dans laquelle le marchéToulouse. Ils remercient
Alban Thomas (Inra) interne joue un rôle privilégié.
pour ses conseils en
économétrie, Carlos
Martinez Monga (DGII
de la Commission euro-
péenne) pour la mise à
disposition des informa-
tions sur l’imposition des
ortées par un développement important de de ces échanges intra-firme (EIF). Leur exis-sociétés et les rappor-
teurs pour leurs P leurs investissements directs à l’étranger, tence met en évidence la nécessité de mieux
remarques constructi- les firmes multinationales (FMN), quelles que connaître les déterminants de l’organisation
ves.
soient leurs activités industrielles, génèrent, au interne de la firme. Elle pose la question fonda-
niveau international, des flux internes de capi- mentale de la capacité des FMN à contourner
taux, de technologies, d’emplois, de services ou les règles du marché et à dépasser les frontières
Les noms et dates entre de marchandises. Ce constat n’est pas particulier des nations, remettant ainsi en question l’ana-
parenthèses renvoient à
aux groupes français et la littérature en économie lyse des fondements de la compétitivité externe
la bibliographie en fin
internationale reconnaît l’importance croissante et celle de l’efficience des politiques publiques.d’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 97protéger et de valoriser ses avantages spécifiquesLes raisons du développement
comme ceux liés aux produits (propriété techno-d’un marché intra-firme
logique, marques, savoir-faire, etc.) ou à ses com-
Deux courants de la littérature se sont particu- pétences organisationnelles (économies d’échelle
lièrement emparés de cette thématique. Un et de compétence, transfert d’expérience, etc.) ;
premier, basé sur la théorie des coûts de trans-
action et porté par Williamson (1975), oppose – l’internalisation est considérée comme le
deux institutions : le marché et la firme. L’in- moyen de créer ou sauvegarder l’avantage mono-
ternalisation répond au souci d’éviter les coûts polistique, voire de créer des barrières à l’entrée
inhérents aux échanges sur le marché. Les sur un marché (Hymer, 1960 ; Mathieu, 1997) ;
défaillances du marché, les obstacles à
l’échange international, et les coûts qui en – enfin, les fondements de l’échange intra-firme
découlent, expliquent l’internalisation du sont à trouver dans la gestion financière globale
marché au sein de la firme multinationale. Le du groupe. La contrepartie de l’échange est le flux
second courant, développé par Dunning financier et le prix interne, et non le prix de mar-
(1981), propose une approche plus « éclecti- ché qui peut disparaître de l’échange intra-firme
que » de la multinationalisation, organisée autour (Coase, 1937). La rationalité des critères de ges-
de trois conditions nécessaires à la réalisation tion du groupe multinational permet, à partir de
de l’internationalisation de la firme : « Avan- ces prix internes, un arbitrage entre des objectifs
tage spécifique, localisation, internalisation ». de parts de marché et des objectifs de marge ainsi
La condition nécessaire et suffisante réside qu’une allocation des activités et des profits entre
dans le fait qu’il doit être impossible à la firme les filiales selon les conditions économiques qui
d’exploiter en même temps ses avantages spé- prévalent dans le pays d’accueil (Harris, 1993 ;
cifiques et ceux liés à la localisation si elle ne Cantwell, 1994) ; ceci tout en tenant compte des
dispose pas d’un marché interne que les inves- problèmes de gestion et d’incitation des mana-
tissements directs à l’étranger permettent de gers (Donnenfeld et Prusa, 1995).
créer. Ainsi, au-delà des explications classi-
ques centrées sur les imperfections du marché, Toutefois, l’analyse empirique des flux inter-
émerge une conception renouvelée du marché nes à l’entreprise multinationale fait encore
interne de la firme, où l’existence et la mise en largement défaut dans la mesure où ces transac-
œuvre de ses avantages spécifiques et compéti- tions sont peu accessibles à l’observateur
tifs jouent un rôle central. externe et où les statistiques du commerce
international ne font pas de distinction entre les
Dans ce cadre, les fondements de l’internalisa- échanges intra-firme et ceux réalisés entre enti-
tion peuvent être regroupés autour de trois tés indépendantes. L’enquête Mondialisa-
grands types de déterminants : tion industrielle, lancée en 1994 par le
ministère de l’Industrie, l’Insee et le ministère
– l’internalisation des échanges permet à la firme de l’Agriculture, est la première enquête sur le
multinationale de réduire l’incertitude et les coûts thème des échanges intra-firme en France. Son
liés aux transactions sur le marché mais aussi de exploitation a permis de réaliser une estimation
Tableau 1
Les échanges extérieurs français de produits agro-alimentaires
En %
Exportations Importations
Valeurs (en milliards de francs) 115,9 Valeurs (en milliards de francs) 92,6
Ventes à des tiers 77 Achats à des tiers 89
Entreprises indépendantes 14 Entreprises indépendantes 59
Groupes 63 Groupes 30
Groupes français 49 Groupes français 19 étrangers 14 étrangers 11
Ventes intra-firme 23 Achats intra-firme 11
Groupes français 14 Groupes français 3 étrangers 9 Groupes étrangers 8
Sources : enquête Mondialisation industrielle, Sessi, Scees et Insee, fichiers des Douanes et base de données Medina de l’Inra, 1993.
98 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7globale du poids de ces échanges dans le connaît, depuis 1980, une croissance impor-
commerce extérieur agro-alimentaire, puis de tante de ses excédents même si, dans une
préciser les déterminants qui affectent le vo- période récente, la tendance s’est inversée en
lume des exportations internes et externes à la raison du décalage conjoncturel entre la France
firme multinationale (1). La question est de sa- et ses partenaires. Cette performance, souvent
voir quels sont les motifs qui influencent le assimilée à la compétitivité externe, s’appuie,
choix du marché interne et de cerner l’impact en fait, plus particulièrement sur les firmes
spécifique de ces ventes internes, comparative- organisées en groupes de sociétés dont l’activi-
ment aux ventes directes, sur le volume des ex- té représente 86 % des exportations de la bran-
portations. che. Leur participation est nettement plus faible
dans les importations (41 %) (cf. tableau 1). Elle
s’explique par le rôle des groupes à capitaux fran-
çais, qui contribuent plus aux exportations que
les groupes étrangers ou les entreprises indépen-Le commerce extérieur
dantes. Dans ce contexte, chacun de ces trois ac-agro-alimentaire français
teurs assume un rôle spécifique dans la balance
commerciale française. Les groupes à capitaux
e groupe multinational, du fait de la pré- français occupent une place majeure : ils repré-L sence de ses filiales dans plusieurs pays, sentent 63 % des exportations, 22 % seulement
dispose de la capacité d’internaliser une partie des importations et réalisent un excédent commer-
de ses échanges internationaux, flux internes cial de 51 milliards de francs (cf. tableau 2). De
qu’il est nécessaire de mesurer. Pour cela, il leur côté, les groupes étrangers localisés en
faut tout d’abord préciser le contour du marché France dégagent un excédent commercial de 10
interne en identifiant les frontières pertinentes milliards de francs. Plus de la moitié de leurs
des groupes et les acteurs des échanges intra- échanges globaux sont sous contrôle de groupes
firme (cf. encadré 1). Dans un contexte où la non communautaires (américains et suisses) ;
performance sur les marchés extérieurs est des groupes hollandais, italiens et allemands
conçue comme une composante importante de contrôlent l’autre partie. Quant aux entreprises
la croissance, cette mesure permet une analyse indépendantes, elles jouent un rôle très différent
des formes des échanges intra-firme et de leur dans le commerce extérieur. Elles réalisent près
impact sur la compétitivité externe de la des deux tiers des importations agro-alimentai-
Nation. res mais seulement 14 % des exportations tota-
les. De ce fait, leur solde extérieur est largement
négatif (- 38,4 milliards de francs).
Les groupes français réalisent
près des deux tiers des exportations
Le quart des exportations
L’activité des industries agro-alimentaires sem- agro-alimentaires sont intra-firme
ble, comme pour la majorité des secteurs indus-
triels, soutenue par ses ventes extérieures. L’avantage organisationnel, sur lequel les
Ainsi, le solde de la branche agro-alimentaire groupes s’appuient, découle d’une stratégie de
conquête de marché à partir d’investissements
directs à l’étranger. Particulièrement impor-
Tableau 2 tants dans le secteur agro-alimentaire ces der-
Les groupes dans le solde extérieur nières années, ces investissements permettent
agro-alimentaire français le développement d’une production locale et
En milliards de francs
génèrent des transactions de nature diverse au
Solde sein de la firme multinationale. Néanmoins, le
recours au marché interne n’est pas systémati-
Groupes français + 51,5
que dans l’agro-alimentaire. Ainsi, sur la popu-
Dont échanges intra-firme +13,3
lation des 317 groupes qui interviennent dans
Groupes étrangers +10,3
les échanges extérieurs de la branche, seule-
Dont échanges intra-firme +3,3
ment la moitié font des échanges intra-firme.
Entreprises indépendantes - 38,4
1. Contrairement aux données sur les exportations, lesTotal + 23,3
statistiques françaises sur les importations ne permettent
Sources : enquête Mondialisation industrielle, Sessi, Scees et pas d’identifier l’ensemble des déterminants de l’EIF et
Insee, fichiers des Douanes et base de données Medina de notamment la structure des firmes multinationales à
l’Inra, 1993. l’étranger (Chevassus-Lozza et al., 1999).
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 99Toutefois, ces 168 firmes multinationales ont (sucre, chocolats, café, condiments, biscottes et
plus d’impact sur les échanges extérieurs : elles biscuits) ou de produits laitiers. S’ils concer-
réalisent 78 % des exportations et 36 % des im- nent les mêmes produits qu’à l’exportation, les
portations agro-alimentaires françaises. Leurs importations intra-firme sont, par contre, le fait
marchés internes canalisent près de 30 % des de groupes étrangers (70 %), américains, hol-
échanges totaux des groupes (exportations landais et suisses. Selon les branches, la part
et importations) ce qui représente, in fine,23% des échanges qui transitent à l’intérieur des fir-
des exportations et 11 % des importations fran- mes multinationales peut être plus élevée : elle
çaises. Enfin, ces échanges internes aux grou- représente 35 à 45 % des échanges extérieurs
pes ont un effet positif sur le plan national dans des produits plus standardisés et moins périssa-
la mesure où ils dégagent un excédent commer- bles comme les boissons, farines et céréales
cial de 16 milliards de francs. transformées, conserves de légumes et autres
produits alimentaires.
L’importance du marché interne des firmes multi-
nationales varie selon les produits, leur origine et De par la nature de ses produits et de ses procé-
leur destination. Les trois quarts des échanges dés de production, l’internalisation des échan-
intra-firme dans l’agro-alimentaire sont des expor- ges agro-alimentaires est moins avancée que
tations, réalisées principalement par des groupes celle de l’industrie manufacturière. Les EIF
français (61 %), américains (17 %) et hollandais représentent, dans le secteur industriel, 34 %
(10 %) (cf. tableau 3). Il s’agit de boissons, de pro- des exportations et 31 % des importations totales
duits de la branche « autres produits alimentaires » (Hannoun et Guerrier, 1998). C’est au niveau
Encadré 1
LES SOURCES POUR L’ANALYSE DES ÉCHANGES INTRA-FIRME
Les statistiques du commerce international ne font treprises qui interviennent dans les échanges de
pas de distinction entre les échanges intra-firme et biens alimentaires transformés, sans se limiter à
les échanges entre entitésindépendantes. Ceci ex- celles qui ont comme activité principale l’industrie
plique la rareté des analyses empiriques relatives agro-alimentaire (IAA). Plusieurs fichiers statisti-
aux transactions internes aux firmes multinationales ques administratifs ont été mobilisés pour permettre
présentes en France. La seule source de données un traitement complet de l’enquête Mondialisation
concernant les échanges intra-firme provient industrielle.L’appariement de ces différentes sour-
d’enquêtes réalisées auprèsd’entreprises, ce qui ces statistiques - données douanières, liaisons
implique l’établissement de questionnaires par les financières existant entre les firmes (Lifi), enquêtes
autorités nationales. Le ministère du Commerce des annuelles d’entreprises (EAE) - a été réalisé au
États-Unis et le ministère japonais du Commerce sein de la base de l’Inra sur les marchésextérieurs
extérieur et de l’Industrie (MITI) conduisent ce type des industries agro-alimentaires (Medina). Pour ce
d’enquête depuis la fin des années 70. L’enquête faire, trois étapes ont été nécessaires :
française Mondialisation industrielle s’est égale-
ment donnée comme objectif de mesurer la part du - mise en cohérence des déclarations d’échanges
commerce extérieur correspondant à des échanges intra-firme de l’enquête Mondialisation industrielle
internationaux internes aux groupes industriels. Elle avec les déclarations douanières des entreprises en
a été réalisée en 1994 par le Sessi (ministère de 1993. À partir d’un appariement des fichiers d’entre-
l’Industrie) auprès des entreprises industrielles, le prises des douanes et de l’enquête Mondialisation
Scees (ministère de l’Agriculture) pour les entrepri- industrielle, les divergences d’informations fournies
ses agricoles et agro-alimentaires et par l’Insee par les firmes sur les triplets « entreprise, produit et
auprès des filiales françaisesducommercedegros. pays de destinations (ou origine) » du flux ont été
L’enquêteatouché 6 800 entreprises, dont 6 000 corrigées ;
industrielles et 800 commerciales. Comme il s’agis-
sait d’une investigation nouvelle, prèsde60%des - recomposition des frontières du groupe de sociétés
entreprises ont été contactées par téléphone pour et identification de la tête de groupe. Cette étape
relanceoucomplément d’information. Au total, le s’est appuyéesur l’exploitation de l’enquête sur les
taux de réponse apparaît satisfaisant : 80 % du liaisons financières entre les entreprises, après ap-
nombre des entreprises et 95 % des variables pariement avec l’enquête Mondialisation industrielle,
d’intérêt (importations et exportations). Leurs répon- corrigéeenpremière étape ;
ses et les non-réponses ont été redressées
(cf. annexe). - harmonisation et mise en cohérence de ces fichiers
statistiques avec les enquêtes annuelles d’entrepri-
Afin de tenir compte de l’ensemble des flux intra- ses qui fournissent des résultats sur le chiffre
firme de produits agro-alimentaires français, d’affaire, les effectifs, les rémunérations, le taux
l’exploitation de l’enquête a porté sur toutes les en- d’exportation et les dépenses de publicité.
100 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7du comportement à l’importation des groupes nales de la branche (Chevassus-Lozza et al.,
étrangers que la différence est la plus marquée : 1998). Le débat ouvert sur l’impact, au niveau
31 % des importations intra-firme industrielles des économies nationales, des multiples as-
se font à l’intérieur des groupes étrangers pects de la mondialisation ne se limite donc pas
contre seulement 8 % dans l’agro-alimentaire. aux échanges.
L’avantage comparatif français en matière de
production agro-alimentaire serait-il un frein
Le marché unique européen :aux importations intra-firme des groupes étran-
gers ? Ou les contraintes d’adaptation aux une destination privilégiée
multiples composantes des préférences du des échanges intra-firme
consommateur en limiteraient-elles le poids ?
Ainsi s’expliquerait l’importance, dans l’agro- L’analyse de la répartition géographique des
alimentaire, de la production locale des filiales échanges, selon la nationalité des groupes, est
des groupes étrangers qui, en 1993, est supé- riche d’enseignements sur les motifs des EIF et
rieure à la valeur totale des importations natio- révélatrice de certains mécanismes d’intégration
Tableau 3
Nationalité du groupe, provenance et destination des échanges intra-firme
A - Importations intra-firme
En %
Provenance géographique Intensité (1)
Nationalité
Union Reste Union Reste
Total Total
européenne du monde européenne du monde
Ensemble 100 81,48 18,52 23,71 25,18 18,84
Française 29,99 18,96 11,04 12,87 10,71 19,70
Néerlandaise 16,87 15,26 1,61 42,19 44,16 29,67
Allemande 8,16 7,49 0,67 48,58 48,48 49,79
Italienne 4,93 4,41 0,52 22,97 37,53 5,33
Autres UE 5,98 5,83 0,14 46,61 49,82 12,76
Suisse 15,07 12,98 2,09 47,55 51,04 33,36
Américaine 19,00 16,55 2,46 28,79 34,73 13,38
Reste du monde 0 0 0 0,94 1,81 0,71
1. Part des importations intra-firme du groupe dans ses importations totales selon la provenance géographique.
Lecture : les im intra-firme représentent 12,87 % des importations totales des groupes français, 19,7% de leurs importations
en provenance du reste du monde.
B- Exportations intra-firme
En %
Destination géographique Intensité (1)
Nationalité
Union Reste Union Reste
Total Total
européenne du monde européenne du monde
Ensemble 100 71,75 28,25 25,38 27,12 21,81
Française 60,72 41,96 18,76 21,19 22,57 18,66
Néerlandaise 9,39 4,27 5,12 46,35 39,57 54,07
Allemande 0,65 0,54 0,11 13,21 13,04 14,12
Italienne 4,68 4,2 0,48 30,04 34,35 14,34
Autres UE 0,83 0,69 0,14 13,33 18,35 5,71
Suisse 7,19 5,86 1,33 44,44 53,19 25,76
Américaine 16,5 14,22 2,28 37,62 38,95 31,00
Reste du monde 0,03 0,01 0,02 6,15 5,18 6,48
1. Part des exportations intra-firme du groupe dans ses exportations totales selon la destination géographique.
Sources : enquête Mondialisation industrielle, Sessi, Scees et Insee, fichiers des Douanes et base de données Medina de l’Inra, 1993.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 101des marchés agro-alimentaires en Europe. Ce convergence des structures économiques. Dans
processus, qui s’appuie largement sur le prin- ce cadre, les groupes européens, comme les
cipe de préférence communautaire inscrit dans groupes étrangers non communautaires,
les fondements de la politique agricole com- exploitent les avantages du marché unique tout
mune, est déjà bien avancé. La polarisation des en contribuant, en retour, au processus même
échanges des groupes sur l’Union européenne de l’intégration.
(77 % des importations, 67 % des exportations)
en atteste. En outre, malgré l’abaissement des
barrières à l’échange, l’essentiel des échanges
intra-firme est encore réalisé au sein du marché Les déterminants empiriques
unique : 82 % des importations intra-firme pro- des exportations intra-firme
viennent de filiales situées en Europe et 72 %
pour les exportations.
a littérature à propos de l’échange intra-
Si l’achèvement du marché unique conduit, sur L firme permet d’identifier les principaux
le plan intra-communautaire, à une libéralisa- facteurs généralement invoqués pour expliquer
tion du marché du capital et des marchandises, l’importance des EIF. Pour l’essentiel, les étu-
il implique aussi une protection commune aux des empiriques sont le fruit de travaux améri-
frontières de l’Union européenne. Ce méca- cains et japonais. En effet, seuls les États-Unis
nisme est une incitation classique pour les et le Japon conduisent des enquêtes sur ce
investissements directs des pays tiers. Ces thème depuis le début des années 70. La plupart
investissements « tête de pont » (expression de des analyses partent du postulat que les déter-
Greenaway, 1993) permettent de contourner les minants ne sont pas les mêmes selon que
barrières à l’entrée du marché unique et d’accé- l’échange a lieu à l’intérieur de la firme multi-
der à une demande plus vaste encore que la nationale ou sur le marché. Toutefois, hormis
seule demande française. Ainsi, l’essentiel des l’étude de Benvignati (1990), aucun travail ne
échanges des filiales françaises des groupes teste vraiment cette différence.
non communautaires (américains et suisses
principalement) est réalisé sur le marché euro- Les fondements de l’internalisation peuvent
péen (72 % pour leurs importations, 83 % pour être regroupés autour de trois grandes familles
leurs exportations). À l’inverse, le faible d’influences qui renvoient aux fonctions de
volume du commerce de ces filiales avec le base de la firme : fonctions financière, mar-
reste du monde, et les États-Unis en particulier, chande et industrielle.
démontre qu’il s’agit de filiales productives et
non uniquement commerciales. Cette pénétra-
Minimiser les taxestion européenne passe, en partie, par le marché
interne des groupes étrangers et donc par un dans un contexte mondial
réseau de filiales également implantées en
Europe (39 % des exportations vers l’Union Pour les déterminants liés à la gestion finan-
européenne des filiales américaines sont intra- cière globale du groupe, la plupart des auteurs
firme, 53 % pour les filiales suisses). mettent en évidence la possibilité, pour les
groupes, de maximiser leur profit global par
Loin de réduire les échanges internes des l’internalisation des transactions (Wang et
groupes européens, le marché unique favo- Connor, 1996). Cette conception accorderait
rise la construction de leurs propres réseaux à la firme la capacité de fixer des prix internes
régionaux. C’est pour leurs importations que (prix de transfert) en fonction de sa stratégie
les filiales françaises des groupes européens sur le marché ou afin d’obtenir une minimisa-
ont le plus recours au marché interne (les taux tion globale des taxes dans le contexte de
d’importation intra-firme des groupes alle- l’hétérogénéité internationale des fiscalités.
mands pouvant atteindre près de 50 %). Asso- Les échanges internationaux intra-firme sont
ciés au fait que l’essentiel des produits est dès lors une condition nécessaire à un trans-
revendu en l’état, les échanges intra-firme fert de revenus (Harris, 1993 ; Jacob, 1996).
permettent de compléter les gammes et de On peut associer à ce type de déterminants les
satisfaire la préférence pour la variété des pratiques de la gestion du risque de change.
consommateurs. Le marché interne sert alors Ainsi, en internalisant leurs transactions, les
de vecteur à la mise en œuvre des avantages FMN peuvent limiter les coûts de transaction
spécifiques de la firme dans un marché uni- par le choix des monnaies de facturation ou
que caractérisé par un processus croissant de de paiement.
102 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7appréciée, par les auteurs, par le ratio (ventesProtéger l’avantage d’un monopole
des filiales à l’étranger / total des ventes du
Concernant les déterminants marchands, l’in- groupe), variable reprise par Wang et Connor.
ternalisation peut être vue comme un moyen de Selon leurs résultats, l’expérience joue particu-
contourner mais aussi de créer et d’exploiter les lièrement à l’exportation. Dans le même ordre
imperfections du marché (Buckley et Casson, d’idée, Lall (1978) utilise la part des actifs de la
1985). La firme peut sauvegarder, voire créer, firme à l’étranger dans ses actifs totaux. Le
son avantage monopolistique (Jacquemin, second type d’économies d’échelle, internes à
1989) en pratiquant, comme le note Dunning, la filiale, renvoie à l’existence de rendements
différentes stratégies « compétitives ou anti- croissants et de gains de productivité liés à la
concurrentielles » face aux concurrents (prix taille de la firme. Il explique la localisation
prédateurs, discrimination par les prix, etc.). d’une usine, dans un pays donné, par la nécessi-
Par ailleurs, la présence de barrières à té de rentabiliser un équipement et de fabriquer
l’échange justifie, en univers incertain, l’exis- un produit proche de la demande du pays-hôte.
tence des EIF (Becuwe et al., 1998). Ainsi, on Pour appréhender ces économies, Wang et
s’attend à ce que les barrières à l’entrée sur un Connor (1996), et aussi Benvignati (1990),
marché influencent les échanges intra-firme et estiment un indice de taille minimale efficiente
la plupart des travaux introduisent le niveau de des entreprises sur un marché donné, à partir de
concentration de l’activité sectorielle pour sai- la distribution des chiffres d’affaire ou du nom-
sir cet élément (Connor, 1983 ; Sugden, 1983 ; bre de salariés par secteur d’activité.
Wang et Connor, 1996). Cette variable est sou-
vent mesurée à partir de la part de marché des
Moindrecoûtpourlelancementquatre premières firmes ou de l’indice d’Her-
findahl. de produits nouveaux
Les produits nouveaux ou différenciés seraient,
Réaliser des économies d’échelle selon Wang et Connor (1996), Siddarthan et
sur la recherche et la production Kumar (1990) et Benvignati (1990), les plus
concernés par l’internalisation des échanges
Enfin, le rôle des caractéristiques industrielles parce que leurs coûts de mise sur le marché sont
et organisationnelles spécifiques est également élevés (promotion marketing, nécessité de
souligné dans la littérature comme favorisant connaître les réactions des consommateurs,
l’échange intra-firme. Dans ce cadre, plusieurs service après-vente, etc.). Cette hypothèse im-
facteurs explicatifs sont mobilisés dans les tra- plique l’existence d’une activité importante en
vaux empiriques. R&D et les dépenses en la matière sont souvent
utilisées pour caractériser l’innovation se por-
Les économies d’échelle seraient un facteur in- tant sur les produits. Du fait de la plus grande
fluençant le développement des échanges intra- complexité des produits et de la nécessité de
firme. Markusen (1995) les distingue selon protection des savoirs technologiques, l’inten-
qu’elles sont réalisées au niveau de l’ensemble sité de la R&D est un argument favorisant
du groupe ou au niveau de l’usine (de la filiale). l’EIF. La protection de la technologie, et du sa-
Le premier type d’économies est plus particu- voir-faire qui l’accompagne, va être assurée par
lièrement générateur de transactions intra- la création d’un marché interne à la firme (Mi-
firme afin, par exemple, de mieux valoriser les chalet, 1985). Dans ce cadre, l’intensité du
activités de recherche et développement capital humain est fréquemment utilisée pour
(R&D). Il renvoie aux économies d’organisa- capter l’existence de savoirs à protéger.
tion (Economies of Scope), mises en évidence
par Chandler (1990), qui peuvent être appré- L’effet de la différenciation des produits sur
hendées par le biais de l’expérience acquise à l’échange intra-firme peut être également
l’international par la FMN. Cet indicateur est appréhendé par les dépenses en publicité.C’est
souvent utilisé comme facteur privilégié pour une mesure efficace de la différenciation des
justifier l’échange intra-firme. Ainsi, si un entreprises, qui utilisent notamment leur image
groupe a déjà des filiales dans un pays, ses afin de promouvoir leurs produits à l’exporta-
échanges avec ce pays seront intra-firme de ma- tion (Wang et Connor, 1996). Toutefois, le rôle
nière à économiser les coûts de connaissance des dépenses de publicité est interprété diffé-
du marché et de création d’une nouvelle infra- remment par Benvignati (1990) : l’investisse-
structure pour distribuer les produits (Siddar- ment en publicité qui permet de toucher
than et Kumar, 1990). Cette expérience est directement le consommateur annule l’intérêt
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 103financier de l’EIF. Pour ces mêmes motifs, Lall 1996 ; Fontagné et al., 1997). Cette distinction
(1978) justifie la corrélation négative qu’il renvoie à la nature de l’investissement direct :
obtient entre les dépenses en publicité, néces- horizontale (la majorité de la production de la
saires à la promotion des biens de masse vendus filiale est vendue directement dans le pays
directement au consommateur, et le taux étranger) ou verticale (la filiale fabrique des
d’exportation intra-firme. biens intermédiaires qu’elle revend à une autre
filiale du groupe pour être transformés par la
suite). L’échange intra-firme de biens intermé-
L’intégration verticale serait diaires traduirait une organisation productive
génératrice d’échanges intra-firme sur une échelle internationale. Toutefois,
l’échange de biens finals, fortement dominant
Enfin, la nature du produit est souvent intro- dans les industries agro-alimentaires, constitue
duite avec l’hypothèse que les motifs de aussi une composante importante des EIF.
l’échange intra-firme sont différents selon que Ainsi, Cantwell (1994) montre que, en parallèle
le bien est destiné à la consommation finale ou à l’intégration verticale génératrice d’échanges
à la production. Le fait que l’échange porte sur intra-firme, l’intégration horizontale conduit
un bien intermédiaire plutôt qu’un bien final est chaque filiale à produire certaines variétés pour
un argument favorable à l’échange intra-firme le marché local et pour l’exportation, et à
(Siddarthan et Kumar, 1990 ; Wang et Connor, importer les autres variétés produites par les
Tableau 4
Les facteurs d’influence des échanges intra-firme
Variables Coefficient Test de Student (1)
Constante 0,582 ***
Caractéristique de l’entreprise
Économies d’échelle de l’entreprise 0,216 ***
Niveau de salaire moyen 0,230 **
Caractéristique du groupe
Expérience du groupe à l’international 0,280 ***
Dépenses de publicité du groupe 0,157 ***
Localisation de la tête de groupe 0,713 ***
Nature du bien ou du marché
Bien intermédiaire - 0,158 **
Degré de concentration du marché 0,266 ***
Destination de l’échange (2)
Union Belgique - Luxembourg 1,583 ***
Pays-Bas 1,023 ***
Allemagne 1,626 ***
Italie 1,204 ***
Grande-Bretagne 1,425 ***
Danemark 0,118 n.s.
Grèce - 0,335 n.s.
Portugal 0,338 n.s.
Espagne 1,583 ***
Suisse 0,991 ***
États-Unis 1,209 ***
Japon 0,651 **
Nombre d’observation.s 5 956
2R ajusté 0,1681
1. *** indique un effet significatif au seuil de 1 %, ** significatif au seuil de 5 %, * significatif au seuil de 10 % et n.s. non significatif.
2. Les zones ont été testées par rapport à l’Irlande, pays en dehors du « noyau dur » de l’Union européenne et avec lequel la France
a peu d’échanges agro-alimentaires.
Sources : enquête Mondialisation industrielle, Sessi, Scees et Insee, fichiers des Douanes et base de données Medina de l’Inra, 1993.
104 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7autres filiales. Ces échanges internes de biens des transactions internes. Toutefois, afin d’exa-
finals sont d’autant plus importants qu’ils miner plus en détail cette hypothèse, il convient
nécessitent une phase d’adaptation au marché de comprendre le choix fait par la firme de ne
local et un service après vente. pas toujours recourir au marché interne. Les
motivations de cette décision sont à prendre en
compte pour apprécier l’impact de l’utilisation
du marché interne sur le volume des exporta-
tions.Qu’en est-il pour les EIF
des groupes agro-alimentaires
implantés en France ? L’utilisation du marché interne
pour l’exportation...
’analyse des firmes multinationales im-L plantées en France s’inscrit dans la lignée La FMN a l’alternative d’exporter à une entre-
des travaux évoqués précédemment et, plus prise tierce ou de vendre à une filiale sur les
particulièrement de ceux qui cherchent à expli- marchés extérieurs. Comment fonde-t-elle ce
citer les motifs économiques de l’échange in- choix ? À la lumière de la revue de la littérature
tra-firme. Il s’agit de voir si le marché interne, précédente, on attend une influence positive,
constitué par les échanges entre filiales d’un sur la décision d’expédier les biens auprès
même groupe, échappe, dans le domaine des d’une filiale résidant à l’étranger, pour des
exportations, aux règles traditionnelles du mar- motifs tenant aux économies d’échelle, à la
ché. Afin d’avancer des éléments de réponses, concentration du marché dans l’activité consi-
l’approche s’appuie sur l’exploitation d’enquê- dérée, à l’expérience à l’international acquise
tes auprès des entreprises. Par rapport à la litté- par le groupe sur les marchés extérieurs, à la
rature sur le sujet, la particularité de cette part que le groupe consacre aux dépenses de
analyse peut être soulignée à trois niveaux : publicité, au degré de qualification moyen de la
main-d’œuvre de la firme, à la présence de la
– il s’agit de données françaises ; maison-mère du groupe dans le pays de destina-
tion, au différentiel de taux d’imposition entre
– l’exploitation des sources statistiques relatives la France et le pays de destination de l’échange
aux entreprises individuelles, couplées aux don- ou encore, selon le degré de transformation du
nées douanières sur les firmes, permet de détailler bien.
la nature des produits concernés par ces transac-
tions. En particulier, elle permet d’introduire la
... favorisée par l’expériencevaleur unitaire des biens, considérée comme
une bonne approximation du prix. Cette varia- internationale du groupe...
ble est importante car sa signification est
présupposée, d’un point de vue théorique, La modélisation de la décision du groupe de
différente sur le marché interne de la firme choisir plutôt un échange interne révèle que la
(prix de transfert, prix de transaction). Toute- plupart des coefficients des estimations sont
fois, si l’ensemble des auteurs s’accordent à significatifs et leur signe apparaît conforme
souligner l’importance des prix de transfert, aux attendus théoriques (cf. tableau 4). Ainsi,
peu d’études empiriques, faute de données les économies d’échelle internes à l’entreprise
disponibles, introduisent cette variable ; ont un impact positif sur la probabilité de faire
de l’intra-firme, effet déjà mis en avant par les
– enfin, la méthode utilisée permet d’approfondir travaux de Wang et Connors (1996). Ce facteur
les travaux déjà menés sur le sujet (Chevassus- est conforté par l’expérience que possède le
Lozza et al., 1998 et 1999). Elle explore le groupe à l’international qui traduit son savoir-
comportement des firmes multinationales à faire et l’intensité de son engagement sur les
l’exportation en tenant compte de la décision de marchés internationaux. Ce résultat est conforme
recourir ou non au marché interne et de l’endogé- à ceux de Markussen (1995) qui notait la forte
néité du rôle des prix de transfert par rapport influence de l’expérience du groupe sur les
notamment aux variables fiscales (cf. encadré 2). transactions intra-firme. Bien que les effets dus
aux dépenses de publicité sur l’EIF semblent
Ainsi, en présence de firmes multinationales, diviser la littérature, elles agissent ici positive-
on cherche à vérifier si les déterminants du vo- ment sur la décision de passer par le marché
lume des échanges directs jouent de manière interne. L’argument, à ce niveau, serait alors de
différente de ceux qui influencent le volume considérer le rôle des dépenses en publicité
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 105Encadré 2
LA MODÉLISATION DE LA FONCTION D’EXPORTATION
L’objectif est d’estimer l’effet de l’échange intra- - les entreprises sont les filiales agro-alimentaires
firme sur le volume d’exportation mais aussi sur ses de groupe ayant répondu à l’enquête ;
variables explicatives (cf. tableau). Pour cela, on a
testé l’équation [1] suivante : - le produit est appréhendé au niveau le plus fin de
la nomenclature douanière (nomenclature combi-
née à 8 chiffres, soit ici 884 produits concernés) ;lX .Z . Intra .Z . 1 Intra . Intra u [1]
0 1 x 0 x
- les zones géographiques ou marchés retenus
oùlX est le volume des exportations, Z un vec-
x sont : les onze pays membres de l’Union euro-
teur de variables explicatives de lX et Intra , une
péenne en 1993, la Suisse, les États-Unis, le Japon
variable dichotomique qui vaut 1 si l’échange est de
et le reste du monde.
type intra-firme et 0 sinon. Le niveau d’observation
est le triplet (entreprise, produit, marché)où :
Les variables des modèles
Variables Commentaire Mesure Sources
Variables concernant l’échange, le marché et la
nature du produit
X Exportations en quantité de l’entreprise (j), filiale de Douanes, Lifi et
groupe, pour le produit (i) à destination de la zone (k). Mondialisation
Les produits sont observés en nomenclature NC8.
Prix Valeur unitaire (valeur/quantité) pour le produit (i) Douanes
exporté par l’entreprise (j), filiale de groupe.
Degré de concentration Mesure des barrières Indice d’Herfindahl de concentration calculé sur la base EAE
du marchéà l’exportation à l’échange des exportations totales de la branche (définie en
nomenclature CPF6).
Zone d’échange Zone (k) de destination des produits : les onze pays Mondialisation
membres de l’UE en 1993, les États-Unis, la Suisse, le et Douanes
Japon et le reste du monde.
Impôts Rapport du taux d’imposition sur les sociétés entre le Commission
pays de destination et la France. européenne ; DGI
BI Variable dichotomique Est égal à 1 si le produit est un bien intermédiaire, à0il Broad Economic
caractérisant la nature s’agit d’un bien final. Categories
du produit échangé
Intra Distinction marché Variable dichotomique caractérisant l’échange : est Mondialisation
interne / vente directe égale à1sil’échange est intra-firme, à 0 sinon.
Variables caractérisant l’entreprise exportatrice
Économies d’échelle Rapport de la taille de l’entreprise (j) à la taille moyenne EAE
des entreprises situées au-dessus de la médiane des
effectifs salariés ; cette distribution est calculée pour les
entreprises qui ont la même activité principale
(NAF600) que celle de (j).
Taux de salaire Degré de qualification Rapport du taux de salaire moyen de la firme au taux EAE
moyendela de salaire moyen du secteur.
main- d’œuvre
Dépenses de publicité Part des dépenses en publicité dans le chiffre d’affaires EAE
de la filiale hors taxe de l’entreprise.
Productivité Rapport de la valeur ajoutéedel’entreprise sur le EAE
nombre total de salariés.
Taux d’ouverture Part des exportations dans le chiffre d’affaires hors taxe EAE
de l’entreprise.
Variables caractérisant le groupe
Dépenses de publicité Part des dépenses de publicité dans le chiffre d’affaires EAE et Lifi
du groupe hors taxe du groupe auquel appartient l’entreprise.
Taux d’ouverture du Expérience à Part des exportations dans le chiffre d’affaires hors taxe EAE et Lifi
groupe l’international du groupe auquel appartient l’entreprise (j).
Tête de groupe (TG) Variable dichotomique tenant compte de la nationalité Lifi
du groupe qui contrôle l’entreprise (j) : est égale à1si
l’exportation est à destination du pays de la maison-
mère du groupe, à 0 sinon.
106 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7

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