Une lecture enrichie des réponses aux enquêtes de conjoncture

De
Publié par

Les enquêtes de conjoncture ont pour objectif d'appréhender, le plus rapidement et le plus simplement possible, les évolutions récentes et probables de l'activité économique. La plupart des questions posées amènent des réponses qualitatives à trois modalités(qualification d'une évolution:en hausse/stable/en baisse). Les indicateurs qualitatifs que fournissent ces enquêtes sont synthétisés sous la forme de soldes d'opinion représentant la différence entre le pourcentage de réponses à la modalité « supérieure » et le pourcentage de réponses à la modalité « inférieure ». Or, de tels indicateurs ne résument véritablement les réponses que si les pourcentages de réponses à la modalité « stable » sont à peu près constants. Une autre démarche consiste à synthétiser les réponses aux enquêtes de conjoncture en un indicateur qui, à la différence du solde d'opinion, tienne compte du pourcentage de réponses à la modalité « stable ». Cet indicateur est construit à partir d'une analyse en composantes principales (ACP) qui fournit la combinaison linéaire des trois pourcentages qui capture le plus de variabilité entre les enquêtes successives. Très voisins pour certaines questions, les deux « résumés » des réponses divergent sensiblement pour d'autres questions et peuvent éventuellement conduire à des analyses conjoncturelles différentes. Une application à la prévision de la croissance trimestrielle de la production manufacturière, utilisant les données disponibles au moment de l'exercice de prévision, illustre que les indicateurs construits par ACP fournissent en moyenne des prévisions légèrement plus précises que celles fournies par les soldes d'opinion, mais généralement concordantes. Ces travaux montrent qu'il y a là une voie de recherche fructueuse.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
Lecture(s) : 9
Tags :
Nombre de pages : 22
Voir plus Voir moins

MÉTHODES
Une lecture enrichie des réponses
aux enquêtes de conjoncture
François Hild*
Les enquêtes de conjoncture ont pour objectif d’appréhender, le plus rapidement et le
plus simplement possible, les évolutions récentes et probables de l'activité économique.
La plupart des questions posées amènent des réponses qualitatives à trois modalités
(qualification d’une évolution : en hausse / stable / en baisse). Les indicateurs qualitatifs
que fournissent ces enquêtes sont synthétisés sous la forme de soldes d’opinion
représentant la différence entre le pourcentage de réponses à la modalité « supérieure »
et le pourcentage de réponses à la modalité « inférieure ». Or, de tels indicateurs ne
résument véritablement les réponses que si les pourcentages de réponses à la modalité
« stable » sont à peu près constants.
Une autre démarche consiste à synthétiser les réponses aux enquêtes de conjoncture en
un indicateur qui, à la différence du solde d’opinion, tienne compte du pourcentage de
réponses à la modalité « stable ». Cet indicateur est construit à partir d’une analyse en
composantes principales (ACP) qui fournit la combinaison linéaire des trois
pourcentages qui capture le plus de variabilité entre les enquêtes successives.
Très voisins pour certaines questions, les deux « résumés » des réponses divergent
sensiblement pour d’autres questions et peuvent éventuellement conduire à des analyses
conjoncturelles différentes. Une application à la prévision de la croissance trimestrielle
de la production manufacturière, utilisant les données disponibles au moment de
l’exercice de prévision, illustre que les indicateurs construits par ACP fournissent en
moyenne des prévisions légèrement plus précises que celles fournies par les soldes
d’opinion, mais généralement concordantes. Ces travaux montrent qu’il y a là une voie
de recherche fructueuse.
* François Hild appartient à la division Croissance et politiques macroéconomiques de l’Insee.
Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002 13es enquêtes de conjoncture apportent une rence lorsque ces réponses sont synthétisées parLinformation irremplaçable pour l’analyse et ACP plutôt que sous forme de soldes d’opinion.
la prévision de court terme. En effet, les indica- C’est ce qu’illustre l’exemple de l’enquête sur
tions fournies par ces enquêtes sur le passé la situation et les perspectives dans le commerce
récent sont généralement de très bonne qualité. de détail dont l’interprétation est souvent déli-
De plus – et c’est là l’avantage essentiel de cette cate.
source d’information –, elles sont obtenues très
rapidement, plus tôt que les statistiques quanti- Enfin, on compare les capacités prédictives des
tatives, et ne font l’objet que de très faibles révi- « résumés » de réponses construits par ACP
sions. Les économistes, les prévisionnistes, les avec celles des soldes d’opinion. Cette compa-
décideurs et les journalistes sont les principaux raison s’effectue à partir d’équations de prévi-
utilisateurs des résultats. La plupart des ques- sions de la production manufacturière. Prévoir
tions posées amènent des réponses qualitatives à les évolutions de celle-ci est en effet une étape
trois modalités (qualification d’une évolution : importante dans la réalisation d’un diagnostic
conjoncturel pertinent car les évolutions du PIBen hausse/stable/en baisse). Ces réponses sont
sont sensiblement affectées par celles de la pro-synthétisées sous la forme de soldes d’opinion
duction manufacturière. On montre qu’unereprésentant la différence entre le pourcentage
modélisation vectorielle auto-régressive, utili-de ceux qui ont choisi une modalité « supé-
sant les composantes principales de deux desrieure » et le pourcentage de ceux qui ont choisi
principales questions de l’enquête sur l’activitéune modalité « inférieure ».
dans l’industrie, permet de prévoir les variations
trimestrielles de la production manufacturièreInitialement proposé par Theil (1952), cet indi-
avec une précision plus grande que celle fourniecateur a fait l’objet de plusieurs justifications
par un modèle utilisant les soldes d’opinion. Enthéoriques à partir d’hypothèses sur le compor-
particulier, les points de retournement sont, entement de réponses des enquêtés. Fansten
général, détectés plus nettement lorsque la pré-(1976) généralise l’approche de Theil. Néan-
vision est effectuée à partir des indicateursmoins, comme le remarque Fayolle (1987), ces
construits par ACP.hypothèses peuvent apparaître trop fortes, car
elles supposent, en particulier, constant dans le
temps le comportement de réponses. Ainsi,
Une perception plus juste par les ménages
l’Institut for Supply Management qui réalise des
de leur environnement macroéconomiqueenquêtes de conjoncture pour les États-Unis
n’appuie pas la présentation des résultats de ses
Depuis juin 1986, l’Insee réalise une enquête
enquêtes sur les seuls soldes d’opinion, mais
mensuelle de conjoncture auprès des ménages.
diffuse également les pourcentages de réponses
Elle remplace l’enquête quadrimestrielle, qui a
à chacune des modalités. L’interprétation de ces
été conduite jusqu’en 1994, afin de s’assurer de
résultats peut donc être basée sur l’évolution de
la bonne concordance en évolution des deux
chacun des pourcentages à la différence de la
indicateurs. L’enquête mesure les phénomènes
pratique courante en France et dans la plupart
conjoncturels tels qu’ils sont perçus par les
des autres pays européens. ménages, indépendamment de l’élaboration des
indicateurs macroéconomiques (prix, chômage,
La démarche, plus empirique, adoptée dans cet épargne, etc.).
article consiste à rechercher, pour chaque ques-
tion, le « résumé » des différents pourcentages Les réponses des ménages sont qualitatives.
qui capture le plus de variabilité possible entre Plus précisément, pour chaque question, plu-
les enquêtes successives à partir d’une analyse sieurs modalités de réponses sont proposées.
en composantes principales (ACP). Une pre- Par exemple, la question sur les perspectives
mière application à l’enquête de conjoncture d’évolution sur le chômage, se formule ainsi :
auprès des ménages permet d’illustrer l’intérêt
de cette démarche. Les indicateurs d’opinion Pensez-vous que, dans les mois qui viennent, le
construits par ACP semblent, en effet, indiquer nombre de chômeurs...
que la perception par les ménages de leur envi-
ronnement macroéconomique serait meilleure ... augmentera nettement (+)
que ce qu’en retracent les soldes d’opinion ... augmentera un peu (+)
usuels. De plus, on montre que la lecture des
... restera stationnaireréponses aux différentes questions d’une même
enquête de conjoncture peut gagner en cohé- ... diminuera un peu (-)
14 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002... diminuera nettement (-) peut s’interroger sur la pertinence du maintien
d’un tel codage dans une période caractérisée... ne sait pas
par une faible inflation.
Les réponses traduites en soldes d’opinion
On constate, en effet, que le solde d’opinionn’intègrent pas les nuances entre les deux types
relatif à cette question présente des évolutionsde réponses positives et négatives proposées
assez différentes de celles du glissement annuelaux ménages. Les réponses « ne sait pas » ne
de l’indice des prix à la consommation : si l’onsont pas prises en compte dans les soldes.
en croit l’évolution du solde d’opinion, les
ménages n’auraient pas, en particulier, perçu laChaque mois, les ménages sont interrogés sur
baisse de l’inflation intervenue entre le milieuleur perception de l’évolution récente des prix.
des années 1980 et le milieu des années 1990Le libellé de la question est le suivant :
(cf. graphique I).
Pensez-vous que, depuis six mois, les prix ont…
Si l’on examine le lien qui existe entre les pour-
centages de réponses aux différentes modalités,... beaucoup augmenté (+)
on remarque notamment qu’il existe une corré-
... moyennement augmenté
lation négative entre l’évolution de la part des
... un peu augmenté (-) ménages qui déclarent que les prix ont un peu
augmenté et l’évolution de la part de ceux qui... peu varié (-)
pensent qu’ils ont stagné ou diminué alors que
... légèrement diminué (-) ces trois pourcentages ont le même signe dans le
calcul du solde d’opinion (cf. tableau 1). De... ne sait pas.
plus, le lien entre le pourcentage de réponses
« hausse moyenne », non pris en compte par leLe codage des réponses à cette question pour
solde, et les autres pourcentages est très élevé,leur traduction en solde d’opinion est particulier
ce qui souligne l’intérêt d’essayer de le prendrepuisqu’une seule modalité a un poids positif
en compte pour résumer l’opinion des ménagescontre deux pour la plupart des autres questions
sur l’évolution récente des prix.de l’enquête. Ce choix provient du libellé de la
question d’origine dans l’enquête quadrimes-
trielle créée en 1965. Cette question ne compor- De fait, l’analyse en composantes principales
tait que les trois premières des cinq modalités de effectuée à partir de cette matrice des corréla-
réponse actuellement proposées aux ménages tions confirme que la combinaison linéaire des
du fait, sans doute, d’une évolution des prix pourcentages de réponses qui capture le plus de
alors nettement plus dynamique. Néanmoins, on variabilité entre les enquêtes successives
Graphique I
Inflation et solde d’opinion relatif aux prix passés
6,515
10 6
5
5,50
- 5 5
- 10 4,5
- 15
4- 20
- 25 3,5
- 30
3- 35
- 40 2,5
- 45 2
- 50
1,5- 55
- 60 1
- 65
0,5- 70
- 75 0
Solde d'opinion des ménages sur l'évolution récente des prix Glissement annuel de l'indice des prix à la consommation
Sources : enquête de conjoncture auprès des ménages et indice des prix à la consommation, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002 15
janv-87
juil-87
janv-88
juil-88
janv-89
juil-89
janv-90
juil-90
janv-91
juil-91
janv-92
juil-92
janv-93
juil-93
janv-94
juil-94
janv-95
juil-95
janv-96
juil-96
janv-97
juil-97
janv-98
juil-98
janv-99
juil-99
janv-00
juil-00
janv-01
juil-01
janv-02
juil-02accorde les poids suivants aux différents pour- Enfin, la composante principale présente des
centages de réponse (1) : 0,43. « % hausse évolutions proches d’un solde qui serait calculé
forte » + 0,47. « % hausse moyenne » + 0,33. selon le codage suivant (les pourcentages
« % hausse faible » - 0,52. « % stable » - 0,46. n’étant pas, dans ce cas, centrés-réduits ) (3) :
« % baisse ».
... beaucoup augmenté (+) (2)
Ainsi résumée, l’opinion des ménages sur l’évo- ... moyennement augmenté (+) (3)
lution récente des prix présente des évolutions ... un peu augmenté (+)
plus en phase avec le glissement annuel de
... peu varié (-)l’indice des prix à la consommation (2) : on
observe bien, à la différence du « message » ... légèrement diminué (-)
donné par le solde, une baisse de l’indicateur
d’opinion construit par ACP durant la période
1. Cette combinaison linéaire s’applique aux pourcentages cen-de désinflation (cf. graphique II).
trés-réduits. Les coefficients de cette combinaison correspon-
dent au premier vecteur propre, de norme 1, de la matrice des
corrélations. Par construction, la composante principale est deCependant, sur la période récente les ménages
moyenne nulle et de variance égale à la première valeur propre
font preuve d’un certain « pessimisme » sur de la matrice des corrélations. Toutefois, il est usuel de ramener
cette variance à 1. C’est la convention que l’on prendra dans lesl’évolution de l’inflation, peut-être lié à une
graphiques et modélisations présentées par la suite.perte de repères lors du passage à l’euro fidu- 2. La corrélation entre le solde d’opinion et le glissement annuel
ciaire. Ce « pessimisme » serait toutefois nette- de l’indice des prix est de 0,4 ; elle est de 0,7 pour la composante
principale. ment moins marqué en regard de ce que suggé-
3. Une conclusion similaire est obtenue si l’on s’intéresse à la
rait le niveau atteint par le solde d’opinion. (1) question relative aux prix prévus.
Tableau 1
Matrice des corrélations entre les évolutions des pourcentages de réponses à la question sur
l’évolution passée des prix
% Hausse forte % Hausse moyenne % Hausse faible % Stable % Baisse
% Hausse forte 1 0,84 0,15 - 0,74 - 0,55
% Hausse moyenne 0,84 1 0,23 - 0,78 - 0,69
% Hausse faible 0,15 0,23 1 - 0,75 - 0,60
% Stable - 0,74 - 0,78 - 0,75 1 0,77
% Baisse - 0,55 - 0,69 - 0,60 0,77 1
Sources : enquête de conjoncture auprès des ménages, Insee et calculs de l’auteur.
Graphique II
Inflation et composante principale de l’opinion relative aux prix passés
3 4,5
2,5 4
2
3,5
1,5
3
1
2,50,5
0 2
- 0,5
1,5
- 1
1
- 1,5
0,5- 2
- 2,5 0
1ère composante principale de l'opinion des ménages sur l'évolution récente des prix
Glissement annuel de l'indice des prix à la consommation
Sources : enquête de conjoncture auprès des ménages et indice des prix à la consommation, Insee et calculs de l’auteur.
16 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002
janv-87
juil-87
janv-88
juil-88
janv-89
juil-89
janv-90
juil-90
janv-91
juil-91
janv-92
juil-92
janv-93
juil-93
janv-94
juil-94
janv-95
juil-95
janv-96
juil-96
janv-97
juil-97
janv-98
juil-98
janv-99
juil-99
janv-00
juil-00
janv-01
juil-01
janv-02
juil-02Une question de l’enquête porte directement sur revanche, la nette baisse enregistrée par le solde
le comportement d’épargne des ménages en leur en 1997 contraste avec la relative stabilité du
demandant s’ils jugent raisonnable d’épargner taux d’épargne.
compte tenu de la situation économique. Les
modalités de réponse à cette question sont au
Ce « décrochage » entre l’évolution du taux
nombre de cinq :
d’épargne et celle du solde conduit donc à s’inter-
... oui, certainement (+) roger sur le fait de savoir s’il résume au mieux les
réponses des ménages à cette question sur... oui, peut-être (+)
l’opportunité d’épargner. La matrice des corréla-
... non, probablement (-)
tions fait, en particulier, apparaître une liaison
... non, certainement (-) plutôt négative entre les modalités de réponse
« supérieures », toutes deux affectées d’un signe... ne sait pas.
positif dans le calcul du solde (cf. tableau 2).
Graphiquement, le solde d’opinion reflète assez
bien les évolutions du taux d’épargne jusqu’au La première composante principale explique envi-
milieu des années 1990 (cf. graphique III). En ron deux tiers de la variance des réponses et s’écrit
particulier, la forte progression de l’épargne de ainsi en fonction des quatre pourcentages :
1987 à 1990, liée à l’accélération du revenu
mais aussi à la libéralisation financière, se
0,58. « % oui certainement » - 0,56. « % ouireflète dans le solde des opinions exprimées par
peut-être » + 0,14. « % non probablement »les ménages. Le gonflement de l’épargne de
- 0,58 « % non certainement ». précaution au début des années 1990 dans un
contexte de détérioration du marché du travail et
de taux d’intérêts réels élevés coïncide avec la Le coefficient négatif de la modalité « oui, peut-
montée ininterrompue du solde, néanmoins plus être » semble montrer que l’incertitude sur
prononcée que celle du taux d’épargne. En l’opportunité d’épargner qu’indiquerait le choix
Tableau 2
Matrice des corrélations entre les évolutions des pourcentages de réponses à la question sur
l’opportunité d’épargner
% Oui certainement % Oui peut-être % Non probablement % Non certainement
% Oui certainement 1 - 0,78 - 0,08 - 0,97
% Oui peut-être - 0,78 1 - 0,51 0,75
% Non probablement - 0,08 - 0,51 1 - 0,00
% Non certainement - 0,97 0,75 - 0,00 1
Sources : enquête de conjoncture auprès des ménages, Insee et calculs de l’auteur.
Graphique III
Taux d’épargne et solde d’opinion relatif à l’opportunité d’épargner
70 0,19
65 0,18
60
0,17
55
0,16
50
0,15
45
0,14
40
0,13
35
0,1230
0,1125
20 0,1
Opportunité d'épargner (solde d'opinion trimestrialisé) Taux d'épargne
Sources : enquête de conjoncture auprès des ménages et comptes trimestriels, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002 17
janv-87
juil-87
janv-88
juil-88
janv-89
juil-89
janv-90
juil-90
janv-91
juil-91
janv-92
juil-92
janv-93
juil-93
janv-94
juil-94
janv-95
juil-95
janv-96
juil-96
janv-97
juil-97
janv-98
juil-98
janv-99
juil-99
janv-00
juil-00
janv-01
juil-01
janv-02de cette modalité « intermédiaire » devrait tendre Si l’on souhaite conserver la notion de solde
à faire baisser l’indicateur d’opinion résumant d’opinion en attribuant dans le calcul de ce
cette question, ce qui n’est pas le cas dans le cal- solde un poids négatif à la modalité « oui, peut-
cul du solde (4). Le signe positif du coefficient être » (6), ainsi que le suggère l’ACP, on obtient
affecté à la modalité « non, probablement » est un indicateur également proche du taux d’épar-
plus difficile à interpréter mais celui-ci est de gne (7) (cf. graphique V).
toute façon très faible en valeur absolue. (5)
4. Par ailleurs, les corrélations entre le taux d’épargne et les pour-
centages de réponses à ces différentes modalités sont de : 0,79Le « décrochage » entre l’opinion des ménages
avec « % oui certainement », - 0,84 avec « % oui peut-être », 0,37
et le taux d’épargne effectif que semblait indi- avec « % non probablement », -0,80 avec « % non certainement ».
5. De plus, sur une période de construction plus courte de laquer le solde d’opinion usuel n’apparaît plus composante principale, ce coefficient est de signe négatif tout en
lorsque cette opinion est résumée par sa pre- restant très faible en valeur absolue.
6. .. oui, certainement (+)mière composante principale (cf. gra-
... oui, peut-être (-)phique IV). Celle-ci donne une bonne indica- ... non, probablement (-)
... non, certainement (-)tion de l’évolution de moyen terme du taux
(les pourcentages n’étant pas, dans ce cas, centrés-réduits).d’épargne, même si ses inflexions « au trimestre
7. Un résultat identique est obtenu si l’on s’intéresse à la ques-
le trimestre » ne s’y reflètent pas. (4) (5) tion relative à la capacité future à épargner.
Graphique IV
Taux d’épargne et composante principale de l’opinion sur l’opportunité d’épargner
0,182,5
2
0,17
1,5
0,161
0,5
0,15
0
0,14- 0,5
- 1
0,13
- 1,5
0,12- 2
- 2,5
0,11
- 3
0,1- 3,5
Opportunité d'épargner (1ère composante principale trimestrialisée) Taux d'épargne
Sources : enquête de conjoncture auprès des ménages et comptes trimestriels, Insee et calculs de l’auteur.
Graphique V
Taux d’épargne et solde d’opinion modifié sur l’opportunité d’épargner
45 0,18
0,1730
0,16
15
0,15
0
0,14
- 15
0,13
- 30
0,12
- 45 0,11
- 60 0,1
Opportunité d'épargner (solde d'opinion trimestrialisé) Taux d'épargne
Sources : enquête de conjoncture auprès des ménages et comptes trimestriels, Insee et calculs de l’auteur.
18 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002
janv-87
juil-87
janv-88
juil-88
janv-89
juil-89
janv-90
juil-90
janv-91
juil-91
janv-92
juil-92
janv-93
juil-93
janv-94
juil-94
janv-95
juil-95
janv-96
janv-87 juil-96
juil-87 janv-97
janv-88 juil-97
juil-88
janv-98
janv-89
juil-98
juil-89
janv-99
janv-90 juil-99
juil-90 janv-00
janv-91 juil-00
juil-91 janv-01
janv-92 juil-01
juil-92 janv-02
janv-93
juil-93
janv-94
juil-94
janv-95
juil-95
janv-96
juil-96
janv-97
juil-97
janv-98
juil-98
janv-99
juil-99
janv-00
juil-00
janv-01
juil-01
janv-02Ces deux exemples (sur l’inflation et le taux Les réponses à la question portant sur l’appré-
d’épargne) montrent donc que les opinions ciation par les commerçants du volume de leurs
exprimées par les ménages dans leurs réponses ventes récentes présentent, lorsqu’elles sont
à l’enquête de conjoncture reflètent plus fidèle- résumées sous la forme d’un solde d’opinion,
ment l’évolution des indicateurs macroécono- des variations qui diffèrent assez sensiblement
miques quantitatifs que ce que les soldes d’opi- de celles du glissement annuel de la consomma-
nion usuels semblaient suggérer. L’utilisation tion des ménages en produits manufacturés
régulière des indicateurs construits à partir des (hors automobile). En particulier, le très fort
ACP pourrait ainsi permettre d’enrichir l’inter- dynamisme de la consommation des ménages
prétation de cette enquête. entre 1998 et 2000 ne se reflète pas dans l’évo-
lution du solde d’opinion (cf. graphique VI).
Une lecture plus cohérente des réponses L’évolution des trois pourcentages de réponses
à l’enquête dans le commerce de détail à cette question laisse apparaître une évolution
non négligeable du pourcentage de réponse à la
modalité centrale qui pourrait expliquer la mau-L’enquête sur la situation et les perspectives
vaise qualité du solde d’opinion pour cette ques-dans le commerce de détail permet de retracer
tion (cf. graphique VII). l’activité récente et les perspectives à court
terme des détaillants en consignant leur opinion
L’examen des corrélations entre ces trois pour-qualitative à cet égard au mois le mois. Cette
centages fait, en outre, apparaître que le lien leenquête porte sur les champs du commerce de
plus fort oppose le pourcentage de réponses à ladétail non spécialisé et du commerce spécialisé
modalité « stable » à celui de réponses à lanon alimentaire. Elle permet pour chacune de
modalité « baisse » (cf. tableau 3). ses composantes sectorielles de connaître la ten-
dance de l’activité, mais également les explica-
tions de cette tendance (ventes, état des stocks, L’analyse en composantes principales effectuée
évolution des commandes), ce qui est fonda- à partir de cette matrice des corrélations con-
mental si on veut essayer de la prolonger. De ce firme que la combinaison linéaire des pourcen-
fait, l’enquête de conjoncture dans le commerce tages de réponses qui capture le plus de variabi-
de détail est susceptible de contribuer au suivi lité entre les enquêtes successives accorde des
de la consommation des ménages. poids importants à ces deux pourcentages :
Graphique VI
Consommation des ménages en produits manufacturés et solde des opinions relatives aux ventes
passées
725
6
510
4
3
- 5
2
1
- 20
0
- 1
- 35 - 2
- 3
- 50 - 4
1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
Solde d'opinion des commer ants sur leurs ventes pass es (trimestrialis )
Glissement annuel des d penses de consommation des m nages en produits manufactur s,
hors automobile (source : comptes trimestriels)
Sources : enquête de conjoncture dans le commerce de détail et comptes trimestriels, Insee et calculs de l’auteur.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002 19- 0,07. « % supérieures » + 0,72. « % norma- ce dont ne rend pas clairement compte le solde
les » - 0,69 « % inférieures ». d’opinion. (8)
Cette combinaison linéaire s’applique aux pour-
À la différence du solde d’opinion qui est unecentages centrés-réduits. De plus, la matrice des
combinaison linéaire fixe des pourcentages decorrélations ne possède que deux valeurs pro-
réponses aux modalités « hausse », « stable » etpres non nulles puisque les trois pourcentages
« baisse » respectivement affectés des poids 1, 0de réponses sont liés par une relation linéaire,
et - 1, la composante principale est issue d’uneleur somme valant 100. On peut donc réécrire la
analyse statistique. Ainsi, la pondération descomposante principale en fonction seulement de
trois pourcentages dans la combinaison linéairedeux des trois pourcentages. Par exemple, elle
fournie par l’ACP peut varier avec le nombreest égale à la combinaison suivante des pour-
d’observations utilisées pour cette analyse. Il estcentages de réponses « supérieures » et
donc important d’en tester la robustesse vis-à-« inférieures » :
vis de ce nombre d’observations (cf. gra-
- 0,52. « % supérieures » - 1,40. « % inférieures ». phique IX). Or, même si cette pondération est
assez variable dans le temps (9), la première
Ainsi résumée, l’opinion des commerçants sur
l’évolution récente de leurs ventes présente des
8. La corrélation entre le solde d’opinion et le glissement annuelévolutions plus en phase avec le glissement
de la consommation est de 0,5 ; elle est de 0,8 pour la compo-annuel de la consommation (8) (cf. gra- sante principale.
9. Les poids relatifs des pourcentages de réponsesphique VIII).
« supérieures » et « normales » varient de façon non monotone
avec la période de construction de la composante principale. La
pondération des différents pourcentages de réponses dans laCeci semble indiquer que l’enquête de conjonc-
combinaison linéaire fournie par l’ACP s’avère, en revanche, peuture dans le commerce de détail apporte bien
variable pour la plupart des autres questions des enquêtes de
une information avancée sur la consommation, conjoncture.
Tableau 3
Matrice des corrélations entre les évolutions des pourcentages de réponses à la question sur le
niveau des ventes passées
% Supérieures % Normales % Inférieures
% Supérieures 1 - 0,35 - 0,28
% Normales - 0,35 1 - 0,80
% Inférieures - 0,28 - 0,80 1
Sources : enquête de conjoncture dans le commerce de détail, Insee et calculs de l’auteur.
Graphique VII
Évolution des trois pourcentages de réponses sur la tendance passée des ventes
80
60
40
20
0
1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
Supérieures à la normale Normales Inférieures à la normale
Source : enquête de conjoncture dans le commerce de détail, Insee.
20 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002composante principale décrit en fait systémati- lité « inférieure ». Ce résultat se retrouve pour la
quement des mouvements très proches de majorité des questions de l’ensemble des diffé-
l’opposé du pourcentage de réponses à la moda- rentes enquêtes de conjoncture. Ceci souligne la
lité « inférieure ». Sur une période de construc- simplicité d’obtention du type d’indicateur
tion plus courte, cette proximité est d’ailleurs d’opinion préconisé par cet article.
encore plus marquée.
Le solde d’opinion sur les stocks présente dansAinsi, le meilleur « résumé » des réponses des
l’enquête « commerce de détail » des évolutionscommerçants à la question sur le niveau récent
du volume de leurs ventes serait en pratique souvent curieusement en phase avec celui sur le
l’opposé du pourcentage de réponse à la moda- volume des ventes passées (cf. graphique X).
Graphique VIII
Consommation des ménages en produits manufacturés et composante principale de l’opinion
relative aux ventes passées
72
6
1,5
5
1
4
30,5
2
0
1
- 0,5 0
- 1- 1
- 2
- 1,5
- 3
- 2 - 4
1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
1ère composante principale de l'opinion des commerçants sur leurs ventes passées (trimestrialisée)
Glissement annuel des dépenses de consommation des ménages en produits manufacturés,
hors automobile (source : comptes trimestriels)
Sources : enquête de conjoncture dans le commerce de détail et comptes trimestriels, Insee et calculs de l’auteur.
Graphique IX
« Robustesse » de la composante principale de l’opinion relative aux ventes passées
22
1,5 1,5
1 1
0,5 0,5
00
- 0,5- 0,5
- 1 - 1
- 1,5 - 1,5
- 2 - 2
1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
1ère composante principale de l'opinion des commerçants sur leurs ventes passées (trimestrialisée)
Opposé du pourcentage de réponses « inférieures » (trimestrialisé)
Sources : enquête de conjoncture dans le commerce de détail, Insee et calculs de l’auteur.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002 21Or, logiquement, des ventes dynamiques se tra- cohérent que celui fourni par les soldes d’opi-
duisent, en général, par des stocks légers et les nion (cf. graphique XI).
deux courbes devraient donc faire état d’évolu-
tions opposées. La « robustesse » de la composante principale
est assurée par le fait qu’elle présente, même sur
des périodes de construction plus courte, desL'examen des corrélations entre les trois pour-
évolutions identiques à l’opposé du pourcentagecentages de réponse à la question sur le niveau
de réponses à la modalité « centrale ». Ainsi,des stocks permet de comprendre pourquoi le
plus les commerçants sont nombreux à jugersolde d’opinion est un mauvais indicateur pour
leurs stocks « normaux », plus ces derniers peu-cette question. La corrélation entre les deux
vent être considérés comme légersmodalités « extrêmes » est très faible et même
(cf. graphique XII). positive (cf. tableau 4).
La question posée aux détaillants sur leursLa première composante principale explique
intentions de commande pour les deux pro-plus des deux tiers de la variance des réponses
chains mois est censée fournir une indicationet s’écrit ainsi en fonction des trois pourcenta-
sur la tendance future de leurs ventes. Or, leges centrés-réduits :
solde d’opinion sur les commandes prévues pré-
0,49. « % supérieures » - 0,68. « % normaux » sente des évolutions assez peu corrélées avec
+ 0,59. « % inférieurs ». celles du solde sur le volume des ventes passées
(cf. graphique XIII).
Elle présente bien des évolutions opposées à la
première composante principale sur le volume
10. La corrélation entre la composante principale sur les stocksdes ventes passées (10). Ce résultat permet donc
et celle sur les ventes passées est de - 0,8, la corrélation entre les
de retrouver un schéma économiquement plus soldes d’opinion relatifs à ces deux questions étant de 0,2.
Tableau 4
Matrice des corrélations entre les évolutions des pourcentages de réponses à la question sur le
niveau des stocks
% Supérieurs % Normaux % Inférieurs
% Supérieurs 1 - 0,71 0,16
% Normaux - 0,71 1 - 0,81
% Inférieurs 0,16 - 0,81 1
Sources : enquête de conjoncture dans le commerce de détail, Insee et calculs de l’auteur.
Graphique X
Solde d’opinion relatif aux ventes passées et solde d’opinion relatif aux stocks
3030
15
20
0
10 - 15
- 30
0
- 45
- 10 - 60
1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
Solde d'opinion relatif aux stocks Solde d'opinion relatif aux ventes passées
Source : enquête de conjoncture dans le commerce de détail, Insee.
22 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 359-360, 2002

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.