Des choix de logement contraints pour les ménages pauvres ou modestes

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Les ménages pauvres ou modestes de Provence-Alpes-Côte d’Azur sont souvent locataires dans le secteur privé : rarement propriétaires lorsqu’ils ont moins de 50 ans en 2006, ils sont confrontés à l’insuffisance du parc locatif social. 39 % des personnes pauvres et 26 % des modestes vivent dans des logements trop petits. Ils sont moins souvent satisfaits de leur logement et de leur quartier que les autres ménages pour des raisons variées : bruit, humidité, dégradation, insécurité, qualité de l’air, ... Environ un tiers de ces ménages souhaite changer de logement. Souvent, leur mobilité est contrainte ou liée à la volonté de se rapprocher de leur lieu de travail.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 120 - juin 2008 l'essentiel
Des choix de logement contraints pour
les ménages pauvres ou modestes
Les ménages pauvres ou modestes C’est essentiellement parmi les ménages
demoinsde50ansetauseindesfamilles
de Provence-Alpes-Côte d’Azur sont
(notammentnombreusesoumonoparen-
souvent locataires dans le secteur tales) que la pauvreté est surreprésentée
dans la région. La question du logementprivé : rarement propriétaires lors-
se pose certainement avec plus d’acuité
qu’ils ont moins de 50 ans en 2006, pourcesménagesdansunerégionoùles
tensions immobilières sont fortes.ils sont confrontés à l’insuffisance
du parc locatif social. 39 % des
Seulementuntiersdespersonnes pauvres et 26 % des mo-
ménagespauvresou
destes vivent dans des logements
modestesrésidedansdes
trop petits. Ils sont moins souvent maisonsindividuelles
satisfaits de leur logement et de
EnProvence-Alpes-Côted’Azur,seule-
leur quartier que les autres ména- ment 32 % des ménages pauvres et une
partàpeinesupérieuredesménagesmo-ges pour des raisons variées : bruit,
destesrésidentdansdesmaisonsindivi-
humidité, dégradation, insécurité,
duellescontre47 %desautresménages.
qualité de l’air, ... Environ un tiers
En raison de la forte urbanisation de lade ces ménages souhaite changer
région, ces proportions sont inférieures
de logement. Souvent, leur mobili- à la moyenne française, quel que soit le
niveau de revenu des ménages. Ce sontté est contrainte ou liée à la volonté
les ménages modestes qui souffrent le
de se rapprocher de leur lieu de
plus de cette spécificité régionale : seul
travail. un tiers d’entre eux réside en logement
individuel contre la moitié en France.
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur
Unpeumoinsdequatrecompte environ 300 000 ménages
pauvres et 450000 ménages modestes ménagespauvressurdix
(cf.encadré"Définitions"),soitrespecti- sontpropriétaires
vement14%et22%des2090000mé-
nages de Provence-Alpes-Côte d’Azur. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 37 %
Lapauvretéestplusfréquentedanslaré- des ménages pauvres sont propriétaires
de leur logement, 38 % des ménagesgion que pour la France métropolitaine
qui comprend 11%deménagespauvres modestes et 65 % des autres ménages.
et 20% de ménages modestes. En France métropolitaine, ces résultats
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EnProvence-Alpes-Côted'Azur,24%desménagespauvressontlocatairesdanslesecteursocial en %
Provence-Alpes-Côted'Azur Francemétropolitaine
Ménages Ménages Autres Ensemble Ménages Ménages Autres Ensemble
pauvres modestes ménages pauvres modestes ménages
Locataires du secteur social 24 25 91428271418 à loyer libre 33 31 22 26 29 24 19 21
Propriétaires ou accédants 37 38 65 55 36 45 64 57
Logés gratuitement, fermiers 66457434
Ensemble (%) 100 100 100 100 100 100 100 100
(nombre) 297 000 453 000 1 337 000 2 087 000 2 960 000 5 241 000 18 162 000 26 363 000
Source : Insee, Enquête Logement 2006, résultats provisoires
sont proches, à l’exception des ména-
EnProvence-Alpes-Côted'Azur,5%desménagespauvresdontlapersonne
ges modestes, encore une fois moins deréférenceamoinsde30anssontpropriétairesdeleurlogement en %
favorisés dans la région.
Âgedelapersonnederéférenceduménage Ménages Ménages Autres Ensemble
pauvres modestes ménages
La proportion des ménages pauvres ou Moinsde30ans 5 5 17 11
30-39 ans 20 24 50 41modestes qui sont propriétaires aug-
40-49 ans 26 28 61 50mente avec l’âge, mais elle reste à tout
50-64 ans 50 38 73 65âgesignificativementinférieureàcelle
65 ans ou plus 63 58 80 71
des autres. Tout se passe comme s’il Ensemble 37 38 65 55
Source : Insee, Enquête Logement 2006, résultats provisoiresfallait20ou30ansdeplusàunménage
pauvre ou modeste pour devenir pro-
vresoumodestesplusdéveloppéedans plus,quihabitaientuneautrecommunepriétaire. Plusieurs explications peu-
la région : ainsi la proportion de ména- quatreansauparavant,nesontque9%ventêtreavancées :desrevenusfaibles
ges pauvres parmi les occupants du à être locataires dans le social, alorsqui rendent l’accès au crédit difficile ;
parc social HLM est plus élevée en que cette proportion est de 16 % pourlanécessitédebénéficierd’unhéritage
Paca (24%) qu’en moyenne nationale ceux qui habitaient un autre logementau préalable ; un effet génération ac-
(18%). de la même commune.tuellement défavorable aux plus jeu-
nes. Il est aussi probable que des mé-
Devant la difficulté d’accéder à la pro- Malgré cela, les ménages pauvres ounages propriétaires âgés, aujourd’hui
priété ou au secteur social, 33 % des modestessontaussimobilesquelesau-pauvres, aient connu des périodes de
ménages pauvres sont locataires dans tres : 25 % des ménages pauvres habi-plus grande aisance financière.
le secteur privé. taient un autre logement quatre ansCes résultats sont globalement similai-
plus tôt, contre 22 % des modestes etresdansl’ensembledelaFrancemé-
Parmilestroisgrandesagglomérations 25 % des autres.tropolitaine.
couvertes par l’enquête, seul le littoral
azuréen se distingue : seulement 16 %
UnemobilitésouventUnparclocatifsocial des ménages pauvres et 13 % des mo-
contrainteouliéeàlasous-dimensionnéau destes y sont locataires dans le secteur
volontédeserapprocherduregarddutauxdepauvretédela social.DanslarégionurbaineMarseille-
lieudetravailrégion Aix-en-Provence et dans l’aggloméra-
tion avignonnaise,lesproportionssont
Parmi les ménages de Provence-Alpes-En Provence-Alpes-Côte d’Azur, seu- proches du niveau national. Au cours
des douze derniers mois, en Provence- Côte d’Azur ayant déménagé au courslement 24 % des ménages pauvres vi-
Alpes-Côte d'Azur, 110 000 ménages desquatredernièresannées,un ménagevent dans le secteur locatif social
(HLMou,pluslargement,lesecteurré- ont déposé ou renouvelé une demande pauvreoumodestesurcinqyaétécon-
glementé), 25 % des ménages modes- delogementHLM,dont40000ménages traint(contreunsurdixpourlesautres)
parce qu’il n’était logé que provisoire-tes et 9 % des autres. Ces proportions pauvres et 35 000 ménages modestes.
ment, qu’il a été congédié par son pro-sont inférieures à la moyenne fran-
Cette faiblesse du parc social peut priétaire ou que son logement a étéçaise. Cette différence s’explique par
constituer un frein à la mobilité ou à détruit.unepartduparcsocialdansl’ensemble
des résidences principales inférieure l’acceptationd’unemploipourlesmé-
en Provence-Alpes-Côte d’Azur et un nages pauvres ou modestes. En effet, Pour ceux qui ont emménagé depuis
moinsdequatreansetquil’ontfaitpartaux de pauvreté plus important. Cette les ménages éprouvent des difficultés
choix,laraisonvariefortementselonlesituation de rareté relative est en partie d’accès au parc social lors des premiè-
res années de leur arrivée dans une niveau de vie du ménage. Ainsi, unecompensée par une politique d’accueil
commune : les ménages de 30 ans ou cause principale caractérise les ména-prioritaire en faveur des ménages pau-
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secteur social et ceux du secteur privé,
quel que soit le niveau de vie.
39%despersonnes
pauvreset26%des
modestesviventensituationde
suroccupation
Onestimequ’ilfautunepiècedeséjour
pour le ménage, une pièce par couple
ou adulteseul,unepièceparenfant(ou
une pièce pour deux enfants s’ils sont
demêmesexeouontmoinsde7ans)et
2au moins 18 m par personne. Par rap-
portàcettenorme,39 %despersonnes
pauvres, 26 % des modestes et 11 %
ges pauvres : se rapprocher du lieu de à venir, contre 12 % des modestes et desautresviventensituationdesuroc-
cupation.travail ou d’une école (21 %). A l’in- 8 % des autres.
verse,8 %deleursdéménagementsont
L’écart est particulièrement importantvisé à avoir un logement plus grand,
Lamoitiédespersonnes pour les familles. Parmi les couplesalors que c’est une raison beaucoup
pauvresdelarégionontplus fréquente pour les ménages mo- ayant 1 ou 2 enfants, 45 % des person-
2moinsde23m parhabitantdestes(14 %)ouaisés(16 %).L’acces- nespauvresauraientbesoind’aumoins
une pièce supplémentaire, 33 % dession à la propriété a souvent été une
Uncertainnombrederaisonspoussent modesteset13 %desautres.Lessitua-cause de déménagement pour les mé-
les personnes pauvres ou modestes à tions sont plus difficiles encore pournages plus aisés (14 %).
vouloir déménager plus souvent que les familles plus nombreuses à faibles
les autres : une surface d’habitation ressources.
35%desménages inférieure, une suroccupation plus
pauvresdésirentchanger Le statut d’occupation est égalementfréquente, une qualité de logement
delogement moindre, ... déterminant : la suroccupation est tou-
La surface par habitant varie beau- jours beaucoup plus fréquente chez les
À la question : "Souhaitez-vous chan- coup selon le niveau de vie : la moitié locataires (sans grande différence entre
ger de logement ?", 35 % des ménages des personnes pauvres ont moins de le secteur privé et le secteur social pour
2pauvresdeProvence-Alpes-Côted’Azur 23 m , alors que cette surface médiane lespersonnespauvres)quechezlespro-
2répondent par l’affirmative, contre priétaires.est de 27,5 m pour les modestes et de
229 % des modestes et 20 % des autres. 33 m pour les autres.
Par ailleurs, parmi les ménages pau- Les locataires disposent d’une surface Enfin,iln’yapasdedifférencesignifi-
vres, 13 % pensent être contraints de parhabitantplusfaiblequelesproprié- cative chez les ménages pauvres entre
quitter leur logement dans les trois ans taires.Onn’observeparcontrequepeu ceux qui ont emménagé récemment et
de différence entre les locataires du les autres.
Environ210000personnesdeplusde15
ansontconnuuneabsencedurableetnon 54%despersonnespauvreslocatairesdanslesecteurprivésonten
choisiedelieudevie situationdesuroccupation en %
6 % des individus de plus de 15 ans de Pro-
Proportion de personnes en situation de suroccupation en Provence-Alpes-Côte d'Azurvence-Alpes-Côte d’Azur ont connu à une
époque de leur existence une absence durable Personnes Personnes Autres Ensemble
pauvres modesteset non choisie de lieu de vie. Cette proportion
est de 5 % en France métropolitaine. Locataires parc privé 54 44 22 34
StatutParmi ces 210 000 personnes, 81 % ont sollicité Locataires parc social 49 25 17 29
d'occupation
leur famille ou leurs amis, 11 % ont séjourné Propriétaires 19 12 7 9
dans des logements d’urgence ou temporaires Couples avec 3 enfants ou plus 74 68 35 56
(foyer, asile de nuit, centre maternel, hôtel payé avec 1 ou 2 enfants 45 33 13 20
Type de famille
par une association) et 8 % dans un lieu non Familles monoparentales 41 24 23 28
prévu pour l’habitation (rue, véhicule, hall d’im- Ménages sans enfant 12 9 4 6
meuble, abri de fortune, ...). Emménagés il y a moins de 4 ans 40 32 14 22Année
Il est nécessaire de rappeler que l’ensemble de d'emménagement il y a 4 ans ou plus 39 23 10 17
cet état des lieux ne concerne que les person- Ensemble 39 26 11 18
nes ayant un logement en 2006. Source : Insee, Enquête Logement 2006, résultats provisoires
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Desdésagrémentsplus
fréquentspourles
pauvresoumodestes
Les ménages pauvres ou modestes si-
gnalent les mêmes défauts de logement
maisilsy sont confrontésdefaçon plus
fréquente. Ainsi, plus de quatre ména-
ges pauvres sur dix se plaignent de la
qualitédel’air,dubruitoudel’insécuri-
té. Parmi ceux qui vivent en immeuble
collectif, autant ont subi au moins une
panne d’ascenseur de 24 heures au
cours des trois derniers mois.
Les plus grands écarts entre les ména-
ges pauvres ou modestes et les autres
concernent le vandalisme sur les par-
ties communes, leur manque d’entre-
tien et les façades dégradées.
Par ailleurs, les ménages pauvres loca- les transports en commun, les réponses Globalement,61 %desménagespau-
taires du secteur social sont ceux qui desménagessonttrèshomogènesselon vres ou modestes estiment leur loge-
déclarent le plus souvent des désagré- le niveau de vie. De même, au niveau ment satisfaisant ou très satisfaisant,
ments :prèsdesixsurdixontunsenti- des transports domicile-travail, la moi- contre 80 % des autres ménages. Ces
ment d’insécurité dans leur quartier ou tié des individus déclarent avoir un tra- proportions sont inférieures pour les
ont connu une panne d’ascenseur, un jet moyen de quinze minutes entre leur locataires, notamment pour ceux du
sur deux n’a pas une bonne opinion de domicile et leur travail, cela quel que secteur social : dans ce secteur, 38 %
l’entretien des parties communes ou soitleniveau deviedesménages.Mais des ménages pauvres sont satisfaits,
déclare des actes de vandalisme ou de les modes de transport sont différents: contre 49 % des ménages modestes et
négligence sur ces parties communes. 27% des ménages pauvres utilisent les 54 % des autres.
Ces opinions sont nettement plus fa- transportsencommun,lamarcheàpied
vorables dans le secteur locatif privé. ou le vélo pour se rendre à leur travail, SébastienChéron
contre 22% des modestes et 18% des
Auniveaudelaproximitédescommer- plusaisés,ceux-ciutilisantplussouvent
ces, des écoles et de l’accessibilité par un véhicule individuel.
Définitions
Ménage pauvre : un ménage (ou un individu) est considéré comme pauvre lorsque son niveau de vie (revenu disponible du ménage corrigé pour tenir
compte de sa taille) est inférieur au seuil de pauvreté. Ce seuil est calculé par rapport à la médiane de la distribution nationale des niveaux de vie. En
France, en 2005, le seuil de pauvreté correspond à un revenu disponible de 817 euros par mois pour un adulte seul.
Ménagemodeste : un ménage (ou un individu) est considéré comme modeste lorsque son niveau de vie est supérieur au seuil de pauvreté et inférieur au
e
3 décile des niveaux de vie des individus de la France, soit compris entre 817 et 1 089 euros par mois en 2005.
De nombreuses variables nécessitent d’être connues pour déterminer le niveau de vie d’un ménage. Cette mesure est réalisée chaque année avec préci-
sion au travers de l’enquête Revenus Fiscaux. L’enquête Logement ne recueille pas la totalité des allocations et prestations nécessaires à la mesure du ni-
veau de vie. L’approche du niveau de vie par l’ Logement a donc nécessité de caler la distribution de ses variables de revenu sur la distribution des
revenus disponibles de l’enquête Revenus Fiscaux.
Source
L’enquête Logement réalisée par l’Insee en 2006 a donné lieu à une extension d’échantillon en Provence-Alpes-Côte d’Azur : afin d’obtenir des résultats
dans la région et ses territoires, des individus supplémentaires ont été enquêtés. Cette opportunité a été rendue possible par la collaboration de 13 parte-
naires de la région.
Pouren savoirplus
"Entre 2 288 000 et 2 337 000 ménages en 2015 et une demande de logements en évolution", SUD INSEE l'essentiel n° 119, mai 2008.
"Trois habitants sur quatre satisfaits malgré des logements plus petits", SUD INSEE l'essentiel n° 118, mars 2008.
Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques
© Insee - Dros - Région Paca 2008 Provence-Alpes-Côte d'Azur
17, rue Menpenti
Dépôt légal : juin 2008 Directeur de la publication : François Clanché
13387 Marseille Cedex 10
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