Canne à sucre, état des lieux : les planteurs entre patrimoine et productivité

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La canne à sucre occupe plus de la moitié de la surface agricole réunionnaise et concerne une exploitation sur deux. Elle couvre aujourd'hui 26 000 hectares qui produisent 1,8 millions de tonnes de cannes usinables. Depuis dix ans la baisse de superficies plantées s'est accompagnée d'une concentration foncière et d'une amélioration de la productivité.
Publié le : samedi 29 décembre 2012
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dossier Canne à sucre, état des lieux
Les planteurs entre
a canne à sucre occupe plus de la cultivée traditionnellement par la famille La question foncière
moitié de la surface agricole depuis des générations. Même si lesLréunionnaise et concerne une deux tiers des ont moins de Entre 1989 et 2000, dates des deux der-
exploitation sur deux. Elle couvre cinquante ans, le niveau moyen de for- niers recensements agricoles, la sole can-
aujourd’hui 26 000 hectares qui pro- mation, bien qu’ayant progressé, reste nière est passée de 33 579 à 26 251 hec-
duisent environ 1,8 millions de tonnes très faible : presque les deux tiers des tares, soit une baisse de 22 % de la
de cannes usinables. Depuis dix ans la exploitants n’ont suivi aucune scolarité. surface plantée. Pendant le même temps,
baisse des superficies plantées s’est le nombre d’exploitations a chuté deLa production de canne est très inégale-
accompagnée d’une concentration fon- 43 %. Cette diminution a marqué toutment répartie entre les exploitations.
cière et d’une amélioration de la pro- particulièrement les exploitations deAinsi en l’an 2000, plus de la moitié des
ductivité. moins de cinq hectares qui ont vu leurlivreurs ont fourni chacun moins de 250
nombre divisé par deux. La surfacetonnes de canne et ensemble seulementCultivée à La Réunion depuis le début
moyenne des exploitations plantées en17 % du tonnage total. A l’inverse neufdu XIXème siècle pour ses tiges qui
canne est ainsi passée d’environ 4 hecta-livreurs de plus de 10 000 tonnes decontiennent un jus sucré, cette plante ori-
res à près de 5,4 hectares, soit une aug-
canne ont contribué à eux seuls pourginaire de Nouvelle-Guinée est parfaite-1 mentation relative de 35 %.
12%àla production totale. Depuis lement adaptée à la diversité des sols et
début de la décennie, les petits produc-des climats réunionnais, ce qui explique Deux fois moins nombreuses qu’il y a
teurs ont perdu de l’importance enen partie son omniprésence sur le pour- dix ans, les exploitations de moins de 5
nombre et en part de production, au pro-tour de l’île. Qualifiée de plante semi- hectares ont perdu 5 000 hectares de sur-
fit de plus gros producteurs (plus depérenne car elle n’est replantée que tous face cultivée. Ce phénomène met en évi-
600 tonnes). Ces derniers représententles sept à dix ans, elle est coupée chaque dence la faible viabilité des petites struc-
aujourd’hui 14 % des livreurs et produi-année entre les mois de juin et décembre. tures cannières. La disparition des plus
sent plus de 48 % du tonnage global auLa récolte est acheminée vers deux usi- petites exploitations a souvent permis
lieu de 40 % en 1991. Malgré leur partnes, Bois-Rouge et Le Gol qui produi- l’agrandissement des exploitations voisi-
relativement faible dans la production desent annuellement environ 200 000 ton- nes, ainsi le poids des de 5
2 canne, les très petites exploitations gar-nes de sucre. à 10 hectares a sensiblement augmenté.
dent une importance stratégique : d’une Dans de nombreux cas, il y a eu décou-
En amont de cette filière de production, part leur contribution est nécessaire au page du foncier au profit des héritiers, et
se situe le planteur, nom donné à maintien d’un niveau de production perte progressive de la vocation agricole
l’exploitant. Hérité de la société de plan- assurant la viabilité de la filière, d’autre au profit de l’habitat.
tation, ce terme reste marqué par la part elles maintiennent en activité un
Si près de 60 % des planteurs sont pro-monoculture et la grande propriété mais grand nombre de personnes qui trouve-
priétaires de la terre qu’ils cultivent, unaujourd’hui, les choses ont beaucoup raient difficilement à s’employer ail-
tiers sont fermiers, c’est-à-dire qu’ilschangé. Les exploitations cultivant la leurs.
louent les terres qu’ils exploitent. Uncanne à sucre sont dans des situations
exploitant sur dix est encore colon, statuttrès diverses : petites ou grandes, moder-
difficile et heureusement résiduel hérité3 nes ou traditionnelles, diversifiant leur
de la société coloniale. Entre les deuxEvolution de la taille des exploitationsproduction ou non, dans les Hauts
cannières recensements, la part du faire-valoircomme dans les Bas. Il faut tenir compte
effectif direct est passée des deux tiers à environde chacune de ces exploitations, qui con-
5000 la moitié des surfaces cultivées. Le colo-tribue à faire vivre une filière aujourd’hui
4500 nage, a été divisé par trois. Ces diminu-menacée.
4000 tions se sont faites au profit du fermage
3500La connaissance de cette diversité et des qui a progressé de 140 %.
3000 1989dynamiques en cours constitue un enjeu
2500 La SAFER a joué un rôle important etfort. Elle permet aux acteurs institution- 2000
2000 reconnu dans cette extension du fermagenels de la filière d’agir de manière diffé-
1500 en prônant le bail amphytéotique.Il4 renciée pour chaque situation rencontrée,
1000 semble bien que la spéculation foncièreet d’optimiser ainsi les dispositifs d’appuis
500 y soit aussi pour quelque chose. Certainstechniques et financiers à la filière, et au
0 propriétaires, exploitants ou non, louentsecteur agricole dans son ensemble. moins 1à 5à 10 à 20 à plus de
leurs terrains en attendant la possibilitéde 1ha -5ha -10ha -20ha -50ha 50ha
A l’heure actuelle, ce sont près de 4 800 d’un déclassement, et par conséquentSource : DAF - recensements agricoles
agriculteurs qui ont fait le choix de culti- l’occasion d’une importante plus-value.
Le nombre d’exploitations dever de la canne à sucre sur tout ou partie Très logiquement, les zones les plus sen-
moins de 5 hectares a été divisé parde leur exploitation. Souvent d’ailleurs, sibles à ce type de stratégie sont celles
deux en dix ans.
la canne y est présente depuis longtemps, soumises à une forte demande en terrains
12 économie 4e trimestre 2002
DE LAREUNIONdossier
patrimoine et productivité
exploitations semble rester stable autourSurfaces cultivées par les exploitations Lexique
de 90 % de la surface utilisée, laissantcannières selon leur taille
une faible part à la diversification.hectares planteur : personne physique ou morale
12000 qui cultive de la canne sur une surface
donnée.10000 L’Est et le Sud, zones de
colon : exploitants à qui un propriétaire
8000 prédilection
foncier “confie” un terrain et qui
6000 participe à hauteur de 25 % des coûts
L’Est et le Sud regroupent l’essentiel de d’exploitation, en échange de 25 % de4000
la récolte. Le colonage est une forme dela production de canne de l’île. Les
2000 métayage particulière à l’île de Laexploitations cannières situées dans la
Réunion.
0 micro-région Est sont en moyenne plus
moins 1à 5à 10 à 20 à plus de fermage : location de terres à un prixde 1ha -5ha -10ha -20ha -50ha 50ha étendues que sur le reste de l’île et
fixe par un agriculteur exploitant à un2000 davantage orientées vers la mono-pro-1989
propriétaire foncier qui se contractualise
duction. Avec près de 10 000 hectares
par le biais d’un “bail à ferme”, dont la
source : DAF – recensements agricoles cultivés par 1 400 planteurs, elle repré- durée est généralement de neuf ans 1
sente 37 % de la surface en canne de reconductible.Depuis dix ans ce sont les petites et
l’île, et 29 % des exploitants. La surfaceles grandes exploitations qui ont micro-régions : groupes de communes
moyenne des exploitations cannières ycontribué à la diminution de la sole au nombre de quatre (Est, Nord, Ouest,
cannière. est d’environ 6,9 hectares. Cette zone Sud) définis par le Schéma
pluvieuse présente les meilleurs rende- d’aménagement régional.
ments moyens produits dans le départe-
d’habitation, réels ou à venir. Si cette ment avec 88,3 tonnes à l’hectare à
explication est loin d’être généralisable, Sainte-Rose et 84,8 à Sainte-Suzanne L’action de la SAFER
il n’en reste pas moins que les pratiques relevés lors de la campagne 2000.
et stratégies liées au foncier agricole La SAFER (Société d’AménagementAu Nord, micro-région exiguë où lajouent un rôle important dans l’évolution 2Foncier et d’Etablissement Rural) est un
canne est essentiellement cultivée surdes structures et, par voie de consé- établissement créé pour la mise en
Sainte-Marie, 2 000 hectares de cannequence, de la filière. oeuvre de la réforme foncière en 1965.
sont exploités par un peu moins de 200 Grâce au droit de préemption dont elle
planteurs, soit une moyenne de 10 hecta- bénéficie, elle peut, sur sollicitation des
Amélioration de la services de l’Etat, acquérir de manièreres par exploitation. Ici comme à l’Est,
prioritaire des terrains agricoles ourégion similaire sur le plan agricole, laproductivité
forestiers mis en vente. Elle lesforte nébulosité et le relief ne permettent
réaménage ensuite pour les rétrocéder
pas, au vu des techniques actuelles, deMalgré la diminution des surfaces plan- en lots, généralement de 5 hectares
cultiver de façon rentable la cannetées, la production cannière est restée (modèle préconisé lors de la réforme
au-dessus de la côte 400 mètres. Moins foncière), à des agriculteurs souhaitantrelativement stable. L’évolution des
de 5 % des surfaces cultivées en canne s’installer. Pour les exploitationsstructures foncières de production a favo- 3
d’élevage, la dimension des lots est des’y trouvent dans les Hauts.risé l’amélioration de la productivité,
15 à 20 hectares. Les lots sont soit
compensant ainsi la chute importante des
Au Sud les exploitations sont de taille revendus (accession à la propriété des
surfaces plantées. Le rendement moyen exploitants) soit loués sous forme de bailplus modeste avec une surface moyenne
de canne par hectare a progressé de emphytéotique.qui n’atteint pas 5 hectares. La micro-
28 %, celui du sucre produit de 40 %. Ce
région compte près de 11 000 hectares de Le bail emphytéotique permet de louer
résultat est le fruit d’un effort important un bien rural sur une longue période, ilcanne, soit plus de 40 % des surfaces
et continu de la part des différents acteurs confère au preneur un droit réelcannières de l’île mises en valeur par la
de la filière, en terme d’accompagnement susceptible d’hypothèque, et ménage aumoitié des planteurs de canne du départe-
et d’amélioration de la productivité : irri- bailleur une souplesse certaine en ce qui
ment. Malgré une taille moyenne plus concerne les droits de reprise et lesgation, mécanisation, effort variétal, voies
faible qu’ailleurs, la disponibilité en eau 4indemnisations en fin de bail. La duréed’accès, encadrement technique, forma-
agricole permet de considérables amélio- d’un bail emphytéotique doit être aution, etc.
rations de la productivité : l’irrigation, moins supérieure à 18 ans et inférieure à
99 ans.très présente dans le Sud qui concentreDepuis dix ans la place de la canne dans
le paysage agricole réunionnais s’est len- les 4/5e des surfaces irriguées, permet
tement confirmée, progressant de 46 % à d’atteindre des rendements moyens par-
près de 50 % de la surface agricole uti- mi les plus élevés de l’île, avec près de
80 tonnes à l’hectare sur Saint-Pierre etlisée, concernant de façon assez stable
plus de 76 à Petite Ile en 2000. Dansune bonne moitié des exploitations de
l’île. Le poids de la canne au sein de ces cette région, plus de 28 % de la canne est
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DE LAREUNIONdossier
cultivée au-dessus de 400 mètres d’alti- actuelles de certaines zones vers la diver-Les choix restent délicats
sification - déclinées à partir du “pivot”tude, notamment sur la commune du
que reste la culture de la canne - amènentTampon. La sole cannière voisine ici De la logique productiviste au planteur
progressivement les acteurs de l’aména-avec les territoires occupés par l’éle- produisant sans logique purement écono-
gement du territoire à remettre en questionvage, avec un rendement moyen de 59 mique avérée, tous les cas de figure sont
les modèles d’exploitation antérieurs.tonnes par hectare en 2000. représentés. Ils fournissent chacun une part
du tonnage global qui reste indispensable L’idée d’une agriculture saisissant laLa culture de la canne en altitude est
au maintien de la filière. double opportunité d’un marché à prixsurtout une caractéristique de la micro-
garantis et d’une forte demande inté-région Ouest où 64 % de la surface can- Aujourd’hui, les choix restent délicats. rieure en associant culture de la canne ànière recensée se trouve au-dessus de la L’évolution des exploitations cannières sucre et cultures de diversification à forte
ligne des 400 mètres. Dans cette micro- souligne la fragilité des petites exploita- valeur ajoutée fait son chemin.
région, jusqu’à la mise en service de la tions en montrant une tendance “natu-
totalité du transfert des eaux de l’Est Pour ces raisons, l’enjeu pour La Réu-relle” à la concentration du foncier et à
vers l’Ouest, les rendements restent fai- nion est non seulement de maintenir lal’augmentation de la taille moyenne des
bles. Les communes “sèches” de Saint- filière “canne” en lui assurant une solestructures. Mais parallèlement, une telle
Paul et de Trois-Bassins sur lesquelles cannière nécessaire de 30 000 hectares,dynamique implique également une
la canne reste majoritairement cultivée mais aussi de l’intégrer dans une approchebaisse du nombre d’emplois liés à l’acti-
en mode pluvial dépassent de peu les 40 territoriale globale et concertée. Il s’agitvité cannière ainsi qu’un risque de dés-
de garantir sur le long terme la prise entonnes à l’hectare, avec de fortes dispa- tructuration sociale des zones difficiles
rités entre Hauts et Bas. Les exploita- compte des places et rôles de la filièrenotamment dans les Hauts de l’Ouest.
tions sont de taille réduite avec une canne et de l’agriculture dans son1 Quelles structures seraient à même demoyenne de 4,1 hectares par exploita- ensemble au niveau de La Réunion et de
concilier les différents enjeux économi-
tion. ses différents terroirs.
ques, sociaux, culturels, environnemen-
Cécile MARTIGNACtaux ? Dans ce domaine, les tendances
et Patrick PARIENTE
Saint-Denis
Sainte-Marie
Les parcelles
Saint-AndréLa Possession
déclarées2 Usine de Bois Rouge
Le Porten canne en Sainte-Suzanne
2002
Bras-PanonSaint-Paul
Saint-BenoîtSalazie
3
Les Trois-Bassins
La Plaine-desCilaos
Palmistes
Saint-Leu
Saint- Entre- Le TamponLouis Sainte-RoseDeux
Les Avirons
4
L'Étang-Salé
Saint-Philippe
Usine du Gol
limite des micro-régions
Saint-Pierre
Petite-Île
Source : Base de données parcellaire CTICS/DAF
Saint-Joseph
14 économie 4e trimestre 2002
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