Des anciennes projections aux populations recensées (Octant n° 95)

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La Bretagne n'a pas subi de bouleversements démographiques au cours des années 1990, elle ne s'est donc pas beaucoup éloignée des projections. Il existe toutefois quelques divergences sur le nombre de naissances ou celui de jeunes adultes et sur certains territoires. Mais toutes les régions ne présentent pas une situation aussi favorable. Les modifications de comportements migratoires observées dans les régions Ile-de-France ou Provence-Alpes-Côtes d'Azur expliquent des écarts plus importants avec les projections tendancielles.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Recensement de la population
Des anciennes projections
aux populations recensées
La Bretagne n’a pas subi de bouleversements
démographiques au cours des années 1990, elle ne s’est
donc pas beaucoup éloignée des projections. Il existe
toutefois quelques divergences sur le nombre de naissances
ou celui de jeunes adultes et sur certains territoires. Mais
toutes les régions ne présentent pas une situation aussi
favorable. Les modifications de comportements migratoires
observées dans les régions Ile-de-France
ou Provence-Alpes-Côtes d’Azur expliquent des écarts
plus importants avec les projections tendancielles.
es recensements tombent comme jections basées sur le recensement de Toutefois la répartition par âge détailléLdes verdicts pour ceux qui scrutent 1990 et portant sur les 96 départements révèle quelques différences plus sen-
l’évolution de la population. Ils permet- métropolitains aux résultats du recense- sibles.
tent aussi de mesurer les distances pri- ment de mars 1999. Les deux projec-
ses avec les projections démographi- tions dénommées A et B (encadré mé- Le nombre d’enfants de moins de 5 ans
ques effectuées précédemment. Ces thodologique) conduisent à des évalua- issu de la projection A est supérieur au
projections ne permettent pas de pré- tions de la population au 01/01/1999, à chiffre du recensement de 1999. En ef-
voir l’évolution de la population mais comparer à la recensée en fet, la fécondité bretonne a fléchi durant
elles indiquent les évolutions possibles 1999 et ajustée à la date du 1er janvier les années 1990-1995 alors que le scé-
dans un certain contexte décrit par des pour assurer la comparabilité. nario A tablait sur une augmentation.
scénarios de comportement démogra-
phique. Les principaux écarts se concentrent sur
les 18-35 ans et s’expliquent par l’évo-De faibles écarts en Bretagne
Comme les comportements subissent lution des comportements migratoires.
d’incessantes fluctuations, il est impor- Le déficit migratoire des jeunes s’est
tant d’analyser a posteriori les écarts Globalement, le niveau de population renforcé dans les années 1980, puis ré-
bretonne estimée au 01/01/1999 est trèsentre les variations démographiques duit dans les années 1990. En outre, le
calculées par les modèles et celles ob- proche des projections A et B. Les écarts calendrier des départs de jeunes s’est
relatifs sont inférieurs à 1 %, c’est-à-direservées entre les recensements. Cet ar- décalé, suite à un nouvel allongement
ticle s’attache à comparer deux pro- parmi les plus faibles écarts régionaux. des études. Les projections, qui main-
18 Octant n° 95 - Novembre 2003Recensement de la population
tiennent les taux observés dans le passé, Écarts par âge entre projections et recensement de 1999
ne peuvent évidemment pas tenir
compte de ces mouvements. 5 000
4 000
L’écart maximal concerne la projection scénario A
3 000A qui dépasse de 3 900 personnes la po-
2 000pulation âgée de 28 ans en 1999, soit
10 % des effectifs. Cet écart entraîne
1 000
également une surévaluation du nom-
0
bre d’enfants calculé par la projection.
- 1 000
Il faut cependant noter que les pyrami- - 2 000
scénario B
des des âges issues des projections se
- 3 000
juxtaposent assez bien à celle issue du
- 4 000recensement. Aucune des deux projec-
- 5 000tions n’est systématiquement meilleure
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90que l’autre, et l’avantage est à la projec-
Agetion A ou à la projection B , selon les
âges. Lecture : la projection A sous-estimait d'environ 3 000 le nombre de personnes âgées de 19 ans
en 1999, et surestimait, de près de 4 000, celles de 28 ans.
Source : InseeEn terme de population totale, les pro-
jections A et B s’écartent assez peu des
niveaux départementaux estimés au Écarts par département entre projections et recensement de 1999
01/01/1999.
Par construction, les écarts obtenus ont Différence entre projections et RP
trois origines : Projection 1999 RelativePopulation
Dépt Absolue1999 (RP) (en %) la différence entre les naissances cal-
1
culées et les naissances réelles , AB A B A B
la différence entre les décès calculés Côtes-2 542 398 541 412 532 478 - 986 - 9 920 - 0,2 - 1,8et les décès réels , d’Armor
la différence entre les soldes migra- Finistère 852 273 856 158 846 129 3 885 - 6 144 0,5 - 0,7
toires calculés et les soldes « obser- Ille-et-3 866 111 854 626 854 729 - 11 485 - 11 382 - 1,3 - 1,3vés » . vilaine
Morbihan 643 293 652 337 647 994 9 044 4 701 1,4 0,7
Les profils départementaux d’écarts par
Bretagne 2 904 075 2 904 533 2 881 330 458 - 22 745 0,0 - 0,8
âge confirment les deux points faibles
Source : Inseedes projections : le nombre de naissan-
ces et le nombre de jeunes adultes, dont
les comportements migratoires sont les Méthode
plus instables.
Les projections démographiques, réalisées en 1997 à partir du modèle Omphale, repo-
sent sur des hypothèses relatives à l'évolution des naissances, des décès et des soldesPar le jeu des écarts opposés qui se
migratoires annuels. Un scénario de projection est constitué d'un jeu de trois hypothè-compensent, le bilan des écarts reste li-
ses fixant l'évolution de la fécondité, de la mortalité et des migrations nettes.mité. Ici, les différences ne résultent pas
de divergences nettes, signe de change- Hypothèses du scénario A : Hypothèses du scénario B :
ments profonds de comportements,
Fécondité : l'indicateur synthétique de fé- Fécondité : l'indicateur synthétique demais plutôt de simples décalages dans
condité monte à 2 enfants par femme en fécondité reste stable depuis 1990le temps.
2005
Mortalité : évolution des taux de mortalité Mortalité : évolution des taux de mortali-
Plus d’écarts dans certaines parallèle à l'évolution nationale té parallèle à l'évolution nationale
zones d’emploi Migrations : maintien des quotients de mi- Migrations : maintien des quotients de mi-
grations nettes de la période 1975-1990. grations nettes de la période 1982-1990.
Le découpage en zones d’emploi per-
met d’appréhender les disparités géo-
graphiques de croissance, mais fait ap-
paraître les instabilités démographiques
locales. Celles-ci se sont effectivement 1990. Ainsi l’écart dépasse 3%àLo-
traduites par des évolutions parfois rient, où le taux de croissance a
moins conformes aux trajectoires proje- sensiblement chuté. A l’opposé, l’amé-
1 : naissances déclarées à l'état civil et comptabiliséestées. Pour la majorité des zones, les lioration du bilan migratoire survenue
par l'Insee pour la période 1990-1998.
écarts sont compris dans la fourchette notamment dans les zones de Rennes, 2:décèsdéclarés à l'état civil et comptabilisés par
l'Insee pour la péde -1 % à +1 %. Ce n’est pas le cas des Fougères, Lannion et Guingamp ex-
3 : soldes migratoires apparents par différence entre lazones qui ont connu un changement de plique que les projections aient variation de population entre les recensements et le
rythme démographique dans les années sous-évalué la croissance de ces zones. solde des naissances et décès de l'état civil.
Octant n° 95 - Novembre 2003 19Recensement de la population
Écart par âge entre projections et recensement de 1999 pour chaque département
FinistèreCôtes-d‘Armor
3 000 3 000
2 000 2 000
1 000 1 000
scénario Ascénario A
0 0
scénario B scénario B
- 1 000 - 1 000
- 2 000 - 2 000
- 3 000 - 3 000
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90
Age Age
Ille-et-Vilaine Morbihan
3 000 3 000
2 000 2 000
scénario A
scénario A
1 000 1 000
0 0
scénario B scénario B
- 1 000 - 1 000
- 2 000 - 2 000
- 3 000 - 3 000
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90
Age Age
Source : Insee
La diversité des 96
départements métropolitains
Cartographie des écart relatifs selon les deux scénarios
La Bretagne fait partie des régions dont
Projection A / RP 1999 Projection B / RP 1999 l’évolution démographique a été relati-
vement stable. L’ensemble des départe-
ments métropolitains présente des ré-
sultats beaucoup plus dispersés, dont
l’amplitude s’étend de - 7 % à+14%.
Toutefois les moyennes des écarts des%
96 départements restent faibles : de 0 à
14
1,4 %. Elles résultent essentiellement
8
des écarts sur le nombre de naissances3
1 et sur les soldes migratoires. Par ailleurs,
- 1 la dispersion des écarts, qui révèle la vé-
- 3
ritable fragilité des projections, est clai-- 8
rement due aux différences relatives
aux soldes migratoires.
La majorité des écarts se situe entre
Lecture : selon la projectionA, la population des Côtes-d'Armor était voisine de celle observée
- 3 % et + 3 %, ce qui peut être considé-
au recensement (écartentre-1%et+1%);selonlescénario B, elle était sous-estimée(écart
ré comme relativement faible. Toute-entre-1%et-3%)
fois, une trentaine de départements dé-Source : Insee
passent cette limite. Les écarts dus au
mouvement naturel sont limités, ils ne
20 Octant n° 95 - Novembre 2003Recensement de la population
dépassent jamais 2 %. Les écarts impor- La variation du solde migratoire
tants sont dus à de fortes modifications entre les deux périodes intercensitaires (1982-1990 et 1990-1999)
du mouvement migratoire, comme en explique les écarts entre projections et recensement de 1999
Corse, Seine-et-Marne ou Val-d’Oise
(graphique ci-contre). Une telle varia-
20tion reflète un réel changement de la
dynamique démographique, ce qui ne
relève pas d’un scénario d’évolution
tendancielle.
Au final, on doit reconnaître que l’outil 10
de projection remplit son rôle de simu-
lation du vieillissement démographique
scénario A
dans une perspective purement tendan-
cielle.
scénario B
0Les écarts mesurés en 1999 montrent les
limites de l’exercice. Ils ne disqualifient
pas la méthode de projection, mais ils
ont le mérite de nous appeler à la pru-
dence. La tentation revient sans cesse
de transformer les projections en prévi- - 10
sions et d’interpréter les écarts observés - 1 0 1 2
Différence entre les taux de migration des deux périodes intercensitaires (en %)comme des erreurs de projection. Mais
l’évolution démographique est un
Lecture : chaque département est représenté par deux points, l’un pour la projection A,
exemple typique de l’impossibilité de l’autre pour la projection B
modéliser de manière vraiment fine une Source : Insee
réalité plus complexe qu’il n’yparaîtet,
par nature, partiellement imprévisible.
Les écarts relatifs entre les résultats des projections
Michel ROUXEL et les données issues de l’état civil et du recensement de 1999,
pour l’ensemble des départements de métropole en %
Ecart-type
Ecart er ePour en savoir plus Variable Scénario des 1 quartile Médiane*** 3 quartile
moyen* écarts**
Projections démographiques pour la
A 0,8 0,5 0,4 0,7 1,1Naissances
France, ses régions et ses départe- 1990-1998 B 0,3 0,4 0,0 0,3 0,5
ments (horizon 2030-2050) / Chantal
A 0,0 0,2 - 0,0 0,0 0,1DécèsBrutel et Laure Omalek ; Insee - Dans
1990-1998 B - 0,0 0,1 - 0,1 0,0 0,1Insee Résultats - Société N° 16 -
Soldes A 0,8 3,0 - 1,1 - 0,1 1,7(2003, juil.)
migratoires
B 0,5 3,1 - 1,6 0,1 1,9 Projections démographiques, trois 1990-1998
scénarios pour la Bretagne et ses Variation de A 1,4 3,3 - 0,5 0,8 2,5
pays / Michel Rouxel ; Insee Bretagne population
B 0,8 3,3 - 1,3 0,3 1,91990-1999- (2002, juin)
NB : les écarts analysés sont obtenus par différence entre les projections et les observations, puis Projections démographiques : des
rapportés à la population 1999 pour assurer leur comparabilité.scénarios pour la Bretagne / Michel
* D'après le scénario A, les projections de naissances sont supérieures de 0,8 % en moyenne
Rouxel ; Insee Bretagne. - Dans :
au nombre de naissances observées
Octant - N° 87 (2001, oct.). ** L'écart-type mesure la dispersion des écarts autour de l'écart moyen : ± 0,5 % pour les
naissances, ± 3 % pour les soldes migratoires (scénario A)
Projections régionales de population
*** Pour la moitié des départements, la surestimation des naissances par la projection A est
pour 2030 : l’impact des migrations / inférieure à 0,7 % et elle est supérieure à 1,1 % pour le quart des départements.
Laure Omalek ; Insee, Division étu- Source : Insee
des territoriales - Dans : Insee Pre-
mière - N° 805 (2001, sept.).
Prospective de la démographie de la
Bretagne à l’horizon 2020 / Yannick
Barbançon et Pierre Marquet, rapport
du CESR (1998, mai).
Vers trois millions de bretons en
2020 / Michel Rouxel ; Insee Bre-
tagne - Dans : Octant -N° 51 (1992,
oct).
Octant n° 95 - Novembre 2003 21
n
é
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a
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