Une autre utilisation des aires de l'enquête Emploi : l'étude des écarts d'emploi et de salaire selon l'origine et le quartier de résidence

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L’enquête Emploi est une enquête aréolaire. Au-delà des avantages en termes de collecte,cette structure d’échantillonnage permet de contrôler finement des effets locaux pouvant jouer sur la situation des individus sur le marché du travail. Cette étude s’intéresse aux écarts de salaire et d’emploi entre Français d’origine immigrée et Français de parents nés français. Ces écarts peuvent résulter de différences de caractéristiques individuelles, de différences de lieu de résidence ou être liés à l’origine des individus. L’estimation de modèles d’emploi et de salaire et la décomposition des écarts montrent que, si la quasi-totalité des écarts de salaires sont imputables à des différences en termes de capital humain, les écarts d’emploi restent aux deux tiers inexpliqués. Les différences en termes de lieu de résidence expliquent au maximum un quart des écarts d’emploi et de salaires.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Une autre utilisation des aires de l’enquête
Emploi:l’étude des écarts d’emploi et de salaire
selon l’origine et le quartier de résidence
Roland Rathelot*
L’enquête Emploi est une enquête aréolaire. Au-delà des avantages en termes de collecte,
cette structure d’échantillonnage permet de contrôler finement des effets locaux pouvant
jouer sur la situation des individus sur le marché du travail. Cette étude s’intéresse aux écarts
de salaire et d’emploi entre Français d’origine immigrée et Français de parents nés français.
Ces écarts peuvent résulter de différences de caractéristiques individuelles, de différences de
lieu de résidence ou être liés à l’origine des individus. L’estimation de modèles d’emploi et de
salaire et la décomposition des écarts montrent que, si la quasi-totalité des écarts de salaires
sont imputables à des différences en termes de capital humain, les écarts d’emploi restent aux
deux tiers inexpliqués. Les en termes de lieu de résidence expliquent au maximum
un quart des écarts d’emploi et de salaires.
ur le marché du travail français, permet de diminuer substantiellement principale du ménage sont interrogés.
de nombreuses études témoi- le temps passé par l’enquêteur à se Tous les ménages résidant dans uneSgnent de l’importance des écarts déplacer entre le domicile des indivi- aire donnée entrent dans l’échantil-
d’emploi et de salaires selon l’origine dus appartenant à l’échantillon. lon et en sortent au cours du même
nationale des individus et selon leur trimestre. Ils sont interrogés durant six
quartier de résidence. Distinguer les La structure d’échantillonnage trimestres consécutifs.
contributions de chacun des deux fac- comporte trois niveaux géographi-
teurs est difficile, puisque les descen- ques imbriqués les uns dans les Si l’échantillonnage aréolaire a été
1
dants d’immigrés résident plus autres. Le niveau le plus large est choisi afin de réaliser les statistiques
fréquemment dans des zones difficiles, celui des unités primaires et s’appuie sur le marché du travail les plus
éloignées des emplois. La présente sur des découpages géographiques fiables possibles, il peut être intéres-
étude présente une méthode permet- existants : communes, Iris (îlots sant de le détourner à des fins
tant de résoudre ce problème, en utili- regroupés pour des indicateurs statis- d’études. Eric Maurin, dans son livre
sant la structure d’échantillonnage de tiques) ou agrégats de ceux-ci. Les Le Ghetto Français, a été le premier à
l’enquête Emploi pour définir le quar- unités primaires (zones des enquê- utiliser les aires de l’enquête Emploi
tier de résidence. teurs) comprenant un nombre de pour repérer les individus habitant
logements supérieurs à 240 ont été dans les mêmes quartiers.
redécoupés en secteurs. Chaque
L’échantillonnage aréolaire de secteur comprend entre 120 et 240
l’enquête Emploi logements et est délimité par des Utiliser les aires
éléments physiques repérables par pour contrôler des effets locaux
La structure d’échantillonnage de l’en- l’enquêteur (rues, cours d’eau...). Au
quête Emploi a été pensée pour obtenir maximum, un secteur est tiré au sort L’utilisation de données aréolaires à
une représentativité satisfaisante de dans chaque unité primaire. Le fins d’études répond à la concomi-
l’échantillon tout en maintenant les niveau le plus fin est celui des aires, tance de deux phénomènes. Tout
coûts de collecte sous contrôle. qui comprennent chacune environ d’abord, un nombre croissant de
Puisque la première et la sixième et 20 logements. Au sein de chaque travaux théoriques et empiriques
dernière interrogations doivent être secteur, six aires exactement sont
faites en face-à-face avec l’individu, tirées au sort pour intégrer l’échantil-
adopter un échantillonnage par grappe lon. À l’intérieur de l’aire, tous les 1. Par commodité, nous utiliserons dans l'article cette
expression qui désigne les personnes nées en Francelogements font partie de l’échantil-
ayant un ou deux parents immigrés. Ce sont donc
lon, même si seuls les logements
donc des descendants directs de personnes immigrées
ordinaires qui sont la résidence*Dares, Crest en France.
Courrier des statistiques n° 129, juin 2010 1Une autre utilisation des aires de l’enquête Emploi : l’étude des écarts d’emploi et de salaire selon l’origine et le quartier de résidence
s’accordent pour souligner le fait que entre communes sur le retour à l’em- L’enquête pionnière dans ce domaine
le lieu de résidence est un facteur ploi des demandeurs d’emploi, il est est l’enquête Génération 92 collectée
déterminant de réussite profession- certain qu’une partie substantielle par le Céreq et disponible en 1996.
nelle. Plusieurs canaux relient le lieu reste invisible : l’hétérogénéité Cette enquête, qui retrace les premiè-
de résidence et la situation sur le intra-communale. res années de vie active d’un
marché du travail. Premièrement, on échantillon de jeunes ayant quitté le
peut mettre en avant l’importance des Dans la plupart des enquêtes menées système éducatif en 1992, comporte
interactions individuelles et sociales par l’Insee, dont l’enquête Emploi ou des questions sur la nationalité de
(Borjas, 1998). Ainsi, la diversité et la l’enquête Formation et Qualification naissance et le pays de naissance des
profondeur des réseaux sociaux de professionnelle, l’échelle géogra- parents des individus interrogés. Les
chaque individu a une importance phique la plus fine disponible dans enquêtes Génération 98, 2001 et
considérable sur la qualité de l’em- les fichiers diffusés est le départe- 2004 continuent d’inclure ces varia-
ploi qu’il est susceptible d’occuper ment, pour des raisons de secret bles. Silberman et Fournier (1999) est
ou sur la durée qu’il passera au statistique. Dans l’échantillon démo- la première étude utilisant cette
chômage s’il venait à le perdre. Un graphique permanent, les déclara- source.
autre canal important est repris par la tions annuelles de données sociales
théorie du spatial mismatch de John ou le fichier historique de l’ANPE, on Dans la statistique publique, l’intro-
Kain : celui-ci postule que la distance peut connaître, au plus fin, la duction des variables décrivant
géographique aux emplois détermine commune de résidence de chaque l’origine nationale des parents dans
l’information que chaque individu individu. Dans le recensement de la des enquêtes non spécifiquement
reçoit sur ces emplois. Un chômeur se population de 1999, le niveau de dédiées au sujet de l’intégration est
trouvant géographiquement plus loin finesse diffusable peut atteindre progressive. Ainsi, l’enquête Activité
des emplois restera donc chômeur plus l’Iris, soit une subdivision de la professionnelle associée à l’enquête
longtemps. Enfin, les phénomènes de commune. Dans les recensements Structure des salaires, collectée en
stigmatisation, ou , peuvent précédents, il est difficile de retrou- 2002 par l’Insee et la Dares,
amplifier ce phénomène. Une discrimi- ver une information infra-commu- comprend une question sur le pays de
nation statistique peut ainsi toucher les nale de qualité. naissance des parents, mais non sur
habitants d’un quartier et leur rendre leur nationalité de naissance. Il est
plus difficile l’accès aux emplois. Pour les travaux structurels dans cependant difficile, en utilisant cette
lesquels on souhaite pouvoir disposer source, de distinguer les enfants des
Les travaux empiriques sur ces ques- à la fois de la nationalité des indivi- rapatriés d’Algérie de ceux des immi-
tions soulignent l’importance de dus, de leur lieu de résidence et de grés Algériens, deux populations dont
travailler à une échelle géographique leur situation sur le marché du travail, les caractéristiques et la situation sur
très fine. Depuis longtemps, les socio- le recensement de la population de le marché du travail sont peu compa-
logues et les géographes ont 1999 est une source intéressante. rables. De plus, cette enquête n’est
remarqué l’extrême hétérogénéité du Cependant, on conçoit bien que la effectuée qu’auprès des salariés des
tissu urbain, en termes de caractéristi- validité externe des résultats obtenus entreprises de taille supérieure à 10
ques sociodémographiques de leurs à partir de cette source est limitée en salariés, majoritairement du secteur
habitants mais également de dyna- raison des onze ans écoulés depuis la privé, et surreprésente par construc-
misme économique, de qualité de collecte. tion les contrats les plus longs.
l’habitat ou d’offre de services publics
(et notamment de transport). Un pas est définitivement franchi en
Repérer l’origine nationale 2003, lorsque l’enquête sur la
Selon les phénomènes que l’on dans les bases Formation et la Qualification profes-
étudie, la question de la disponibilité de données statistiques sionnelle intègre un module complet
des sources peut s’avérer une limite sur le pays de naissance, la nationali-
sévère voire indépassable. Étudiant Les débats contemporains sur l’inté- té de naissance et actuelle des
l’impact du lieu de résidence sur la gration portent non pas sur la individus et de leurs deux parents. Il
probabilité pour les demandeurs population des immigrés mais sur s’agit alors de la première enquête en
d’emploi d’en retrouver un, Laurent celle des descendants d’immigrés, population générale permettant à la
Gobillon, Thierry Magnac et Harris Français et pour la plupart nés en fois de décrire la situation sur le
Selod sont ainsi contraints de se limi- France, dont au moins un des parents marché du travail et de repérer les
2
ter à la commune, l’échelle la plus (sinon les deux) est né avec une natio- descendants d’immigrés . Les effectifs
fine disponible dans le fichier histo- nalité étrangère et a immigré en faibles de cette enquête freinent
rique des demandeurs d’emploi de France. Les données françaises dans
l’ANPE (désormais Pôle Emploi) lesquelles il est possible de repérer
2. Belzil et Poinas (2008) et Aeberhardt et al. (2010)(Gobillon, Magnac et Selod, 2007). Si cette population ne sont pas
analysent, en utilisant l’enquête FQP, les écarts d’em-
leur diagnostic, inédit, est éclairant nombreuses et existent depuis relati- ploi et de salaires entre descendants d’immigrés et
descendants de Français nés français.sur l’importance de l’hétérogénéité vement peu de temps.
2 Courrier des statistiques n° 129, juin 2010Roland Rathelot
toutefois les exploitations. Un Les techniques utilisées dans le cas les étudiants et les retraités. En
module très similaire est inclus dans des modèles à effets de grappe sont revanche, les autres inactifs sont
le questionnaire de l’enquête Emploi identiques à celles utilisées sur les conservés, étant donnée la difficulté à
pour les ménages appartenant aux données de panel. Dans un panel, on séparer parmi ces derniers les indivi-
aires entrant dans l’échantillon au observe le même individu à plusieurs dus qui font le choix de ne pas
premier trimestre 2005. L’intérêt prin- dates, ce qui permet de contrôler l’hé- participer au marché du travail de
cipal de cet ajout est que les effectifs térogénéité individuelle. Dans les ceux à qui cette situation est imposée.
touchés par l’enquête Emploi crois- données de grappes, on considère
sent de trimestre en trimestre : que l’on observe plusieurs individus Un autre choix est d’exclure les
l’échantillon sur lequel peuvent par grappe et que l’on peut contrôler travailleurs indépendants. Deux
porter les exploitations est ainsi de l’hétérogénéité entre grappes. De raisons expliquent ce choix a priori
plus en plus large. même que pour les données de panel, contestable. D’abord, le fait d’être
on se trouve confronté, face à des employé ou d’être auto-employé
données par grappe, à choisir entre répond à des logiques différentes ; il
Origine et quartier deux grandes familles de méthodes : ne semble donc pas légitime d’expli-
de résidence : l’apport les modèles à effets fixes ou les modè- quer ces deux statuts par le même jeu
de l’approche par effet fixe les à effets aléatoires. de variables. Tenir compte des
travailleurs indépendants exigerait
Si l’on peut désormais, dans l’enquête Les modèles à effets aléatoires consis- une complexification du modèle,
Emploi, repérer la population d’intérêt tent à spécifier paramétriquement incompatible avec nos objectifs.
et disposer d’échantillons dont les effec- une structure de corrélation entre l’ef- Ensuite, si le statut de travailleur indé-
tifs permettent des analyses fines, on ne fet de grappe et les caractéristiques pendant est bien renseigné dans
peut se satisfaire de l’échelle du départe- observables individuelles. Par l’enquête Emploi, la variable de reve-
ment pour contrôler des effets exemple, on dira que l’effet de grappe nu des indépendants est difficile à
géographiques. Deux types de démar- sera égal à une somme pondérée des comparer aux salaires des salariés.
ches sont envisageables pour tenir caractéristiques observables des indi-
compte des effets locaux. Première- vidus appartenant à l’aire à laquelle Finalement, seules les observations
ment, on peut enrichir la base de une erreur, dont la loi est spécifiée, pour lesquelles le diplôme et l’âge
données contextuelles, en demandant est ajoutée. Contrairement aux modè- sont observés sont conservées dans
l’appariement à une échelle locale de les à effets aléatoires, les modèles à l’échantillon. Ces deux variables sont
l’enquête avec des variables issues de effets fixes ne restreignent pas la en effet primordiales pour mesurer le
données administratives (DADS, fichier structure de corrélation des erreurs en capital humain détenu par chaque
historique, Sirene, données fiscales) ou fonction des caractéristiques obser- individu.
d’enquêtes à grande échelle (recense- vables. Dans ce type de modèle, les
ment de la population, base effets de grappe sont supposés Les deux variables d’intérêt de cette
d’équipement). Une démarche alterna- pouvoir être corrélés de manière étude sont celles qui décrivent le plus
tive, moins coûteuse en termes de quelconque à ces dernières, et simplement la situation sur le marché
moyens statistiques et plus satisfaisante inclure des variables aléatoires dont du travail : le fait d’être en emploi ou
du point de vue économétrique (car les lois n’ont pas à être spécifiés, ce non, et le salaire. La variable de
permettant de contrôler d’une partie des qui offre une robustesse et une flexibi- salaire retenue est le salaire mensuel
facteurs inobservables) est d’utiliser lité bien plus importante à la net gagné au cours du mois d’en-
l’appartenance à une aire donnée pour méthode. quête. La variable de salaire reflète,
contrôler d’effet de grappe. dans le modèle choisi, la qualité de
Dans cette étude, une approche par l’emploi et également la catégorie
Dans ce dernier cas, il n’est pas effets fixes est privilégiée, en raison sociale de l’individu. À la différence
nécessaire de savoir où se trouve de sa flexibilité. Les limites de cette de certains modèles de salaire, nous
précisément l’aire dans laquelle approche se trouvent du côté des choisissons délibérément de ne pas
réside un ménage donné, mais seule- méthodes d’estimation, légèrement inclure les variables de catégorie
ment de savoir si deux ménages plus sophistiquées et plus coûteuses sociale parmi les variables explicati-
résident, ou non, dans la même aire. en temps de calcul que les méthodes ves du modèle.
Cette démarche présente le double ordinaires.
avantage d’offrir une description très Les variables familiales sont utilisées
fine de la situation locale et de pour expliquer le fait ou non d’être
Quelles variables utiliser ?
respecter les principes du secret en emploi. Il est courant de faire
statistique. En outre, elle est économe Cette étude s’intéresse à la situation l’hypothèse qu’elles jouent sur le
pour le service producteur car elle ne des individus sur le marché du travail comportement d’offre de travail. Le
suppose aucun travail supplémen- -français. L’une des principales varia sexe de l’individu, son statut marital,
taire au-delà de l’anonymisation de bles d’intérêt est le statut en emploi ; la présence d’enfants dans le ménage,
l’identifiant de l’aire. nous excluons donc de l’échantillon le statut d’emploi et les revenus
Courrier des statistiques n° 129, juin 2010 3Une autre utilisation des aires de l’enquête Emploi : l’étude des écarts d’emploi et de salaire selon l’origine et le quartier de résidence
éventuels du conjoint sont introduits sur les immigrés. Il y a au moins trois maternelle. D’un autre côté, les inte-
dans l’équation modélisant l’emploi. raisons évidentes pour lesquelles il ractions extra-familiales et le fait de
Des tests simples montrent que l’on est difficile, sinon impossible, de fréquenter l’école en France font que
ne saurait valider l’additivité de ces comparer la situation sur le marché leur niveau en français est bien plus
variables. Le fait d’être marié, ou du travail français des travailleurs comparable à celui des autres Fran-
d’avoir des enfants, ne jouera pas de français et immigrés. D’abord, on çais qu’à celui des immigrés.
la même manière sur la probabilité peut douter du fait que les diplômes et
d’emploi de l’individu selon que l’expérience acquis à l’étranger par Le groupe de référence est celui des
celui-ci est un homme ou une femme. les travailleurs immigrés soient valo- Français nés en France, dont les deux
Ces variables sont donc croisées pour risés de la même manière en France et parents sont nés français en France.
créer un bloc de seize variables expli- dans leur pays d’origine. Il est donc Les groupes d’intérêt sont constitués
catives. difficile pour l’analyste de savoir d’individus Français, nés en France ou
comment contrôler le niveau de capi- arrivés avant cinq ans, dont l’un des
L’expérience potentielle (l’âge au tal humain des travailleurs immigrés deux parents au moins est né à l’étran-
moment de l’enquête auquel on dans les équations d’emploi et de ger avec la nationalité de ce pays
retranche l’âge de fin d’études) est salaire. Un individu possédant un étranger. Deux groupes de nationali-
introduite pour expliquer à la fois Bac+4 d’un pays asiatique, africain tés sont regroupées, de taille à peu
l’emploi et le salaire. L’expérience ou d’Europe de l’Est voit-il son près comparable : Maghreb et Europe
potentielle au carré est introduite afin diplôme valorisé ou déprécié pour les du Sud (Espagne, Italie, Portugal).
de tenir compte d’éventuels rende- employeurs français ? L’analyste
ments décroissants. Le niveau doit-il considérer que le fait que son Le tableau 1 présente des statistiques
d’éducation est également une diplôme se traduise par un salaire ou descriptives pour les populations
variable explicative classique de la un taux d’emploi plus faibles que les d’intérêt et la population de réfé-
probabilité d’emploi et du salaire. Ici, travailleurs nés en France disposant rence. Concernant les variables
treize indicatrices de diplômes sont d’un Bac+4 constitue une discrimina- démographiques, les populations de
introduites, pour tenir compte à la fois tion ? parents français et d’Europe du Sud
du niveau et de la spécialité, de sont très proches. À l’inverse, les indi-
« Master et plus » à « Pas de La deuxième raison vient du fait que vidus de parents maghrébins sont
diplôme ». les immigrés ne sont pas représenta- moins souvent en couple, mais plus
tifs de la population de leur pays de la moitié d’entre eux ont des
La variable de salaire sur laquelle d’origine. Ayant pris la décision de enfants dans le ménage.
s’appuie cette étude est le salaire s’expatrier et ayant réussi à venir au
mensuel. Comme on souhaite se bout des éventuels obstacles liés à Concernant les diplômes également,
concentrer ici sur les différences de l’immigration, ces individus sont les descendants d’immigrés d’Europe
taux horaires de salaires entre les certainement incomparables à la du Sud sont les plus proches des indi-
groupes, il est nécessaire d’introduire population des travailleurs nés en vidus de parents français. Ils ont un
parmi les explicatives des indicatrices France. Plus grave pour l’écono- peu plus de chances d’être titulaires
précises pour décrire le nombre mètre : la différence de ce point de d’un CAP/BEP que les individus du
d’heures travaillées ou la quotité de vue se situe sans conteste du côté des groupe de référence. Mais ils ont
temps de travail. À noter qu’une autre variables inobservables (motivation, également plus de chances de ne pas
approche, non retenue ici, pourrait capacité à prendre des risques,...). détenir de diplôme, ce qui est sans
être d’examiner les différences de doute imputable en partie à leur âge
revenus : il suffit pour cela de retirer La troisième raison concerne la capa- plus élevé. Les individus de parents
ces indicatrices de quotités de temps cité à parler français, qui conditionne maghrébins sont quant à eux nette-
partiel de l’équation de salaire. l’accès à un grand nombre de postes, ment plus souvent sans diplôme ;
parmi les mieux rémunérés. dans leur cas, cette différence ne peut
L’ancienneté dans l’entreprise est être imputée à un effet de cohorte. Ils
également un élément important Cette étude est, dans une large sont également moins souvent titulai-
pour expliquer le salaire. Elle est mesure, immune aux deux premières res d’un CAP/BEP que les autres
introduite, pour les mêmes raisons critiques puisqu’elle se concentre sur groupes.
que l’expérience potentielle, sous la situation d’individus ayant la natio-
une forme quadratique. nalité française, nés en France ou arri- Le lieu de résidence fait apparaître
vés sur le territoire avant l’âge de cinq également des différences marquan-
ans. Au contraire, la critique concer- tes entre les groupes. Là encore, une
Quelles populations nant la langue est, même dans ce cas, population se détache des autres : les
étudie-t-on ? toujours pertinente. D’un côté, les individus de parents maghrébins ont
enfants d’immigrés ont plus de chan- plus de chances de vivre en
Cette étude porte sur les Français ces de grandir au sein d’un ménage Île-de-France, d’une part, et en zone
d’origine étrangère et non directement où le français n’est pas la langue urbaine sensible (ZUS), d’autre part.
4 Courrier des statistiques n° 129, juin 2010Roland Rathelot
Les descendants d’immigrés d’Europe d’immigrés d’Europe du Sud sont en importante, tant que le nombre
du Sud vivent plus fréquemment en moyenne depuis à peu près aussi d’inactifs n’ayant jamais travaillé est
Île-de-France mais pas beaucoup plus longtemps sur le marché du travail entre deux et trois fois plus élevé que
fréquemment en ZUS que le groupe que les individus du groupe de réfé- pour le groupe de référence.
de référence. rence. Les individus de parents
maghrébins y ont passé environ sept On remarque enfin que les effectifs
La situation sur le marché du travail est ans de moins. Ces différences d’ex- des Français de parents originaires du
contrastée. D’abord, il est intéressant périence potentielle sont un élément Maghreb et d’Europe du Sud sont
de remarquer que la proportion d’in- d’explication pour les différences de largement plus réduits que ceux du
dividus travaillant à temps plein est la salaires observées : un peu moins groupe de référence. Pour cette
même dans les quatre populations : les élevés pour ceux d’Europe du Sud et raison, la méthodologie sur laquelle
différences ne sont donc pas à recher- beaucoup plus faibles pour ceux du est basée la décomposition des écarts
cher de ce côté-là. Sur le taux Maghreb. En termes de catégories ne repose que sur l’estimation d’un
d’emploi, il y a une différence mani- socioprofessionnelles, on observe un modèle sur les Français de parents
feste entre les descendants d’immigrés peu moins de cadres et plus d’em- nés français.
maghrébins et les autres groupes ployés chez les individus de parents
(57 % pour des descendants d’immi- d’Europe du Sud. Pour ceux dont les Le tableau 2 présente des statistiques
grés maghrébins contre 75 % pour le parents sont maghrébins, la propor- pour deux populations, les individus
groupe de référence). Les descendants tion de cadres est moitié moins de parents originaires du Maghreb et
Tableau 1 - Statistiques descriptives des populations Tableau 2 - Statistiques descriptives de deux populations d'intérêt,
d'intérêt selon qu'ils résident au sein d'un aire mixte ou nonEn % (sauf mention) En % (sauf mention)
Variables Populations Variables Populations
France Maghreb Europe France France Maghreb Maghreb
du Sud toutes aires aires mixtes aires mixtes toutes aires
Sociodémographiques Sociodémographiques
Femmes 54 56 54 Femmes 54 54 56 56
Couple 76 69 76 Couple 76 71 69 69
Enfants 43 53 45 Enfants 43 42 53 53
Diplômes Diplômes
Master et plus 4 3 3 Master et plus 4433
Ecole : Bac+3 et plus 312 Ecole : Bac+3 et plus 3311
433Univ. : Bac+4 Univ. : Bac+4
Univ. : Bac+3 333 Univ. : Bac+3 3333
Univ. : Bac+2 212 Univ. : Bac+2 2211
Tech. : 988 Tech. : 9988
Santé : Bac+2 312 Santé : Bac+2 3211
Bac : Général 888 Bac : Général 8888
Bac : Technologique 555 Bac : Technologique 5555
Bac : Professionnel Bac : Professionnel
CAP-BEP 26 23 30 CAP-BEP 26 26 23 23
Brevet 9 10 8 Brevet 9 9 10 10
19 29 22 19 21 29 29Pas de diplôme Pas de diplôme
Lieu de résidence Lieu de résidence
Hors IdF hors ZUS 82 55 77 Hors IdF hors ZUS 82 70 55 55
IdF hors ZUS 13 18 21 21IdF hors ZUS 13 21 16
ZUS hors IdF 517 5 ZUS hors IdF 5101817
1366ZUS en IdF 161 ZUS en IdF
Marché du travail Marché du travail
75 57 75 En emploi 75 74 58 57En emploi
Plein temps (si employé) 83 83 83 Plein temps (si employé) 83 84 83 83
18,92 12,80 19,46 Expérience potentielle (années) 18,92 17,87 12,82 12,80Expérience potentielle (années)
Salaire mensuel (euros) 1 651,72 1 417,77 1 597,35 Salaire mensuel (euros) 1 651,72 1 605,79 1 418,29 1 417,77
Cadre 14 7 11 Cadre 14 13 7 7
22 21 16 16Prof. intermédiaires 22 16 21 Prof. intermédiaires
Employé 28 29 30 Employé 28 29 29 29
21 21 23 23Ouvrier 21 23 21 Ouvrier
Inactif ayant déjà travaillé 12 14 13 Inactif ayant déjà travaillé 12 12 14 14
4 5 11 11Autre inactif 411 3 Autre inactif
Nombre d’observations 102 830 28 409 3 748 3 788Nombre d’observations 102 830 3 748 5 285
Note de lecture : 54 % des Français dont un des parents au moins est né avec la Note de lecture : 42 % des Français dont les deux parents sont nés français et habitant dans
nationalité d’un pays d’Europe du Sud sont des femmes. une aire mixte ont des enfants.
Source : enquêtes Emploi 2005-2008 (Insee) Source : enquêtes Emploi 2005-2008 (Insee)
Courrier des statistiques n° 129, juin 2010 5Une autre utilisation des aires de l’enquête Emploi : l’étude des écarts d’emploi et de salaire selon l’origine et le quartier de résidence
la population de référence selon le Cette situation semble en partie est d'identifier, dans cet écart, la
type d'aire où ils résident. Parmi les explicable par des écarts en termes part due aux différences de caracté-
aires où ces individus résident, on d’expérience potentielle et de diplô- ristiques individuelles, celle due
définit un sous-ensemble, celles des mes. En outre, les descendants aux différences de quartiers de rési-
aires où cohabitent des individus des d’immigrés sont plus concentrés dence et celle restant, le cas
deux groupes, que l’on nomme aires géographiquement que la popula- échéant, inexpliquée.
mixtes. Dans les colonnes 2 et 3 du tion de référence. L’analyse des
tableau 2, on présente les statistiques lieux de concentration montre qu’il La décomposition utilisée est
descriptives des populations s’agit davantage de zones en diffi- détaillée dans Rathelot (2009).
restreintes aux individus résidant culté, et notamment de zones L’idée est de partir de la décomposi-
dans les aires mixtes. Dans les colon- urbaines sensibles. Ceci constitue tion de Blinder (1973) et Oaxaca
nes 1 et 4, on reporte les mêmes potentiellement une deuxième (1973) dont le but de répondre à une
chiffres que ceux figurant dans le explication pour les taux d’emploi question simple : quel serait le
tableau 1 et les salaires plus faibles des salaire d’un individu moyen du
descendants d’immigrés. Dans cette groupe d’intérêt, si le rendement de
Immédiatement, on remarque une section, nous proposons de décom- son capital humain était le même
asymétrie entre les deux groupes. La poser les écarts de moyennes entre que celui du groupe de référence ?
population d’origine maghrébine les taux d’emploi et le salaire des Ce salaire contrefactuel est obtenu
n’est guère affectée par la restric- populations d’intérêt et ceux de la en appliquant le rendement des
tion. Ceci s’explique par la relative population de référence. L’objectif caractéristiques estimé sur la
rareté de ce groupe dans l’échantil-
lon : il n’existe que peu d’aires dans Tableau 3 - Décompositions des écarts de probabilité d'emploi
lesquelles ne résident que des indi-
Avec effets fixes Sans effets fixes
vidus de parents maghrébins. Les
Logit conditionnel MCO Panel Logitcolonnes 3 et 4 (aires mixtes et
Maghrebtoutes aires pour le groupe
« Maghreb ») sont quasiment simi- Écart total 0,177 0,179 0,179
[0.173;0.182] [0.167;0.194] [0.167;0.194]laires. Pour la même raison, la
Composante due aux aires 0,060 0,036restriction de la population de réfé-
[0.051;0.066] [0.026;0.048]
rence aux aires mixtes ampute cette
Composante due aux caractéristiques 0,004 0,008 0,030
population aux trois quarts. Les [– 0.000;0.011] [0.002;0.015] [0.024;0.038]
différences entre colonnes 1 et 2 Composante inexpliquée 0,100 0,113 0,126
(toutes aires et aires mixtes pour le [0.087;0.114] [0.092;0.132] [0.111;0.138]
Europe du Sudgroupe « France ») sont plus sensi-
Écart total 0,006 0,005 0,005bles. Les individus de parents nés
[0.002;0.010] [– 0.004;0.014] [– 0.004;0.014]français vivant dans les aires mixtes
Composante due aux aires 0,007 0,010sont plus jeunes, plus souvent sans
[0.002;0.011] [0.004;0.015]
diplôme, moins souvent cadres ; ils
Composante due aux caractéristiques 0,008 0,007 0,010
résident plus fréquemment en [0.004;0.010] [0.003;0.010] [0.006;0.014]
Île-de-France et en zones urbai- Composante inexpliquée – 0.001 – 0.001 0,004
[-0.010;0.009] [-0.012;0.011] [-0.010;0.014]nes sensibles ; ils ont un taux
d’emploi plus faible d’un point et
Note : entre crochets, on reporte les intervalles de confiance à 95 % calculés par bootstrap sur les observations.
sont légèrement moins payés en Les écarts s'expriment en points de pourcentage.
moyenne. Au total, cependant, les Source : enquêtes Emploi 2005-2008 (Insee)
différences demeurent plus impor-
Tableau 4 - Décompositions des écarts de salaires (en logarithme)
tantes entre les colonnes 2 et 3
Maghreb Europe du Sudqu’entre les colonnes 1 et 2.
Avec effets fixes Sans effets fixes Avec effets fixes Sans effets fixes
Écart total 0,128 0,128 0,020 0,020
Comment décomposer les [0.107;0.141] [0.107;0.141] [0.004;0.038] [0.004;0.038]
écarts d’emploi et de salaire ? Composante due aux aires 0,036 0,012
[0.022;0.052] [0.004;0.021]
Composante due 0,081 0,106 0,031 0,044Jusqu’ici, nous avons pu constater
aux caractéristiques [0.064;0.098] [0.090;0.122] [0.018;0.039] [0.035;0.056]que les descendants d’immigrés, et en
Composante inexpliquée – 0.011 0,001 0,001 – 0.001
particulier les Français descendants
[– 0.025;0.007] [– 0.013;0.018] [– 0.011;0.014] [– 0.011;0.009]
d’immigrés maghrébins, semblaient
Note : entre crochets, on reporte les intervalles de confiance à 95 % calculés par bootstrap sur les observations.souffrir de situations sur le marché du
Les différences de logarithmes de salaires s'interprètent, lorsqu'elles sont proches de zéro, comme des différences
travail plus défavorables que celles en pourcentages de salaires.
Source : enquêtes Emploi 2005-2008 (Insee)des Français de parents français.
6 Courrier des statistiques n° 129, juin 2010Roland Rathelot
population de référence aux caracté- de référence avec 18 points (entre Les décompositions de ce type ne
ristiques moyennes dans le groupe 17,7 et 17,9 points selon l’échantillon permettent pas de fournir formelle-
d’intérêt. La différence entre ce utilisé). Les deux premières colonnes ment un diagnostic concernant la
salaire contrefactuel et le salaire du tableau 3 montre qu’environ un présence de discrimination à l’em-
moyen dans la population de réfé- quart de l’écart d’emploi entre bauche selon l’origine. Cependant,
rence est dite « expliquée », descendants d’immigrés d’origine la taille des parts inexpliquées peut
puisqu’elle ne fait intervenir que la maghrébine et population de réfé- permettre de fournir des présomp-
différence des caractéristiques rence, entre 4 et 6 points (sur 18), est tions quant à la présence et l’am-
observables. Le résidu est la part explicable par les différences de pleur du phénomène. Concernant
inexpliquée. La méthode proposée lieu de résidence ; 5 % (entre 0,4 et les salaires, toutes les décomposi-
dans Rathelot (2009) fait apparaître 0,8 points sur 18) peuvent être expli- tions, sur chacune des populations,
un troisième terme : la composante qués par les écarts de caractéristiques avec ou sans effets fixes relatifs aux
due à l’écart dû aux différences de observables et plus de la majorité de aires, indiquent que la quasi-totalité
quartiers de résidence. l’écart (10 ou 11,3 sur 18), n’est pas des moyennes de salaires observés
expliquée. Les enfants d’immigrés sont explicables soit par des diffé-
Pour un individu appartenant au d’Europe de Sud travaillent, eux, à rences de caractéristiques indivi-
groupe de référence ou au groupe peu près aussi souvent que la popula- duelles entre les groupes,
d’intérêt, habitant une certaine aire et tion de référence. L’écart d’un point c’est-à-dire par des effets de compo-
ayant certaines caractéristiques indi- est totalement expliqué par des diffé- sition, soit par des différences de
viduelles, on postule un modèle pour rences de caractéristiques individuel- lieux de résidence.
la variable d’intérêt, qui peut être les et de lieu de résidence.
l’emploi ou le salaire. Le modèle sur Concernant l’emploi, l’ajout d’effets
le logarithme du salaire est linéaire et Concernant les salaires (première fixes fait baisser la taille de la compo-
estimé par une régression de type colonne du tableau 4), la population sante inexpliquée mais celle-ci reste
moindres carrés ordinaires (MCO) en la plus éloignée du groupe de réfé- importante, notamment pour les
panel. L’emploi étant une variable rence est, comme pour l’emploi, les Français dont les parents sont des
binaire, l’équation d’emploi est Français de parents maghrébins : la immigrés originaires du Maghreb.
estimée soit par logit conditionnel, différence en moyenne est d’environ Ceci laisse préjuger d’une part
soit par MCO en panel en faisant 13 %. La décomposition aboutit à qu’une discrimination serait à
l’hypothèse d’un modèle linéaire de dégager une contribution du lieu de rechercher davantage du côté de
probabilité. Afin d’obtenir des résul- résidence de l’ordre d’un quart de l’accès à l’emploi que de celui des
tats plus précis, les modèles ne sont l’écart total (3,6 sur 13 %). La contri- salaires. D’autre part, cela veut dire
estimés que sur la population de réfé- bution des caractéristiques observa- que le lieu de résidence ne contribue
rence. On obtient ainsi des valeurs bles couvre le reste, laissant la part que pour un quart de l’écart de taux
estimées pour les coefficients sur les inexpliquée nulle. d’emploi avec le groupe de réfé-
caractéristiques et les effets fixes rence, ce qui n’est cependant pas
d’aires. Implicitement, le modèle négligeable.La dernière colonne des tableaux 3 et 4
repose sur la séparabilité entre effet -rapporte les résultats de décomposi
fixe et influence des caractéristiques La discrimination, dont l’existence ations basées sur des estimations
observables. Par ailleurs, on postule - été démontrée par des études pardans lesquelles les effets fixes rela
4que l’effet fixe ne dépend pas du auditstifs aux aires n’ont pas été inclus est une hypothèse sérieuse
groupe auquel l’individu appartient. dans le modèle, c’est-à-dire lorsque pour expliquer les écarts de taux
-l’emploi et le salaire sont prédits d’emploi dus à l’origine. Bien enten
-uniquement à partir des caractéristi du, d’autres explications sont
Résultats des décompositions ques observables. La répartition susceptibles d’être avancées. La
et interprétation entre parties expliquée et inex- maîtrisedelalangueest l’une
pliquée ne varie pas drastiquement d’entre elles ; la qualité des réseaux
Nous détaillons maintenant les par rapport aux estimations avec les -sociaux en est une autre. Les présen
résultats des décompositions basées effets fixes. Cependant, la non prise tes données ne permettent
sur les estimations des équations en compte des effets fixes augmente -cependant pas de creuser ces hypo
d’emploi et de salaire, selon que l’on la part inexpliquée pour l’emploi thèses.
inclut ou non des effets fixes. Les des Français de parents maghrébins
résultats sont présentés dans les (13 points contre seulement 10
3
tableaux 3 et 4 . points lorsque des effets fixes sont
3. Les résultats détaillés des estimations sont disponi-introduits). Sur les salaires, c’est
bles dans Rathelot (2009).
essentiellement la part expliquéeConcernant l’emploi, les descendants 4. De nombreux travaux, utilisant des techniques
d’audit, ont montré l’existence d’une discrimination àpar les caractéristiques observablesd’immigrés maghrébins sont le
l’encontre d’individus ayant un nom étranger sur le
qui augmente sans l’introductiongroupe connaissant les écarts bruts marché du travail français. Cf. par exemple Cédiey,
des effets fixes.les plus élevés par rapport au groupe Foroni et Garner (2008).
Courrier des statistiques n° 129, juin 2010 7Une autre utilisation des aires de l’enquête Emploi : l’étude des écarts d’emploi et de salaire selon l’origine et le quartier de résidence
G. J. Borjas, 1998, “To Ghetto or Not to the Paris Region,” CEPR ,
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8 Courrier des statistiques n° 129, juin 2010

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