Trop de décès dans le Nord-Pas-de-Calais

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Compte tenu de la structure de sa population par sexe et âge, le Nord-Pas-de-Calais ne parvient à épargner des vies que dans le domaine des accidents de la route et du Sida. Pour toutes les autres causes majeures de décès, on meurt trop et souvent trop tôt. Les hommes sont trop souvent victimes de tumeurs, notamment de cancers du poumon, tandis que les femmes sont trop souvent emportées par une atteinte de l'appareil circulatoire. Comportements individuels, passé industriel et situation socio-économique de la région sont avancés par les spécialistes de la santé pour expliquer les écarts tandis que des efforts importants sont entrepris pour que ce constat n'ait rien d'inéluctable.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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NORD-P AS-DE-CALAIS
ROFILS
FÉVRIER 1998Prix : 15 francs N°2P
en moyenne plus longtemps : 80 ans Le Nord-Pas-de-Calais connaîtTrop de décès en 1995. L’écart de deux ans avec une mortalité plus intense que le
l’ensemble du pays, est, pour ellesreste du pays. Pour toutes les causes
aussi, en défaveur de la région.majeures de décès, on meurt trop et
souvent trop tôt. Les hommes sontdans le Nord- Une surmortalité généralisée
trop souvent victimes de tumeurs,
notamment de cancers du poumon,
Depuis 1993, 36 500 habitants de la
tandis que les femmes sont trop région meurent en moyenne chaque
souvent emportées par une atteinte année. La mortalité prématurée est fortePas-de-Calais
de l’appareil circulatoire. La région dans la région : 10 000 décès ont lieu
ne parvient à épargner des vies que avant 65 ans, soit 27% de l’ensemble
des décès alors que la moyenne nationaledans le domaine des accidents de la
est de 22%.route et du sida.Comportements
individuels, passé industriel et Si la mortalité de la région était au
situation socio-économique de la niveau de la mortalité française, le
Joël Dekneudt région sont avancés par les spécialistes nombre annuel de décès serait de
l’ordre de 30 000. Cette surmortalitéde la santé pour expliquer les écartsPascale Leroux
n’est pas due à une cause spécifique,tandis que des efforts importants
Division Synthèses mais à une mortalité plus intense quesont entrepris pour que ce constat
dans le reste du pays pour la quasi-totalitén’ait rien d’inéluctable.démographiques et sociales
des causes de décès.
Depuis la dernière guerre mondiale, le En outre, la surmortalité régionale qui
Nord-Pas-de-Calais est la lanterne rouge n’épargne que la population de 15 à
des régions françaises au regard de sa 25 ans, est relativement plus forte entre
mortalité. L’espérance de vie des 25 et 64 ans qu’après cet âge. Ainsi,
hommes n’est que de 71 ans en 1995, un tiers des morts supplémentaires dans
soit trois années de moins que la la région par rapport à la France sont
moyenne nationale. Les femmes vivent considérées comme prématurées.
Contribution des divers âges à l’écart d’espérance de vie entre la France et le Nord-Pas-de-Calais
Table de mortalité de la période 1992-1994
Jours de vie perdus
50
40
Surmortalité
masculine
30
20
Surmortalité
infantile
10
0Remerciements à Olivier Lacoste
- 10et Christophe Declercq de L’ORS
Sous-mortalité
par accident et sidasans l’aide de qui cette étude
- 20
0 20 40 60 80 100n’aurait pu être menée à bien.
Hommes Femmes
Moyenne mobile sur trois années d’âge à partir de deux ans
Source : Insee - État civil
INSEE NORD-PAS-DE-CALAIS 130, avenue du Président J.F. Kennedy - 59034 Lille Cedex - Tél. : 03 20 62 86 29 - Télécopie : 03 20 62 86 00femme est un cancer du sein. Le cancer Une échelle nord-sLes maladies cardio-vasculaires :
Période 1du poumon arrive loin derrière avec unpremière cause de surmortalité
décès sur vingt, il cause huit fois moins
de décès dans la population féminine queDans le Nord-Pas-de-Calais, comme en
dans la population masculine. L’extensionFrance, les maladies de l’appareil
du tabagisme dans la population fémininecirculatoire sont à l’origine d’un tiers de
pourrait toutefois modifier cet ordre desl’ensemble des décès. Ces pathologies
choses.entraînent 6 400 décès de femmes et
Dans le Nord-Pas-de-Calais, la surmor-5 300 décès d’hommes par an dans la
talité par tumeur est la plus élevée desrégion. Elles se placent ainsi au premier
régions françaises, loin devant la Haute-rang de la mortalité féminine, et au
Normandie et la Picardie. C’est l’ampleurdeuxième rang pour les hommes.
de la surmortalité prématurée quiParmi les maladies cardio-vasculaires,
conduit à ce résultat. En effet, avant les infarctus causent un tiers des décès
65 ans, les cancers sont responsableschez les hommes, et moins d’un dixième
de 37% des décès de la région. Ils sontchez les femmes. Celles-ci sont trois fois
ainsi la plus forte cause de mortalitésur dix victimes d’un accident vasculaire
prématurée entraînant près de 1 000cérébral.
décès de trop. Il s’agit d’hommes dansLes atteintes de l’appareil circulatoire,
plus de 80% des cas. Cette surmortalitédans leur ensemble, sont la plus impor-
prématurée joue le plus grand rôle danstante cause de la surmortalité du Nord-
l’excédent de décès par tumeur observéPas-de-Calais. Plus de 2 400 décès
tous âges confondus.supplémentaires sont enregistrés chaque
année par rapport à une mortalité
conforme à la moyenne nationale. Cette Les maladies de l’appareil
surmortalité touche autant les hommes respiratoire : le poids du passé
que les femmes. Elle apparaît également
Source : Insee - État civil, Inserm
forte dans deux autres régions, l’Alsace Loin derrière les deux causes précédentes,
et la Lorraine. les maladies de l’appareil respiratoire
Qui plus est, cette surmortalité est plus sont responsables de moins d’un décès
aiguë dans le Nord-Pas-de Calais avant sur dix dans la région.
65 ans : là, un tiers des décès dus à une Ces affections concernent en majorité
affection du cœur ou des vaisseaux sont des hommes : huit décès sur dix. Ces maladies
de trop alors qu’au-delà de cet âge, ce Mortalité et surmortalité par âge pourContrairement aux tumeurs, ces décès
(en moyenne annuellen’est qu’un décès sur cinq. touchent une population plutôt âgée :
deux tiers concernent des hommes de
Les tumeurs : première cause plus de 65 ans. Appareil circulatoire (11 700 décès)
de surmortalité prématurée La forte surmortalité de la région s’ex- dont surplus Décès avant 65 ans
plique en partie par le nombre encore
Les tumeurs sont depuis quelques important de décès dus à la pneumoco-
années au premier rang des causes de niose du mineur de charbon qui atteint
mortalité pour les hommes (un tiers des une population plutôt âgée. Malgré la
décès). Elles ne sont qu’au deuxième cessation des activités d’extraction, le
rang de la mortalité féminine avec près régime de sécurité sociale minière suivait
Décès après 65 ans d’un quart des décès. encore 20 000 personnes en 1994
Le nombre de décès d’hommes par pour pneumoconiose. Le nombre de
Appareil respiratoire (3 100 décès)tumeur devrait être de 5 000 au lieu des décès dus à cette maladie est estimé à
Décès avant 65 ans 6 500 enregistrés annuellement depuis 400 en 1995, il se réduit très progres- dont surplus
1993. Le cancer du poumon est le plus sivement. En dehors de cette pathologie,
meurtrier parmi la population masculine, les bronchites chroniques et les maladies
il entraîne un quart des décès par pulmonaires obstructives complètent le
tumeur. Ce fléau est répandu dans les panorama des atteintes trop fréquentes de
régions de tradition industrielle du nord-est l’appareil respiratoire. La surmortalité est
de la France. très accentuée chez les hommes et Décès après 65 ans
Pour les femmes de la région, l’excédent femmes de moins de 65 ans avec
de décès est d’un peu moins de 500 sur 200 décès de trop dans la région. L’excédent de décès est mesuré par rapport à la mortalité nationale
Source : Insee - État civil, Insermles 4 000 décès annuels. Une tumeur Ces affections sont fortement liées à la
sur cinq provoquant la mort d’une consommation de tabac.
130, avenue du Président J.F. Kennedy - 59034 Lille Cedex - Tél. : 03 20 62 86 29 - Télécopie : 03 20 62 86 00 INSEE NORD-PAS-DE-CALAISsud de la mortalité Mais la pollution dans l’environnement les hommes que pour les femmes, avant
993-1995 et sur le lieu de travail joue aussi un 65 ans, l’alcool cause plus du double
rôle. Là encore, dans le Nord-Pas-de- de décès qu’il n’y en aurait dans des
Indice comparatif de mortalité générale
Calais, la surmortalité attribuée à cette conditions de mortalité moyenne. Lade 90 à moins de 94
de 94 à moins de 106
pathologie est de loin la plus élevée des mortalité par alcoolisme peut être doncde 106 à moins de 112
de 112 à 123 régions françaises, précédant cette fois-ci malheureusement considérée comme un
Indice comparatif de mortalité de quelques causes la Bretagne. fléau pour la région.
Tumeurs
Maladies de l'appareil circulatoire
Maladies de l'appareil respiratoire Les maladies de l’appareil La mortalité infantile : Maladies de l'appareil digestif
digestif : l’alcool principal un handicap qui se réduit
responsable
Le taux de mortalité infantile régional (six
Les maladies de l’appareil digestif sont décès avant un an pour mille naissances)
la quatrième cause de décès. Elles est au-dessus de la moyenne nationale. Il
entraînent dans la région 2 300 décès correspond toutefois au taux moyen en
par an, dont près de la moitié sont dus Europe. La mortalité infantile qui s’est
à des cirrhoses du foie. Les affections de nettement réduite au cours de la seconde
l’appareil digestif sont la cause de 800 moitié du siècle, connaît encore une
décès de trop par rapport à la mortalité nouvelle baisse en 1995. Diverses
nationale. Parmi eux, 500 sont attribués mesures tant nationales que régionales
aux cirrhoses du foie. À ce chiffre ont probablement contribué à cette
s’ajoutent 100 décès de trop dus aux amélioration. On peut citer notamment le
psychoses alcooliques. Ceci place le plan gouvernemental de 1994 concernant
Nord-Pas-de-Calais au premier rang des la périnatalité (c’est-à-dire la période
régions françaises pour la surmortalité de la vie autour de la naissance) ou les
due à l’alcoolisme, loin devant la campagnes de prévention de la préma-
Bretagne et la Haute-Normandie. turité. On note récemment une baisse de
Plus encore que les tumeurs, l’alcoolisme la mort subite du nourrisson. Cette cause
tue une population jeune : la moitié des de mortalité représentait, en 1993, 30%
décès qu’il entraîne concerne des des décès d’enfants de moins d’un an et
hommes de moins de 65 ans. Tant pour moins de 20% en 1995.
Presque toutes les causes de mortalité sont au rouge dans le Nord-Pas-de-Calais
qui tuent trop Répartition des décès de 1993 à 1995 par grande cause
r les quatre premières causes de décès
e entre 1993 et 1995) Écart aux décès Indice comparatif
Nombre de décès
Causes de mortalité attendus pour une de mortalité
(moyenne annuelle)
mortalité moyenne Base 100 = France
Tumeurs (10 500 décès)
Maladies de l’appareil circulatoire 11 680 + 2 431 126dont surplus Décès avant 65 ans
hommes 5 310 + 1 224 130
femmes 6 370 + 1 206 123
Tumeurs 10 424 + 1 942 123
hommes 6 448 + 1 473 130
femmes 3 976 + 469 113
Maladies de l’appareil respiratoire 3 115 + 1 030 149
hommes 1 883 + 839 180
Décès après 65 ans
femmes 1 232 + 191 118
Maladies de l’appareil digestif 2 305 + 804 154
Appareil digestif (2 300 décès) dont : cirrhose du foie hommes 648 + 278 175
cirrhose du foie femmes 411 + 233 230Décès avant 65 ansdont surplus
Psychose alcoolique et alcoolisme 283 + 109 162
Causes externes 2 917 + 167 106
dont : accidents de circulation 385 - 164 70
suicides 943 + 178 123
Maladies infectieuses ou parasitaires 585 - 152 79
États morbides mal définis 1 602 - 97 94
Décès après 65 ans Autres causes 3 581 + 483 116
Toutes causes 36 491 + 6 716 123
hommes 19 297 + 4 177 128e.
femmes 17 194 + 2 539 117
Source : Insee - État civil, Inserm
INSEE NORD-PAS-DE-CALAIS 130, avenue du Président J.F. Kennedy - 59034 Lille Cedex - Tél. : 03 20 62 86 29 - Télécopie : 03 20 62 86 00Les accidents de la route et le La surmortalité de la région
Pour comprendre ces résultatssida : les seules sous-mortalités n’est pas une fatalité
La mesure de la surmortalitérégionales
L’amplitude de la surmortalité régionale, Afin de quantifier la surmortalité
Dans cette sinistre liste des causes de et sa généralisation à presque toutes régionale par rapport à la France, les
spécialistes de l’Inserm et de l’ORS surmortalité de la région, on peut les causes de décès, apparaît plus
utilisent un indicateur comparatif deajouter les maladies endocriniennes comme le résultat d’un mode de vie
mortalité.Son calcul consiste toutou encore les suicides. que d’un état de santé médiocre de la
d’abord à établir, pour la France, lesAinsi en 1995, 925 suicides ont été population régionale. Les problèmes
quotients de mortalité par sexe et âgedénombrés, dont 80% d’hommes. Les familiaux et financiers ne permettent
pour chaque cause de décès.Cessuicides sont la deuxième cause de pas toujours de considérer la santé
quotients, qui mesurent la probabilitémortalité pour les jeunes de 15 à 24 ans comme une priorité, problèmes auxquels
de décéder d’une cause donnée à un
après les accidents de la route. Ce peuvent s’ajouter des comportements
âge donné, sont appliqués à la pyramide
sont toutefois les personnes âgées qui qui conduisent à un accès trop tardif
des âges de la région. Cette opération
présentent les plus forts taux de suicide aux soins.
donne un nombre de décès “attendus” :
pour 100 000 habitants. La surmortalité La surmortalité du Nord-Pas-de-Calais nombre de décès qu’il y aurait dans la
par suicide touche surtout la Bretagne, n’est pourtant pas une fatalité. Au région si la mortalité par sexe et âge
la Haute et la Basse- Normandie, le début du siècle, la mortalité régionale était la même que la mortalité de
Nord-Pas-de-Calais arrivant en quatrième fut souvent inférieure à la moyenne l’ensemble du pays. Le rapport des
position. nationale. Mais après la vague de décès réellement survenus à ce nombre
reconstruction de l’après-guerre, la (exprimé en %) donne l’indicateur
Le sida et les accidents de la route pré- région a moins vite progressé que le comparatif de mortalité. Lorsqu’il est
sentent en revanche, un bilan plus significativement supérieur à 100, lareste du pays et a accumulé des
mortalité de la région est supérieure àpositif pour le Nord-Pas-de-Calais. retards dans les domaines écono-
la mortalité moyenne, et inversement.Entre 1993 et 1995, la route a tué miques et sociaux.
Ces calculs ont été effectués pour laen moyenne un peu moins de 400 L’état actuel d’avancement de la science
période 1993-1995, sur la base despersonnes de la région, économisant médicale permettrait d’éviter une part
estimations localisées de population.160 vies par rapport à une mortalité importante de ces décès qui peuvent
Dans le texte, nous avons privilégiémoyenne. Cette sous-mortalité s’explique donc être considérés comme prématurés.
l’écart entre le nombre de décès réelspar un équipement automobile des Les efforts pour améliorer l’équipement
et le nombre de décès attendus plutôtménages plus faible qu’ailleurs, et par sanitaire, la prise en charge des popula-
que le rapport. Ceci permet de mesurer
la densité du réseau autoroutier. tions les plus défavorisées et la situation
l’effet de la surmortalité (sous-mortalité)
La région compte moins de 100 décès socio-économique de la région peuvent
en terme de nombre de vies, mais pas
par an dus au sida, soit un peu plus permettre de sortir de cette situation défa-
en intensité.
de 2% des décès enregistrés en vorable. Les progrès devraient venir
France, alors qu’elle représente 7% de aussi des campagnes de prévention,
la population nationale. Cette faible surtout auprès des jeunes, pour agir
mortalité explique à elle seule la sous- sur les facteurs de risque individuel,
mortalité par maladie infectieuse. comme l’alcool ou le tabac.
Pour en savoir plus
• Causes médicales de décès - Inserm.
• La santé d’une région - État et tendances dans le Nord-Pas-de-Calais - ORS - 1995.
•é en France : Un bilan contrasté - Insee - Données sociales, 1996.
• L’inégalité devant la mort dans le Nord-Pas-de-Calais - ORS - mai 1991.
• La santé des jeunes dans le Nord-Pas-de-Calais - ORS - janvier 1997.
• Mourir avant de vieillir - Insee - Insee Première n° 429, février 1996.
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CPPAD en cours - ISSN 1269-0260 - Dépôt légal mars 1998 - © Insee 1998 - Code Sage PR0980220 - UNIVERS LILLE Tél : 03 20 63 10 07
130, avenue du Président J.F. Kennedy - 59034 Lille Cedex - Tél. : 03 20 62 86 29 - Télécopie : 03 20 62 86 00 INSEE NORD-PAS-DE-CALAIS

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