Il est devenu plus difficile daccéder à la propriété pour les jeunes générations en Languedoc-Roussillon

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En Languedoc-Roussillon, le taux de propriétaires ne progresse plus depuis le début des années 1990. Après une forte augmentation pendant " les 30 glorieuses ", le freinage de l'accession à la propriété y a été plus marqué que dans les autres régions françaises. Les difficultés croissantes à devenir propriétaire de sa résidence principale touchent les populations fragilisées par la détérioration du marché du travail, notamment les générations les plus jeunes. Le ralentissement de l'étalement urbain, provoqué notamment par le renchérissement du coût des transports, contribue lui aussi au freinage de l'accession à la propriété. La demande de logement, plus forte dans les premières couronnes des villes, alimente la montée des prix fonciers et limite les possibilités des nouveaux accédants.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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pour l’économie du Languedoc-Roussillon
Septembre 2007N° 2 -
Il eest ddevenu pplus ddifficile dd’accØder ? lla ppropriØtØ
pour lles jjeunes ggØnØrations een LLanguedoc-RRoussillon
Daniel FRANÇOIS, chargé de synthèse - INSEE
En Languedoc-Roussillon, le taux de propriétaires ne progresse plus depuis le début des
années 1990. Après une forte augmentation pendant " les 30 glorieuses ", le freinage de l'ac-
cession à la propriété y a été plus marqué que dans les autres régions françaises.
Les difficultés croissantes à devenir propriétaire de sa résidence principale touchent les popu-
lations fragilisées par la détérioration du marché du travail, notamment les générations les
plus jeunes.
Le ralentissement de l'étalement urbain, provoqué notamment par le renchérissement du coût
des transports, contribue lui aussi au freinage de l'accession à la propriété. La demande de
logement, plus forte dans les premières couronnes des villes, alimente la montée des prix fon-
ciers et limite les possibilités des nouveaux accédants.
La progression de l'accession à la propriété depuis 30 Proportion de ménages propriétaires
ans est sans précédent. Elle est due à la croissance éco- de leur résidence principale
Unité : %nomique de la France durant cette période. L'accession à
60,0la propriété est avant tout un phénomène familial qui a
57,5permis à la demande d'espace habitable des ménages de
s'exprimer plus facilement en maison individuelle. 55,0
52,5
50,0
Les trente glorieuses de l'accession à la
47,5
Languedoc-Roussillonpropriété sont terminées 45,0
France entière
42,5Le taux de propriétaires a connu une progression rapide
jusque dans les années 1990. Il est passé de 41,8 % en 40,0
20001960 1970 1980 19901962 à 54,7 % en 1999, soit + 0,35 point par an.
Source : INSEE
L'accélération a duré jusqu'en 1975, période à partir de
laquelle la progression du taux de propriétaires s'est
Accroissement annuel du taux de propriétairesmaintenue entre 0,5 et 0,6 point par an jusqu'au seuil
des années 1990.
Unité : en point
60,0En forte augmentation depuis la 2e guerre mondiale, le
57,5taux de propriétaires ne progresse plus depuis les
années 1990. Ce ralentissement est plus marqué en 55,0
Languedoc-Roussillon qu'ailleurs. Languedoc-Roussillon52,5
France entière50,0De 1962 à 1990, la progression du taux de propriétaires
47,5a été de 0,45 point par an en France. Entre 1990
45,0et 1999, elle n'était plus que de 0,04 point par an, soit
10 fois moins. En Languedoc-Roussillon, ces chiffres sont 42,5
respectivement de 0,47 et -0,17. 40,0
20001970 1980 1985 19901965 1975 1995
Source : INSEE
© INSEE 2007 Il est devenu plus difficile d'accéder à la propriété pour les jeunes générations en Languedoc-Roussillon 1Le ralentissement de l'accès L'accession à la propriété
à la propriété est plus sensible suit le cycle de vie
en Languedoc-Roussillon Le besoin d'accéder à la propriété se fait sentir particu-
lièrement lorsque la famille s'agrandit.L'augmentation du taux de propriétaires connaît un fort
Il n'est donc pas étonnant de voir le taux de propriétai-ralentissement depuis les années 1990 dans toutes les
res augmenter régulièrement avec l'âge: de 41 % pourrégions françaises: de + 0,55 point par an entre 1968
les 25 à 35 ans, le taux de ménages propriétaires de leuret 1975, il n'était plus que de 0,04 entre 1990 et 1999
logement passait à 72 % pour les 65 à 75 ans en 1999France Entière, soit une quasi-stagnation. Ce ralentisse-
pour la France métropolitaine.ment est plus sensible en Languedoc-Roussillon: de
+ 0,47 point par an, il est devenu négatif dans les Au fil des années, le profil d'âge des propriétaires s'est
mêmes périodes. modifié: le taux de propriétaires a fortement augmenté
pour les 45 à 55 ans, rajeunissant l'ensemble des pro-Le débordement périurbain qui avait permis à beaucoup
(1)priétaires. La bancarisation de la société qui a accom-de ménages d'accéder à la propriété d'une maison indi-
pagné la croissance économique d'après-guerre a favori-viduelle, trouve donc ses limites de ce point de vue.
sé fortement l'accession à la propriété pour les jeunesD'une part, les espaces périurbains proches sont deve-
ménages.nus plus denses donc plus chers et d'autre part les com-
munes périphériques plus éloignées augmentent le poids Alors qu'en 1968, la proportion de propriétaires progres-
des frais de transport dans le budget des ménages. sait avec l'âge de façon à peu près linéaire, en 1999 la
progression est plus rapide, puis elle marque un fléchis-
sement pour les plus de 65 ans.En Languedoc-Roussillon, le freinage
de l'accession à la propriété
(1) Les banques ont fortement développé les formules d'accès au crédit, mais
dans les années 1990 touche les jeunes aussi leurs implantations au plus près de leurs clients.
plus qu'ailleurs
Les plus de 45 ans ont bénéficié plus que les autres caté-
Taux de propriétaires suivant l’âgegories d'âge de la progression du taux de propriétaires
France entièreentre 1962 et 1999. Pour cette catégorie d'âge, le taux Unité : en %
de propriétaires a augmenté de 17,8 points (50 à 68 %), 80
1968alors que, pour les moins de 45 ans, la progression a été 75
1975de 14,7 points France Entière. 70
1982
65En Languedoc-Roussillon, les taux sont plus élevés
1990
60qu'ailleurs pour les deux classes d'âge, mais la progres-
1999
sion a été moindre que France Entière: de 58,6 à 55
70,4 %, soit +11,8 points pour les plus de 45 ans, et de 50
34 % à 45,5 % soit + 11,6 points pour les moins de 45 45
ans.
40
L'accession à la propriété connaît donc un goulot d'é- 35
tranglement pour les jeunes générations, phénomène 30
25-35 ans 65-75 ans45-55 ansplus sensible en Languedoc-Roussillon qu'ailleurs en plus de
35-45 ans 55-65 ans 75 ansFrance. Source : INSEE
Taux de propriétaires La situation des plus âgés
Unité : en %
80 s'est améliorée,
Moins de 45 ans France entière
75 celle des jeunes s'est détérioréePlus de 45 ans France entière
70 Moins de 45 ans Languedoc-Roussillon
Le résultat montre un pivotement de la courbe d'effet
Plus de 45 ans Languedoc-Roussillon65 d'âge entre 1968 et 1999 au profit des classes d'âge les
60 plus âgées et donc au détriment des plus jeunes en des-
55 sous de 35 ans. En 1968, l'effet d'âge pour les 25 à 35
50 ans était de -13 points, en 1999 il est de -21 points. Pour
les 65 à 75 ans, c'est l'inverse: en 1968 il était de + 1245
points et en 1999 il est de +21 points.40
35 Cet accroissement important des inégalités intergénéra-
30 tionnelles vient sans doute en partie de la montée du
1970 1980 1985 20001965 1975 1990 1995 chômage qui empêche nombre de ménages plus jeunes
Source : INSEE de fournir les garanties nécessaires lors de l'établisse-
ment d'un dossier de prêt pour l'achat d'une résidence
principale.
2 Il est devenu plus difficile d'accéder à la propriété pour les jeunes générations en Languedoc-Roussillon © INSEE 2007Effet spécifique à l'âge sur le taux de propriétaires Nombre de chômeurs de moins de 35 ans:
Nombre de chômeurs de plus de 35 ansUnité : en point
Unité : en %
+ 0,25
10,0
+ 0,20
9,0
+ 0,15
1968 8,0
+ 0,10
1999 7,0+ 0,05
6,00
5,0- 0,05
4,0- 0,10
3,0- 0,15
France entière
2,0- 0,20
Languedoc-Roussillon
- 0,25 1,0
25-35 ans 45-55 ans 65-75 ans 0
18-25 ans plus de55-65 ans35-45 ans 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000
75 ans
Source : INSEE
Source : INSEE
Note de lecture : Les deux courbes montrent un effet négatif de l'âge sur le taux
L'examen des taux de propriétaires suivant la situationde propriétaires jusqu'à 35-40 ans et positif au delà. On est donc plus souvent
propriétaire lorsqu'on est âgé. La courbe correspondant au recensement de 1999 sur le marché de l'emploi-chômeur ou non nous révèle ce
se situe au-dessous de celle de 1968 pour les jeunes et au dessus pour les plus
qui était assez facile à deviner: les actifs sont plus sou-âgés. À âge égal on est donc moins souvent propriétaire en 1999 qu'en 1968 si
on a moins de 35-40 ans et plus souvent si on est plus âgé. vent propriétaires que les chômeurs.
Toutefois, en 1968, leur avantage n'était important
qu'entre 50 et 60 ans où il atteignait 15 à 20 points.
Les jeunes Languedociens ont du mal En 1999, la situation a sensiblement changé. L'écart des
taux de propriétaires entre chômeurs et non-chômeursà devenir propriétaires dans la région
est marqué entre 30 et 60 ans où il atteint 10 à 20à cause du chômage.
(2)points .
Le chômage est plus élevé en L-R, tout particulièrement
chez les plus jeunes, ce qui leur rend l'accession à la pro- (2) Les taux de propriétaires chez les chômeurs ne sont pas nuls car ils n'ont pas
forcément été chômeurs toute leur vie, et ils ont pu par ailleurs bénéficier d'ap-priété plus difficile.
ports familiaux pour accéder à la propriété.Le taux de chômage des jeunes est souvent plus fort que
celui des plus âgés. France Entière, en 1968, le nombre
de chômeurs de moins de 35 ans était 4 fois plus élevé Proportion de propriétaires suivant l'activité
que celui des plus de 35 ans. et l'âge en 1999 France entière
En Languedoc-Roussillon, où le chômage est habituelle- Unité : en %
ment plus élevé, le ratio était de 6 en 1968. il passe à 9 80
en 1982 (contre 6 France Entière), mettant en évidence Actifs ayant un emploi
70
la plus grande fragilité des jeunes sur le marché du tra- Chômeurs
vail en Languedoc-Roussillon. 60
Si la part des chômeurs parmi les moins de 35 ans a aug-
50
menté moins vite depuis 1982, elle augmente pourtant:
elle a atteint plus de 16 % en Languedoc-Roussillon et 40
près de 12 % France Entière.
30
L'accession à la propriété pour les jeunes ménages est
donc plus difficile qu'avant particulièrement en 20
25 ans 30 ans 35 ans 40 ans 45 ansLanguedoc-Roussillon. Cette difficulté explique l'emploi 50 ans 55 ans 60 ans 65 ans
de solutions financières inédites, comme l'allongement
Source : INSEE
de la durée des prêts, ou plus traditionnelles, comme l'ai-
de de la famille.
Accroissement de la proportion de propriétaires
suivant l'activité et l'âge entre 1968 et 1999Part des chômeurs parmi les moins de 35 ans
France Entière
Unité : en % Unité : en points
18,0 + 25
France entière Actifs ayant un emploi
16,0
+ 20Languedoc-Roussillon
Chômeurs14,0
+ 15
12,0
+ 1010,0
8,0 + 5
6,0
0
4,0
- 52,0
0 - 10
1965 1970 1975 25 ans 30 ans 35 ans1980 1985 1990 1995 2000 40 ans 45 ans 50 ans 55 ans 60 ans 65 ans
Source : INSEE Source : INSEE
© INSEE 2007 Il est devenu plus difficile d'accéder à la propriété pour les jeunes générations en Languedoc-Roussillon 3La génération née vingt ans plus tard (1960 à 1970)La baisse de l'accession à la propriété
connaît un arrêt de la progression du taux de propriétai-touche les jeunes et les divorcés.
res: à 35 ans leur taux est le même que la génération
L'accession à la propriété est fortement marquée par le précédente France Entière et inférieur en Languedoc-
cycle de vie qui se manifeste sous deux aspects: d'une Roussillon.
part les moyens financiers qui augmentent avec l'activité
(3)professionnelle , donc avec les années et de l'autre l'a- Proportion de ménages propriétaires par cohorte
grandissement de la famille, notamment avec l'arrivée Languedoc-Roussillon
Unité : en %des enfants.
80Les taux bruts de propriétaires montrent une augmenta- 1900 - 1910
75tion des taux à âge égal sur longue période. Pour avoir 1920 - 1930
70une idée plus précise de l'évolution de l'accession à la
1940 - 1950
65propriété suivant l'âge, nous avons isolé l'effet dû à l'âge
1960 - 1970
60sur le taux de propriétaires en 1968 et 1999, débarrassé
55de l'effet de taille du ménage par la méthode shift-
(3) 50share .
45
(3) Le fait d'avoir une activité professionnelle et l'ancienneté augmentent les
40moyens financiers : le salaire moyen est multiplié par 1,8 entre 25 et 65 ans.
(4) Voir encadré sur la méthode shift-share 35
30
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000L'accession à la propriété a connu
Source : INSEEses meilleurs moments
avec les jeunes actifs des années 1960
Les propriétaires anciens au centre,
Les différentes générations ont connu des fortunes diver- les jeunes à la périphérie
ses dans l'accession à la propriété.
La position des différentes cohortes dans l'espace urbain
Les écarts entre les générations sont forts, mais sont de
est directement liée à leur ancienneté. Les plus anciens
même nature en Languedoc-Roussillon et France Entière.
sont les plus proches de la ville pôle et, symétriquement,
La génération née au tout début du 20e siècle qui avait
les derniers arrivés ont été conduits à s'éloigner pour
déjà 50 à 60 ans en 1960, n'a pas été concernée par l'a-
accéder à la propriété. Ainsi, la proportion de chacune
mélioration de l'offre qu'a connue la France à partir des
des cohortes dans l'ensemble des ville-centre des aires
années 1960 avec l'extension périurbaine. Pour ceux qui
urbaines suit l'ordre de leurs naissances.
sont nés entre 1920 et 1930 et qui avaient donc entre 30
et 40 ans en 1960, le débordement des villes a coïncidé En 1999, les propriétaires nés entre 1900 et 1910,
avec le début de leur vie active. Cette cohorte, en demeuraient pour 43 % dans une ville-centre contre
Languedoc-Roussillon, de 35 % de propriétaires en 1962 22 % seulement pour les natifs de la décennie 1980-
(32 à 42 ans) a atteint 75 % en 1990 (62 à 72 ans) pour 1990. Les plus anciens ont vu au fil des années leur posi-
se stabiliser ensuite. tion dans les villes-centre se renforcer. Le mouvement est
plus ambigu pour les autres cohortes sauf pour celle des
Les natifs du baby-boom, ici les nés entre 1940 et 1950,
natifs d'après-guerre (1940 à 1950) pour lesquels l'éva-
ont connu une progression de leur taux de propriétaires
sion de la ville-centre est confirmée par les recensements
encore plus précoce que celle de la génération précé-
successifs: ils étaient 39 % en 1962 à habiter dans une
dente: à 50 ans (âge médian) elles connaissaient un
ville-centre et cette proportion a diminué régulièrement
taux de propriétaires de 10 points plus élevé France
jusqu'à 30 % en 1999, niveau qui est celui de la généra-
Entière et 20 en Languedoc-Roussillon.
tion suivante.
Proportion de ménages propriétaires par cohorte Part des cohortes de propriétaires par tranche
France Entière de distance au pôle de l’aire urbaine en 1999
Unité : en % Unité : en %
80 0,451900 - 1910 1900 - 1910
75
1920 - 1930 0,40
1920 - 193070
1940 - 1950 0,35 1940 - 195065
1960 - 1970
60 0,30 1960 - 1970
55 0,25 1980 - 1990
50
0,20
45
0,10
40
0,0535
30 0
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 Pôle 10-20> 10 20-30 < 30
Source : INSEE Source : INSEE
2 Il est devenu plus difficile d'accéder à la propriété pour les jeunes générations en Languedoc-Roussillon © INSEE 2007Proportion de ménages propriétaires habitant Effets dûs à l’âge et la taille de la famille suivant le
au pôle de l’aire urbaine par cohorte en 1999 statut matrimonial en 1999
Unité : en %Unité : en %
8
45 6
4
40
2
035
- 2
30 - 4
- 6
1900 - 191025 Effet dû à l’âge et à la taille du ménage- 8
Effet spécifique à l’état matrimonial1920 - 1930 - 1020
- 12
1940 - 1950 Marié Veuf Célibataire Divorcé10
Source : INSEE1960 - 1970
5
1980 - 1990
Les jeunes ménages sont devenus économiquement plus0
1965 fragiles et leurs projets d'accession plus difficiles à finan-1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005
cer malgré les efforts des banques et des pouvoirsSource : INSEE
publics pour sauver le marché proposant des durées de
prêt plus longues et des taux allégés. Pourtant, l'enga-La fragilisation des structures familiales
gement à long terme dans des crédits de longue durée
freine l'accession à la propriété n’est pas possible pour les ménages dont l'emploi est
durablement précaire.Parmi les 4 catégories de la situation matrimoniale au
(5)sens des recensements de la population , celle des A la fragilité économique vient s'ajouter un élément plus
ménages mariés le plus demandeur d'accession à la pro- sociologique, la durée de vie des familles se raccourcit,
priété représente 60 % du nombre des ménages en 1999 provoquant un changement structurel de la demande qui
France Entière. Ils sont plus souvent propriétaires n'est plus limitée à la maison familiale définitive. Les
72,9 % en 1999 France Entière, et la progression du taux familles en cours de recomposition passent à tout âge
de propriétaires parmi eux a été importante: + 26,2 par des phases d'adaptation dans lesquelles la location
points entre 1968 et 1999. est plus pertinente.
Les veufs avec 60,9 % de propriétaires suivent de près, Contrairement à ce qu'on pourrait attendre d'une situa-
certaines veuves redevenant locataires après le décès de tion tendue, l'accession à la propriété elle-même ne
leur mari. Les célibataires avec 47,5 % et les divorcés sépare pas plus qu'avant les groupes sociaux par le reve-
42,9 % sont presque 30 points derrière les mariés. Les nu. Les ouvriers sont au contraire dans une phase de rat-
différences entre les taux bruts sont, bien entendu, trapage, le marché proposant des biens suffisamment
influencées par la part des classes d'âges dans ces caté- différenciés à tous les niveaux de revenu. Le facteur d'i-
gories matrimoniales et aussi de la taille du ménage. négalité le plus visible affectant l'accession à la propriété
serait plutôt la précarité.Le calcul des effets des modalités de l'état matrimonial
sur le taux de propriétaires indépendamment de l'effet
de l'âge et de la taille du ménage nous donne quelques Le ralentissement de l'accession
informations supplémentaires: un effet positif des veufs à la propriété va de pair
de 3,4 points en 1999 qui peut être interprété comme un avec celui de l'étalement périurbain
effet revenu, un effet négligeable des mariés et céliba-
taires et surtout un effet négatif assez net des divorcés: Les familles, quand elles grandissent, tentent d'accéder à
-7,9 points en 1999. la propriété pour maintenir un espace habitable par per-
sonne satisfaisant. L'accession à la propriété étant le
Le divorce, comme le chômage a donc des effets assez
moyen le plus rapide pour cela, elles sont conduites la
nettement négatifs sur l'accession ou le maintien du sta-
plupart du temps à acheter une maison individuelle en
tut de propriétaire de sa résidence principale.
lotissement à la périphérie de la ville où elles travaillent.
(5) qui sont : célibataire, marié, veuf, divorcé
Distance totale domicile-travail
catégorie France Entière Unité : milloion de kmProportion de propriétaires suivant le statut
matrimonial France Entière 15
Unité : en %
Immeuble collectif1380
Maison individuelle70
1968 10
60
1999
50 8
40
530
20 3
10
00
1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000Veuf Célibataire DivorcéMarié
Source : INSEE Source : INSEE
© INSEE 2007 Il est devenu plus difficile d'accéder à la propriété pour les jeunes générations en Languedoc-Roussillon 3La généralisation de l'accession à la propriété a ainsi Nombre de personnes par pièce
contribué à allonger les trajets domicile-travail. Le trajet Unité : nombre
moyen domicile-travail des actifs de l'aire montpelliérai-
1,5ne, par exemple, s'est accru de 5 km par rapport à celui
1,4du début des années soixante.
Locataires
1,3
PropriétairesAujourd'hui, cet étalement périurbain ralentit en 1,2
Languedoc-Roussiooln comme en France depuis le début 1,1
des années 1980. (Voir Repères Synthèse N° 5 - 1,0
mai 2004).
0,9
0,8Devant le coût des déplacements domicile-travail, la
0,7demande des ménages porte de plus en plus sur les pre-
0,6mières couronnes des villes. La montée des prix du fon-
0,5cier qui résulte de cette pression limite l'accession à la
1960 1970 1980 1990 2000propriété dans cette zone.
Source : INSEE
leur taux d'occupation des logements croît régulièrementL'accession à la propriété s'accompagne
avec la densité: de 0,6 pour les communes les moins
d'une amélioration de l'espace habitable denses à 0,77 pour les communes les plus denses.
L'offre de maisons individuelles en lotissement a étéL'accession à la propriété s'accompagne d'une augmen-
organisée concurremment avec les démarches indivi-tation de l'espace habitable par personne. Mesuré par le
duelles. Les lotisseurs, constructeurs et banquiers ontnombre de personnes par pièce, disponible dans les
proposé des logements plus grands et moins chers.recensements de la population, cet indicateur montre un
L'accession à la propriété a conduit dans la plupart destaux d'occupation du logement inférieur lorsque le statut
cas à améliorer ses conditions d'habitation. Cet avantageest celui de propriétaire: 0,6 personne par pièce pour les
est d'autant plus important qu'on habite une grande villepropriétaires en 1999 contre 0,76 pour les locataires
ou autour. L'étalement périurbain beaucoup plus fortFrance Entière.
dans les aires urbaines les plus peuplées pourrait s'expli-
L'avantage lié au statut de propriétaire s'est stabilisé à quer en partie ainsi.
partir de 1975: l'écart était de +0,33 personne par pièce
Plutôt que de réduire leur espace habitable pour resterà l'avantage des propriétaires. Il a diminué jusqu'à +0,15
près de leur lieu de travail, situé souvent dans la ville-en 1975. Depuis, l'écart se maintient dans les mêmes
centre, les accédants à la propriété ont opté pour unordres de grandeur.
logement plus grand donc plus éloigné, et moins variable
avec la distance au pôle de l'aire urbaine.
Nombre de personnes par pièce
et densité démographique de la commune de résidence
La densité urbaine freine l'accessionFrance Entière en 1999
à la propriété
0,750
0,725
Le taux de propriétaires dans une aire urbaine est d'au-Propriétaires
0,700 tant plus faible que la population est importante: ainsi enLocataires
0,675 1999, le taux de propriétaires était de 45 % seulement
0,650 en 1999 dans l'aire urbaine parisienne, contre 50 % pour
les 5 aires urbaines suivantes et 56 % pour l'ensemble0,725
des aires urbaines au-delà de la 100e.
0,600
0,575 Dans l'ensemble des communes multipolarisées, à la
lisière du monde rural et du monde urbain, ce taux0,550
atteint 72 %.0 0,25 0,50 0,75 1,00 1,25 1,75 2,001,50
Densité démographique
Source : INSEE Toutefois, avec l'extension des grandes villes, beaucoup
d'espaces auparavant ruraux ont été absorbés par les
grandes aires urbaines, contribuant à une augmentationLes villes étant des espaces denses par définition, l'espa-
significative de leurs taux de propriétaires. Ainsi l'airece habitable revient pour un ménage à conquérir de
urbaine de Paris a vu son taux de propriétaires progres-l'espace au sol, car l'extension des villes s'est faite sur-
ser de 12,2 points entre 1968 et 1999, mais le contrastetout par la maison individuelle avec jardin. L'accession à
est fort entre les communes les plus excentrées à plus dela propriété a été de ce point de vue un succès, car le
30 kilomètres qui ont vu leur taux progresser de 20nombre de personnes par pièce est d'une stabilité éton-
points et les autres plus centrales qui ont connu une pro-nante pour les propriétaires, autour de 0,59 personne
gression de 6 à 8 points seulement.par pièce, quelle que soit la densité démographique de la
commune. Le cas de Paris illustre donc le problème des grandes
villes qui pour loger les familles d'actifs en maison indivi-Les locataires, eux, subissent les effets de la densité:
duelle sont conduites à financer des transports en com-
2 Il est devenu plus difficile d'accéder à la propriété pour les jeunes générations en Languedoc-Roussillon © INSEE 2007
Nombre de personnes par piècemun particulièrement puissants, capables d'acheminer A la situation économique et sociale des ménages s'a-
très loin du centre les actifs qui y travaillent nombreux. joute un élément géographique déterminant. La premiè-
re phase d'expansion périurbaine s'est faite par la pro-
duction de lotissements standard sur des terres aupara-En Languedoc-Roussillon le contraste
vant agricoles dont la valeur était faible et à la baisse. La
centre-périphérie est fort pour les villes périurbanisation progressant, les terres périurbaines sont
moyennes devenues plus denses et leurs nouveaux habitants tenant
à préserver leur cadre de vie, résistent à la densification.En Languedoc-Roussillon, le phénomène de freinage de
Les droits à construction limités ont rejeté longtemps lesl'accession à la propriété résultant de la densité s'atténue
nouveaux arrivants dans des périphéries de plus en plusau-delà de la première couronne. L'augmentation du
éloignées. Ils occasionnent des frais de transport plustaux de propriétaires avec l'éloignement de la ville-cent-
élevés qui équilibrent les gains en prix des terrains éloi-re ne varie plus beaucoup à partir de cette frontière. Les
gnés et la révision de ces droits se fait avec beaucoup deaires urbaines peu importantes représentent une dicho-
retard sur les évolutions de la demande. Devant le coûttomie assez marquée entre la ville-centre et l'ensemble
croissant des déplacements domicile-travail, beaucoupdes communes périphériques dans lesquelles les taux de
de ménages tentent d'accéder à la propriété dans lespropriétaires sont assez proches.
premières couronnes, ralentissant ainsi la dispersion
Pour Montpellier, ville la plus peuplée de la région et qui périurbaine.
continue de croître à un rythme soutenu, le taux de pro-
Ce mécanisme a abouti à une concurrence entre lespriétaires augmente jusqu'à la deuxième couronne et ne
générations. Celle du baby-boom s'est installée massive-se stabilise qu'au-delà de celle-ci.
ment dans les premières couronnes à une époque où les
terrains étaient bon marché. Les dernières arrivées doi-
vent payer le prix fort pour s'approcher de la ville-centreTaux de propriétaires suivant la distance par rapport
à la ville centre de Paris où elles travaillent pour la plupart. Ces tensions pour-
Unité : en % raient se détendre lorsque la génération du baby-boom
70
quittera un habitat périurbain devenu inadapté, pour
60 s'approcher de la ville et des services que réclament les1968
50 handicaps du grand âge. Cette détente pourrait apparaî-
1999
40 tre dans une quinzaine d'années, pour autant qu'une
30 offre de logement alternative soit mise en place d'ici là.
20
10
0 En Languedoc-Roussillon,
0 à 10 km 10 à 20 km 20 à 30 km > 30 kmParis
le taux de propriétaires des ouvriersSource : INSEE
se rapproche de celui des cadres
dans les années 1990
Proportion de propriétaires suivant la distance au pôle
de l’aire urbaine en Languedoc-Roussillon Le taux de propriétaires chez les employés et ouvriers est
Unité : en % toujours inférieur à celui des patrons et cadres comme à
80
l'ensemble des autres catégories sociales.
70
1968
60 En 1999, les employés et ouvriers sont propriétaires à
1999
50 43,7 % de leur résidence principale contre 53,2 % pour
40 les patrons et cadres. Toutefois, leur taux a opéré un rat-
30 trapage régulier entre 1962 et 1990. Le taux de proprié-
20
taires chez les employés et ouvriers est passé de 27,3 %
10
en 1962 à 36,5 % en 1990. Dans le même temps, celui
0
des patrons et cadres est passé de 43,7 % à 50,6 %.< 10 kmPôle 10 à 20 km
Source : INSEE L'écart entre ces deux catégories sociales est passé de
16,4 points en 1990 à 14,2 en 1990 soit -0,08 points par
an.
Proportion de propriétaires suivant la distance au pôle
de l’aire urbaine de Montpellier Depuis, le rattrapage est dix fois plus rapide. En 1999 le
Unité : en %
taux de propriétaires chez les cadres est de 51,1 % et
80
chez les employés et ouvriers de 43,7 %. L'écart s'est
70
1968 réduit de 0,75 point par an entre 1990 et 1999 passant60
1999 de 14,2 points à 7,4.50
40
L'accession à la propriété semble tricher avec le revenu.
30
Alors que la cherté des terrains urbains et le chômage la
20
freinent, la catégorie sociale, pourtant étroitement asso-10
ciée au niveau de revenu, discrimine de moins en moins0
< 10 kmPôle 10 à 20 km 20 à 30 km les accédants à la propriété.
Source : INSEE
© INSEE 2007 Il est devenu plus difficile d'accéder à la propriété pour les jeunes générations en Languedoc-Roussillon 3L'examen des taux bruts n'est toutefois pas suffisant, car Conclusion
les différences de structures familiales et d'implantation En France, les années qui ont suivi la seconde guerre
territoriale des ouvriers et les cadres peuvent expliquer mondiale ont été celles de l'expansion économique et de
une partie des écarts entre les taux bruts. la migration vers les villes. L'étalement urbain a permis à
des ménages modestes, souvent locataires dans la villeL'examen de l'effet spécifique de la catégorie socio-pro-
(6) ancienne, de devenir propriétaires.fessionnelle confirme le rattrapage observé avec les
taux bruts de propriétaires: l'effet dû à l'appartenance à Cette extension sociale a été facilitée par l'industrialisa-
la catégorie ouvriers et employés sur le taux de proprié- tion de l'offre par les lotisseurs-constructeurs et ban-
taires reste négatif en 1999, mais après avoir diminué de quiers. La phase d'accession à une maison standard
moitié en valeur absolue entre 1990 et 1999. construite en lotissement est devenue moins coûteuse et
plus rapide. Cette généralisation, qui a pu laisser croire à
une démocratisation définitive de l'accession à la pro-Pour les patrons et cadres, c'est l'effet symétrique qui
priété pour les familles, se heurte pourtant au tournantapparaît avec une régression de l'effet spécifique qui
du 21e siècle à des obstacles inattendus. Le chômage etcommence plus tôt en 1982, mais avec les mêmes ord-
le divorce ne favorisent pas l'accession à la propriété ou,res de grandeur tout en restant positif.
le cas échéant, le maintien du statut de propriétaire de
Le niveau de revenu semble avoir de moins en moins sa résidence principale.
d'influence sur l'accession à la propriété, les disparités
Du point de vue de l'évolution de l'accession à la pro-dans l'accession se jouant maintenant entre ceux qui ont
priété, le Languedoc-Roussillon s'apparente aux autresun emploi stable et les autres.
régions de la France de province. Le ralentissement du
débordement périurbain y est observable comme(6) Nous avons regroupé ici les catégories socio-professionnelles en 3 postes :
employés et ouvriers, patrons et cadres, autres. ailleurs. Les taux de propriétaires les plus élevés se
situent dans les zones rurales qui n'ont pas été touchées
par la périurbanisation. Cependant, le ralentissement est,
Effet spécifique dû à la catégorie socioprofessionnelle sans surprise, plus marqué en Languedoc-Roussillon
débarassé de l’effet d’âge qu'ailleurs, le chômage y étant plus fort.
et du nombre de personnes du ménage
Devant la vivacité de la migration vers la Méditerranée,
+ 0,10
le partage et l'aménagement de l'espace autour des villes
+ 0,08
ne va-t'il pas devenir une question essentielle et l'acces-
+ 0,06
sion à la propriété encore plus difficile qu'ailleurs?
+ 0,04
Patron cadres
+ 0,02
Employés Ouvriers
0
- 0,02
- 0,04
- 0,06
- 0,08
1960 1965 1970 1995 20001975 1980 1985 1990
Source : INSEERattrapage du taux de propriétaires dans le nord-est
Les taux de propriétaires en France sont nettement plus forts dans le sud-ouest, largement à cause de la forte pré-
sence des agriculteurs. La montée de l'accession à la propriété a opèré un rééquilibrage au profit des départements
du nord-est, du centre et du nord-ouest sous influence parisienne. La région parisienne, trop dense, n'a pas profité pas
du mouvement. Nous verrons par la suite en quoi la densité urbaine freine l'acession à la propriété.
Les proportions de propriétaires
sont faibles dans les pôles
urbains et à leur périphérie.
La pression foncière autour des grandes
villes freine l'accession à la propriété. Les
plus forts taux de propriétaires apparaissent
dans le monde rural, là où la population est
la moins dense. Les stations d'altitude des
Pyrénées-Orientales font exception, la fai-
blesse des taux de propriétaires s'expliquant
par la forte présence d'activités saisonnières
liés au tourisme.Les étrangers deviennent propriétaires de leur résidence principale dans les villages
de l'arrière-pays
Les étrangers présents dans la région peuvent être partagés en deux catégories : d'une part les étudiants et les actifs
qui se trouvent pour la plupart dans les villes et dans leur périphérie et de l'autre les inactifs d'un certain âge qui ont
un goût marqué pour l'arrière-pays et le bâti ancien.
Nous retrouvons cette dernière catégorie souvent propriétaire dans l'arrière-pays viticole, dans le Minervois,
l'Espinouse, les marges de la Montagne Noire, les Corbières, la Haute-Vallée-de-l'Aude, dans les Cévennes, en
Margeride, dans l'Aubrac.
Nul doute que les paysages préservés de la périurbanisation et de l'urbanisme touristique littoral attirent de plus en
plus fortement une clientèle plutôt aisée et cultivée d'Europe du Nord, de plus en plus nombreuse et qui n'est pas rebu-
(1)tée par la rénovation du bâti ancien .
(1) Voir à ce sujet La migration des pays occidentaux riches vers le Languedoc-Roussillon REPERES N° 10 2004

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