Agriculture : une année de crise pour la production légumière (Octant n° 101)

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L'année 2004 est marquée par la crise du chou-fleur, la surproduction provoquant la chute du prix. Dans les productions animales, le prix de l'oeuf s'effondre et celui du lait est à nouveau à la baisse. En revanche, on observe une embellie sur les cotations porcines et les rendements en céréales sont excellents.
Publié le : samedi 29 décembre 2012
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Agriculture
Une année de crise
pour la production légumière
L’année 2004 est marquée par la crise rencée par les productions bel-
ges et hollandaises durant l’été,du chou-fleur, la surproduction provoquant
puis espagnoles et marocaines à
la chute du prix. Dans les productions animales, l’automne. La production bre-
le prix de l’œuf s’effondre et celui du lait tonne, dont les deux tiers en to-
mates grappes, se chiffre àest à nouveau à la baisse. En revanche, on observe
175 000 tonnes, soit une pro-
une embellie sur les cotations porcines gression de 5 % en un an.
et les rendements en céréales sont excellents.
Pour la pomme de terre pri-
meur bretonne, la hausse des
n 2004, la production légu- Des campagnes prix ne compense pas la forteEmière bretonne connaît une légumières difficiles baisse de la production : avec
année difficile. Le chou-fleur 35 000 tonnes produites en
est en crise tout au long de 2004, c’est environ 15 % de
l’année. Sur un marché fré- La campagne 2004 de l’arti- moins qu’en 2003. La succes-
quemment saturé, les prix sont chaut est aussi marquée par des sion de campagnes difficiles
parmi les plus bas depuis plu- prix bas. Début juin, le kilo conduit à une réduction des
sieurs années. Sur la campagne n’est pas vendu à plus de surfaces d’année en année.
d’hiver, de janvier à juin, l’offre 0,25 euro au marché de Saint- Elles sont passées de 5 800 hec-
(129 millions de têtes) est supé- Pol-de-Léon. L’abondance de la tares en 1998 à 2 200 hectares
rieure de 8 % à celle de l’année production bretonne en mai et en 2004, réduisant ainsi les
précédente, avec 12 % d’inven- juin, sous l’effet de la chaleur et parts de marché de la produc-
dus contre seulement 2 % de pluies régulières, provoque tion bretonne.
l’année précédente. Le prix des- la saturation du marché et les
cend jusqu’à 0,20 €/tête fin fé- invendus sont nombreux. Au
vrier au marché de Saint- cours de l’été, malgré la réduc- La baisse du prix du lait
Pol-de-Léon. Sur la campagne tion de l’offre, les prix peinent à se poursuit
d’automne, de septembre à dé- remonter car la demande reste
cembre, le déséquilibre du mar- faible.
ché persiste et touche plus Dans l’interprofession laitière les
spécialement le bassin légumier négociations entre producteursContrairement aux campagnes
malouin. Le prix le plus bas est précédentes, l’année 2004 est et transformateurs pour la fixa-
atteint en octobre (0,15 €/tête). difficile pour les producteurs de tion du prix du lait restent diffici-
Cette situation difficile conduit tomates. Les prix s’effondrent les en 2004. La baisse des prix
l’état à mettre en place un plan sur un marché où l’offre abon- d’intervention pour le beurre et
d’aide aux producteurs. dante s’est retrouvée concur- la poudre de lait écrémé, dé-
8 Octant n° 101 - Avril 2005 Bilan économique 2004Agriculture
Abattages de gros bovins en Bretagne :cidée dans le cadre de la poli- tion est liée à la mise aux nor-
tique agricole européenne est mes des élevages qui, en fin tendance à la baisse tonne
26 000répercutée sur le prix payé au d’année 2003, a réduit les effec-
producteur. En 2004, le prix du tifs mis en place.
24 000
lait standard perd 9 euros pour
1 000 litres. Le prix réel, tenant La baisse de la consommation 22 000
compte de la qualité du lait col- de viande bovine en France se
1 20 000lecté, atteint 301 euros pour poursuit selon l’Ofival . Après
1 000 litres contre 312 en 2003. la diminution déjà enregistrée
18 000
Au contraire des années précé- en 2003, mais due en partie à la
16 000dentes, la baisse de prix est cette canicule, les achats par les mé-
fois-ci compensée par le verse- nages reculent en volume de
14 000
Série brutement de l’aide directe laitière 2,9 % pour la viande de bœuf et
(12 euros pour 1 000 litres). de 5 % pour celle de veau. 12 000 Moyenne mobile
sur 12 mois
10 000En termes de volume, les livrai-
2001 2002 2003 2004
sons de lait à l’industrie s’avè- Source : Agreste - Enquête auprès des abattoirsPrix du porc en hausse
rent comparables à celles de
l’annéeprécédente : 4 620 mil-
lions de litres en 2004 et 4 670 En 2004, la filière porcine bre-
en 2003. Lors de la canicule de tonne connaît une légère em-
l’été 2003, le rendement en lait bellie, avec un prix à la produc-
avait pourtant baissé.Laréduc- tion en hausse. Au marché au
tion du cheptel des vaches lai- cadran de Plérin, le prix de base
tières en 2004 (- 3 %) explique du porc charcutier - 1,128€/kg
en grande partie la stagnation Cours des bovins :en moyenne sur l’année 2004 -
de la collecte. Le respect des est supérieur de prèsde10% à orientation à la hausse euro/kg
quotas n’a pas posé de pro- 4,00celui de l’annéeprécédente. La
blème en 2004. Au contraire, la hausse de prix est générale en
France termine la campagne Europe, soutenue par les expor- Génisse
3,50
2003-2004 en sous-réalisation tations, notamment vers le Ja-
Jeune bovinde son quota national (- 1 %). Il pon et les nouveaux états mem-
s’agit du déficit le plus élevé de- bres de l’Union européenne. 3,00
puis l’instauration des quotas en Les cas d’ESB (encéphalopathie
1984. spongiforme bovine) en Amé-
2,50
rique du Nord et surtout la
grippe aviaire en Asie ont ren-
Viande bovine : 2,00forcé la demande de viande
porcine sur le marché mondial,progression des cours Vache
au détriment de la viande bo-
1,50
vine et de la volaille. A l’in-
2001 2002 2003 2004
En Bretagne, l’offre de viande verse, en France la consomma- Source : Ofival
bovine continue de diminuer en tion diminue. Selon l’Ofival les
2004. Les abattages de gros bo- achats des ménages sont en
vins, 224 000 tonnes, sont en baisse de plus de 7 % pour la
retrait de prèsde3%par rap- viande et de 1 % pour la char-
port à l’annéeprécédente. Les cuterie. Les élevages bretons
prix sont dans leur ensemble su- voient ainsi leur situation éco-
périeurs à ceux de 2003. Pour la nomique s’améliorer, mais de
vache de réforme, l’offre se ré- façon limitée car le coûtdel’ali-
Prix du porc au cadran de Plérin :duit à nouveau en 2004, avec ment est élevé en début
une diminution de 2 % des amélioration en 2004d’année. Par ailleurs, le nombre euro/kg
abattages. La cotation de la de porcs charcutiers engraissés 2,00
vache catégorie O progresse de en Bretagne baisse légèrement
12 % en 2004 avec une (- 0,7 %). L’augmentation du 1,75
moyenne de 2,53€/kg sur nombre de porcelets par truie
l’année. Elle retrouve ainsi un ne compense plus intégrale- 1,50
niveau équivalent à celui de ment la diminution du cheptel
de truies observée depuis plu-l’année 2000 (2,50€/kg). Le 1,25
sieurs années.prix du veau de boucherie (rosé
clair R) reste élevé en 2004, 1,00
avec 5,79€/kg en moyenne sur
l’année, soit 3 % de plus qu’en
0,75
1. Le marché des produits carnéset2003. Cette situation est favo-
avicoles en 2004 - Ofival (Office na-
risée par des tonnages abattus
tional interprofessionnel des viandes, 0,50
inférieurs de 5 % à ceux de 2001 2002 2003 2004de l'élevage et l'aviculture) - Janvier
2003. Cette baisse de produc- Source : Marché au cadran de Plérin2005.
Bilan économique 2004 Octant n° 101 - Avril 2005 9Agriculture
Prix des produits animaux (moyennes annuelles) Difficultés persistantes De très bons rendements
variations annuelles en % pour les élevages avicoles en céréales
Vache de réforme
Depuis plusieurs années, la fi- Dans l’ouest des Côtes-d’Armor
et le nord du Finistère, la mois-lière avicole bretonne est en
Lait 2004 son a été retardée par les pluiescrise. Malgré la réduction de la
2003
de la fin août. Malgré cela, laproduction de volailles de
Poulet standard production de céréales pro-chair, les difficultés persistent
gresse de plus de 20 % en 2004,avec la dégradation de la situa-
Oeuf
de consommation avec un volume global de 4,2tion de nombreux élevages, en
millions de tonnes ce qui cons-particulier pour la dinde et le
Porc charcutier titue une récolte record. Pour lacanard. En 2004, le nombre de
plupart des céréales, les rende-volailles de chair abattues en
-40 -30 -20 -10 0 10 20 30 40
ments sont d’ailleurs à un desBretagne est en repli de 11 %
Source : Agreste - Ofival - Marché au cadran de Plérin
meilleurs niveaux depuis dix(poules de réforme exclues) :
ans. Le taux d’humidité des- 12 % pour les poulets, qui re-
grains, plus élevé,réduit cepen-présentent 80 % du total, et
dant la qualité.- 2 % pour les dindes. La crise
Des rendements excellents en 2004 avicole est le reflet des pertes de
L’augmentation la plus fortemarché de la viande de volailleBlé tendre indice 100 en 1995
française : selon les premières concerne le maïs grain dont la
160
production atteint 1,1 millionestimations, les exportations
françaises continuent de reculer de tonnes, soit 50 % de plus par
rapport à la campagne précé-en 2004 (- 10 % pour le poulet
140
Quantités récoltées et - 4 % pour la dinde) avec un dente. En 2003, une partie des
surfaces prévues pour le grainfort impact sur la production
bretonne. La situation sur le avaient été récoltées en four-
120
rage pour compenser le déficitmarché français se dégrade éga-
lement, avec une progression fourrager des prairies dûà la sé-
cheresse. Avec 138 000 hecta-des importations de 4 % pour le
100
poulet et de 26 % pour la dinde. res, la surface se situe plutôt
surface dans la fourchette haute des dixToutefois la consommation de
rendement
viande de volailles se stabilise dernières années. Le rendement80
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 plutôt élevé est de 83 q/ha enaprès deux années de baisse.
moyenne sur la région. Pour le
Maïs grain indice 100 en 1995 blé, la hausse de la production
160 Œuf : surproduction (+ 15 % avec 2,2 millions de
Quantités récoltées tonnes) provient à la fois d’unet chute des prix
retour à une surface plus habi-
140 tuelle - 296 000 hectares contre
En 2004, le marché de l’œuf de seulement 274 000 en 2003 - et
consommation connaît une si- d’une amélioration des rende-
tuation de surproduction con-120 ments. Le rendement régional
trairement à l’année 2003. La atteint 75 q/ha contre 70 un an
production française est en plus tôt. La culture du triticale
100 hausse de 3 % par rapport à continue de se développer en
surface l’annéeprécédente. La situation Bretagne avec comme principalrendement
est semblable au niveau euro- débouché l’alimentation ani-
80 péen avec une progression de male : en 2004, la production1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
5 % (+ 10 % en Allemagne, augmente de plus de 20 %, elle
+ 8 % en Belgique). La consé- atteint 59 000 tonnes soit autantMaïs fourrage indice 100 en 1995
quence est un effondrement des
140 que la production d’orge.
prix à la production qui, sur
l’ensemble de l’année, dimi-
rendementQuantités récoltées nuent de 30 %. En Bretagne
120
comme dans les autres régions, Nicole Allain
pour limiter les volumes pro-
Service régional
duits, les mises en place de pou-
100 de statistique agricole
lettes ont commencéà baisser à
partir de mai. Les producteurs
ont également procédéà des
80
abattages anticipés de poulessurface
pondeuses.
60
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Source : Agreste - Statistique agricole annuelle
10 Octant n° 101 - Avril 2005 Bilan économique 2004
n

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