La filière agricole en pleine évolution

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L'agriculture picarde a connu de profondes mutations au cours des dernières décennies, avec une diminution très forte des emplois, le développement des grandes cultures d'exportation, l'accroissement de la taille des exploitations et l'évolution vers des statuts juridiques d'entreprise. L'importance des structures et des investissements freine l'installation des jeunes et donc le renouvellement des exploitations. L'agriculture doit répondre désormais à de nouveaux enjeux qui passent par la qualité des produits, le respect de l'environnement, le maintien du tissu rural et la recherche de nouveaux débouchés à haute valeur ajoutée qui vont au-delà du domaine alimentaire.
Publié le : samedi 29 décembre 2012
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DYNAMIQUES ÉCONOMIQUES
SYSTÈMEPRODUCTIF
La filière agricole en pleine évolution
L’agriculture picarde a connu de profondes mutations au cours des dernières décennies, avec une diminution très forte des emplois, le développement des grandes cultures d’exportation, l’accroissement de la taille des exploitations et l’évolution vers des statuts juridiques d’entreprise. L’importance des structures et des investissements freine l’installation des jeunes et donc le renouvellement des exploitations. L’agriculture doit répondre désormais à de nouveaux enjeux qui passent par la qualité des produits, le respect de l’environnement, le maintien du tissu rural et la recherche de nouveaux débouchés à haute valeur ajoutée qui vont audelà du domaine alimentaire. L’industrie agroalimentaire, particulièrement présente dans l’activité sucrière, la transformation des légumes et le travail du grain, ainsi que l’émergence du pôle de compétitivité « Industries et Agroressources » devront aider l’agriculture picarde à relever ces défis.
D otée de terres fertiles et d’un climat favorable, la Picardie est depuis longtemps spécialisée dans les grandes cultures. Cellesci sont bien souvent associées à l’industrie, pour la conservation ou la transformation, avec des usines implantées sur place. Ses points d’excellence sont constitués par la betterave à sucre, les céréales, les légumes destinés à la transformation et la pomme de terre. La Picardie occupe en effet les tous premiers rangs des régions françaises pour les haricots, les pe tits pois, les salsifis, les épinards et les oignons
de couleur, mais aussi les endives. En pomme de terre, elle est deuxième pour les tubercules de conservation et première pour ceux qui seront transformés par l’industrie féculière. Elle est soli dement installée à la première place pour la bet terave à sucre en représentant plus du tiers de la production nationale. C’est la deuxième région française pour les superficies consacrées au blé. Elle monte aussi sur le podium pour les cultures de lin textile, de chicorée à café ou de pois protéagineux.
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Parallèlement à l’accroissement de leur taille, le statut des exploitations agricoles se modifie. Le régime d’exploitant individuel, encore majoritaire ne cesse de régresser au profit de formes collec tives ou sociétaires mieux adaptées à une agri culture professionnelle. Plus d’un quart des exploitations agricoles picardes a adopté le statut d’EARL en 2003. En moyenne nationale, la pro portion est d’un sixième.
Les exploitations de plus de 100 hectares sont de plus en plus nombreuses. En une vingtaine d’an nées, entre les recensements de 1979 et 2000, leur nombre a progressé de moitié. Elles occu pent dorénavant près des trois quarts de la sur face agricole régionale.
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Nombre d'exploitations Surface Agricole Utilisée professionnelles par exploitation en ha France France Picardie Picardie métropolitaine métropolitaine 20 506659 8896438 17 355569 7677544 11 936393 27610865 11 383367 17311270 Sources : Agreste , recensements agricoles et enquête structure 2003
Des exploitations de dimension importante
Les exploitations agricoles picardes sont de grande taille. La superficie consacrée à l’agriculture ne diminue que légèrement sous la pression de l’ur banisation. Les plus petites exploitations conti nuent de disparaître. De ce fait, les exploitations sont toujours moins nombreuses, mais de plus en plus grandes. Les exploitations professionnelles représentent 73 % des exploitations régionales. Pour l’ensemble de la France le pourcentage est de 62.
En moyenne en 2003, une exploitation profession nelle cultive 112 hectares en Picardie contre 70 pour l’ensemble de la France métropolitaine. Cette différence de taille existe de longue date et s’est e maintenue au moins jusque la fin du XX siècle. Il semble toutefois que depuis le dernier recense ment en 2000, le rythme de concentration des exploitations se ralentisse et de façon plus mar quée en Picardie qu’en moyenne nationale. La différence de taille des exploitations picardes avec la moyenne nationale commencerait ainsi à s’ame nuiser.
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leurs produits ne se situent pas sur les mêmes marchés.
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1979 1988 2000 2003
Les cultures picardes dans un environnement concurrentiel Dans une Europe élargie et dans un contexte économique de plus en plus ouvert, notamment par la réforme de la politique agricole commune, cette spécialisation dans les grandes cultures ne comporte pas que des avantages. La production de sucre de betterave est en concurrence avec celle provenant de la canne à sucre. La réforme de l’organisation commune du marché du sucre, cumulée avec la progression des rendements, impose de réduire sensiblement les surfaces de betteraves. Le développement de la production de biocarburants constitue toutefois une solution pour contrecarrer cette tendance. La transforma tion des légumes et des pommes de terre né cessite des contrats avec les industriels. Les nouveaux entrants dans l’Union européenne peu vent représenter une concurrence renforcée pour ces productions, même si dans un premier temps
Évolution du nombre d'exploitations et de leur taille
DYNAMIQUES ÉCONOMIQUES
Une transmission des exploitations difficile
Les exploitations agricoles picardes atteignent une dimension économique qui ne facilite pas l’instal lation de jeunes. Les départs en retraite nombreux des chefs d’exploitation du babyboom ont fait di minuer sensiblement la part des exploitants les plus âgés, et malgré cela, la proportion des ex ploitants de moins de quarante ans chute aussi. En 2003, ils ne représentent plus que 24% de l’en semble des chefs d’exploitation professionnelle de Picardie, contre encore 30% trois ans auparavant.
À la tête de grandes exploitations, les chefs d’ex ploitation picards ont un niveau de formation élevé. Cela représente un atout indéniable pour faire face aux évolutions qui marquent l’agriculture. Ainsi, 61% des chefs des exploitations professionnelles ont au moins le niveau secondaire. Et même 15 % d’entre eux atteignent le niveau supérieur en for mation initiale agricole, ce qui est largement su périeur à la moyenne nationale de 9%. Ceci est remarquable dans une région où le niveau de for mation initiale est en général inférieur à la moyenne française. La présence en Picardie de l’Institut Supérieur d’Agriculture de Beauvais (ISAB), une des cinq écoles privées françaises d’ingénieurs en agriculture constitue probablement un facteur favorable.
La baisse de l’emploi agricole, préoccupation pour l’aménagement du territoire
L’agrandissement des exploitations et la mécani sation toujours plus poussée s’accompagnent d’une augmentation de la productivité. Le nombre d’emplois occupés par les chefs d’exploitation et leur famille diminue. Le nombre de salariés ré gresse aussi, mais un peu moins vite, ce qui ren force la part du travail agricole assuré par des salariés au détriment de la maind’œuvre familiale. Dans le même temps, la quantité de travail salarié assurée par des occasionnels ou saisonniers s’ac croît tandis que diminue celle effectuée par les
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Répartition en % des unités de travail annuel par type de maind'œuvre
PicardieFrance 1988 20031988 2003 Familiales72 6782 71 Salariés permanents22 2312 17 Salariés occasionnels5 96 11 CUMA, ETA1 10 1 Ensemble100 100100 100 Sources : Agreste, recensement agricole 1988, enquête structure 2003, exploitations professionnelles
salariés permanents. La diminution des emplois agricoles constitue bien une préoccupation impor tante, principalement en milieu rural.
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L’élevage conserve un rôle important dans l’environnement
Les exploitations professionnelles picardes sont très majoritairement orientées dans les grandes cultures. En 2003, près de 60 % des exploitations professionnelles régionales sont dans ce cas. Si on ajoute celles qui associent l’élevage d’herbivo res à la grande culture, on dépasse les trois quarts. Les exploitations spécialisées dans l’élevage de bovins représentent seulement 13 %. Les autres activités, spécialisées ou en association, verger, maraîchage, floriculture, pépinière, viticulture, éle vages de porcins ou de volailles se partagent les 11% restants. Cela ne signifie pas que l’élevage est tout à fait marginal en Picardie. Il est très sou vent réalisé en activité secondaire dans des ex ploitations dont la préoccupation principale est la grande culture, ce qui permet de valoriser certains sousproduits. Ainsi, les exploitations spécialisées en grande culture ou associant grandes cultures et herbivores détiennent plus de 60 % des bovins en Picardie, alors qu’à l’échelon national elles n’en possèdent qu’un peu plus de 20%.
L’élevage, bien que de moindre importance dans la région constitue aussi un enjeu pour l’avenir. En matière d’aménagement du territoire, cela repré sente une façon naturelle de valoriser les surfaces en herbe qui ne peuvent pas être cultivées, notam ment dans le Vimeu et la Thiérache ou encore dans le Pays de Bray ou le nordouest de l’Oise. Cela permet de maintenir emploi et population en de hors des villes. Dans les plaines de terres laboura bles, en association avec les cultures, cela permet souvent d’en valoriser les sousproduits et a un in térêt économique certain. En Picardie, les principa les formes d’élevages concernées sont les bovins pour le lait ou la viande ou encore l’élevage ovin. Des possibilités de maintien ou de développement de ces élevages existent, séparément ou de façon complémentaire, à condition de résoudre notam ment les aspects de maind’œuvre et de qualité de vie des éleveurs. Le niveau des investissements nécessaires et notamment l’accès au foncier très coûteux constituent également des freins.
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Des débouchés à développer dans le non alimentaire
Pour compenser les effets de la réforme de la PAC et la perte de débouchés consécutive à la libérali sation progressive des marchés, l’agriculture pi carde doit s’orienter vers la recherche de nouveaux produits alimentaires à forte valeur ajoutée et vers des débouchés non alimentaires. Depuis environ 25 ans la Picardie a développé des compétences dans le domaine des valorisations non alimen taires. Cet aspect prendra de l’ampleur dans le cadre de la montée en puissance du pôle de com pétitivité à vocation mondiale « industries et agroressources » développé en partenariat avec la région ChampagneArdenne et labellisé en juillet 2005. Ses perspectives sont de faire de la région un des leaders mondiaux dans le développement des débouchés non alimentaires, par la valorisa tion de la plante entière selon le principe de la bioraffinerie, dans les domaines de la chimie (lubrifiants, tensioactifs, cosmétiques, produits intermédiaires…), de l’énergie (éthanol, bio diesel…) et des matériaux (fibres, biopolymères, matériaux de construction, emballages…). Ceci permettra de remplacer des produits d’origine fos sile par des produits renouvelables issus de la bio masse contribuant ainsi à la protection de l’environnement, à l’aménagement du territoire et à la création d’emplois.
Le secteur agricole pourra ainsi valoriser les po tentialités agroclimatiques de la région grâce au bon niveau de formation et de technicité de ses acteurs et à l’organisation de ses filières, en étroite liaison avec les secteurs de la recherche, de la formation et de l’industrie.
Par ailleurs, les agriculteurs doivent développer des activités de services rémunérés.
Le tournant de l’agriculture durable Un des enjeux de l’agriculture moderne est de ré pondre également aux autres attentes de la so ciété qui portent sur plusieurs domaines : des productions de qualité offrant toutes les garanties
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(traçabilité, application du principe de précau tion,…) ; les productions véhiculant un certain nombre de valeurs (bien être des animaux, ter roir, commerce équitable, culture,…). L’agriculture doit jouer un rôle dans la protection et la recon quête de la qualité de l’environnement : préserva tion des ressources naturelles, qualité de l’eau, de l’air, maintien de la biodiversité, conservation des paysages, bruits,… et dans le maintien d’un tissu économique et social dans les zones rurales éloignées mais aussi en milieu périurbain, par la présence d’activités de service comme la vente directe, le tourisme vert, l’accueil pédagogique ou les loisirs liés au cheval ou à la promenade.
Néanmoins, les agriculteurs doivent aller plus loin pour répondre à ces attentes, poursuivre les re cherches et les actions pour réduire les traitements phytosanitaires et leur impact sur l’environnement, offrir de la transparence et de la lisibilité aux con sommateurs et ainsi un service supplémentaire par rapport aux produits importés. Ils doivent intensi fier leurs actions pédagogiques et poursuivre le développement des activités tertiaires.
Une industrie agroalimentaire très diversifiée
1 En 2003, les 140 établissements picards du sec teur agroalimentaire emploient près de 15 000 sa lariés soit 3,9% des 376 000 salariés nationaux. Les effectifs picards ont diminué d’un peu plus de 1 % par an en moyenne depuis 1996 alors que les sala riés nationaux voyaient leur nombre augmenter d’un peu moins de 2 % par an sur la même période. Les activités les plus touchées par la baisse d’effectif sont la fabrication de produits laitiers, de sucre et dans une moindre mesure la transformation de fruits et légumes. L’industrie agroalimentaire picarde se distingue par sa diversité au regard de celle des autres régions françaises. L’éventail est large puis que 6 activités emploient la moitié des effectifs ré gionaux. Seuls le Nord  PasdeCalais et la région
1 Il s’agit des établissements agroalimentaires localisés en Picardie appartenant à une entreprise de plus de 20 salariés interrogée lors de l’Enquête Annuelle d’Entreprise.
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Des réglementations et des initiatives pour une agriculture durable
Sur le plan de la qualité, peuvent être cités les cahiers des charges pour l’industrie, la traçabilité des produits, les signes officiels de qualité (AOC Maroilles, projet d’AOC agneau de prés salés, Label rouge haricot de Soissons, Label rouge viande charolaissalers…), Sur le plan environnemental, les actions ont été de trois ordres : mise en œuvre de réglementations nouvelles (ex : mise en œuvre des directives européennes et respect des bonnes conditions agricoles et environnementales), contractualisation d’actions (ex : mesures agroenvironnementales, le contrat territorial d’exploitation suivi par le contrat d’agriculture durable, Gestion de territoires®, Mise aux normes des bâtiments d’élevage…) et démarches volontaires (FertiMieux, Irrimieux, jachère faune sauvage, charte des bonnes pratiques…). Certaines sont plus globales comme l’Agriculture Biologique et la qualification Agriculture Raisonnée anticipée en Picardie sous le nom de Quali’Terre ®. La conditionnalité et le découplage des aides communautaires vont dorénavant renforcer la prise en compte de l’environnement.
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Les 6 activités réunissant plus de 50 % des salariés des IAA en Picardie en 2003
Légumes Sucre Lait Biscottes, biscuits Féculerie Glaces et sorbets
Répartition des Effectif salariés en % cumulé 14,5 14,5 11,7 28,2 6,9 35,1 6,5 41,6 6,3 47,9 6,1 54,0 Sources : Agreste, EAE 2003
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ProvenceAlpesCôte d’Azur apparaissent plus di versifiées. La Picardie est le premier employeur dans le domaine des sucreries avec 28,4% des salariés français. Avec 14% des emplois français dans la transformation des légumes, la Picardie est le deuxième employeur le plus important après la e Bretagne. Elle occupe aussi la 2 place pour l’effec tif salarié dans le travail du grain et d’amidonnerie derrière le Nord  PasdeCalais.
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DYNAMIQUES ÉCONOMIQUES
Le taux de valeur ajoutée des IAA picardes de plus de 20 salariés est proche de la moyenne française. La Picardie réalise une partie impor tante de son chiffre d’affaires dans des secteurs aux performances moyennes en termes de va leur ajoutée comme le lait, la viande et la pro duction légumière. Ces trois secteurs réalisent plus de la moitié du chiffre d’affaires régional. En France et en Picardie, les activités laitières et de transformation de viandes comptent parmi cel les dont la part de valeur ajoutée dans le chiffre d’affaires est la plus faible. En revanche, les taux de valeur ajoutée régionaux des activités sucriè res et de travail des grains surclassent le taux national déjà élevé. Et si le travail du grain ne réalise que 2,5 % du chiffre d’affaires picard, les sucreries en génèrent plus de 17 %.
Des établissements de grande taille mais peu de sièges sociaux
Les établissements picards ont la taille moyenne la plus importante après ceux des Pays de la Loire : 19 % des établissements picards ont plus de 200 salariés. Les sucreries, les établissements laitiers et légumiers possèdent les effectifs moyens les plus importants en Picardie. En zone 1 rurale , la Picardie possède l’effectif moyen par établissement le plus élevé de France. L’indus trie légumière en est la principale responsable : la taille moyenne des établissements transforma teurs de légumes atteint 285 salariés alors que ces mêmes établissements comptent en moyenne moins de 80 salariés au niveau natio nal. Alors que la taille moyenne des établisse ments français reste stable depuis 1996, celle des établissements picards diminue dans quasi ment tous les secteurs (hormis les amidonneries et la fabrication de pain et pâtisserie fraîche). Un phénomène spécifiquement picard : les effectifs salariés des établissements de plus de 200 sa lariés augmentent en zone rurale alors qu’ils di minuent dans les unités urbaines.
1 Il s’agit de l’ensemble des communes situées en dehors d’une unité urbaine 1999.
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DYNAMIQUES ÉCONOMIQUES
La Picardie est la région française la plus dé pendante visàvis de l’extérieur. 59 % de ses éta blissements ont un siège social dans une autre région. Toutefois, cette dépendance tend à dimi nuer, notamment grâce à un changement de structure des activités. En effet, les secteurs ca ractérisés par de très grosses unités dépendan tes comme les activités légumières ou laitières voient leur poids diminuer au profit des secteurs où les petits établissements régionaux sont la norme comme le travail des grains, la produc tion d’aliments pour animaux ou les pains et pâ tisseries fraîches.
Les sucreries réalisaient l’essentiel de l’investis sement des établissements agroalimentaires pi cards jusqu’en 2001. Grâce à cette activité, le taux d’investissement par salarié était nettement su périeur à celui observé en France. Depuis 2001, les investissements des sucreries ont beaucoup diminué. Il en résulte un effondrement du taux d’in vestissement par salarié en Picardie jusqu’à at teindre un niveau légèrement inférieur à celui de la France.
Des installations de collecte et stockage à moderniser
En 2005, 97 opérateurs sont intervenus pour assurer la collecte des 6,5 millions de tonnes de céréales et oléoprotéagineux produits en Picardie.
Ces opérateurs, principalement coopératives agri coles et négociants, gèrent 527 silos et peuvent ainsi stocker en Picardie, dans de bonnes condi tions, plus de 80% des tonnages collectés avant de les écouler sur les différents marchés au cours de l’année qui suit la récolte.
Pour s’adapter aux nouvelles conditions de mar ché et rationaliser leur activité, ces opérateurs devront poursuivre, au cours des prochaines an nées, des investissements de modernisation de leurs installations.
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La filière bois
La Picardie est couverte par près de 350 000 ha de forêts, feuillus en majorité, avec un taux de boisement de 18 % très inférieur au taux national (28 %). Ces forêts sont majoritairement privées (75 % de la surface), les forêts publiques relevant du régime forestier étant essentiellement concentrées dans de grands massifs forestiers, principalement domaniaux, situés en bordure ou à proximité de la région ÎledeFrance. 3 Le volume sur pied est de 48 millions de m de bois dont 30 % de chêne, 19 % de hêtre, 16 % de frêne et de grands érables, 7 % de résineux et 6 % de peuplier. Une forêt aménagée et multifonctionnelle 26 500 propriétaires se partagent les forêts et les bois de plus de 1 ha. Plus de 82 % des pro priétaires de forêts privées de plus de 25 ha et des gestionnaires des forêts publiques appliquent un pro gramme de coupes et travaux établis à partir d’un document de gestion présentant des garanties d’exploitation durable pour une période moyenne de 12 à 15 ans, contribuant ainsi à s’inscrire dans une démarche de gestion écocertifiée. Une implantation fortement rurale d’entreprises de la première transformation du bois Environ 2 500 entreprises travaillant le bois, y compris celles de la deuxième transformation, sont installées
Le triple enjeu des forêts :
DYNAMIQUES ÉCONOMIQUES
en Picardie. Elles pourvoient 50 métiers différents et utilisent en partie les bois produits sur place. Elles adoptent une démarche de qualité privilégiant progressivement l’écocertification de leur production et la structuration d’une filière forêt bois régionale, voire interrégionale. Le marché de l’exploitation forestière et de la première transformation du bois picard est largement tourné vers les régions limitrophes et à l’exportation, vers l’Italie (peuplier) et l’ExtrêmeOrient (chêne et hêtre). En 2003, 202 entreprises d’exploitation forestière sont encore recensées. L’accroissement annuel 3 du matériau sur pied est de 2,2 millions de m . En moyenne, chaque année depuis 1993, la Picardie 3 exploite 1,2 million de m de bois. Le bois d’œuvre représente 50 %, le bois d’industrie 38 % et le bois de chauffage 12 % de la récolte commercialisée. Par ailleurs globalement, les entre prises picardes récoltent aussi des bois dans les 3 régions voisines (par exemple en 2003, 198 000 m ont été récoltés hors Picardie). En 2003, 55 entreprises, très souvent d’origine familiale, ont eu une activité de sciage en Picardie, parfois en exerçant aussi l’activité d’exploitation forestière. Elles sont très présentes en milieu rural où elles favorisent un maintien de l’emploi sur place. Le volume produit annuellement a nettement diminué depuis 20 ans, avec une accélération 3 sur les dix dernières années. 215 000 m de sciages ont été produits en 1983, 207 000 en 1993,… et 3 seulement 109 000 m en 2003. Cette chute de près de moitié sur la période récente caractérise le marché à reconquérir localement par les scieurs en liaison avec les industriels de la deuxième transformation.
enjeu économique: offres multiples de bois de qualité et de forêt giboyeuse, du stockage de carbone, de la protection de ressources en eau souterraine de qualité, demande des gestionnaires du tourisme de proximité, demandes des industriels du bois, des chasseurs, demande sociale de reconnaissance des aménités ; enjeu environnemental: protection des sols forestiers, maintien de la biodiversité par la gestion des patrimoines naturels forestiers, protection des forêts représentant une composante majeure des paysages menacés par l’urbanisation, prévention des risques d’érosion éolienne du cordon dunaire maritime. Ces enjeux sont reconnus notamment via Natura 2000 et les documents d’urbanisme ; enjeu social: accueil d’un public croissant en zone périurbaine. La prise en compte de l’objectif de la multifonctionnalité de la forêt picarde, notamment fixé dans les aménagements des forêts publiques, permet de mieux répondre à la valorisation de ces enjeux multiples.
PICARDIE: DIAGNOSTICETPERSPECTIVES 110
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