A l'école jusqu'à 20 ans, au travail après vingt cinq ans

De
Publié par

La durée des études s'est allongée et un jeune sur deux fréquente un établissement scolaire jusqu'à l'âge de vingt ans. Parallèlement l'accès à un emploi se fait de plus en plus difficilement : même après 25 ans un jeune sur deux seulement a un emploi. Dans ce contexte difficile filles et garçons se comportent différemment. Les filles quittent leurs parents toujours aussi tôt, la plupart du temps pour fonder une famille. Les garçons s'attardent au foyer : un sur deux vit encore chez ses parents à 26 ans.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
Lecture(s) : 29
Nombre de pages : 4
Voir plus Voir moins
6
société Les jeunes A l’école jusqu’à 20 ans,
Qu’estce que la jeunesse ? Pendant longtemps la jeunesse a été définie par la classe d’âge 1524 ans. L’évolution des modes de vie et des comportements d’activité a mené les statisticiens à repousser les bornes de la jeunesse. En effet, à 24 ans, plus de la moitié des jeunes n’ont pas encore eu accès à un emploi leur permettant d’entrer de plein pied dans la vie adulte. Cet article, comme beaucoup des travaux de recherche actuels sur les jeunes, traite donc des 1529 ans.
L’auteur Gaétan SOULAS prépare un DESS à l’Université de La Réunion. Il a été stagiaire à la direction régionale de l’INSEE.
Bibliographie nINSEE  “Les jeunes” Contours et caractères – septembre 2000. nGALLAND Olivier “Sociologie de la jeunesse” Armand Colin 1991. n“L’emploi desPAYET Fabrice  jeunes” Economie de La Réunion ème n° 102  4trimestre 1999. nBRETON Didier “Les Réunionnaises ont encore leur premier enfant très tôt”  Economie ème de La Réunion n° 108  2 trimestre 2001..
La durée des études s’est allongée et un jeune sur deux fréquente un établissement scolaire jusqu’à l’âge de 20 ans. Parallèlement l’accès à un emploi se fait de plus en plus difficilement: même après 25 ans un jeune sur deux seulement a un emploi. Dans ce contexte difficile filles et garçons se comportent différemment. Les filles quittent leurs parents toujours aussi tôt, la plupart du temps pour fonder une famille. Les garçons s’attardent au foyer : un sur deux vit encore chez ses parents à 26 ans.
l y a vingt ans, seulement 25 % des jeunes de 15 à 29 ans étaient étu 1I982, à dix huit ans, la moitié des jeunes diants, ils sont actuellement 40 %. En avaient arrêté leurs études. Cet âge médian progresse avec le temps. Au dernier recensement il se situe à près de vingt ans. Il a davantage augmenté entre 1982 et 1990 qu’entre 1990 et 1999. La tendance à l’allongement des études commence donc à s’infléchir. Parallèle ment, le niveau d’études s’est considéra blement élevé surtout chez les filles.
L’élevation du niveau de formation n’a pas eu beaucoup d’effet sur la situation des jeunes au regard de l’emploi. Le taux de chômage est demeuré très élevé et a même augmenté : de 47 % des jeunes actifs en 1982 à 56 % en 1999. L’alliance de ce fort taux de chômage et de l’augmentation de la part des étu diants a entraîné une diminution du nombre d’actifs occupés chez les jeunes. En 1982, à vingtcinq ans et demi, ils étaient la moitié à exercer un emploi. Au même âge, ils ne sont plus aujourd’hui que 41 %. L’âge d’accès à l’emploi est devenu de plus en plus tardif.
Entre 20 et 29 ans la part des jeunes ayant un emploi a baissé d’environ 10 points de 1982 à 1999.
On est étudiant, puis chômeuret enfin au travail.
Aujourd’hui, le cycle de vie d’un jeune réunionnais se présente comme ceci : il poursuit des études jusqu’à l’âge de 20 ans, ensuite connaît une période de chômage entre 20 ans et 25 ans et accède à un emploi après cet âge.
Entre chômage et emploi précaire
Entre 20 et 25 ans, le jeune vit une période délicate où il a une probabilité sur deux d’être au chômage. Cette tran che d’âge est aussi la plus touchée par l’emploi précaire. Un jeune actif sur quatre exerçant un emploi est bénéfi ciaire d’un contrat d’aide à l’emploi des tiné à faciliter l’insertion des jeunes dans la vie active. Le jeune alterne alors périodes de chômage et périodes de tra vail précaire. Après 25 ans, la part des chômeurs baisse ainsi que le nombre de contrats aidés. Le jeune peut alors envisager d’accéder à un emploi stable et durable. Toutefois, la part de chômeurs et la part d’actifs occupés restent très proches.
société au travail après 25 ans
Les filles quittentledomicile familial plus tôt que les garçons
Le diplôme aide à s’insérer dans la vie active. Un jeune diplômé, sans être à l’abri du chômage, risque moins de se retrouver en emploi précaire (9 % des cas). A l’opposé, un jeune sans diplôme a très peu de chances d’accéder à un emploi stable.
Après 25 ans, les garçons restent davantage au sein du domicile familial en 1999 qu’en 1982. Les filles, en revan che, n’ont pas changé de comportement. Elles décohabitent toujours au même âge. A 23 ans, une fille sur deux a quitté le domicile familial alors qu’au même âge seulement un garçonsur quatre a décohabité. Pour les garçons l’âge médian du départ de chez les parents est de 26 ans en 1999.
Après le départ de chez les parents, la mise en couple est moins fréquente qu’auparavant. Après 25 ans, la moitié des jeunes seulement vit en couple, alors qu’ils étaient six sur dix en 1982. Certains jeunes décident de vivre en coloca tion. Cette période est transitoire, elle concerne surtout les étudiants. Le fait essentiel est que nous assistons à une augmentation du nombre de personnes seules et de familles monoparentales.
Le nombre de personnes seules, qui représente certes une minorité des jeu nes, a fortement augmenté. Cette aug mentation a été plus importante chez les filles. La famille monoparentale est un type de ménage résolument féminin. Dans 95 % des cas, ce sont des femmes qui en sont chefs de ménage. L’augmen
tation des personnes seules et des familles monoparentales a provoqué une diminution de la taille des ménages formés par les jeunes adultes. Les jeunes vivent dans des ménages composés de 3 personnes en moyenne au lieu de 3,5 il y a dix ans. Le développement de ces nou veaux modes de vie est révélateur de l’individualisation en cours de la société réunionnaise et de sa convergence avec la situation métropolitaine.
Les jeunes femmes privilégient le couple et la maternité
Chez les femmes, la mise en couple et la naissance du premier enfant sont les principales raisons du départ. Ces évène ments familiaux se produisent rapide ment après la sortie du système scolaire. Elles sont déjà une sur trois à avoir au moins un enfant à l’âge où la moitié des filles a quitté le domicile familial, entre 22 et 23 ans. C’est là une spécificité des Réunionnaises. Comme par le passé beaucoup ont un enfant avant 25 ans alors que ce n’est plus le cas chez les métropolitaines. L’entrée dans la vie adulte se fait donc de manière beaucoup plus rapide chez les filles que chez les garçons. Ces maternités précoces handi capent les jeunes femmes dans leur recherche d’un emploi, elles sont donc
Quand ils sont au chômage, les garçons sont plus souvent chez leurs parents, les filles plus sou vent en couple ou en famille monoparentale.
moins actives que les hommes. Avec l’âge, l’écart grandit régulièrement. A 29 ans, il y a 16 % d’actifs en plus parmi les garçons. La maternité explique en partie l’inégali té entre hommes et femmes sur le marché du travail. Les congés de maternité sont en effet particulièrement redoutés par les employeurs. Pour les filles, la probabilité d’être au chômage est supérieure de 10 % à celle des garçons (toutes choses égales par ailleurs). Cette situation a un côté paradoxal, car les fil les sont plus diplômées, élément impor tant d’une meilleure insertion profes sionnelle. Pourtant, elles sont davantage touchées par le fléau du chômage. Chez les garçons l’obtention d’un emploi peut provoquer la décohabitation, mais pas systématiquement. Certes, à 26 ans, un garçon sur deux a quitté le domicile familial et un sur deux a trouvé un emploi. Mais la coïncidence entre ces deux événements est loin d’être com plète. Avant 25 ans, les garçons sont nombreux à avoir trouvé un emploi sans quitter le domicile familial. La part importante de jeunes exerçant des emplois aidés explique en partie ce phé nomène. Ceuxci, en état de précarité, ne sont pas encore indépendants financière ment. Autre explication, la solidarité familiale peut retenir les jeu nes au domi cile parental, car ils apportent alors une aide financière au ménage. La solidarité intergénérationnelle ne joue pas de la même façon chez les gar çons et les filles. Le domicile familial est un refuge pour les garçons en état de précarité. Chez les 1529 ans, plus d’un garçon au chômage sur deux vit chez ses parents. Chez les filles au chômage, seu lement une sur quatre habite encore au domicile familial. La précocité de la mise en couple chez ces dernières leur permet, en situation de précarité, d’avoir moins recours à la famille d’origine. Ceci concerne surtout les plus jeunes, d’origine sociale moins élevée et de plus faible niveau de formation. Pour les autres, l’entraide familiale passe certai nement par une aide financière.nGaé tan SOULAS
7
société
Les jeunes dans les communes
Au niveau communal, la part de jeunes de 15 à 29 ans dans la population oscille entre 21 % à la PlainedesPalmistes et 27 % au Port. La PlainedesPalmistes est la com mune où la part de jeunes a le plus forte ment diminué entre 1982 et 1999. Saint Pierre et SaintPhilippe ontégalement connu une baisse sensible de la part des jeunes.
Les jeunes de 15 à 19 ans sont davantage présents à l’Est. Après 20 ans, une forte proportion de jeunes résident dans la zone NordOuest en particulier à SaintDenis, pôle administratif, économique et universi taire de l’île. SaintPaul et sa forte activité touristique attireparticulièrement les 2529 ans. L’extension du campus universitaireà SaintDenis, le renforcement du pôle éco nomique NordOuest générateur pour 60 % de l’augmentation duparc d’entreprises de l’île aura sans doute comme effet d’attirer de plus en plus les 2029 ans dans cette zone. Le chômage des jeunes touche net tement moins le Nord de l’île, en particulier la ville de SaintDenis. En revanche Saint Benoit, Le Port, SaintLouis et Cilaos sont lescommunes les plus touchées avec plus de 60 % de chômeurs chez les jeunes ac tifs. La forte activité économique au Port ne semble donc pas profiter aux jeunes de la commune. La situation à SaintLouis et Cilaos est particulièrement critique avec un taux de chômage atteignant 67 % des jeunes actifs.
Une situation plus favorable
des, mise en couple plus tardive, rela tivement peu de naissances précoces chez les jeunes femmes. Seul l’âge de décohabitation semble aller à l’encontre de ce schéma. En effet, les jeunes dionysiens quittent le domicile fa milialun peu plus tôt que la moyenne de l’île. L’insertion plus facile sur le marché de l’emploi ainsi que la décohabitation due à l’éloignement du domicile familial pour les étudiants explique cette particularité. A Saint Denis, 7 % des jeunes vivent seuls contre seulement 4 % sur l’ensemble de l’île.
Les étudiants sont nombreux à SaintDenis.
En général, les jeunesqui viventseuls à SaintDenis ont un emploi. Ceci est particulièrement sensible chez les fil les. Après 25 ans, elles sont plus de mploi chez ules alors ur trois en jeunes fil  formation cesprécoilieux mojeunes dio seulement e sur cinq aintDenis ’au moins Elles sont  dixe n  LaRéu eunes dio ec un taux e relative , une forte iants et de vivant seu rochent du étropolitain ans la vie jeune y bé e certaine épendance r le délai ntre déco t mise en
L’argent
Les trois quarts des enfants sco larisés de six à vingtcinq ans paLrents pour un montant moyen de reçoivent de l’argent de leurs 3 000 francs au cours de l’année scolaire. Ces aides augmentent nettement avec le niveau d’études, en particulier lors de l’entrée au lycée et dans l’enseignementsupérieur.
L’aide financière des parents à leurs enfants prend deux formes : celle de l’argent de poche dont le montant est fixé à l’avance et versé régulièrement et celle de sommes d’argent versées de manière occasionnelle. Les parents utili sent un peu plus souvent les aides ponc tuelles dont bénéficient 53 % des enfants. Moins répandu l’argent de poche n’est versé régulièrement qu’à 45 % des enfants. Mais les sommes ver sées régulièrement représentent plus du double de celles versées de manière occasionnelle
La proportion de bénéficiaires et le mon tant moyen reçu augmentent avec le niveau scolaire de l’enfant. Pour un âge donné des écarts existent selon le cursus scolaire. Les aides sont par exemple moins fréquentes pour les jeunes qui sui vent une filière technique courte, apprentissage ou CAP. Cependant les enfants qui en bénéficient reçoivent des sommes élevées. Audelà du bac les montants versés sont plus faibles pour les élèves de BTS ou d’IUT que pour ceux qui font un DEUG à l’Université. Les élèves les plus aidés par leurs parents sont ceux des grandes écoles avec un montant annuel moyen de 16 390 francs, au lieu de 11 780 francs pour les élèves de l’Université. Le niveau de revenus des parents, qui est très lié au cursus suivi par les enfants, est en partie responsable des écarts observés.
Les filles reçoivent plus tôt de l’argent que les gar çons. En revanche, audelà de dixhuit ans la proportion de bénéficiai res devient plus importante chez les gar çons. Les montants versés sont pratique ment identiques pour les deux sexes jusqu’à dixhuit ans, ensuite les garçons ont à leur disposition des sommes d’argent plus importantes.
Les jeunes de poche des jeunes
Un écolier reçoit moins de 750 francs an, pour un étudiant le montant est plié par plus de dix.
Les dépenses scolaires restent à la charge des parents
Les apports financiers des parents s’accompagnent en fait d’une prise en charge par les enfants de certaines dépenses. Avec l’âge les jeunes reçoi vent certes plus d’argent mais ils doivent davantage s’assumer. Cependant certai nes dépenses restent totalement prises en charge par les parents, même lorsque les enfants sont grands. Le paiement des dépenses de scolarité est dans une très large mesure assuré par les parents. Leur montant global, qui s’élève à environ 2 820 francs par année scolaire en moyenne est pris en charge à 97 % par les parents. Cette intervention des parents se vérifie pour tous les postes budgétaires concernés : frais d’inscrip tion, de pension, d’assurances scolaires, achat de fournitures et de vêtements sco laires.
En règle générale les parents détermi nent euxmême les montants alloués, que ce soit sans en discuter avec les enfants (dans 47 % des cas) ou après discussion avec les enfants (dans 41 % des cas). L’avis des enfants est pourtant dominant dans 12 % des familles, soit que les enfants calculent les sommes
d’argent en discutant avec leurs parents (9 %), soit que les parents payent sans discu ter les montants demandés par leurs enfants (3 %).
La situation évolue avec l’âge des enfants. Lorsqu’ils sont jeunes la décision relève unila téralement des parents dans 75 % des cas, le quart restant préférant entamer très tôt le dialogue. La situation s’inverse peu à peu et les cas où les parents prennent seuls la décision deviennent minoritaires lorsque les enfants entrent dans l’adolescence, vers 13 ans.
par Les enfants de familles nommul ti breuses reçoivent moins sou vent d’argent et des montants plus faibles que ceux des familles de taille réduite. Le montant moyen est de 3 797 francs pour un enfant unique et de 2 419 francs pour un enfant ayant au moins trois frères et sœurs.
Les parents célibataires ou divorcés aident plus fréquemment leurs enfants que les parents mariés. Dans ces cas les parents cherchent sans doute à responsa biliser plus tôt les enfants ou à substituer l’argent au temps qu’ils ne peuvent pas leur accorder. Il est possible aussi que les versements servent à financer les déplacements plus fréquents de ces enfants.
Des aides quelquefois incitatives
Une partie des transferts ponctuels sont faits en échange de travaux faits pour les parents (pour 19 % des jeunes) ou en récompense de bons résultats scolaires (18 %). Les montants correspondants sont cependant assez faibles : 285 francs par an pour les paiements de service et 470 francs pour les récompenses scolai res. Les paiements de service sont plus fréquents quand les parents sont indé pendants ou agriculteurs, alors que les systèmes de récompenses scolaires sont surtout utilisés par les familles aisées.
société
A la fin de l’école primaire 67 % des enfants reçoivent de l’argent de poche, au lycée la proportion frôle les 90 %.
L’aide des parents dépend fortement de leur milieu social ; les facteurs détermi nants étant leur niveau de revenu et leur catégorie sociale. Les transferts sont plus fréquents et plus importants chez les cadres, les indépendants, et les professions intermédiaires. A l’inverse les enfants d’ouvriers et d’agriculteurs doivent plus souvent se passer du soutien financier de leurs parents. Les jeunes issus de ces milieux sociaux sont appelés à devenir plus rapidement autonomes au niveau financier. La probabilité des versements est accrue lorsque la mère a au moins le baccalauréat et quand elle exerce une activité professionnelle.n
Extrait de “L’argent de poche versé aux jeunes : l’appren tis sage de l’au to nomie fi nancière”  Chris tine BARNETVERZAT et FrançoisCharles WOLF – Economie et sta tistique n ° 343 – INSEE 2001.
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.