La facture énergétique des ménages serait 10 % plus faible sans l'étalement urbain des 20 dernières années

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En 2006, les ménages consacrent 8,4 % de leur budget aux dépenses d'énergie : ils dépensent 4,6 % en chauffage et électricité pour leur logement ; 3,6 % en carburant. Ces dépenses varient beaucoup d'un ménage à l'autre. Deux variables expliquent l'essentiel des écarts : la surface du logement pour la facture énergétique du logement, l'éloignement des grands centres urbains pour le carburant. Depuis 20 ans, les ménages ont continué à s'éloigner des villes-centres des aires urbaines et ce phénomène d'étalement urbain s'est accompagné d'un agrandissement des logements. Cela explique que, malgré l'amélioration de l'efficacité énergétique des habitations et des véhicules, la part budgétaire consacrée à l'énergie ait peu varié sur la période. Ainsi, si les ménages habitaient en 2006 dans les mêmes logements que 20 ans auparavant (en termes de surface et d'éloignement des villes-centres), leur consommation d'énergie serait 10 % plus faible.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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La facture énergétique des ménages
serait 10 % plus faible sans l’étalement urbain
des 20 dernières années
Lucie Calvet, François Marical, Sébastien Merceron et Maël Theulière*
En 2006, les dépenses d’énergie (carburant et énergie pour le logement) représentent 8,4 %
du budget des ménages. La localisation et la surface des logements sont des facteurs détermi-
nants : elles expliquent l’essentiel des écarts de dépenses selon l’âge ou le niveau de vie.
Ainsi, les dépenses d’énergie pour le logement dépendent surtout de la surface d’habitation
et de la source d’énergie utilisée pour le chauffage tandis que l’éloignement des
villes-centres influe fortement sur la dépense de carburant.
En vingt ans, la part de l’énergie dans le budget des ménages (transport et logement) est
restée globalement stable. Pourtant, l’énergie est devenue relativement moins chère sur
cette période, la performance énergétique des logements et des véhicules s’est améliorée, et
les ménages ont arbitré en faveur de combustibles plus économiques. Mais les appareils
électriques et les véhicules se sont multipliés et les ménages vivent plus loin des
villes-centres dans des logements plus grands.
Ce phénomène d’étalement urbain et d’agrandissement des logements permettrait en partie
d’expliquer que la part budgétaire de l’énergie soit restée à un niveau stable malgré l’amélio-
ration de l’efficacité énergétique des habitations et des véhicules. Si, en 2006, les ménages
occupaient les mêmes logements en termes de surface et d’éloignement des villes-centres
que 20 ans auparavant, leur consommation d’énergie serait 10 % plus faible.
Les dépenses énergétiques, un enjeu pour les années à venir
Le réchauffement climatique, l’épuisement et le coût des énergies fossiles mettent la
question énergétique au centre des préoccupations des années à venir. De multiples questions
sont posées, comme l’efficacité énergétique de la production agricole et industrielle, l’organi-
sation des échanges commerciaux, l’aménagement du territoire, la politique du logement et
du transport. On s’intéresse ici à l’étude de la facture énergétique des ménages : quel poids
représente-t-elle dans leur budget ? Cette facture a-t-elle évolué ces dernières années ?
L’article se penche notamment sur un apparent paradoxe : alors que la performance énergé-
tique des logements et des véhicules s’est améliorée en 20 ans, les dépenses d’énergie repré-
sentent toujours la même part du budget des ménages. Ceci s’explique notamment par
l’étalement urbain et l’augmentation des surfaces des logements. La dernière partie de l’article
mesure leur impact sur la consommation d’énergie des ménages.
* Lucie Calvet, François Marical, SEEIDD ; Sébastien Merceron, Maël Theulière, Insee.
Dossier - La facture énergétique des ménages... 167
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L’énergie : 8,4 % du budget des ménages en 2006
En 2006, les dépenses d’énergie représentent 8,4 % du budget des ménages : 4,8 % sont
dépensés pour l’énergie du logement et 3,6 % pour le carburant automobile, selon l’enquête
Budget de famille (encadré 1).
1
En montants, ce sont les ménages dont la personne de référence a une cinquantaine
d’années qui dépensent le plus en énergie. De 20 à 50 ans, les ménages s’agrandissent et les
dépenses d’énergie pour le logement et le carburant augmentent conjointement (figure 1).À
partir de 50 ans, les dépenses d’énergie pour le logement se stabilisent et les dépenses de
carburant diminuent rapidement avec le retrait de la vie active et le vieillissement. En
revanche, en part budgétaire, c’est-à-dire une fois rapportées à l’ensemble de leurs dépenses,
ce sont les ménages plus âgés qui consacrent à l’énergie la plus grande part de leur budget. Un
ménage dont la personne de référence a 25 ans consacre 6 % de son budget à l’énergie ; un de plus de 70 ans, 10 %.
1. Dépenses d’énergie selon l’âge de la personne de référence du ménage
En euros par an En part budgétaire
en euros en % du budget
3 000 12
2 500 10
2 000 8
61 500
1 000 4
500 2
0 0
20 30 40 50 60 70 80 20 30 40 50 60 70 80
âge âge
Énergie pour le logement Carburant Énergie totale
Champ : France métropolitaine .
Lecture : en 2006, un ménage dont la personne de référence a 60 ans dépense en moyenne 1 450 euros par an pour l’énergie de son logement, soit 5,1 % de son
budget.
Source : Insee, enquête Budget de famille 2006.
La part budgétaire consacrée à l’énergie diminue à mesure que le niveau de vie du
ménage s’élève (figure 2). Les 20 % de ménages les plus modestes consacrent près de 10 %
de leur budget à l’énergie ; les 20 % les plus aisés, 7 %. La part budgétaire consacrée au
2carburant automobile est croissante sur les trois premiers quintiles de niveau de vie, puis
décroissante.
1. La personne de référence est déterminée à partir de la structure familiale du ménage et des caractéristiques des individus
qui le composent. Il s’agit le plus souvent de l’homme le plus âgé, en donnant priorité à l’actif le plus âgé (définition Insee).
2. Si l’on ordonne les ménages selon leur niveau de vie, les quintiles les séparent en cinq groupes d’effectifs égaux : un
ménage du premier quintile de niveau de vie (Q1) fait partie des 20 % de ménages au niveau de vie le plus faible.
168 France, portrait social - édition 2010
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2. Dépenses d’énergie selon le niveau de vie du ménage
En euros par an En part budgétaire
en euros en % du budget
3 000 12
2 500 10
82 000
1 500 6
1 000 4
500 2
0 0
Q1 Q2 Q3 Q4 Q5 Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
quintile de niveau de vie quintile de niveau de vie
Énergie pour le logement Carburant Énergie totale
Champ : France métropolitaine.
Lecture : si l’on ordonne les ménages selon leur niveau de vie, les quintiles les séparent en cinq groupes d’effectifs égaux : un ménage du premier quintile de niveau
erde vie (Q1) fait partie des 20 % de ménages au niveau de vie le plus faible. En 2006, un ménage du 1 quintile de niveau de vie dépense en moyenne 1 100 euros par
an pour l’énergie du logement, soit 6,2 % de son budget.
Source : Insee, enquête Budget de famille 2006.
Encadré 1
Les dépenses énergétiques des ménages : sources et méthodes
Définition
Les dépenses énergétiques des ménages Les résultats de l’enquête Budget de famille sont
regroupent l’ensemble des dépenses courantes très proches de ceux des comptes nationaux qui
pour le chauffage, l’équipement électrique de la sont la source de référence pour le calcul des parts
maison, la cuisson et l’eau chaude ainsi que les budgétaires. D’après les comptes nationaux, la part
dépenses de carburant pour les véhicules. Ainsi, budgétaire de l’énergie s’élèverait à 8,6 % du
il s’agit des dépenses des ménages en électricité, budget des ménages en 2006*, contre 8,4 % selon
gaz, fuel, charbon, bois et autres combustibles et l’enquête Budget de famille. Ce faible écart
en essence et diesel. En 2006, ce poste de s’explique notamment par les dépenses de lubri-
dépense représente 8,4 % de la consommation fiants qui sont intégrées à celles des carburants pour
des ménages selon l’enquête Budget de famille : les données de comptabilité nationale, au contraire
4,8 % pour l’énergie du logement et 3,6 % pour des de l’enquête Budget de famille. Les
le carburant des véhicules. deux sources sont également cohérentes dans le
temps. La part budgétaire énergétique est restée
Sources stable sur 20 ans après le contrechoc pétrolier. Dans
L’enquête Budget de famille (BDF) vise à l’enquête Budget de famille, l’année 1985 corres-
reconstituer toute la comptabilité des ménages pond à un point haut, conséquence de la hausse
c’est-à-dire les dépenses et ressources des prolongée des prix des combustibles à la suite du
ménages résidant en France (métropole et Dom). choc pétrolier de 1979. Le contrechoc pétrolier de
En 2006, 10 240 ménages ordinaires (i.e. hors 1986 a ensuite permis une forte contraction des prix
logements en collectivité) ont été interrogés, ce des énergies et une baisse de 2,7 points en moyenne
qui correspond à 25 364 personnes. Cette de la part de l’énergie dans les dépenses des
enquête existait déjà sous un format plus réduit ménages entre 1985 et 1989. La répartition de la part
en 1956. Dans cette étude, nous mobilisons budgétaire énergétique entre logement et transport
5 vagues d’enquête (1984-1985, 1989, est demeurée quasiment identique au fil des deux
1994-1995, 2000-2001 et 2005-2006). décennies.
* si l’on exclut du budget des ménages les loyers imputés aux propriétaires et les services d’intermédiations financières indirec-
tement mesurés (Sifim).
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Surface du logement et source d’énergie de chauffage expliquent les écarts
de dépenses d’énergie pour le logement
Deux causes principales expliquent le profil des dépenses d’énergie pour le logement
selon l’âge ou le niveau de vie : la surface des logements et le mode de chauffage. En effet,
rapportée au mètre carré, la dépense d’énergie pour le logement varie peu avec l’âge et reste
stable avec le niveau de vie [Calvet et Marical, 2010]. Ainsi, entre 20 et 50 ans, la hausse des
dépenses d’énergie pour le logement (cf. supra) vient de l’agrandissement des logements qui
répond à l’augmentation de la taille des ménages et à celle du niveau de vie. Après 50 ans, la
taille des ménages décroît mais la surface moyenne des logements ne diminue que très peu
(figure 3) : malgré la diminution de la taille des ménages avec l’âge, les familles déménagent
rarement pour un logement plus petit. Seuls 2 % des ménages de plus de 60 ans d
une année donnée, alors que c’est le cas d’un quart des ménages dont la personne de
référence a 20 ans. Les dépenses d’énergie pour le logement se stabilisent donc après 50 ans
alors que le budget total des ménages a tendance à décroître du fait de la réduction de leur
taille et de la baisse des revenus liée au passage à la retraite. Il en résulte une augmentation de
la part budgétaire de l’énergie pour le logement.
2 part des ménages ayant déménagé en %surface en m3. Surface du logement et mobilité 120 30
résidentielle selon l’âge Surface du logement
100 25
80 20
60 15
40 10
Ménages ayant déménagé dans les 12 mois
Champ : France métropolitaine. 20 5
Lecture : en 2006, un ménage dont la personne de référence a 40 ans
occupe en moyenne un logement de 100 m² ; 5 % de ces ménages ont
0 0déménagé dans l’année précédent l’enquête.
20 30 40 50 60 70 80
Source : Insee, enquête Budget de famille 2006. âge
La facture énergétique dépend aussi, mais dans une moindre mesure, de la source d’énergie
utilisée pour le chauffage. Toutes choses égales par ailleurs, en 2006, un ménage chauffé au fioul
dépense 28 % de plus qu’un même ménage chauffé à l’électricité ; un ménage chauffé au gaz 5 %
de plus que s’il avait le chauffage électrique. La part des ménages chauffés au gaz varie peu selon
l’âge ou le niveau de vie, elle est d’environ 40 %. En revanche, les ménages jeunes se chauffent
plus souvent à l’électricité et les ménages âgés au fioul. Ainsi, 35 % des moins de 40 ans utilisent
l’électricité pour se chauffer, contre seulement 25 % des plus de 70 ans. Au contraire, 25 % des
plus de 70 ans sont chauffés au fioul, contre 12 % des ménages de moins de 40 ans.
Les ménages éloignés des villes-centres dépensent plus en carburant
Les ménages périurbains (encadré 2) sont ceux qui ont les dépenses de carburant les plus
importantes en raison de leur éloignement des villes-centres et de leur besoin de voiture pour
les déplacements domicile-travail. Ils ont plus de voitures (près de 1,5 véhicule particulier par
ménage contre un véhicule particulier par ménage en ville-centre) et s’en servent davantage
(leur dépense de carburant par véhicule est de 800 euros par an contre 600 euros en
ville-centre). À l’opposé, les ménages du pôle urbain de Paris dépensent 3,6 fois plus que la
moyenne nationale en services de transports collectifs.
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Les ménages périurbains ne sont pas directement comparables à ceux habitant en zone
rurale ou dans les villes-centres. Les caractéristiques socioéconomiques des ménages étant
liées à la zone de résidence (ménages périurbains plus actifs, ménages ruraux plus âgés, etc.),
il est préférable d’étudier l’effet de la zone de résidence toutes choses égales par ailleurs.
Ainsi, à niveau de vie et structure familiale (âge, composition) équivalents, un ménage équipé
d’une voiture dépense 440 euros de carburant de plus par an s’il est installé en zone périur-
baine plutôt qu’en ville-centre de province (figure 4). Au contraire, un ménage installé dans le
pôle urbain de Paris dépensera 450 euros de moins par an que le ménage en ville-centre de
3
province . De plus, le fait d’avoir un actif occupé de plus dans le ménage augmente la dépense
annuelle de carburant de 700 euros. Le fait d’avoir des enfants accroît également les dépenses
de carburant, mais dans une moindre mesure.
Ainsi, les ménages ruraux et périurbains, ont, en moyenne, une part budgétaire énergé-
tique plus élevée que les ménages vivant dans les villes-centres, car la distance du domicile au
travail est plus importante ; ils habitent des logements plus grands, sont en proportion plus
nombreux à occuper un logement individuel et à utiliser du fioul pour le chauffage.
4. Dépense de carburant selon la localisation résidentielle, toutes choses égales par ailleurs
dépense en euros par an par rapport à la ville-centre
500
300
100
0
– 100
– 300
– 500
Espace Périurbain Banlieue Ville-centre Pôle urbain
à dominante rurale hors pôle hors Paris de Paris
urbain de Paris
Champ : France métropolitaine.
Lecture : toutes choses égales par ailleurs, un ménage qui réside en zone périurbaine consacre en moyenne 440 euros de plus par an au carburant qu’un ménage
qui réside en ville-centre.
Source : Insee, enquête Budget de famille 2006.
Sur 20 ans, la part de l’énergie dans le budget des ménages est restée
relativement stable.
La part budgétaire énergétique des ménages est restée globalement stable entre le milieu des
années 1980 et 2006. Sa répartition entre logement et transport est demeurée quasiment
identique. Cette stabilité était loin d’être évidente. D’un côté, l’énergie est devenue relativement
moins chère sur cette période, la performance énergétique des logements et des véhicules s’est
améliorée, et les ménages ont arbitré en faveur de combustibles plus économiques. De l’autre,
les appareils électriques se sont multipliés, les logements sont devenus plus grands et se sont
éloignés des centres, ce qui a eu tendance à accroître la consommation d’énergie.
3. Voir aussi sur ce sujet Kleinpeter M.-A., Lemaître E., « Dépenses de carburant automobile des ménages : relations avec
la zone de résidence et impacts redistributifs potentiels d’une fiscalité incitative », Études et documents n° 8, 2009.
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Encadré 2
Le zonage utilisé
L’étude reprend le zonage proposé par Kleinpeter d’une commune (ou un ensemble de communes)
et Lemaître (2009). Ce zonage propose un décou- qui comporte sur son territoire une zone bâtie d’au
page en 5 zones de tailles équivalentes : moins 2 000 habitants où aucune habitation n’est
– pôle urbain de Paris (16 % de la population) ; séparéedelaplusprochedeplusde200mètres.Si
– ville-centre de pôle urbain de province (25 % une commune abrite plus de 50 % de la population
de la population) ; de l’unité urbaine, elle est la seule ville-centre.
– banlieue de pôle urbain de province (19 % Sinon, toutes les communes de population
de la ; supérieure à 50 % de celle de la commune la plus
– périurbain (21 % de la population) ; peuplée sont aussi villes-centres. Les communes
– espace à dominante rurale (19 % de la qui ne sont pas villes-centres constituent la
population). banlieue de l’unité urbaine.
Ce zonage est basé sur la distinction entre Les communes périurbaines sont situées hors
l’espace à dominante rurale et l’espace à des villes-centres et de la banlieue et sont caracté-
dominante urbaine. Le premier comprend les risées par le fait que 40 % de leur population
petites unités urbaines ainsi que les communes travaille au sein de l’aire ou du pôle urbain. Enfin,
rurales. Le second comprend les c le pôle urbain de Paris, constitué de 396 commu-
périurbaines, la banlieue et les villes-centres. nes de l’aire urbaine, forme une zone à part en
À l’intérieur de l’espace à dominante urbaine, on raison des caractéristiques particulières de son
distingue l’unité urbaine (le pôle urbain) : il s’agit réseau de transport urbain.
Les choix des ménages en matière de combustible ont évolué pour s’adapter
aux évolutions des prix des énergies
Les prix de l’énergie ont augmenté globalement moins vite entre 1984 et 2006 que l’indice
général des prix à la consommation (+ 1,9 % contre + 2,2 % par an en moyenne), même si,
depuis 2001, la croissance du prix relatif de l’énergie s’est accélérée et est devenue plus
élevée que l’inflation. Ainsi, l’énergie est devenue en 20 ans comparativement moins chère
que les autres biens du panier de consommation. Toutefois, les coûts des différentes énergies
n’ontpasévoluédelamêmemanière (figure 5) : le prix de l’électricité est resté stable pour les
particuliers depuis la fin des années 1980, alors que le tarif du fioul s’est fortement renchéri à
partir de 1988, à la suite des flambées successives du prix du baril de pétrole sur les marchés
internationaux. Le tarif du fioul domestique a augmenté en moyenne de 4,4 % par an entre
1988 et 2006, contre 2,8 % pour le gaz et 0,2 % pour l’électricité. Le carburant automobile a
suivi une évolution similaire mais plus régulière.
Face à ces évolutions contrastées des prix des combustibles, les ménages ont progressi-
vement changé leurs systèmes de chauffage au profit de systèmes centralisés, moins
consommateurs et fonctionnant à l’électricité ou au gaz plutôt qu’au charbon ou au fioul.
Le taux d’équipement en chauffage central (y compris électrique) a progressé de 24 points
en 20 ans, favorisant la maîtrise des consommations (Rapport de la Commission des
Comptes du logement, 2008). La part des maisons chauffées à l’électricité est passée de
17 % en 1985 à 29 % en 2006. De même, le prix du gaz ayant été particulièrement stable
jusqu’au début des années 2000, le chauffage au gaz s’est développé : alors qu’il n’équi-
pait que 17 % des maisons individuelles en 1986, il en équipe 33 % en 2006. À l’inverse,
le chauffage au charbon a quasiment disparu, n’équipant plus que 5 % des résidences
principales, essentiellement des maisons individuelles, contre 17 % vingt ans auparavant.
Le retrait progressif des équipements au fioul et au charbon s’est opéré aussi bien dans le
parc de logements récents, pour lesquels les pouvoirs publics ont incité à recourir au tout
électrique, que dans le parc des logements anciens (construits avant 1975) où le
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5. Évolution des prix des différentes énergies
indice 100 en 1990, prix mesurés en euros courants
190
Indice des prix à la consommation
Électricité
Fioul domestique170
Gaz
Carburant
150
130
110
90
70
1983 1985 19871989 19911993 1995 19971999 20012003 2005 2007
Champ : France métropolitaine.
Sources : Insee et SOeS, calculs des auteurs.
changement de combustible a concerné 30 % des logements. Le nombre de logements
équipés à l’électricité (respectivement au gaz) a ainsi augmenté en moyenne de 5 % (respecti-
vement 4 %) par an entre 1985 et 2006, alors que l’effectif de logements chauffés au fioul
diminuait de 1 % par an pendant la même période.
Les performances énergétiques des véhicules et de l’habitat se sont améliorées
Sous l’impulsion des réglementations successives, comme le système du bonus/malus
pour l’achat de voitures et la réglementation thermique de l’habitat, les performances énergé-
tiques des véhicules et de l’habitat se sont améliorées en 20 ans. La réglementation thermique
fixe tous les 5 ans de nouvelles normes d’isolation dans les bâtiments neufs. La première, mise
en place en 1975 suite au premier choc pétrolier, avait comme objectif une baisse de moitié de
la consommation thermique de chauffage au mètre carré des nouveaux logements par rapport
aux anciens. Celle mise en œuvre en juillet 2006 limite aussi le recours à la climatisation et
renforce les exigences de performances énergétiques des bâtiments neufs de 15 % par rapport
à celle de 2000. Les réglementations thermiques successives ont ainsi permis de diviser la
consommation unitaire par mètre carré des logements neufs d’un facteur 2 à 2,5 par rapport à
la situation d’avant 1975 (source CER). On peut de même s’attendre à un effet sensible de la loi
de 2004 sur le diagnostic thermique obligatoire des logements.
Davantage d’appareils électriques dans les foyers
Le poids du chauffage dans les dépenses d’énergie du logement a diminué régulière-
ment avec l’amélioration des performances de l’habitat, mais aussi avec l’augmentation
dans le budget des ménages des dépenses d’électricité liées à l’équipement ménager : en
2006, le chauffage représente 53 % des dépenses d’énergie dans les résidences principales,
contre 59 % vingt ans plus tôt (Compte du logement, 2006). Les dépenses d’électricité dues
à l’équipement ménager ont ainsi augmenté pour atteindre un quart des dépenses totales
d’énergie : alors qu’en 1985, l’équipement électrique des ménages se résumait au lave-linge,
au réfrigérateur, au four et à la télévision, se sont depuis diffusés les fours à micro-ondes, les
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magnétoscopes et lecteurs DVD, les consoles de jeux vidéo, les ordinateurs et les téléphones
portables, les lave-vaisselle etc. Les foyers sont par exemple dotés de davantage de télévi-
seurs : aujourd’hui, un ménage sur deux possède au moins deux postes de télévision [GfK –
Médiamétrie, 2009].
Les logements se sont éloignés des villes-centres…
La pression immobilière et l’évolution des préférences et des contraintes de vie ont incité
les particuliers à s’installer de plus en plus fréquemment en périphérie. La proportion des
ménages vivant en banlieue ou zone périurbaine est passée progressivement de 29 % pour les nés dans les années 1910 à 37 % pour les ménages nés dans les années 1940
(figure 6). Or les caractéristiques de l’habitat et les dépenses énergétiques qui en découlent
diffèrent de manière très marquée selon la densité du tissu résidentiel. Les logements des
villes-centres sont plus petits (83 mètres carrés en moyenne en 2006) que ceux des banlieues
de pôle urbain (92 mètres carrés), eux-mêmes de surface plus réduite que ceux en milieu rural
(110 mètres carrés).
6. Part des ménages vivant en périphérie d’agglomération selon l’âge par génération
en % génération née dans les années...
45
1910
40
1920
35
1930
30
1940
25
1950
20
1960
15
1970
10
1980
5
0
20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 75 80
âge
Champ : France métropolitaine.
Lecture : les ménages dont la personne de référence est née entre 1910 et 1919 étaient 29 % à vivre en périphérie d’agglomération (banlieue ou zone périurbaine)
lorsque celle-ci avait 70 ans. Au même âge, les ménages dont la personne de référence est née entre 1920 et 1929 étaient 34 % dans ce cas.
Source : Insee, enquêtes Budget de famille 1985, 1989, 1996, 2001 et 2006, calculs des auteurs.
… et sont devenus plus grands
Parallèlement, entre 1985 et 2006, la surface des logements des ménages a augmenté de
4manière significative, de 9 mètres carrés en moyenne . Sur cette période, cet agrandissement
des logements a essentiellement concerné les ménages dont la personne de référence est âgée
de plus de 50 ans, alors que la surface moyenne des logements des ménages d’âge intermé-
diaire est restée stable et que celle des moins de 30 ans s’est sensiblement resserrée, de
10 mètres carrés (figure 7). Dans le même temps, les ménages sont devenus plus petits, ce qui
contribue à expliquer la forte hausse des besoins en logements et l’accélération de l’étalement
urbain. Par conséquent, la surface par habitant s’est fortement accrue.
4. Pour une mise en perspective sur plus longue période, voir Jacquot (2006) qui met également en évidence l’augmentation
de la taille des logements.
174 France, portrait social - édition 2010
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jeudi 14 octobre 2010 18:28:32Profil couleur : Profil d’imprimante CMJN gØnØrique
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7. Surface du logement principal selon l’âge par génération
2 génération née dans les années...en m
120
1910
100 1920
1930
80
1940
195060
1960
40
1970
198020
0
20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 75 80
âge
Champ : France métropolitaine.
Lecture : les ménages dont la personne de référence est née entre 1910 et 1919 habitaient en moyenne un logement de 74 m² lorsque celle-ci avait 70 ans.
Au même âge, les ménages dont la personne de référence est née entre 1920 et 1929 avaient en moyenne un logement de 85 m².
Source : Insee, enquêtes Budget de famille 1985, 1989, 1996, 2001 et 2006, calculs des auteurs.
Cet agrandissement des logements des ménages de plus de 50 ans s’est accompagné d’une
augmentation de la part des maisons individuelles et du taux de propriétaires. Ainsi, parmi les
ménages de plus de 50 ans, la part des ménages logés en logement collectif s’est réduite de
plus de 5 points entre 1985 et 2006, une baisse symétrique à la hausse de la part des ménages
propriétaires de leur logement.
Le fait que ces évolutions, que ce soit en termes d’éloignement des grands centres urbains
ou de surface du logement, soient visibles uniquement chez les plus âgés tient certainement
beaucoup à la période d’observation. En 1985, les ménages de moins de 40 ans habitaient
déjà relativement loin des villes-centres dans des logements plus grands et avaient donc déjà
intégré le phénomène d’étalement urbain, au contraire de leurs aînés. Si les données avaient
permis de remonter quelques décennies plus tôt, un éloignement des centres et une augmen-
tation de la surface des logements auraient très certainement été observés chez les ménages
jeunes. En effet, le phénomène d’étalement remonte bien avant 1985 [Le Jeannic, 1997,
Bessy-Pietri, 2000]. Si le était encore marqué dans les années 1980, il semblait
déjà en train de décélérer dans les années 1990 avec néanmoins une forte hétérogénéité.
Pascale Bessy-Pietri montre que certaines aires urbaines ont même connu un rééquilibrage de
la périphérie vers les centres. Les résultats des enquêtes Budget de famille donnent également
plutôt l’image d’un essoufflement du processus. En 1985, les ménages de moins de 40 ans qui
habitaient plus loin des grands centres urbains que leurs aînés, bénéficiaient de logement
également plus vastes. En 2006, si des écarts persistent selon l’âge, ils sont sensiblement plus
faibles : les familles jeunes ne continuent plus à s’installer dans des logements encore plus
éloignés et encore plus spacieux que leurs homologues de 1985.
Ces grandes tendances générationnelles de choix d’habitat ont eu un impact sur les dépenses
énergétiques des français. Se loger plus loin des centres urbains, dans un logement individuel plus
grand, induit non seulement une augmentation de la facture énergétique du logement, car il faut
chauffer ces logements plus grands avec une perte de rendement thermique liée à l’individualisation
de l’habitat, mais cela augmente aussi sensiblement les dépenses de carburant car les ménages
deviennent plus dépendants de l’automobile et effectuent de plus longues distances. À âge donné, le
nombre moyen de véhicules possédés est ainsi bien supérieur en 2006 à ce qu’il était 20 ans aupara-
vant (figure 8). En 1985, on comptait moins d’une voiture par ménage en moyenne. En 2006, on en
compte plus de 1,2 par ménage. Cette augmentation est également en partie liée au développement
continu du taux d’activité des femmes (qui a cru de 7 points en 20 ans). Le nombre de véhicules
Dossier - La facture énergétique des ménages... 175
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8. Nombre de voitures selon l’âge par génération
nombre moyen de voitures par ménage génération née dans les années...
1,8
1910
1,6
1920
1,4
1930
1,2
1940
1,0
1950
0,8
1960
0,6
1970
0,4
0,2
0,0
20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 75 80
âge
Champ : France métropolitaine.
Lecture : les ménages dont la personne de référence, née entre 1910 et 1919, et âgée de 70 ans, avaient en moyenne 0,5 voiture. Au même âge, les ménages dontla
personne de référence est née entre 1920 et 1929 avaient en moyenne 0,9 voiture.
Source : Insee, enquêtes Budget de famille 1985, 1989, 1996, 2001 et 2006, calculs des auteurs.
possédés par les ménages vivant en zones périurbaines est celui qui a le plus augmenté, de
près de 40 %, contre + 10 % seulement pour les ménages des villes-centres (hors pôle urbain
de Paris) qui bénéficient de réseaux de transports urbains plus fournis. Par ailleurs, le nombre
de kilomètres parcourus par véhicule a augmenté avec l’éloignement du domicile au lieu de
travail : entre 1994 et 2008, la distance quotidienne parcourue par une personne mobile a
augmenté de 6 % [Hubert, 2009].
Par conséquent, depuis 1985, les écarts en termes de part budgétaire consacrée à l’énergie
se sont creusés entre les ménages des villes-centres et ceux des zones périurbaines et rurales.
Par ailleurs, les 20 % des ménages les plus aisés ont vu le poids des factures énergétiques
baisser d’un tiers dans l’ensemble de leurs dépenses, contre un quart pour les 20 % des
ménages les plus modestes. Les inégalités de part budgétaire énergétique se sont ainsi accrues
en 20 ans : en 1985, la part budgétaire énergétique des 20 % des ménages les plus pauvres
était 1,2 fois plus élevée que celle des 20 % des ménages les plus riches, alors qu’elle est en
2006 1,4 fois plus élevée.
Si les surfaces et la localisation des logements n’avaient pas changé…
L’impact des « choix » d’habitat sur la facture énergétique des ménages n’est pas directe-
ment mesurable car un certain nombre d’autres facteurs se rajoutent : l’évolution du niveau de
vie et des choix de consommations, celle des prix relatifs de l’énergie, des performances des
systèmes de chauffage, des véhicules, etc. Ainsi, en 20 ans, malgré d’indéniables progrès
techniques (isolation, augmentation de l’efficacité énergétique), la part budgétaire de
l’énergie est restée stable. L’ « effet rebond », lié aux élasticités-prix, peut brouiller les évolu-
tions : quand le prix des énergies baissent, ou que les performances énergétiques s’améliorent,
on peut observer une hausse de la consommation en volume (comme chauffer 1°C de plus un
logement mieux isolé, parcourir plus de kilomètres quand la voiture devient plus écono-
mique) qui vient réduire considérablement l’économie calculée ex ante.
On peut toutefois calculer une estimation de l’impact de l’étalement urbain et de l’agran-
dissement des logements en simulant ce que seraient la localisation et la surface du logement
occupé par les ménages de 2006 s’ils étaient logés de la même façon qu’en 1985. Concernant
l’étalement urbain, seule la localisation des logements des ménages habitant « en ville » (en
176 France, portrait social - édition 2010
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