La pauvreté monétaire : un phénomène urbain

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Au 31 décembre 2000, une personne relevant de la Caisse d'Allocations Familiales (CAF) de Besançon sur dix avait un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Ce phénomène essentiellement urbain est cependant disparate selon les quartiers. Les quartiers où prédomine le logement social collectif, qui connaissent de forts taux de chômage sont les plus touchés. Les personnes qui vivent seules, avec ou sans enfant, sont les plus concernées par la pauvreté.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Au 31 décembre 2000, une personne relevant de la Caisse dAllocations Familiales (CAF) de Besançon sur dix avait un revenu inférieur au seuil de pauvreté" Ce phénomène essentiellement urbain est cependant disparate selon les quartiers" Les quartiers où prédominent le logement social collectif, qui connaissent de forts taux de chômage sont les plus touchés" Les personnes qui vivent seules, avec ou sans enfant, sont les plus concernées par la pauvreté"
Nº 61 - MARS 2003
Conditions de vie
u 31 dé c e m b r evreté sélève à 12,6% de 2 0 0 0 ,d a n sl ala population, la circons-zone dinterven-cription de la CAF de Be-tion de la Caissesançon apparaît épargnée dAllocations FamilialesLa moindre proportion de (CAF) de Besançon, prèsla population de la zone de 28000 personnes vi-vivant en milieu urbain vaient avec un Revenu parexplique la faiblesse du Unité de Con-taux En effet, La pauvreté : s o m m a t i o nla pauvreté mo-un phénomène urbain (RUC) inférieurnétaire est ex-au seuil de pauvreté quit r ê m e m e n tc o n c e n t r é e sélevait à 643 (cf en-p ô l e sl e su r b a i n s d a n s c a d r ém é t h o d o l o g i q u e) Ainsi, les communes de Rapportée à la populationBesançon et de Pontarlier totale, cest donc 10,1%concentrent 64% de la po-de la population qui estpulation « pauvre » alors d é f i n i ec o m m ep a u v r e quelles ne regroupent que Comparée au niveau na-38% de la population de la tional, où le taux de pau-zone détude
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épargnés par le phénomèneont un taux qui dépasse d el ap a u v r e t éq u el e s30% avec un maximum de autres cantons de la zone50% dans le quartier Île-Les villes de Besançon etde-France P o n t a r l i e rn es o n tp a sPersonnes isolées, parfois autant concernées par laâgées, sans emploi ou sans pauvreté lune que lautrequalification, familles mo-D  u n ep a r t ,noparentales ou nombreu-B e s a n ç o nses, ménages aux revenus c o n c e n t r emodestes, toutes ces po-57% de la po-pulations dont le risque de p u l a t i o nv i v a n tprécarité est élevé ne se avec un revenu infé-répartissent pas de façon rieur au seuil de pauvretéaléatoire sur le territoire alors que Pontarlier nenurbain Les ménages aux concentre que 7,5% Lerevenus les plus aisés, par rapport de la populationle biais des différences « pauvre » à la populationdans le montant des loyers totale est aussi plus fort àou du prix au mètre carré B e s a n ç o n( 1 7 , 6 % )q u  àpeuvent choisir leur lieu Pontarlier (13,2%)dhabitation alors que les Dautre part, à lintérieurplus démunis ont un choix de ces deux communes laplus restreint Ils habitent disparité entre les quar-dans le parc locatif social tiers de Besançon est plusqui est très représenté dans grande que dans ceux dequelques quartiers Ainsi, De même, les communesP o n t a r l i e rÀ trèssouvent, ce Concentration de plus de 3000 habitantsP o n t a r l i e r,l esont les mêmes de la pauvreté dans concentrent trois « person-taux de pauvretéq u a r t i e r sq u e quelques quartiers nes pauvres » sur quatrev a r i ed e6 , 4 %l  o nr e t r o u v e alors que seulement uned a n sl eq u a r t i e rd ebien ou mal classés au re-personne sur deux habiteLarmont-Saint-Étienne àgard dindicateurs mesu-ces communes La pau-plus de 23% dans le quar-rant les difficultés socio-vreté est donc plus pré-tier de Pareuses-Lavaux-économiques des popula-sente dans les communesÉ t r a c h e s À Be s a n ç o n ,tions Ceux où lon ob-de plus de 3000 habitantsl  a m p l i t u d ed ut a u xd eserve les plus fortes pro-Dans ces communes, lepauvreté entre les quar-portions de chômeurs ou taux de pauvreté est mêmetiers est plus grande Dixde non diplômés sont aussi corrélé positivement auquartiers ont un taux infé-c e u xo ùl ap r o p o r t i o n nombre dhabitantsrieur à 8% avec une valeurdhabitants à bas revenu Les cantons de la couronneminimum de 5% pour lee s tl ap l u sé l e v é e P a r périurbaine de Besançonquartier de Chasnot Dixexemple, le quartier Île-ou les cantons du Hauta u t r e s ,d o n tl  e n s e m b l ed e - F r a n c e ,o ùu n ep e r-Doubs sont cependant plusdes quartiers de Planoise,sonne sur deux vit avec un 2
UNE FORTE CONCENTRATION DALLOCATAIRES AUTOUR DU SEUIL DE BAS REVENU
L a définition de la population à bas revenu comporte une part darbitraire Au 31 décembre 2000, près de 12500 allocataires (soit plus de 28% des allocataires) avaient un revenu inférieur au seuil de bas revenu fixé à 50% de la médiane des revenus (643un choix de seuil à 40%) Avec ou à 60% de la médiane, 16% et 40% des allocataires auraient été rangés dans la catégorie bas revenu Cette forte sensibilité sexplique par la concentration des revenus autour du seuil de 50% En effet, 25% des allocataires ont un Revenu par Unité de Consommation (RUC) compris entre 40 et 60% du revenu médian Cette concentration autour du seuil des 50% et notamment dans les tranches de revenu immédiatement inférieures sexplique en partie par les modalités de calcul des minima sociaux (Revenu Minimum dInsertion (RMI), Allocation de Parent Isolé (API) et Allocation Adulte Handicapé (AAH)) dont les bénéficiaires représentent 43% des allocataires à bas revenu Ainsi, le montant du RMI qui sétablissait en juin 2000 à 389pour une personne seule explique quun tiers des rmistes sont concentrés dans la tranche de revenu comprise entre 20 et 30% du revenu médian (1286) La perception daides au logement permet cependant à la majorité de ces allocataires davoir un revenu plus consé-quent mais néanmoins inférieur au seuil de bas revenu De même, 93% des bénéficiaires de lAPI ont un revenu inférieur au seuil Le montant de lAPI sélevait à 658pour une personne seule avec un enfant à charge Avec lapport de lallocation pour jeune enfant et dune aide au logement, la bénéficiaire (il sagit très majoritairement de femmes) va disposer dun revenu denviron 900 La division de ce revenu par 1,5 (nombre dunités de consommation dune famille monoparentale avec un enfant) ramène le RUC de
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ces familles juste en dessous du seuil Un seuil à 40% du revenu médian aurait exclu 60% de ces allocataires bénéfi-ciaires de lAPI des allocataires à bas revenu
Emploi stable mais situation précaire
Enfin, lAAH qui sélevait à 545explique quun quart des bénéficiaires de ce minimum social sont classés dans la catégorie à bas revenu Néanmoins, parce quune majorité dentre eux perçoivent un complément dautonomie et/ou une aide au logement, la moitié dentre eux ont un revenu compris entre 50 et 75% du revenu médian, dont 18% dans la tranche50-60% Pour ces derniers, le choix dun seuil à 60% du revenu médian les aurait classés dans la catégorie des allocataires à bas revenu 57% des allocataires à bas revenu ne bénéficient daucun minimum social Pour 70% de ces allocataires, leur revenu est compris entre 400et le seuil de bas revenu Ainsi, le fait de disposer dun emploi même stable, ne signifie pas nécessairement que la situation financière de lallocataire nest pas précaire
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revenu inférieur au seuil de pauvreté est aussi le quartier où le taux de chô-mage et la proportion de personnes sans diplômes sont les plus élevés Les quartiers des villes de Besançon et Pontarlier ont été classés en cinq grou-pes selon leur niveau de précarité mais aussi selon leurs caractéristiques so-ciales ou urbanistiques Le premier grouperas-semble onze quartiers de B e s a n ç o n ,n o t a m m e n t lensemble des quartiers de Planoise, où le rapport de la population vivant avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté à la population totale est le plus élevé (35%) Les in-dicateurs socio-économi-ques sont aussi typiques de quartiers en difficulté puisque le taux de chô-mage est élevé, les diplô-mes faibles et les familles nombreuses ou monopa-rentales sur-représentées Lhabitat collectif qui ca-ractérise ces quartiers est constitué à 70% de loge-ments HLM En moyenne, 17% de la po-pulation des quartiers qui constituentle deuxième groupe vitavec un revenu inférieur au seuil de pau-vreté Dans ces quartiers, vivent plus souvent quen m o y e n n ed e sf a m i l l e s douvriers ou demployés
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aux revenus modestes Enpavillonnaires de Pontarlier regard à la taille des fa-avec des quartiers à habitat milles, la faiblesse des re-collectif de Besançon venus explique ici la préca-Les quartiers du centre rité Cette classe est hétéro-h i s t o r i q u ed eB e s a n ç o n g è n ed up o i n tv u econstituentun troisième urbanistique puisquelle ras-groupecaractérisé par un semble des quartiers plutôth a b i t a tc o l l e c t i fa n c i e n 4
destiné principalement à la location Bien que ce soit dans ces quartiers que lon trouve le plus de ca-dres ou de diplômés de lenseignement supérieur, la précarité y est néan-moins présente Notam-ment, les aides au loge-ment expliquentque 30% de la population a un re-venu dépendant à plus de 50% des allocations ver-s é e sp a rl aC A FE n moyenne, le taux de pau-vreté sélève à 13,6% Les deux dernières clas-ses regroupentles quar-tiers les plus épargnés, où moins de 10% de la popu-lation vit avec un revenu inférieur au seuil De plus, dans ces quartiers, rares sont les allocataires à être fortement dépendants des
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allocations de la CAF ou bénéficiaires dun mini-mum social La distinction entre ces deux groupes de quartiers se fait sur des critères urbanistiques et s o c i o - é c o n o m i q u e s L e q u a t r i è m eg ro u p e re -groupe le centre-ville de Pontarlier avec des quar-tiers du centre de Besan-çon situés en dehors de la boucle Ces quartiers sont e s s e n t i e l l e m e n th a b i t é s par des ménages de petite taille, notamment des re-traités, propriétaires de leur appartement Au con-traire, lhabitat dudernier groupede quartiers est ré-cent et de type pavillon-naire La proportion de j e u n e sc o u p l e sa v e c enfant(s) est élevée et la situation socioprofession-
nelle des actifs est plutôt f a v o r a b l e I ls  a g i td u quartier Stand-Chirvaux-are de Pontarlier et de quartiers périphériques de la ville de Besançon
Les allocataires pauvres vivent seuls
Les allocataires à bas reve-nus ont des caractéristiques spécifiques Ainsi, la moitié dentre eux vivent seuls Cette proportion nest que dun quart pour lensemble des allocataires Les alloca-taires vivant seuls avec un ou plusieurs enfants sont aussi plus touchés par la pau-vreté que ceux qui vivent en couple et notamment ceux qui vivent en couple avec enfant(s) Le nombre denfants dans la famille est un autre déter-minant de la pauvreté Cest parmi les familles avec un seul enfant que lon trouve le plus de familles définies comme pauvres, mais ce sont le plus souvent des fa-milles monoparentales En distinguant les familles mo-noparentales des couples avec enfant(s), ce sont bien les familles nombreuses qui apparaissent les plus expo-sées à la pauvreté Les allocataires de plus de 50 ans mais surtout ceux de moins de 25 ans sont plus concernés par la pau-vreté Pour ces derniers, il
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MÉTHODOLOGIE La pauvreté : une notion difficile à définir
L a notion de pauvreté savère souvent subjective car elle est variable dans le temps et dans lespace Pour le statisticien, la notion est en outre limitée par les sources disponibles La notion retenue ici est celle préconisée par le groupe de travail INSEE = CNAF sur la mesure des bas revenus Le principe général est dévaluer le niveau de vie des ménages en tenant compte de leur composition Pour cela on calcule un ratio, le Revenu par Unité de Consommation (RUC): lLe numérateur(revenu mensuel disponible avant impôts) est égal à la somme des revenus annuels bruts déclarés par lallocataire, divisé par 12, et du total des prestations perçues au titre du mois dobservation lLe dénominateur(nombre dunités de consommation) est établi par référence à une variante de léchelle déquivalence EUROSTAT En pratique, il est calculé par application des coefficients de pondérations suivants: 1 pour le premier adulte, +0,5 par adulte supplémentaire ou enfant de 14 ans ou plus, +0,3 par enfant de moins de 14 ans, +0,2 pour une famille monoparentale Lidentification de la population «à bas revenus» ou dite «pauvre »suppose en outre que lon dispose dunseuil Il est égal à la demi-médiane des revenus disponibles avant impôts Ce seuil est calculé par lINSEE à partir des données de lenquête «Budget des Familles »réalisée tous les cinq ans Il est actualisé annuellement à partir des données de la comptabilité nationale Leseuilapplicable au 31 décembre 2000 sélève à 643,18(4 219F) par unité de consommation Létude présentée ici a été réalisée à partir du fichier de la CAF de Besançon de lannée 2000 Certaines catégories dallocataires ont été volontairement exclues Il sagit en particulier de sous-populations pour lesquelles la reconstitution du revenu disponible, à partir des fichiers des CAF (ressources propres + ressources perçues), est irréalisable ou entachée dune incertitude importante Il sagit des étudiants dont on connaît mal leur revenu réel,des personnes âgées de 65 ans ou plus dont certains éléments importants de revenus (le minimum vieillesse par exemple) ne sont pas renseignés Enfin, il sagit des régimes spéciaux (les fonctionnaires par exemple) qui sont inscrits uniquement parce que certaines prestations ne sont versées que par la CAF (allocation logement, allocation pour la garde denfant à domicile) Dans ce cas, il nest pas possible de déterminer à partir des fichiers CAF le revenu réellement disponible Cependant, une vérification par sondage sur les allocataires des régimes spéciaux indique que leur appartenance à la catégorie «bas revenus» est marginale
sagit dactifs (occupés ou non) puisque les étudiants sont ici exclus de létude Néanmoins, on peut pen-ser quune partie de cette sur-représentation est la conséquence de la concen-t r a t i o nd  a l l o c a t a i r e s dâge médian En effet, la nature des prestations fa-miliales versées sans con-dition de ressources aux
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parents denfants de moinsres Le dernier critère dé-de 20 ans explique que lesterminant est la nationa-allocataires âgés de 25 àlité de lallocataire Plus 50 ans sont plus nombreuxde la moitié des allocatai-à être inscrits à la CAFres de nationalité étran-Neuf allocataires à bas re-gère ont un revenu infé-venu sur dix sont en loca-rieur au seuil de bas re-tion La moitié dentre euxvenu contre seulement un louent un logement HLMquart pour ceux de natio-Ces chiffres sont sensible-nalité françaisen ment moins élevés pour lensemble des allocatai-Florent Maire 6
INSEEFranche-Comté « le Major » 83, rue de Dole BP 1997 25020 BESANÇON Cedex Tél : 03 81 41 61 61Fax : 03 81 41 61 99 www.insee.fr/fc
Directeur de la publication :Bernard Le Calvez Rédacteur en chef :Jean-Michel Floch Mise en page :Maurice Boguet Imprimerie :Éblé Besançon
Nº de CPPAP : 3 021 AD ISSN : 1248-2544 © INSEE 2003 dépôt légal : mars 2003
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