La professionnalisation de l'agriculture bretonne (Octant n° 87)

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La montée en puissance du nombre d'exploitations organisées en société illustre bien l'évolution de l'agriculture bretonne au cours des douze dernières années. Moins nombreuses, les exploitations se sont beaucoup agrandies. Leur main d'œuvre s'est professionnalisée autour des exploitants et des salariés agricoles. La proportion d'exploitants ayant reçu une formation agricole a été multipliée par deux (56 % contre 28 %). L'élevage continue de constituer la toile de fond de l'agriculture bretonne. Il rassemble sept exploitations sur dix. Ces unités mettent en œuvre les trois quarts du potentiel économique agricole régional. L'élevage laitier et les productions hors sol dominent.
Publié le : samedi 29 décembre 2012
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Agriculture
La professionnalisation
de l’agriculture bretonne
La montée en puissance du nombre d’exploitations organisées en
société illustre bien l’évolution de l’agriculture bretonne au cours
des douze dernières années. Moins nombreuses, les exploitations
se sont beaucoup agrandies. Leur main d’œuvre s’est professionna-
lisée autour des exploitants et des salariés agricoles.
La proportion d’exploitants ayant reçu une formation agricole
a été multipliée par deux (56 % contre 28 %). L’élevage continue
de constituer la toile de fond de l’agriculture bretonne. Il rassemble
sept exploitations sur dix. Ces unités mettent en œuvre les trois
quarts du potentiel économique agricole régional. L’élevage laitier
et les productions hors sol dominent.
lus que le recul du nombre d’ex- grandes exploitations ne représentaient Moins étendue que l’exploitation fran-Pploitations, c’est la professionnali- que 4 % du total et 15 % des surfaces. çaise moyenne (42 ha), la ferme
sation des structures qui caractérise
l’évolution de l’agriculture bretonne de-
Répartition des exploitations selon la taille et la surface en 2000puis 1988. L’émergence d’une agricul-
ture sociétaire en est le meilleur
symbole. Exploitations Surfaces (ha)
Nombre % Nombre %
Des exploitations
plus grandes Moins de 10 ha 16 762 32,7 51 036 3,0
10 à 30 ha 9 997 19,5 200 509 11,8
Près de deux fois moins nombreuses
qu’en 1988, 51 200 contre 92 500, les 30 à 50 ha 11 240 21,9 443 568 26,1
exploitations agricoles bretonnes sont
50 à 100 ha 11 278 22,0 759 275 44,6aussi beaucoup plus grandes qu’il y a
douze ans. Leur surface moyenne est 100 ha et plus 1 942 3,8 247 180 14,5
passée de 19 à 33 hectares. En 2000, un
Ensemble 51 219 100,0 1 701 568 100,0quart des exploitations dépassent les 50
ha. Elles occupent près de 60 % des su-
perficies agricoles. En 1988, ces Source : Recensement agricole 2000
12 Octant n° 87 - Octobre 2001Agriculture
bretonne a une dimension économique
plus élevée (73 ha équivalent-blé contre
65) en raison notamment de l’impor-
tance de l’élevage hors sol. Sa dimen-
sion économique a plus que doublé en
douze ans. La moitié des exploitations
bretonnes dépassent le seuil de 60 ha
équivalent-blé contre un peu plus d’un
tiers en France. Les cheptels moyens ont
également beaucoup progressé : 34 va-
ches par élevage laitier en 2000 contre
23 en 1988, 900 porcs par atelier contre
260.
Observé partout en France, ce phéno-
mène d’agrandissement est plus net en
Bretagne en raison de la chute plus forte
du nombre des exploitations : depuis
1988, elle atteint 45 % contre 34 %
France entière. Cela représente pour la
Bretagne environ 3 400 exploitations en
moins en moyenne chaque année. Les
petites unités ont été les plus nombreu-
ses à cesser leur activité. Près des deux
tiers des exploitations de moins de 30
ha ont disparu ou se sont agrandies au
cours des douze dernières années.
Deux exploitations sur trois
sont « professionnelles »
En 2000, deux unités bretonnes sur
trois, soit 34 700 exploitations, sont di-
(1)
tes « professionnelles » au sens où elles
1- Les exploitations non professionnelles corr-
respondent le plus souvent à des activités de
complément ou de loisirs. Elles sont souvent
orientées vers l’élevage de moutons, de che-
vaux ou de bovins viande, ainsi que vers les
cultures céréalières.
Octant n° 87 - Octobre 2001 13Agriculture
emploient au moins 0,75 équivalent professionnelle. Ainsi, dans 95 % des 178 000 en 1988. Plus grandes, les ex-
temps plein et où elles atteignent une cas, les coexploitantes travaillent dans ploitations bénéficient également d’une
dimension économique d’au moins 12 une fermedeplusde60haéquiva- main d’œuvre plus productive et plus
ha équivalent-blé. Ces exploitations lent-blé contre seulement une femme professionnelle car recentrée autour des
concentrent 93 % des surfaces et 97 % chef d’exploitation sur trois. 21 % des exploitants et des salariés.
du potentiel économique agricole ré- coexploitantes sont âgées de 55 ans et
gional. Elles détiennent la presque tota- plus contre 36 % pour les agricultrices La productivité apparente du travail
lité des troupeaux de vaches laitières et chefs d’exploitation. Les s’est fortement améliorée. L’exploita-
de truies. Elles cultivent en moyenne 46 d’exploitation sont, quant à elles, tion moyenne bretonne compte à peine
ha et emploient en moyenne deux équi- plus âgées et dirigent plus souvent de plus de main d’œuvre qu’en 1988, 1,5
valents temps plein. Près des trois quarts petites unités. Une partie de ces agricul- équivalents temps plein (ou UTA)
de ces unités dépassent le seuil de 60 ha trices deviennent chef d’exploitation à contre 1,4 alors que sa dimension éco-
équivalent-blé. la retraite de leur conjoint ce qui leur nomique a plus que doublé. Dans le
permet d’acquérir un statut d’assuré so- même temps, la composition de cette
cial complet et leur ouvre des droits à la main d’œuvre a beaucoup évolué. La
retraite forfaitaire ou proportionnelle. participation à l’activité agricole desDes agriculteurs plus jeunes
conjoints non coexploitants a fortement
chuté : elle a été divisée par trois en
nombre d’UTA. Ce phénomène s’ex-
Les chefs d’exploitation et coexploitants Une main d’œuvre plique d’abord par la proportion gran-
sont, en moyenne, plus jeunes qu’en plus professionnelle dissante de femmes d’exploitants ayant
1988. Ainsi, la part des plus de 55 ans
une activité non agricole : 44 % contre
baisse dans des proportions importantes
16 % en 1988. Il tient aussi au fait que
et est passée de 41 % des exploitants en
les femmes qui ont une activité agricoleAu total, les exploitations bretonnes1988 à seulement 22 % en 2000. Les
emploient 100 000 actifs permanents, exercent plus souvent les responsabili-
dispositifs de préretraite et d’aide à la
tés de chef d’exploitation ou dedont six sur dix sont exploitants, contrecessation laitière ont amplifié les dé-
parts déjà nombreux liés à l’importance
des générations les plus âgées. La géné-
ralisation de la retraite à 60 ans a égale-
ment contribué, en début de période, à
faire baisser le nombre d’exploitants les
plus âgés. De surcroît, les 55 ans et plus,
très nombreux en 1988, incluent en
2000 les classes creuses de 1939 à
1945. Il en résulte mécaniquement un
rajeunissement de la pyramide des
âges. La part des exploitants de 40-55
ans augmente de façon significative en
passant de 33 à 46 % au cours des
douze dernières années. En corollaire,
celle des moins de 40 ans progresse de
26 à 32 %. C’est le pourcentage le plus
élevé des régions françaises. Au total,
l’âge moyen de l’exploitant breton
passe de 49 ans en 1988 à 46 ans en
2000. La situation est cependant diffé-
rente selon le caractère professionnel
ou non de l’exploitation. Dans le cas de
l’agriculture professionnelle, chefs et
coexploitants sont âgés en moyenne de
44 ans alors que dans le second cas,
l’âge moyen est de 53 ans. Seulement
13 % des exploitations professionnelles
sont dirigées par un exploitant de 55 ans
ou plus contre 45 % pour les exploita-
tions non professionnelles.
Un exploitant ou coexploitant
sur quatre est une femme
Globalement, plus d’un exploitant ou
coexploitant sur quatre est une femme
en 2000, contre un sur cinq en 1988.
Cette féminisation recouvre cependant
des réalités diverses. Les coexploitantes
exercent dans une agriculture plus
14 Octant n° 87 - Octobre 2001Agriculture
coexploitante. Plus d’une femme surL’émergence d’une agriculture sociétaire
deux ayant une activité agricole sur
l’exploitation se déclare désormais chef
d’exploitation ou coexploitante contre
seulement un peu plus d’une sur quatre
En 2000, une exploitation sur quatre en 1988.
est une société. Ces unités, souvent de
grande taille, mettent en œuvre la moi- En revanche, l’effectif salarié progresse.
tié du potentiel économique agricole Le nombre de salariés permanents non
régional et exploitent 45 % de la sur- familiaux augmente même de 45 %.
face utilisée. Elles emploient plus des Pour l’essentiel, cette hausse résulte à
trois quarts des salariés agricoles per- part égale d’une augmentation des ef-
manents. Le développement des for- fectifs salariés dans les élevages hors sol
mes sociétaires tient essentiellement à (30 %) et dans les exploitations spéciali-
l’essor des exploitations agricoles à sées en maraîchage, productions flora-
responsabilité limitée (EARL) au- les et horticoles (30 %).
jourd’hui plus nombreuses que les
groupements agricoles d’exploitation Les exploitants, plus jeunes qu’en 1988,
en commun (GAEC) : 6 930 unités sont également mieux formés : 56 %
contre 4 530. d’entre eux ont suivi une formation agri-
cole contre 28 % en 1988. Surtout,
41 % des exploitants de moins de 40
ans ont un niveau supérieur ou égal au
brevet de technicien agricole (BTA) en
2000 contre 19 % en 1988.
Une agriculture tournée
vers l’élevage
Les actifs permanents dans les exploitations bretonnes en 2000
Dont à temps2000 Les orientations animales dominent en
complet (en %)
Bretagne : 7 exploitations sur 10 sont
tournées principalement vers l’élevage.Chefs et coexploitants 61 989 63,8
Ces unités représentent les trois quarts
Autres actifs familiaux 27 345 28,3 des surfaces et du potentiel écono-
mique agricole. Ces chiffres ont peu
dont conjoints 18 880 36,0
évolué depuis le précédent recense-
ment. Il s’agit essentiellement d’exploi-Ensemble des actifs familiaux 89 334 52,9
tations dites « professionnelles » sauf
Salariés permanents 10 310 60,7 pour les orientations « ovins, caprins et
autres herbivores » et « bovins viande »,Ensemble des actifs permanents 99 644 53,7
composées majoritairement d’unités
non professionnelles. L’élevage laitier et
Source : Recensement agricole 2000
les productions hors sol dominent.
Avec 16 200 unités, l’orientation « bo-
vins lait » rassemble près du tiers des ex-
ploitations. Il s’agit en quasi-totalité
d’unités professionnelles. Les exploita-
tions « bovins lait » sont deux fois moins
nombreuses qu’en 1988 mais elles sont
deux fois plus étendues : leur surface est
de 47 ha contre 25 douze ans plus tôt.
Leur dimension économique atteint en
moyenne 82 ha équivalent-blé. Elles
possèdent près des trois quarts du trou-
peau régional de laitières.
Deuxième orientation par le nombre
d’unités, l’activité « granivores » re-
groupe 4 850 exploitations très spéciali-
sées dans les productions porcine ou de
volailles. Elles ont peu de surface, 22 ha
en moyenne, mais une dimension éco-
nomique importante, 135 ha équiva-
lent-blé. Représentant près de 10 % des
exploitations, elles mettent en œuvre
Octant n° 87 - Octobre 2001 15Agriculture
Les cinq principales OTEX* bretonnes
Dont
Exploitations professionnelles
(en %)
Bovins lait 16 201 95,3
Granivores (porcs et volailles) 4 853 89,2
Ovins, caprins et autres herbivores 4 355 4,3
Céréales et oléoprotéagineux 4 220 22,9
Bovins viande 4 099 32,0
* Orientations Technico-économiques des EXploitations bretonnes
Source : Recensement agricole 2000
près du cinquième du potentiel écono- Bretagne compte aussi près de 1 000
mique régional. Dans neuf cas sur dix, producteurs de « légumes de maraî-
ces unités se situent dans le champ de chage, de fleurs et de produits de l’horti-
l’agriculture professionnelle. Plus de culture ». Il s’agit d’unités de grande di-
quatre exploitations granivores sur dix mension économique, surtout pour les
sont organisées sous forme sociétaire. orientations florales et horticoles, mais
qui s’exercent sur de petites surfaces (5
Au sein des orientations végétales, l’ac- à 6 ha en moyenne).
tivité « cultures générales » regroupe en
particulier les producteurs de légumes
de plein champ de la côte nord. La pro-
portion d’exploitations professionnelles Renan Duthion
y est importante et la taille de ces unités Service Régional
est proche de la moyenne régionale. La de Statistique Agricole
Pour en savoir plus
Les premiers résultats sont déjà parus.
Une publication de 4 pages par département et pour la région est disponible sur le site
Internet de la DRAF ou du SCEES
SCEES : www.agreste.agriculture.gouv.fr
DRAF : draf.bretagne.agriculture.gouv.fr
A partir de septembre :
- les résultats définitifs sur papier ou cédéroms
- Une publication de 40 pages, Agreste Bretagne n°40, présentant les principaux résul-
tats régionaux sera diffusée en octobre par le Service Régional de Statistique Agricole.
Puis, à compter du quatrième trimestre 2001 :
- la fiche comparative : une centaine de données par commune et les résultats corres-
pondants des deux précédents recensements
- l’essentiel : 25 tableaux présentant les principaux résultats du recensement à l’éche-
lon cantonal, départemental, régional et national
- l’inventaire : 1 600 variables issues du dépouillement exhaustif du questionnaire à
l’échelon cantonal, départemental, régional et national.
Des traitements sur mesure à la demande peuvent également être réalisés par les ser-
vices départementaux et régionaux de statistique agricole.
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n

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