Cinquante ans d'évolution des conditions de logement des ménages

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Le parc de logement a doublé en cinquante ans, en réponse à une situation très dégradée au sortir de la seconde guerre mondiale. L'effort de construction a porté d'abord sur des immeubles collectifs jusqu'au milieu des années soixante-dix, puis davantage sur les maisons individuelles. Le logement « moyen » comporte aujourd'hui quatre pièces d'habitation. L'amélioration continue des conditions de logement, y compris du confort sanitaire, est le résultat d'un effort de construction et de rénovation impulsé et aidé par les pouvoirs publics. Il reste cependant encore des personnes mal logées. Des jeunes ménages en milieu urbain souffrent du manque d'espace. Quelques ménages âgés en milieu rural ne disposent toujours pas du confort sanitaire minimum.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Logement 6
Cinquante ans d’évolution des conditions
de logement des ménages
Alain Jacquot*
Le parc de logement a doublé en cinquante ans, en réponse à une situation
très dégradée au sortir de la seconde guerre mondiale.
L’effort de construction a porté d’abord sur des immeubles collectifs
jusqu’au milieu des années soixante-dix, puis davantage sur les maisons
individuelles. Le logement « moyen » comporte aujourd’hui quatre pièces
d’habitation. L’amélioration continue des conditions de logement,
y compris du confort sanitaire, est le résultat d’un effort de construction et
de rénovation impulsé et aidé par les pouvoirs publics. Il reste cependant
encore des personnes mal logées. Des jeunes ménages en milieu urbain
souffrent du manque d’espace. Quelques ménages âgés en milieu rural
ne disposent toujours pas du confort sanitaire minimum.
n 1954, lorsque l’Abbé l’entre-deux-guerres, en particu- Au sortir de la guerre,
Pierre lança son appel en lier pendant la grande dépression un parc vétuste,E faveur du logement des des années trente (Cahen, 1957) ; inconfortable
démunis, plus de quatre loge- les mesures de blocage des loyers
et surpeuplé
ments sur dix n’avaient toujours prises au lendemain de la pre-
pas l’eau courante, un quart à mière guerre n’incitaient pas les
peine était équipé d’un w.-c. inté- bailleurs à procéder à des tra- Le faible volume de la construc-
rieur ; 10 % seulement dispo- vaux d’entretien et d’améliora- tion et le blocage des loyers eu-
saient d’une douche ou d’une tion.Leparcdelogements était rent aussi pour effet de freiner la
baignoire. Peu de logements devenu ancien, vétuste et restait mobilité résidentielle des locatai-
avaient été construits durant inconfortable. res en place. L’installation des
* Alain Jacquot est chef de la division Logement à l’Insee.
Données sociales - La société française 467 édition 2006
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jeunes ménages était ainsi Le surpeuplement, fréquent dans construction et de rénovation,
rendue plus difficile alors que le les villes, et notamment en banlieue soutenu par les politiques me-
maintien dans les lieux de per- parisienne, n’était pas – loin s’en nées par les pouvoirs publics (ai-
sonnes n’ayant plus de charges faut – complètement absent des des fiscales, aides à la personne,
de famille était favorisé. Un campagnes. Près de la moitié des aides à la pierre). La forte crois-
nombre croissant de logements jeunes ménages avec enfants ha- sance des revenus durant les
ne correspondait plus aux « be- bitaient dans un logement jugé « Trente Glorieuses » a égale-
soins»de leursoccupants. Au sous-dimensionné. ment rendu plus supportable
recensement de 1954, 13 % des l’accroissement du poids des dé-
ménages étaient considérés en si- penses en logement dans le
tuation de surpeuplement cri- budget des ménages. Les taux d’ef-Le parc de logement
1tique et 12 % en situation de fort –charges non comprises –
a doublé en cinquante ans
surpeuplement temporairement des locataires et des accédants à
admissible, au vu des normes de la propriété, encore inférieurs à
peuplement peu strictes de l’é- L’amélioration des conditions de 10 % en moyenne au cours des
poque (encadré). À l’inverse, un logement au cours des cinquante années soixante, se sont élevés
tiers des logements étaient jugés dernières années est le résultat progressivement, pour atteindre
« sous-peuplés ». d’un important effort de en 2002 17,6 % en moyenne
Encadré
Les normes de peuplement d’hier et d’aujourd’hui
Le degré de peuplement des loge- Depuis 1970, l’Insee utilise une norme, et en surpeuplement cri-
ments est donné par la comparai- norme plus stricte, davantage en tique s’il en manque au moins
son entre le nombre de personnes phase avec les nouvelles pratiques et deux.
vivant dans un logement et le avec les aspirations des ménages.
nombre de pièces principales dont Pour s’en tenir aux cas les plus cou- Toute classification de ce type re-
elles disposent. À partir de cet in- rants–personnesseulesetcouples vêt fatalement un aspect subjectif,
dicateur, le secrétariat d’État à la avec ou sans enfants –, on considère et la présente est ap-
Reconstruction et au Logement que chaque ménage d’au moins deux pelée à évoluer. À titre d’exemple,
avait construit une classification personnes a besoin de deux pièces Goux et Maurin (2003) montrent
utilisée pour la diffusion des résul- (une pièce de séjour et une chambre) que, toutes choses égales par ail-
tats du recensement de la popula- pour le ou les deux adulte(s) du mé- leurs, les enfants qui disposent
tion de 1954 (figure 1). nage, plus une pièce pour deux en- d’une chambre qui leur est propre
fants s’ils sont du même sexe ou ont réussissent mieux leur scolarité
Schématiquement, on considérait moins de sept ans, et une pièce par que ceux qui doivent partager leur
donc que jusqu’à trois personnes, enfant dans le cas contraire. chambre avec un frère ou une
chaque personne avait besoin sœur. Une évolution possible
d’une pièce, et deux personnes Un logement est considéré comme consisterait à considérer que deux
avaient besoin d’une pièce au-delà étant en surpeuplement modéré s’il enfants âgés de plus de sept ans
de la troisième personne. manque une pièce pour atteindre la ont besoin d’une chambre chacun.
Figure 1 - Normes de peuplement en 1954
Nombre de personnesNombre de
pièces 123456789 10et+
1
2
3
4
5
6
7 et plus
Surpeuplement critique Peuplement normal Sous-peuplement accentué
Surpeuplement temporaire admissible Sous-peuplement modéré
Source : secrétariat d'État à la Reconstruction et au Logement.
1. Taux d’effort = « dépense de logement » / revenu. La dépense de logement peut inclure ou non les charges, et être mesurée avant ou après
déduction des aides personnelles.
Données sociales - La société française 468 édition 2006
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pour les accédants et 16,4 % Le taux de surpeuplement est trèsDes normes de confort
pour les locataires, après déduc- faible chez les ménages proprié-plus exigeantes
tion des aides personnelles. taires de leur résidence princi-
pale ; il atteint en revanche 45 %
En appliquant les critères deDe 1954 à 2002, en moyenne chez les 100 000 sous-locataires et
peuplement de 1954, aujourd’hui356 000 logements se sont cons- locataires d’un meublé. La situa-
seuls 1,8 % des ménages seraienttruits chaque année, avec un pic tion estmeilleuredansleparclo-
en situation de surpeuplementà près de 550 000 logements en catif privé que dans les HLM
temporairement admissible et1972 (figure 2).Leparcdeloge- (figure 5). Le surpeuplement ne
0,6 % en situation de surpeuple-ments a doublé pendant que la diminue plus depuis 1996. Dans
ment critique. Les normes sontpopulation augmentait de 40 %. le parc HLM, c’est même depuis
devenuesplusexigeantes (enca-L’effort de construction a porté le début des années quatre-vingt
dré). Aujourd’hui, 7 % des ména-d’abord sur les immeubles collec- que la situation stagne.
ges de deux personnes et plustifs, jusqu’au milieu des années
vivent dans des logements exi-soixante-dix, puis a privilégié les Les problèmes de surpeuplement
gus, dont 1 % dans des condi-maisons individuelles (figure 3). se concentrent dans l’habitat col-
tions critiques.Cet accroissement a eu pour co- lectif et concernent alors un
rollaire l’étalement des villes plus
que leur densification. Figure 3 - Proportion de logement individuels et surface moyenne
des logements en 2002 selon la période de construction
Les logements deviennent plus
grands. Le logement « moyen » 2
Proportion Surface moyenne des logements (en m )
comporte ainsi aujourd’hui 4,0
de maisons
pièces d’habitation (Jacquot, individuelles
Individuel Collectif Ensemble2003a), soit une de plus qu’en (en %)
1954. Dans le même temps, le
Jusqu'en 1948 64,8 107,5 60,5 91,0nombre moyen de personnes par
ménage est passé de 3,05 à 2,40. de 1949 à 1974 41,3 102,8 68,3 82,6
Cette tendance est séculaire : le de 1975 à 1981 60,4 112,9 68,3 95,3
nombre moyen de personnes par
de 1982 à 1992 66,0 110,9 64,8 95,3
ménage était de l’ordre de 4,0 en
de 1993 à 1996 57,6 113,2 59,9 90,61850, et a baissé régulièrement
de 1997 à 2001 62,2 114,4 60,5 94,0depuis (Cahen, 1957). Chaque
personne dispose maintenant de
Ensemble 56,6 108,3 65,2 89,6
1,7 pièce, au lieu de 1,0 pièce en
Source : enquête Logement 2002, Insee.1954 (figure 4).
Figure 2 - Nombre de logements achevés
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ménage sur cinq de deux person- proportion de logements va- Tous les logements
nesetplus;43 %des ménagesde cants est aujourd’hui à son ni- sont dotés d’un confort
plus de 4 personnes auraient besoin veau le plus bas depuis
sanitaire minimum
d’au moins une pièce supplémen- quarante ans (6,8 % en 2002,
taire. En revanche, le surpeuple- 6,1 % en 2004). La baisse est
ment est quasiment inexistant dans particulièrement sensible en Aujourd’hui, la quasi-totalité
l’habitat individuel. zone rurale (9,3 % en 1996, des logements dispose des
6,8 % en 2002). L’institution, à trois éléments traditionnels
Plus de la moitié des ménages en partir de 1999, d’une taxe sur du confort sanitaire que sont
situation de surpeuplement cri- les logements vacants dans les l’eau courante, le w.-c. inté-
tique vivent dans l'agglomération agglomérations de plus de rieur, et la baignoire ou la
parisienne. Cette situation peut 200 000 habitants n’expliquerait douche (figure 6). Ils étaient à
toutefois relever d’un arbitrage donc que très partiellement peine 10 % en 1954.
entre un logement petit et bien si- cette baisse. La vacance ne cor-
tué et un l plus spacieux respond pas forcément à un Inconfortetexiguïténevontpas
mais davantage excentré. Un peu comportement de rétention du de pair. Parmi les rares loge-
plus d’un tiers des ménages en bailleur. Le logement peut être ments qui ne disposent pas du
surpeuplement critique habitent innocupé de manière transi- confort de base, 37 % sont situés
en HLM et un peu moins d’un toire, au moment de sa mise en zone rurale, 91 % occupés par
tiers dans le parc locatif privé. sur le marché. Il peut aussi être des ménages sans enfant ou âgés
Dans la moitié des cas, les famil- vétuste, inadapté aux besoins : (54 % ont plus de 65 ans). Plus
lesont au moinstrois enfants. plus de la moitié des logements de la moitié sont propriétaires ou
vacants (54,5 %) ont été cons- logés gratuitement. L’inconfort
Symptôme d’une situation tendue truits avant la seconde guerre sanitaire est quasiment inexistant
sur les marchés du logement, la mondiale. dans le parc HLM, construit
Figure 4 - Évolution des conditions d’occupation des logements
1954 1962 1968 1975 1982 1990 2004
Nombre de ménages en milliers 13 418 14 588 15 763 17 745 19 589 21 542 25 419
Nombre de personnes par ménage 3,06 3,10 3,06 2,88 2,70 2,57 2,31
Nombre de pièce par personne 0,96 0,99 1,08 1,20 1,35 1,47 1,72
Nombre de pièces par logement 2,95 3,08 3,29 3,47 3,65 3,80 3,99
Source : Insee, recensements de la population.
Figure 5 - Évolution du taux de surpeuplement dans le parc locatif
en %
1978 1984 1988 1992 1996 2002
Parc locatif privé hors Loi 1948
Surpeuplement modéré 16,3 14,4 15,2 12,4 12,2 11,8 accentué 6,6 3,8 3,4 3,5 2,8 2,3
Total 22,9 18,2 18,6 15,9 15,0 14,1
Parc HLM
Surpeuplement modéré 15,5 12,7 13,3 12,2 12,9 12,9
Surpeuplement accentué 4,1 2,9 3,4 3,1 2,4 2,9
Total 19,7 15,6 16,7 15,3 15,3 15,8
Champ : ménages de deux personnes et plus.
Source : Insee, enquêtes Logement.
Données sociales - La société française 470 édition 2006
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Logement 6
pour l’essentiel après-guerre se- tifs se plaignent du bruit le jour, concerne plus maintenant que
lon des normes de construction ilsnesontque 26 %danscecas 250 000 logements du parc loca-
plus strictes. parmi les occupants de maisons tif privé, soit 1 % du parc des
individuelles (respectivement 27 % résidences principales.
et 12 % pour le bruit la nuit).
Dans l’habitat individuel, les lo- La proportion des ménages pro-Sécurité et santé
gements anciens génèrent le priétaires de leur logement n’aau centre des nouvelles
plus de plaintes. Dans les im- cessé de croître ces cinquante
exigences de confort
meubles collectifs en revanche, dernières années pour atteindre
les logements construits entre 56 % en 2002 (figure 7). Elle est
Aux termes du décret 2002-120 1949 et 1974 semblent les moins plus faible qu’au Royaume-Uni et
du 30 janvier 2002 pris en appli- bien isolés phoniquement. Les aux USA, où elle avoisine 70 %,
cation de la loi SRU, un loge- constructions datant des vingt mais plus élevée qu’en Allemagne
ment décent ne doit pas dernières années, respectant des (43 %) et en Suisse (35 %). La
seulement être pourvu d’un mini- normes d’isolation phoniques France se situe dans la moyenne
mum de confort sanitaire, il doit plus strictes, semblent mieux de l’Union européenne, dans ses
aussi ne pas présenter de danger convenir aux ménages. anciens contours à quinze pays.
pour la santé et la sécurité de ses La proportion de propriétaires
occupants. D’après l’enquête lo- Quel quesoitletypededifficulté est généralement très élevée dans
gement de 2002, les problèmes évoquée (surpeuplement, incon- les PECO.
d’humidité et d’infiltration d’eau fort sanitaire, installation élec-
ponctuels ou persistants concer- trique défectueuse, bruit, etc.), Les aspirations à devenir pro-
nent un quart des logements. les ménages à faibles ressources priétaire, et plus particulièrement
Exposition médiocre, installation se déclarent davantage exposés à devenir propriétaire d’une mai-
électrique déficiente, absence (Driant et Rieg, 2004). son individuelle, sont très fortes.
d’installation de chauffage sont En 2002, parmi les 30-49 ans,
bien moins fréquentes (moins de âges où les intentions de mobilité
5 % des logements concernés). sont encore élevées, la moitié desDe plus en plus
Rares sont les logements qui locataires exprimant l’intention
de propriétaires
cumulent tous les défauts de déménager souhaitent à cette
(Chesnel, 2004). occasion devenir propriétaires.
Le secteur HLM loge aujourd’hui Plus de la moitié de ceux qui lo-
En 2002, un ménage sur trois un ménage sur six contre un sur gent en appartement préfére-
se plaint du bruit le jour et un dix il y a cinquante ans. La part raient une maison individuelle.
sur cinq la nuit. Cette propor- du secteur locatif privé a baissé Plus rares sont ceux qui feraient
tion n’a pas varié depuis dix sensiblement au début des an- le choix inverse.
ans. À l’exception de la circula- nées quatre-vingt. Elle se stabi-
tion, la fréquence des nuisances lise aux alentours de 20 % depuis Ce mouvement bénéficie des en-
sonores est essentiellement liée quinze ans : l’investissement lo- couragements soutenus des pou-
au caractère collectif ou indivi- catif privé a bénéficié de divers voirs publics. L'aide à l'accession
duel du logement et à son an- dispositifs de défiscalisation (Mé- est considérée à la fois comme
cienneté. Alors que 43 % des haignerie, Périssol, Besson, De un soutienausecteurdubâti-
occupants de logements collec- Robien). La Loi de 1948 ne ment et un moyen de libérer des
logements du secteur locatif, no-
tamment des HLM. Un million
de ménages accédants bénéfi-Figure 6 - Évolution du confort sanitaire des résidences principales
cient d’une aide personnelle au
en %
logement (allocation de logement
[AL] ou aide personnalisée au1954 1962 1968 1975 1982 1990 2002
logement [APL]), destinée à cou-
vrir une partie des rembourse-Baignoire ou douche 10,4 28,9 47,5 70,3 84,7 93,4 98,4
ments d’emprunts. Le prêt à taux
W.-c. intérieur 26,6 40,5 54,8 73,8 85,0 93,5 98,3 zéro – aide à la pierre – s’est
ersubstitué à partir du 1 octobre
Sources : recensements de la population et enquête Logement 2002, Insee.
1995 aux anciens prêts PAP. Les
Données sociales - La société française 471 édition 2006
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réductions d’impôt pour intérêts Le contexte économique du dé- Sur la période 1998-2001, 18 %
d’emprunts ont été supprimées but des années quatre-vingt-dix, des accédants (parmi eux, 27 % de
en 1997 et 1998. peu favorable à l’accession, a ceux qui ont acquis un logement
laissé place à la fin de la dé- neuf) résident en zones péri-urbai-
Au début des années soixante-dix, cennie à un environnement plus nes (qui ne logent que 13 % des
les conditions financières étaient clément : baisse sensible des ménages). Les accédants des
particulièrement favorables aux taux d’intérêt, recul du chô- grandes agglomérations sont plus
accédants : l’inflation élevée allé- mage, progression du pouvoir aisés que ceux résidant à la cam-
geait au fil des ans le poids des d’achat des ménages. Entre pagne ou dans des villes moins
remboursements en capital. Au 1998 et 2002, 2 460 000 ména- peuplées : le revenu annuel mé-
cours des années quatre-vingt, ges sont devenus propriétaires dian des nouveaux accédants est
l’accroissement des taux d’intérêt de leur résidence principale, de 48 000 € dans l’agglomération
nominaux des prêts immobiliers soit 37 % de plus qu’au cours parisienne alors qu’il n’est que de
et le ralentissement de l’inflation de la période 1992-1996 (Dau- 33 000 € en zone péri-urbaine et
sous l’effet de politiques monétai- bresse, 2003). La part des mé- dans les agglomérations de
resplusstrictesont entraîné des nages endettés reste stable. Plus moins de 100 000 habitants. La
difficultés à faire face aux d’un tiers des ménages sont reprise de l’accession à la pro-
échéances financières (Bosvieux, maintenant propriétaires sans priété enregistrée durant la
2005). La prise de conscience de charges de remboursement. Les deuxième moitié des années
ces risques et l’instabilité accrue deux tiers des nouveaux ac- quatre-vingt-dix a accéléré la ro-
de l’emploi ont incité les candi- cédants sont des couples avec tation dans le parc social : une
dats à l’accession comme les enfants;ilssontplusfréquem- fraction des locataires les plus
prêteurs à davantage de circons- ment mariés, plus souvent biac- solvables du parc social sont de-
pection : conjuguée à l’amenuise- tifs que ceux qui restent venus propriétaires, libérant les
ment du volume des prêts PAP, locataires. Accession à la pro- logements pour des candidats
cette prudence nouvelle a contri- priété, familles avec enfants et aux revenus plus modestes. Au-
bué à la stabilisation du taux de péri-urbanisation sont liées car jourd’hui, un tiers des ménages à
propriétaires à partir de 1988 lesgrandsappartements sont bas revenus vit dans une HLM
2après un demi-siècle de progres- relativement rares et chers au (un cinquième en 1988 )(Driant
sion continue. centre des villes. et Rieg, 2004).
Figure 7 - Évolution du statut d’occupation des résidences principales de 1984 à 2002
en %
1984 1988 1992 1996 2002
Propriétaires 50,7 53,6 53,8 54,3 56,0
Sans emprunt en cours 26,3 27,4 30,3 32,1 35,0
Accédant 24,4 26,1 23,5 22,2 21,0
Locataires d’un local loué vide 39,0 37,2 37,7 38,1 37,9
HLM 14,6 15,0 15,3 15,7 15,6
Autre logement social 1,9 2,0 1,8 1,9 1,6
Loi de 1948 3,5 2,5 2,0 1,4 1,0
Secteur libre 19,0 17,7 18,6 19,1 19,7
Autres statuts (locataires d’un meublé, sous-locataires, fermiers,
10,4 9,1 8,4 7,6 6,1métayers, logés à titre gratuit)
Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Source : enquêtes Logement, Insee.
2. Ménages dont le revenu par unité de consommation est inférieur à la demi-médiane des niveaux de vie.
Données sociales - La société française 472 édition 2006
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Logement 6
L’époque des grands ensembles nombre de pièces) est appelée à Accroître d’un quart le parc de loge-
est bel et bien révolue. Un tiers s’accroître, en dépit de la baisse du ments ne pourra s’opérer qu’en den-
des logements locatifs construits nombre de personnes par ménage, sifiant des espaces déjà construits
au cours de la période 1998-2001 car les âgées disposent ou en affectant à un usage résiden-
sont des maisons individuelles, en moyenne d’une surface habi- tiel des espaces jusqu’alors dévolus
dans le secteur libre comme dans table beaucoup plus importante à un autre usage – qu’ils soient
le secteur social. Dans l’ensemble que les personnes plus jeunes. En agricoles, industriels ou « récréa-
du parc locatif, l’habitat indivi- effet, lorsque les enfants quittent le tifs » – ou encore par toute combi-
duel ne représente que 16 % des nid, les parents déménagent rare- naison de ces deux approches. Les
logements dans le parc social et ment à cette occasion pour un lo- politiques publiques sont face à un
29 % dans le parc privé. Un gement plus petit. Il est probable dilemme : si les ménages sont de-
quart des immeubles récents du que l’offre permettra de satisfaire mandeurs d’espace, d’habitat indivi-
parc social compte moins de dix cette demande, tant en nombre de duel, l’étalement urbain pourrait, en
logements contre seulement logements qu’en taille de ceux-ci, accroissant la part des déplace-
15 % pour l’ensemble du parc so- sans inflexion particulière de l’ac- ments réalisés en automobile, être
cial (Minodier, 2004). Dans le tion des pouvoirs publics, si le re- préjudiciable au développement du-
parc privé, la part des bailleurs venu des ménages continue de rable. L’étalement urbain est par
« personnes morales » (i.e. inves- croître à un rythme voisin du ailleurs réputé dispendieux pour la
tisseurs institutionnels) a été di- rythme moyen de la dernière dé- collectivité. La question reste con-
visée par deux : 6 % aujourd’hui, cennie. troversée.
contre 13 % en 1984.
Pour en savoir plusUne demande
en logement
Bessiere S., « La proportion de Driant J.-C., Rieg C., « Les condi-
durablement élevée logements vacants la plus faible tions de logement des ménages à
depuis 30 ans », Insee Première, bas revenus », Insee Première,
n° 880, 2003. n° 950, 2004.
La demandedelogements de-
vrait rester durablement élevée, Bosvieux J.,«Accessionàlaproprié- Goux D., Maurin E., «Sur-
pour des raisons démographi- té : des acquéreurs plus nombreux, peuplement du logement et re-
mais prudents », Économie et Statis- tard scolaire des enfants », inques. À l’horizon 2030, le
Données Sociales 2002-2003,tique, n° 381-382, 2005.nombre des ménages pourrait
p. 455-459.
s’accroître d'au moins un quart
Cahen L., « L’évolution des condi-
par rapport à la situation pré- tions de logement depuis cent Jacquot A., « De plus en plus de
sente, sous les hypothèses ans », Insee, Études et Conjoncture, maisons individuelles », Insee Pre-
n° 10-11, 1957. mière, n° 885, 2003a.d’une évolution tendancielle de
la natalité, de la mortalité, et
Chesnel H., « La qualité des loge- Jacquot A., « Vieillissement de la
d’une stabilisation progressive
ments : l’humidité est le défaut le population et demande de loge-
des comportements de cohabi- plus fréquent », Insee Première, ments », L’Observateur de l’Immo-
tation des individus (Jacquot, n° 971, 2004. bilier, n° 56-57, 2003b.
2003b). Elle est imputable pour
Comby J., « Réfléchir aux coûts Jacquot A., Jezequel B., Mino-l’essentiel au vieillissement de
desdensités», Études Foncières, dier C., « Le poids des chargesla population, qui devrait ac-
n° 94, 2001. dans le budget des locataires »,
croître la proportion de ména- Insee Première, n° 990, 2004.
gesdepetitetaille.La Daubresse M., « La reprise de l’ac-
cession à la propriété », Insee Pre-proportion de personnes vivant Lacaze J.-P., « L‘étalement urbain
mière, n° 913, 2003. hier et demain », Études Foncières,seules, égale à 14 % au recen-
n° 96, 2002.sement de 2004, pourrait at-
Debrand T., Taffin C., « Les fac-
teindre 17 % en 2030. teurs structurels et conjoncturels Minodier C., « Le parc locatif ré-
de la mobilité résidentielle depuis cent : davantage de maisons et de
vingt ans », Économie et Statis-Dans le même temps, et ce n’est petits immeubles », Insee Première,
tique, n° 381-382, 2005. n° 957, 2004.pas le moindre des paradoxes, la
taille des logements (surface,
Données sociales - La société française 473 édition 2006
006.ps
N:\H256\STE\gbnfpx\DS 2006\articles\006-7\006.vp
jeudi 9 mars 2006 17:18:41

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