Canne à sucre, état des lieux : irrigation et diversification

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La canne occupe encore la plus grande partie des surfaces cultivées des périmètres irrigués du Sud. Les exploitants installés par la réforme agraire ont cherché à s'étendre autant qu'à diversifier leurs productions. Rares sont ceux qui ont abandonné la canne. Aujourd'hui les plus petites exploitations cannières sont à la limite de la survie économique. Une certaine diversification pourrait améliorer leur rentabilité ; elle impose cependant la recherche d'alternatives innovantes car les débouchés actuels du marché local sont limités.
Publié le : samedi 29 décembre 2012
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dossier Canne à sucre, état des lieux Irrigation et diversification a canne occupe encore la plusau profit de la construction. Les petitstrice et maintenu le système initial. grande partie des surfaces cultiD’autres, aussi bien parmi les bénéficiaiexploitants qui poursuivent leur activité SuLd. Les exploitants installés par laanciens petits propriétaires ont pratiquéen complément. vées des périmètres irrigués dures de la réforme agraire que parmi lesagricole ont souvent une autre activité réforme agraire ont cherché à s’étendreune stratégie d’extension foncière couplée autant qu’à diversifier leurs producà une modernisation du système de Des revenus d’exploitation tions. Rares sont ceux qui ont abanmonoculture de la canne. contrastés donné la canne.Aujourd’hui les plus De leur côté certains petits propriétaires petites exploitations cannières sont à la aux productions diversifiées ont loué de La canne à sucre permet d’atteindre des limite de la survie économique. Une nouvelles parcelles et accru leurs revenus revenus importants sur de grandes sur certaine diversification pourrait amé jusqu’à obtenir un capital suffisant pour faces d’exploitation. Mais avec une sur liorer leur rentabilité ; elle impose acquérir du foncier. Ils ont alors pu ajou face de 2 hectares, les petits producteurs cependant la recherche d’alternatives ter des parcelles plantées en canne à leurs restent endessous du seuil minimum de innovantes car les débouchés actuels parcelles consacrées à des productions à revenu ici fixé à 11 000 euros annuels du marché local sont limités. haute valeur ajoutée. D’autres, qui n’ont par actif familial. Les canniers stabilisés Les zones irriguées des Bas de La Réupu étendre leur exploitation, ont pratiqué à 5 hectares sont tout juste audessus de nion sont le lieu privilégié de la culturedes stratégies de diversification et d’inten ce seuil. Les petits producteurs centrés de la canne à sucre, compte tenu dessification, avec le maraîchage et l’éle sur la canne qui ont diversifié leur pro hauts niveaux de productivité atteintsvage hors sol de porcs ou volailles. duction dégagent de meilleurs revenus. avec la maîtrise de l’eau. La progression Au contraire, certains ont abandonné tout Le maraîchage peut être spécialisé ou de l’irrigation le long du littoral sous le ou partie de leur exploitation ; qu’il pratiqué en complément de la canne, il vent est encore en marche avec le bascu s’agisse d’un abandon de la plantation de peut aussi être associé à l’élevage hors lement des eaux de l’Est vers l’Ouest. La canne ou d’un é nsives nécessitent valorisation optimale des périmètres irri risque liée à la div t en capital et en gués devrait participer au maintien, voire tèlement du foncie nt engendrer des au développement, de la production de 2 sucre. On en attend aussi le maintien de l’emploi agricole qui passe par la survie Cinq stratégies d’évolution des petites et moyennes exploitations. Depuis le début des années 1970, de lar ges périmètres irrigués ont été aménagésStratégie Stratégie d’extension dans le Sud, couvrant à la fois de grandsd’intensification cannier grandes surfaces/ domaines canniers et des zones tradition Stratégiemaraîchage sous haute technologie nelles de petite propriété.Une réformeserre et/ou élevage prog éleveurs bovins foncière conduite parallèlement à ces hors sol + canne engraissement + canne maraîchage plein aménagements a permis d’installer pluchamp + canne sieurs centaines de petites exploitations3 familiales sur les anciens domainesSole en canne nécessaireQuotas deQuotas de production production garantie pour accéderAccès au crédit sucriers. Ces exploitations disposaient au capital d’environ 5 hectares et devaient fournir l’équivalent d’une fois et demie le salaire minimum à un actif agricole. Initialementexploitations orientés vers la monoculture de la canneSAFER à sucre, certains exploitants ont progrespetits propriétaires diversifiésStratégie sivement diversifié leurs productions, suivant en cela le modèle des petits proconservatrice priétaires. Cependant, rares sont ceux qui 4 ont complètement abandonné la canne à sucre.Déprise agricole petits canniers Les petites exploitations des périmètres pluriactifs irrigués du Sud ont évolué en dévelop pant cinq grandes stratégies, selon leursAccès au foncier possibilités d’accès au foncier et au capi tal. Une partie des planteurs installés parLes exploitants des périmètres irrigués du Sud ont pratiqué cinq stratégies diffé rentes, selon leur accès au capital et au foncier. Certaines de ces stratégies butent la SAFER(1)sur cinq hectares de canne sur les difficultés d’accès au crédit ou sur des quotas de production. à sucre a adopté une position conserva
4e trimestre 2002
économie15 DE LA REUNION
plus nombreux mais occupent Répartition du foncier et des exploitants une surface réduite (6 %). En 45 42 % revanche les planteurs de canne 40 ayant étendu leur exploitation 35 (canniers en extension), qui ne représentent que 13 % des exploi30 27 % 24 % tants, utilisent près de 30 % de la 25 24 % surface. Entre ces deux extrêmes 20 les planteurs qui ont maintenu la 17 % 17 % surface de leur exploitation (can15 13 % niers stabilisés) représentent envi10 % 10 8 % ron le quart de la surface et des6 %6 % 5 exploitants. 0 Dans la situation actuelle les petits cannierscanniers canniersorientés ousurface en producteurs stabilisésen diversifiésen spécialisés diversifi petits producteurs sont margina (+ pluriactifs)extension maraîchage,maraîchage cation arboriculture arboriculture, lisés et les “canniers stabilisés” et élevageélevage qui pratiquent des techniques nombre d’exploitantssurface cultivée en canne à sucre peu intensives sont maintenus à Source :RGA 2000 et Enquête CIRAD 2001 un seuil de subsistance. La dis parition à moyen terme d’uneSeulement 17 % du périmètre irrigué du Sud est consacré à la diversification. La moitié de partie de ces petites exploitations la sole cannière est cultivée par des exploita est à envisager. Le foncier ainsi tions en monoculture. libéré sera l’objet d’une forte
canne + maraîchage
Caprins extensifs
Rusticité du système (adaptabilité)
Atouts
Caractérisation des systèmes de production dans les périmètres irrigués du Sud
Monoculture canne
Monoculture canne
Porc, volaille hors sol
3
pluriactivité
Familiale Salariés permanents
revenus très élevés, sur des surfaces restreintes. Cependant le maraîchage implique une prise de risque importante.
4 ha
Aujourd’hui sept types d’exploitation peuvent être distingués dans les périmètres irrigués du Sud. Deux seulement pratiquent la canne à sucre en monoculture, les autres ont diversifié leurs productions. Pourtant seulement 17 % du foncier est consacré à descultures dites de diversification (maraîchage, fruitiers, fourrages) et la sole cannière reste donc largement dominante, les exploitations en monoculture en couvrant la moitié.
7 ha
Familiale
Spécialisation hors sol maraîchage,50 élevage
40
Quotas de production
Canne + fourrages
Familiale
Familiale & entraide
Maind'œuvre
2
Canniers en extension
110
5 ha
7 ha
2 ha
Salariés pour 10 ha la coupe
Pas d'équipement
Surface moyenne
5 ha
Faible capital pour l'achat de foncier Dépendance visàvis de la filière canne
180
Mécanisa tion extension
Contraintes Perspectives
intensifica tion
Main d'œuvre pour récolte Dépendance visàvis de la filière canne
Risques sur le maraîchage  besoin en maind'œuvre
Familiale
Capital d'exploitation
économie 16 DE LA REUNION
Une probable concentration des terres
L’extension en surface n’est pas une nécessité pour les maraîchers spécialisés qui disposent de systèmes de culture intensifs et rémunérateurs. Ils butent plu tôt sur des problèmes de maind’œuvre ou de marché.S’ils peuvent acquérir du foncier, ils le consacrent à la mise en place d’une sole cannière performante qui demande peu de maind’oeuvre. Ain si le maraîchage n’entre pas en réelle concurrence foncière avec la canne à sucre.
4
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Type
Effectifs d' exploitants
Petits producteurs600
Embauche salariés
dossier
Les petits producteurs en difficulté ou vivant de la complémentarité entre un revenu agricole faible mais stable et une autre activité souvent précaire sont les
Orientation maraîchage arboriculture
Diversification maraîchage
Canniers stabilisés340
120
Engraisse ment bovin
Diversification élevage
Systèmes d'élevage
Risques phyto sanitaires et de marchés sur le maraîchage
Risques sur le maraîchage
Forte valorisa tion des pro duits
Familiale & salariés per manents
Systèmes de culture
Maraîchage sous abris
Canne + maraîchage plein champ
Canne + maraîchage intensif plein champ & abris
Capital d'exploitation
dossier
Les futurs périmètres irrigués De nouveaux périmètres irrigués sont enil est divisé en neuf secteurs appelés antensécheresse et augmentera les rendements cours de réalisation au travers d’une trèsnes, numérotés de 0 à 8, allant de la Posdes surfaces actuellement cultivées. Il doit importante opération appelée “transfert dessession à SaintLeu.permettre en outre le développement de eaux d’Est en Ouest”. Cette opération, dontcertaines cultures de diversification. Cela le Département est maîtons existantes tout nancée par l’Europe, lebreux jeunes agri à hauteur de 530 milliones premiers résul projet vise à combler lques planteurs des eau de la côte Ouestsont très encoura d’irriguer environ 7 00rendements supé terres agricoles tout enLe transferts à l’hectare lors de desserte en eau de cides eauxet de 120 tonnes et en réalimentant lesd’Est enOuestxième repousse. tiques de la Rivière de ’un des principaux atteindre ces objectifs, tation des rende 3 de 88 millions de m périmètres irrigués sés, dont 81 % sont de s le sud mais sur culture et 19 % à l’e SAINTPAULContrairement à ce industrielle. De plus en ent admis, le nord 3 de mseront consacré sécheresses forte ment de la nappeph s à la culture. Pen Rivière des Galets. èches, dans la ré Le territoire agricole àTROISBASSINS, les rendements prend 5 100 hectareses à l’hectare, alors 0 et 660 mètres d’altites secteurs irrigués SAINTLEU hectares compris entrements sont tou mètres. Ces derniers fo100 tonnes. C’est tranche conditionnelle.e générale sur les périmètre irrigué englobe aussi 500 hecevrait être lancée périmètres existants gués actuellement danque deux sites pilo zone 0660 m associations syndicaleeMarie, l’autre sur zone 660800 m (ASA). Le territoire à irriréseau d’adductiont été définis. et de distritution plus de 3 000 exploitati nard de RANCHIN Source : Département de La Réunion.
convoitise. Les canniers en exens one les maraîchers spécialisés sont les mieux placés financièrement pour se porter acquéreurs. La politique de la SAFER vise à accroître modérément les superfi cies rétrocédées dans le passé et à viabili ser les exploitations. Elle favorise les “canniers stabilisés” qui pratiquent déjà des techniques modernes, ainsi que les “canniers en extension”.
La diversification comme atout
Si le tiers des “canniers stabilisés” dou blait la superficie de leur exploitation (passant de 5 à 10 ha), cela impliquerait la disparition d’environ 600 micro exploitants. Ce faisant la productivité s’en trouverait augmentée, soit environ 25 000 tonnes de canne supplémentaires par an. Ce scénario, bien que grossier,
les objectifs de productivité et les objec tifs sociaux de maintien de l’emploi. Pour limiter la concentration des terres, on peut envisager de viabiliser les petites et moyennes exploitations cannières par une diversification de leurs systèmes de production. Un appui technique et écono mique à de petits systèmes maraîchers ou d’élevage hors sol pourraient y contri buer. Cela permettrait de réduire les sur faces nécessaires à la rentabilité de ces exploitations et par là même de maintenir un plus grand nombre d’exploitants. Les moyens de production seraient aussi mieux valorisés : l’eau serait utilisée toute l’année, ainsi que la maind’œuvre. Il existe en théorie des perspectives dans l’engraissement des bovins car cette pro duction n’est pas limitée par le marché local. Cependant le manque de broutards limite actuellement le développement de
s Bas et la SICA REVIA(2)fixe des quotas aux éle veurs. Plus rentable que la canne à sucre, cette activité serait un bon com plément pour de petites exploitations cannières. Elle aboutirait toutefois à une diminution de la sole cannière car les bovins ont besoin de fourrage en plus des rations de concentrés et des sous produits de la canne à sucre. La concur rence avec la sole cannière serait pour tant moindre que dans le cas des exploi tations qui s’orientent vers la production de foin pour la vente.Carine SAQUE, JeanLouis FUSILLIER, JeanPhilippe CHOISIS
(1) SAFER : Société d’aménagement foncier et d’établissement. (2) SICAREVIA : Société d’intérêt collectif agricole Réunion Viande.
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