La prospective en Lorraine : un essai de synthèse fondée sur le modèle de la base économique

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La contribution suivante de l’Insee s’inscrit dans le cadre des réflexions prospectives du CESR de Lorraine. Ce travail mobilise le modèle théorique de la «base économique». Dans ce modèle, l’accent est mis sur la capacité d’un territoire à attirer des revenus de l’extérieur afin de nourrir et «doper» son développement endogène. Ce cadre conceptuel est utilisé ici à dessein pour organiser et interpréter les migrations résidentielles à l’œuvre en Lorraine et les projections de population active qui en découlent. Il permet en outre d’identifier les faiblesses régionales et les leviers à mobiliser au niveau des enchaînements causals, entre emploi et population, inhérents à ce modèle. Ainsi, le faible dynamisme économique lorrain et l’insuffisance d’emplois, particulièrement dans certaines catégories, pèsent sur le devenir de la population active régionale. En revanche, le développement du travail frontalier de la Lorraine vers le Luxembourg, puissant générateur de base économique résidentielle, est susceptible d’infléchir localement des projections déclinantes. Quant à la causalité symétrique de la population sur l’emploi, que décrivent les mécanismes de l’économie présentielle, elle produit des effets modestes dans les zones frontalières où les conditions en termes de revenu semblent réunies. Sommaire Quelques concepts de la théorie de la base La base «productive» La base «résidentielle» Accroître les bases d’un territoire : une mise en concurrence des territoires L’enjeu du développement de l’économie présentielle Emploi et population : les causalités majeures À la lumière de ce modèle, les migrations résidentielles ... les projections de population et de population active très affectées par les migrations Des atouts en termes de base résidentielle des zones frontalières avec peu de retentissement sur l’économie présentielle mais un effet positif sur les taux d’activité Quels leviers pour enrayer la baisse de la population active ? Quelques concepts de la théorie de la base La base «productive» La base «résidentielle» Accroître les bases d’un territoire : une mise en concurrence des territoires L’enjeu du développement de l’économie présentielle Emploi et population : les causalités majeures À la lumière de ce modèle, les migrations résidentielles ... les projections de population et de population active très affectées par les migrations Des atouts en termes de base résidentielle des zones frontalières avec peu de retentissement sur l’économie présentielle mais un effet positif sur les taux d’activité Quels leviers pour enrayer la baisse de la population active ?
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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209N La prospective en Lorraine :
La contribution suivante de l’Insee s’inscrit dans le cadre des réflexions
prospectives du CESR de Lorraine. Ce travail mobilise le modèle théorique
de la “base économique”. Dans ce modèle, l’accent est mis sur la capacité
d’un territoire à attirer des revenus de l’extérieur afin de nourrir et “doper”
son développement endogène. Ce cadre conceptuel est utilisé ici à dessein
pour organiser et interpréter les migrations résidentielles à l’œuvre
en Lorraine et les projections de population active qui en découlent.
Il permet en outre d’identifier les faiblesses régionales et les leviers
à mobiliser au niveau des enchaînements causals, entre emploi
et population, inhérents à ce modèle.
Ainsi, le faible dynamisme économique lorrain et l’insuffisance d’emplois,
particulièrement dans certaines catégories, pèsent sur le devenir
de la population active régionale. En revanche, le développement du travail
frontalier de la Lorraine vers le Luxembourg, puissant générateur de base
économique résidentielle, est susceptible d’infléchir localement
des projections déclinantes. Quant à la causalité symétrique
de la population sur l’emploi, que décrivent les mécanismes de l’économie
présentielle, elle produit des effets modestes dans les zones frontalières
où les conditions en termes de revenu semblent réunies.
Les précédents travaux de prospective tielles des actifs au cours de la dernière période
en Lorraine menés en partenariat entre l’Insee intercensitaire puis les projections de la popula-
Lorraine et le Conseil économique et social ré- tion active à l’horizon 2020 seront analysées.
gional avaient identifié quatre enjeux. Parmi Cela permettra d’identifier les mécanismes à
eux, un défi essentiel était celui d’enrayer la l’œuvre, passés et à venir, selon les concepts
baisse de la population active. Il s’agit donc de la théorie de la base économique (1).
d’examiner les moteurs et la dynamique de la
population active pour en entrevoir son devenir
potentiel et les leviers à mobiliser pour la stimu-
ler. Pour s’inscrire dans cette vision prospec-
(1) Selon KRUMME (1968), on doit cette théorie à Wer-tive, il est utile de se référer à une modélisation
ner SOMBART (1916), ensuite généralisée par des au-démographique et économique. C’est à la lu-
teurs comme Homer HOYT (1954), Douglass NORTH
mière de ce modèle que les migrations résiden-
(1955) ou TIEBOUT (1956).
Vles retraités, leurs revenus sont pui- main-d’œuvre et de compétences,Quelques concepts
sés de l’extérieur en cela qu’ils sont de disponibilité foncière, de fiscalitéde la théorie de la base
fondés sur un financement collectif locale, etc., afin de produire et “ex-
Dans son raisonnement général, la de l’ensemble des citoyens et contri- porter” biens et services à partir de
théorie de la base économique foca- buables nationaux. Quant aux actifs ces ressources.
lise d’abord sur la capacité des résidents travaillant et tirant leurs Le développement de la base rési-agents résidents d’un territoire, à revenus hors de la zone, cette fuite dentielle s’appuie sur des ressortstitre provisoire ou permanent, à atti- au détriment des autres territoires sensiblement différents. Ainsi, la lo-rer des revenus. Ces revenus pro- est normalement marginale à l’é- calisation des services publics etviennent de deux canaux. Le chelle d’une zone d’emploi, symétri- des emplois de fonctionnaires nepremier irrigue la base économique quement à la situation précédente. produisant pas un service de proxi-dite productive, le second la base Ici, la Lorraine se singularise nette- mité résulte d’une décision de laéconomique dite résidentielle. Ces ment avec l’emploi frontalier massif. puissance publique émanant derevenus viennent grossir la de-
Ces deux bases économiques se considérations diverses (par exemplemande potentielle en s’ajoutant aux
complètent pour contribuer à la de- la compensation de départs d’effectifsrevenus endogènes du territoire dé-
mande potentielle qui s’adresse à militaires). En revanche, le choix ré-tenus par les autres résidents. Ces
l’économie présentielle du territoire. sidentiel, à titre permanent ou provi-revenus constituent une demande
Si la base productive demeure cen- soire, de retraités et de touristespotentielle en cela qu’une partie
trale, la base résidentielle a pris une résulte pour partie d’une mise end’entre eux sera dépensée au lieu
importance croissante du fait de concurrence implicite entre diffé-de résidence. Cela stimulera alors
phénomènes économiques et so- rents territoires sur des critères del’économie présentielle du territoire,
ciaux majeurs. Il s’agit du dévelop- choix multiples : héliotropisme, désirc’est-à-dire les entreprises dont la
pement du tourisme, des migrations de ruralité ou de patrimoine urbain,production de biens et services est
résidentielles des retraités, des ral- accessibilité à une gamme supé-essentiellement destinée à satisfaire
longements des navettes domi- rieure de services, ou simplementdes besoins des ménages localisés
cile-travail grâce à des plus grandes proximité de la famille, etc. Quantsur le territoire.
vitesses de déplacement, etc. aux actifs résidents travaillant dans
Accroître les deux composantes de un autre territoire, le développementLa base “productive”
la base économique constitue un de ce segment de la base écono-
La base productive repose sur la ca- enjeu territorial crucial mais difficile mique résidentielle repose sur l’exis-
pacité des agents économiques lo- à relever. Crucial en cela qu’il est tence d’une main-d’œuvre adaptée
calisés sur le territoire à produire et déterminant pour le développement et d’un avantage comparatif en ter-
vendre des biens et services à des économique local, et difficile parce mes de logement.
agents économiques au-delà des li- qu’il inscrit inéluctablement le terri-
mites du territoire. Ce chiffre d’affai- toire dans un cadre concurrentiel. L’enjeu du développement
res permet de rémunérer les de l’économie présentielle
facteurs de production locaux, au Accroître les bases
Les mécanismes précédents décri-titre desquels les salariés. À l’é- d’un territoire : une mise
vent la façon dont un territoire estchelle d’une zone d’emploi, et a for-
en concurrence
en mesure d’attirer des revenus.tiori d’une région, dans laquelle la
des territoires Cette captation de revenus alimentemajorité des salariés travaillent et
Le développement de la base pro- le développement local dans la me-vivent, les salariés de ces entrepri-
ductive nécessite de s’inscrire dans sure où ces derniers seront partiel-ses “exportatrices” sont générale-
la concurrence et la compétitivité lement dépensés sur place. Enment des résidents du territoire.
globales. Pour ce faire, un territoire effet, les ménages satisfont uneToutefois, des fuites sont possibles,
doit faire valoir des atouts en termes partie de leurs besoins de préfé-en proportion de la résidence hors
de réseaux de communication (rou- rence à proximité de leur lieu de ré-zone de ces salariés. En Lorraine,
tes, rail, haut débit), de réseaux de sidence. Encore faut-il qu’uneelles sont mineures : 98% des em-
fournisseurs et de sous-traitants, de économie présentielle se soit déve-plois régionaux sont occupés par
des résidents de la région.
Bases productive et résidentielle
La base “résidentielle”
La base résidentielle est plus hété-
rogène et dépend de plusieurs mé-
canismes. Elle englobe les revenus Emplois Population,
disponibles résidente, activeperçus par les fonctionnaires et re-
traités résidents, et ceux des actifs
résidents travaillant hors de la zone,
ainsi que ceux des touristes au pro-
rata de leur durée de séjour. En ce
Économie présentiellequi concerne les fonctionnaires et
2loppée pour répondre à cette de- caux, la disponibilité de ces emplois au bénéfice de celles du Sud et de
èmemande solvable. L’existence de constitue un facteur important de l’Ouest. La Lorraine arrive au 4
cette économie constitue en amont l’implantation durable de familles et rang des régions métropolitaines qui
un des critères qui président aux d’actifs dans la région, tant des dé- perdent le plus de résidents dans
choix d’installation des ménages parts moindres que des arrivées les échanges migratoires, avec un
dans un territoire donné. L’éco- plus nombreuses. Ceci stimule aus- taux de migration annuel moyen sur
nomie présentielle regroupe l’en- si la population présente en âge de cinq ans de -25 habitants pour
semble des biens et services rendus travailler à se porter effectivement 10 000 habitants présents. Ce solde
aux ménages sur le marché local. Il sur le marché du travail et à grossir défavorable est imputable à une
en va ainsi des secteurs d’activité de ce fait la population active. faible attractivité. En cinq ans,
du commerce de détail, des servi- Quant à la base économique rési- 94 200 habitants en provenance
ces aux particuliers, de la construc- dentielle, une composante impor- d’autres régions françaises sont ve-
tion et de l’entretien des logements, tanteenLorraineenest l’emploi nus s’installer en Lorraine, ce qui re-
etc. Il peut être possible d’ajouter à frontalier vers la Grande Région. présente 4,3% de la population
ces activités les productions non Ces emplois relèvent de la base régionale moyenne sur cette pé-
marchandes individualisables des économique dans la mesure où il riode. Dans le classement des ré-
administrations publiques telles que s’agit d’exporter, non pas des biens gions, ce taux en fait l’avant-
les services de santé. C’est toute- et des services, mais de la dernière région, juste avant le Nord-
fois contestable dans la mesure où main-d’œuvre et des compétences. Pas-de-Calais (2,9%).
le financement socialisé de ces ser- Ils exercent une attraction plus forte Plus des trois quarts (75,6%) des
vices ne s’alimente donc pas des re- encore sur les populations actives. sortants de la Lorraine ont moins de
venus des seuls résidents (àtitre La dynamique de l’économie pré- 40 ans. Ce sont principalement de
provisoire ou permanents). La sphère sentielle est inversée. C’est la pré- jeunes actifs, parfois accompagnés
présentielle, définie et délimitée ici sence de population et la capacité d’enfants, ou des étudiants (19,2%
dans une partition sectorielle de de satisfaction de ses besoins qui des sortants ont entre 18 et 24 ans) qui
l’activité économique, peut aussi constitue le moteur de l’économie ont quitté la région au cours des
être observée selon une partition présentielle. Ainsi, la production de cinq années qui ont précédé leur re-
des métiers et des fonctions. Dans services de proximité génère des censement. Les échanges migratoi-
ce cas, la sphère présentielle cor- emplois dans ce secteur. Toutefois, res entre la Lorraine et les autres
respondra aux fonctions de distribu- ce marché étant, par nature, limité régions sont déficitaires dans toutes
tion, de services de proximité, par la démographie locale, son dé- les catégories sociales. Mais la moi-
d’entretien-réparation, de BTP,de veloppement est contraint quantitati- tié du déficit migratoire est due aux
culture-loisirs, etc. vement. Il l’est aussi qualitativement sorties de la région de résidents ré-
du fait de la prédominance d’em- partis entre deux catégories socia-
Emploi et population : plois peu qualifiés. Dès lors, ces les : les cadres et les professions
les causalités majeures emplois n’exercent pas d’effets aus- intermédiaires. Les cadres ne repré-
si puissants que ceux de la base sentent que 5% de la population lor-
Schématiquement, les mécanismes
économique, à l’exception des lieux raine, mais ils sont responsables de
de la base productive et résiden-
où ces emplois sont massifs et en 26% du déficit migratoire total, du
tielle d’une part et de l’économie
développement structurel (lieux tou- fait des départs non compensés par
présentielle d’autre part génèrent
ristiques, d’installation de retraités, etc.). des arrivées. Dans les régions de
des causalités inversées entre em-
l’Hexagone, les sorties de cadres
ploi et population. Ainsi, les méca-
sont généralement d’autant plus éle-À la lumière de ce modèle,
nismes liés à la base productive
vées que l’emploi régional est dé-les migrations résidentielles...sont initiés par la création d’emploi,
pourvu de cette catégorie de postes.
par la capacité de produire et La faible attractivité en Lorraine est
Ce mécanisme peut révéler l’effetvendre au-delà du marché local. une caractéristique partagée par les
négatif qu’exerce l’emploi sur la po-Outre son impact sur les revenus lo- régions du Nord-Est de la France,
pulation. En Lorraine, l’insuffisance
relative de postes de cadres dans le
70% du déficit migratoire concerne une population
tissu économique génère des fuites
âgée de moins de 40 ans
de ces derniers, certains déjà expé-
Classe d’âge Part dans la population (%) Part dans le déficit migratoire (%) rimentés et d’autres en devenir à la
5-17 ans 16,9 11,5 sortie des pôles universitaires for-
18-24 ans 10,0 7,7 mant de nombreux diplômés. Toute-
fois, ce mécanisme peut aussi25-39 ans 20,5 48,5
traduire, selon une causalité in-40-59 ans 30,2 20,7
versée, l’impact du départ de cadres60-74 ans 14,1 8,4
sur la structure d’emplois de la ré-
75 ans et plus 8,5 3,2
gion par une adaptation de cette
Ensemble 100,0 100,0
dernière aux compétences
Champ : population âgée de 5 ans et plus
disponibles.Source : Insee, Recensement de la population 2006, exploitation complémentaire
3d’activité des femmes dans la région... les projections de ... et de population active ...
amène à opter pour un scénariopopulation ... Le vieillissement de la population
d’activité haute des femmes à tou-
qui accompagne la baisse attendueSur la base de ces migrations, des tes les tranches d’âge. Quant à la
des effectifs a pour conséquence unprojections permettent de prolonger variante d’activité haute des jeunes,
recul encore plus marqué de la po-les mouvements à l’œuvre. En Lor- elle repose sur l’hypothèse d’une
pulation active. Alors que le niveauraine, les derniers scénarios de pro- fréquence croissante des situations
de la population totale de fin de pé-jections de population prévoient tous de cumul études/emploi. Les im-
riode serait tout juste inférieur à sonà terme une baisse démographique. pacts sont mineurs. Aucun de ces
niveau de départ après son retour-Ainsi, la région devrait voir sa popula- scénarios de projection de popula-
nement en 2011, le recul de la po-tion reculer à partir de 2011. Au ni- tion active ne contredit un recul de
pulation active engagé dès 2006veau national, seule la Champagne- la population active à l’horizon 2020,
atteindrait -7,4% en 2020. En quinzeArdenne se confronterait à cette si- et les différentiels entre hypothèses
années, la population active régio-tuation plus précocement tandis que sont faibles. En structure, le phéno-
nale se contracterait donc de prèscinq autres régions, la Bourgogne et mène majeur qui accompagne le re-
de 80 000 personnes selon le scé-l’Auvergne, puis le Nord-Pas-de-Ca- cul de la population active est son
nario tendanciel. Pour l’ensemble delais, suivi de la Basse-Normandie et vieillissement : plus d’un actif sur
la France métropolitaine, l’hypo-de la Haute-Normandie, subiraient quatre serait un senior de plus de
thèse tendancielle aboutit à unecette inflexion autour de 2020. Au 50 ans en 2020 contre 21,5% en
hausse de 700 000 personnes de lacontraire, les bordures ouest et sud 2006. En revanche, la part des
population active d’ici à 2015. Elleconnaîtraient des destins plus favora- femmes augmente peu, y compris
atteindrait alors 28,3 millions de per-bles. À côté des mouvements natu- dans la variante favorable.
sonnes et se stabiliserait ensuite au-rels, le solde migratoire jouerait un
Seule une quatrième variante, por-tour de ce niveau. Dans la majoritérôle majeur dans l’évolution des po-
tant sur la remontée des taux d’acti-des régions, le nombre d’actifs at-pulations départementales et régiona-
vité des 60-64 ans à hauteur deteindrait son maximum entre 2006les françaises.
ceux des 55-59 ans, a des effetset 2020 avant de décroître, seules
Dans le scénario central, l’âge moyen nettement plus sensibles. Reposanttrois (Midi-Pyrénées, Languedoc-Rous-
en Lorraine passerait ainsi de 38,9 sur l’hypothèse d’une fréquencesillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur)
ans en 2005 à 43,6 ans en 2030. La grandissante des situations de cu-connaîtraient leur année d’inflexion
Lorraine se situe dans les cinq pre- mul emploi/retraite, cette varianteau-delà de 2020.
mières régions pour lesquelles le paraît moins probable que les pré-
Par rapport à ce scénario tendan-vieillissement sera le plus marqué cédentes. Elle permet néanmoins
ciel, des exercices de projection en(+4,9 ans), derrière la Champagne- de prendre en compte l’important gi-
variantes s’imposent, notammentArdenne (+5,2 ans), la Basse-Nor- sement de main-d’œuvre que
dans le contexte lorrain marqué parmandie (+5,1 ans), la Haute-Nor- constitue cette classe d’âge.
ses faibles taux d’emploi des se- (+5 ans) et la Bourgogne (+4,9
niors et des femmes. Ainsi, le retardans). La Lorraine fait partie de ces ré- ... très affectées
constaté sur le taux d’emploi desgions où la croissance de la popula-
par les migrationsseniors penche pour un scénariotion totale est la plus faible et où la
d’activité alternatif d’activité forte En Lorraine, les effets démographi-diminution de la population de moins
des 55-59 ans. Ce dernier suppose, ques (effet des migrations et effet de lade 20 ans et de 20 à 59 ans serait la
contrairement au scénario tendan- pyramide des âges) sont négatifs dèsplus forte. Pour la tranche d’âge de
ciel, un effet rétroactif des réformes 2006. Entre 2006 et 2010, l’effet né-20 à 59 ans, qui concentre l’essentiel
des retraites, se diffusant des 60-64 gatif des migrations est dominant dudes ressources en main-d’œuvre, la
ans vers la tranche d’âge quinquen- fait d’un solde entrées-sorties d’ac-baisse projetée des effectifs attein-
nale précédente. De même, le cons- tifs du territoire de -3 300 actifs endrait 14,7% et 17% pour les moins de
tat traditionnel d’un faible taux rythme annuel. Au cours de la dé-20 ans.
cennie suivante, l’effet défavorable
de la pyramide des âges primeraitCadres et professions intermédiaires : 50% du déficit migratoire
du fait des nombreux départs en fin
Part dans la population Part dans le déficit
Catégories socioprofessionnelles d’activité. Seul l’effet des taux d’acti-
(%) migratoire (%)
vité impacterait positivement la po-
Agriculteurs 0,7 0,3
pulation active durant toute la
Artisans, commerçants 2,1 2,4
période.
Cadres 5,1 26,0
Professions intermédiaires 11,0 23,8 Ainsi, sans modification des antici-
Employés 15,1 9,0 pations, le prolongement des ten-
Ouvriers 14,6 8,5 dances actuelles en termes de
Elèves, étudiants 8,8 4,8 fuites d’actifs découragés par le
Retraités 21,3 11,8 faible dynamisme économique a
Autres inactifs 21,2 13,4
une probabilité élevée de réalisa-
Ensemble 100,0 100,0
tion. Comme le révèle l’exercice de
Champ : population âgée de 5 ans et plus
Source : Insee, Recensement de la population 2006, exploitation complémentaire
4projection, cela contracterait dura- donc des frontaliers de plus longue Globalement, les zones d’emploi les
blement la force de travail en Lor- date. Parmi les frontaliers vers la plus concernées par le travail fronta-
raine, avec pour conséquence Wallonie, la proportion d’individus lier vers le Luxembourg connaissent
redoutable un cercle vicieux réces- ayant leur résidence antérieure les plus fortes dynamiques démo-
sif. D’une part, la contraction des dans le même département est la graphiques de la région.
compétences disponibles est de na- moins fréquente (82,3%), d’abord au
ture à décourager l’implantation profit de celle de frontalier atypique. ... avec peu
d’entreprises génératrices de la de retentissement sur
L’"aire de recrutement géogra-base économique productive. l’économie présentielle ...phique" des frontaliers lorrains versD’autre part, le développement de
le Luxembourg est la plus diver- En Lorraine, dans les cantons lesl’économie présentielle en pâtirait
sifiée. Parmi eux, des effectifs signi- plus concernés par le travail frontalierinévitablement.
ficatifs proviennent d’un autre vers le Luxembourg (Longwy, Briey,
Toutefois, des inflexions par rapport à département de la région, d’une Thionville et Metz), les revenus des
ces projections pourront se réaliser. autre région de métropole, voire de ménages sont “dopés” par les salai-
Compte tenu de la rapidité des phéno- l’étranger hors Luxembourg (340 de res des actifs travaillant au
mènes en jeu, les zones frontalières
Belgique, 210 du Portugal, etc.). Ce Grand-Duché et sont de ce fait plus
pourraient en être le premier théâtre. phénomène atteste du potentiel de élevés qu’en moyenne régionale. À
la région en termes de base écono- travers les mécanismes de l’éco-
Des atouts en termes mique résidentielle. La montée en nomie présentielle, les revenus de
de base résidentielle puissance du projet de Belval, pôle ces ménages, composante de la
d’emploi secondaire en devenir face base économique résidentielle, pour-des zones frontalières ...
à l’expansion de l’aire métropolitaine raient susciter des emplois dans desDe toute évidence, la Lorraine dis-
de Luxembourg-Ville, permettra à ce secteurs divers : construction, com-pose d’atouts majeurs en termes de
potentiel de se réaliser. merce, services à la personne, etc.base économique résidentielle. Le
fonctionnement du marché du travail
de la Grande Région entraîne des
Progression du nord Lorraine dans la hiérarchie régionale
migrations résidentielles et des re-
entre 1990 et 2006
configurations spatiales majeures.
Rang du canton en 2006 - rang du canton en 1990 (couleur)Dans ce contexte de mobilités, la
91et nombre d'actifs en 2006 (cercle)
Lorraine dispose d’avantages com-
44
paratifs évidents pour fournir et ac-
6cueillir de nombreux travailleurs
frontaliers. Ceci serait de nature à -22
infléchir les évolutions précédem-
-58
ment décrites.
-90
Par pays de destination (Allemagne,
Belgique, Luxembourg), les trois types
d’emplois frontaliers qu’occupent les
résidents lorrains exercent des em-
prises territoriales variables et plus
diversifiées en comparaison des
emplois localisés en Lorraine. En
observant les frontaliers lorrains en
2006 et leur adresse cinq années
auparavant, il apparaît que ceux à
destination de l’Allemagne relèvent
quasi exclusivement de deux situa-
tions : 88,2% résidaient déjà dans le
même département et 10,6% pro-
29,48%viennent d’Allemagne. Ces derniers
Nombre d'actifs en 2006sont essentiellement de nationalité
61500allemande et sont qualifiés couram-
ment de frontaliers “atypiques”. Les
5000
provenances des frontaliers vers la
Fait avec Philcarto - http://perso.club-internet.fr/philgeoWallonie et le Luxembourg sont plus
variées. Ceci est dû en partie au fait
que le travail frontalier vers ces Note de lecture : du fait de l'incomparabilité des taux d'activité entre le nouveau recensement et les précédents,
des rangs et non des niveaux absolus sont comparés ici.
deux pays a progressé entre 2000
et 2006, tandis qu’il stagnait en di-
rection de l’Allemagne et concernait Source : Insee, recensements de la population 1990 et 2006
5
IGN - Insee 2009À l’issue de ce phénomène, la popu-En attendant des études systéma-Savoir plus :
lation active est encore et plus vive-tiques et territorialisées de l’éco-
ment concentrée dans le nord dunomie présentielle en Lorraine,le
sillon lorrain et la bande frontalière.développement de ce segment deCette présentation reprend cer-
tains résultats des Économie Lor- En 2006, les sept zones d’emploil’économie n’apparaît pas flagrant
raine suivants : concernées par le travail frontalierdans les zones d’emploi frontalières
(Thionville, Metz, Bassin-Houiller, Sarre-où la base économique résidentielle
- «Migrations résidentielles : la Lor-
guemines, Longwy, Briey et Meuse-est en expansion. Si ces zones peu-raine, peu attractive pour les jeunes
du-Nord) regroupent 51,2% des ac-actifs qualifiés», Mireille FLORÉMONT - vent être caractérisées par une part
Économie Lorraine n°179, juillet 2009 tifs contre 48,9% en 1990. Compteimportante de l’économie présen-
- «La population active lorraine à l’hori- tenu des performances modestestielle (fonctions du BTP, culture-loisirs,
zon 2020 : des inflexions à soutenir de l’économie présentielle, cettedistribution, entretien-réparation, servi-
pour enrayer une baisse engagée dès
croissance des taux d’activité ré-ces de proximité) dans leur emploi to-
2006», Gérard MOREAU - Économie
sulte essentiellement de l’implanta-tal, le nombre d’emplois de cetteLorraine n°178, juillet 2009
tion de nouveaux frontaliers et desphère rapporté à la population rési-- «Les revenus des ménages du nord
l’incitation des résidents à se porterlorrain : “boostés” par les salaires fron- dente est plutôt inférieur à celui des
taliers», Gérard MOREAU - Économie surlemarchédutravail de laautres zones d’emploi lorraines en
Lorraine n°154, janvier 2009 Grande Région.2006. La part élevée de la sphère
- «La Lorraine en 2030 : un avenir qui présentielle témoigne davantage du
n’est pas écrit», Christian CALZADA,
recul relatif de la sphère productive Quels leviers
Philippe DEBARD, Thierry GUILLAUME -
que d’un dynamisme significatif. EnÉconomie Lorraine n°154, mars 2007 pour enrayer la baisse
évolution entre 1999 et 2006, l’élas- de la population active ?
ticité du volume d’emploi de cette
Site internet : Afin d’enrayer la baisse de la popu-
sphère par rapport à l’évolution dewww.insee.fr
lation active, il est envisageable de
la population totale y est aussi en
mobiliser les mécanismes précé-
retrait en comparaison des autres
dents. L’accroissement de la base
territoires lorrains.
productive suppose par exemple
d’entretenir la vocation industrielle
Certaines zones d’emploi affichent au
de la Lorraine. Pour la base résiden-
contraire des indicateurs favorables
tielle lorraine, le développement du
quant au poids et au développement
travail frontalier vers le Luxembourg
de leur économie présentielle. Outre
en constitue le meilleur atout, en fa-
Metz et Nancy, les zones vosgiennes
vorisant la conciliation entre vie fa-
ont des ratios (emplois présentiels/popu-
miliale et vie professionnelle des
lation) supérieurs à la moyenne régio-
ménages concernés et l’installation
Ministère de l’Économie, nale. En évolution entre 1999 et
de nouveaux ménages. Quant à l’é-de l’Industrie et de l’Emploi 2006, les zones de Toul et Sarre-
Insee conomie présentielle, des marges
bourg ont “rentabilisé” plus efficace-
Institut National de la Statistique de manœuvre existent là où cette
ment leur croissance démographiqueet des Études Économiques sphère est sous-développée en re-
en créations d’emplois présentiels.Direction Régionale de Lorraine
gard de la demande potentielle, en15, rue du Général Hulot
CS 54229 particulier dans les zones frontaliè-
54042 NANCY CEDEX ... mais un effet positif res. Partout, le développement des
Tél : 0383918585 sur les taux d’activité services à la personne semble pro-
Fax: 0383404561
metteur face aux besoins croissantswww.insee.fr/lorraine
La hiérarchie des cantons lorrains
liés au vieillissement de la popula-
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION en termes de taux d’activité s’est
tion, à l’évolution de l’activité écono-
Jean-Paul FRANÇOIS clairement modifiée en faveur de
mique au sein des ménages, ainsiDirecteur régional de l’Insee
ceux où l’opportunité de travail
qu’à celle des modes de vie. Des
COORDINATION RÉDACTIONNELLE frontalier est la plus élevée. En ef-
travaux ultérieurs viseront à évaluerChristian CALZADA fet, nombre de ces derniers ont le
cette piste dans une optique pros-Gérard MOREAU
plus progressé dans le classement
pective, quantitativement en antici-
RESPONSABLE ÉDITORIALE régional des cantons et atteint les
pant les besoins à l’horizon 2020ET RELATIONS MÉDIAS
taux d’activité les plus élevés en
Brigitte VIENNEAUX sur la base des projections de popu-
2006. À titre d’exemple, Longwy et
lation, et qualitativement en analy-
RÉDACTRICE EN CHEF Fontoy sont passés de la fin de
sant les caractéristiques desAgnès VERDIN
classement à la première moitié
emplois induits.
entre 1990 et 2006 pendant queRÉALISATION DE PRODUITS
ÉDITORIAUX Cattenom s’est hissé à la première
Édith ARNOULD Gérard MOREAUplace. Au contraire, les reculs les
Marie-Thérèse CAMPISTROUS
plus sensibles dans la hiérarchie
ISSN : 0293-9657 régionale ont affecté le sud-est lor-
© INSEE 2010
rain.
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