Le bilan démographique du siècle (Octant n° 80)

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Au cours du XXe siècle, la population bretonne a augmenté de 360 000 personnes, pour se rapprocher du seuil des 3 millions d'habitants. Outre ce chiffre brut, le bilan du siècle est marqué par la prolongation de tendances fortes relevées au plan national : un taux de natalité divisé par deux, une baisse du taux de mortalité surtout dans la première moitié du siècle, un solde naturel qui diminue, le vieillissement de la population. Pour autant, des spécificités bretonnes existent, mais elles ont été bouleversées au cours du siècle. La natalité jusqu'alors supérieure à la moyenne française termine le siècle un point au dessous, traduction du plus rapide vieillissement de la population bretonne. Par ailleurs, alors que le siècle avait débuté par un fort déficit migratoire, celui−ci s'est redressé pour devenir excédentaire à partir des années 60. Cette reconquête du solde migratoire en fait désormais le moteur principal de la croissance démographique en Bretagne.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Recensement de la population 1999
Le bilan démographique
du siècle
èmeAu cours du XX siècle, la population bretonne a augmenté
de 360 000 personnes, pour se rapprocher du seuil des 3 millions
d’habitants. Outre ce chiffre brut, le bilan du siècle est marqué
par la prolongation de tendances fortes relevées au plan national :
un taux de natalité divisé par deux, une baisse du taux de mortalité
surtout dans la première moitié du siècle, un solde naturel qui
diminue, le vieillissement de la population. Pour autant, des spécificités
bretonnes existent, mais elles ont été bouleversées au cours du siècle.
La natalité jusqu’alors supérieure à la moyenne française
termine le siècle un point au dessous, traduction du plus rapide
vieillissement de la population bretonne. Par ailleurs, alors que
le siècle avait débuté par un fort déficit migratoire, celui-ci s’est
redressé pour devenir excédentaire à partir des années 60.
Cette reconquête du solde migratoire en fait désormais le moteur
principal de la croissance démographique en Bretagne.
Le bilan démogra- sa croissance globale au cours dité, de la mortalité et des guerres, qui ont également dure-
èmephique de la du siècle la situe au 15 rang, ment touché la Bretagne. Quatreéchanges migratoires, dont l’en-
èmeBretagne du XX juste en dessous de la Basse périodes se détachent dans lasemble décrit le régime démo-L siècle apparaît rela- Normandie. série des taux annuels d’évolu-graphique breton.
tivement modeste en regard de Quant à la France, elle se situe tion :
èmela progression de la population au 13 rang dans l’Europe des - de 1900 à 1914 : la populationLes aléas de la croissance
française qui est trois fois supé- quinze. Pourtant, la croissance continue d’augmenter lentement,démographique
rieure à l’évolution bretonne : européenne (54 % en 100 ans) d’environ 0,2 % par an, le déficit
L’histoire démographique d’un+ 14 % contre + 45 % en 100 ans. est bien modeste, comparée à migratoire (-0,4 %) étant inférieur
territoire dépend intimement decelle du reste du monde où la à l’excédent naturel (+0,6 %).
Une faible croissance son histoire politique et écono-population a tout simplement - de 1915 à 1945 : la population
èmemique. Or le XX siècle a étéSi le rythme de croissance démo- quadruplé. diminue presque continuelle-
riche en événements et sursauts,graphique au cours des années Pour comprendre cette faible ment. Au déficit naturel de la pre-
ème1990 place la Bretagne au 7 et notamment profondémentcroissance bretonne, il faut mière guerre s’ajoute une émi-
rang des 22 régions françaises, observer l’évolution de la fécon- marqué par les deux grandes gration nette proche de 0,8 %
4 OCTANT n° 80Recensement de la population 1999
Côtes-d’Armor Finistère Ille-et-Vilaine Morbihan Bretagne France métropolitaine
Population en 1900 610 694 766 341 615 261 561 180 2 553 476 40 614 000
Population en 2000 542 832 853 563 874 465 646 240 2 917 100 58 693 000
Variation totale - 67 862 87 222 259 204 85 060 363 624 18 079 000
Nombre de naissances 979 799 1 442 694 1 156 619 1 056 455 4 635 567 75 858 874
Nombre de décès 862 504 1 104 575 911 393 816 339 3 694 811 63 358 602
Solde naturel 117 295 338 119 245 226 240 116 940 756 12 500 272
Solde migratoire - 185 157 - 250 897 13 978 - 155 056 - 577 132 5 578 728
Taux annuel moyen - 0,12 0,11 0,35 0,14 0,13 0,37
dû au solde naturel 0,20 0,42 0,33 0,40 0,34 0,26
dû au solde migratoire - 0,32 - 0,31 0,02 - 0,26 - 0,21 0,11
entre 1915 et 1930. Cet exode Taux de croissance de la population bretonne
des plus jeunes entraîne une
réduction de l’excédent naturel
qui ne peut plus compenser le
déficit migratoire.
- de 1946 à 1975 : c’est la pério-
de des trente glorieuses, la crois-
sance démographique redevient
positive et s’accentue, d’abord
sous l’impulsion du baby-boom,
puis par l’effet des mouvements
migratoires qui deviennent favo-
rables à la Bretagne dans le cou-
rant des années 1960. Cette
inversion des courants migra-
toires est un événement démo- Évolution de la population depuis 1900 (indice base 100 en 1900)
graphique majeur.
- de 1976 à nos jours : la chute
de la natalité ralentit la progres-
sion démographique, malgré une
amélioration du solde migratoire.
Évolution de la population depuis 1900 (indice base 100 en 1900)
OCTANT n° 80 5Recensement de la population 1999
La longue chute La baisse de la féconditéTaux de natalité (naissance pour 1000 habitants)
de la natalité èmeSi le XX siècle est marqué par
La Bretagne comptait près de une forte baisse de la fécondité,
70 000 naissances par an entre les nouveaux modes de vie et le
1900 et 1905, soit à peu près développement récent des
autant qu’un siècle plus tôt, alors moyens contraceptifs ne l’expli-
que la population avait crû de quent qu’en partie. Les mesures
40 %. Le niveau de natalité a les plus lointaines d’indice
beaucoup chuté au cours du conjoncturel de fécondité en
èmeXX siècle. Entre 1990 et 1998, France (1) révèlent que cette
le nombre des naissances ap- tendance est multi-séculaire. Cet
proche les 33 000 par an. indice s’élevait en effet à 5,5
La chute du taux de natalité est enfants par femme en 1755, à
encore plus forte : il passe de 27 4,5 en 1800, à 3,5 en 1850 et
naissances pour 1000 habitants 2,85 en 1900 (2). La baisse s’estIndice conjoncturel de fécondité (enfants par femme) à moins de 12 actuellement. accentuée de facto au moment
Cette baisse correspond à une des deux grandes guerres, sui-
tendance profonde : elle prolon- vie immédiatement par quelques
ge en effet le déclin de la natalité années de rattrapage. Le «baby-
au cours du siècle précédent boom» de l’après guerre s’est
(38 pour 1000 en 1800). Loin prolongé durant les 30 années
d’être une particularité bretonne, glorieuses. Mais au moment de
ce constat se retrouve - quoique la crise économique, la taille des
légèrement atténué - au niveau familles a recommencé à dimi-
national (33 ‰ en 1800, 22 en nuer, passant sous le seuil de 2
1900 et 12,4 en 1999). enfants par femme.
La tendance est comparable, La Bretagne se distingue au
mais son ampleur est plus forte début du siècle par un plus fort
en Bretagne, région traditionnel- attachement aux familles nom-Nous ne disposons pas de série complète de mesure de la fécondité bretonne.
Le tracé en pointillés suggère l’évolution probable de l’indice conjoncturel breton. lement plus féconde. L’écart de breuses, mais cette particularité
taux de natalité avec le reste de va peu à peu disparaître. L’indice
la France se maintient durant conjoncturel de fécondité atteint
toute la première moitié du 4 enfants par femme en 1901, et
siècle, il se réduit à partir de la 3,35 en 1921, contre 2,85 et 2,04
seconde guerre jusqu’à s’annu- France entière . Plus rurale, plus
De quelle Bretagne ler et s’inverser après 1981. La maritime et plus traditionnelle, la
parle-t-on ? part des naissances bretonnes Bretagne était plus rétive à la
est ainsi passée de 8 % au début limitation des naissances. CetLa situation d’une population
du siècle à 4,5 % à la fin. écart s’est maintenu durant plu-s’apprécie au sein d’un territoi-
D’où vient cette baisse plus mar- sieurs décennies. Pendant lare déterminé. L’ensemble de
quée en Bretagne ? Pour une seconde guerre, les taux se sontcette étude concerne le territoi-
re administratif de la région part, d’un exode ayant touché rapprochés, la fécondité breton-
Bretagne, limité à ses quatre plus d’un jeune sur deux à cer- ne rejoignant la fécondité françai-
départements. Pendant des taines époques. Pour une autre se (2,98 en Bretagne contre 3,22
siècles depuis le traité part, d’un rapprochement tardif en 1946). Les comportements se
d’Angers en 851, et jusqu’au des comportements sociaux. sont rapprochés jusqu’à se
décret du 30 juin 1941, les ter- L’évolution des idées et des confondre à partir de 1982.
ritoires de Nantes et de Saint- èmemoeurs, amorcé au XVIII Si la tendance à la baisse devait
Nazaire, qui constituent aujour- siècle, s’est en effet répandu pro- se prolonger encore, la fécondité
d’hui le département de Loire- èmegressivement à l’ensemble du du XXI siècle ne permettrait
Atlantique, étaient bretons.
pays, modifiant les structures pas le remplacement des géné-
L’évolution de la population de
familiales et entraînant une rations, soit 2,1 enfants par
cette Bretagne historique est
réduction de la fécondité. femme.nettement plus favorable que
celle de la Bretagne adminis-
trative : + 842 000 habitants en (1) Même si aucun indicateur synthétique ne convient parfaitement, l’évolution de l’indice con-
100 ans, soit + 26 %. joncturel sur longue période décrit assez bien la transformation de l’attitude reproductive.
(2) source INED : JC Chesnais, 1986.
6 OCTANT n° 80Recensement de la population 1999
vie, est imputable à l’améliora-Le recul de la mortalité Mortalité générale
tion des conditions sanitaires etMalgré l’augmentation de la taux moyens par décennie (décès pour 1000 habitants)
sociales ainsi qu’aux progrèspopulation, le nombre total de
médicaux. Ces avancées se sontdécès a nettement reculé en
peu à peu diffusées dans l’en-Bretagne comme ailleurs au
semble du pays, mais avec uncours du siècle ; il est passé de
certain décalage en Bretagne.près de 60 000 au cours de l’an-
Au cours de ce siècle, le tauxnée 1900, à un peu plus de
breton reste toujours supérieur29 000 en 1998. C’est surtout la
d’environ 1 point au niveau natio-première moitié du siècle qui
nal. enregistre cette formidable bais-
A cet égard l’évolution du taux dese de 51 %, le niveau étant
mortalité infantile, c’est à dire lapresque stabilisé depuis lors.
fréquence des décès durant laAinsi le taux de mortalité est
première année de vie, esttombé de 21 ‰ en début de
Le taux de mortalité générale est un indicateur peu satisfaisant du niveau de laremarquable. Ce taux a forte-siècle à 13 ‰ en 1950 puis à mortalité, il est en effet très dépendant de la structure par âge de la population.
ment chuté en 100 ans, passant10 ‰ actuellement. L’indicateur synthétique qui s’en affranchit est l’espérance de vie à la naissance. Il
en France, de 150 décès à n’existe malheureusement pas de série longue de mesure de l’espérance de vieCette chute des décès prolonge
en Bretagne.moins de 5 décès pour 1000une évolution observée en
naissances. Cette formidableFrance depuis longtemps déjà.
victoire de tout un siècle résulteVers 1740, le taux de mortalité
d’une série de progrès dans lanational s’élevait à 40 ‰ lié à
èmemortalité post néonatale (du 2une très forte mortalité infantile
èmeau 12 mois) dans un premier Mortalité infantile(source Ined). Ce taux descend
temps, et d’un recul de la morta- taux moyens par décennie (décès pour 1000 habitants)à 28 ‰ vers 1800, et 20 ‰ en
lité des premiers jours (Barbieri,1900. Les statistiques de mortali-
1998). Même si quelques dispa-té suivent une tendance lourde,
rités restent à réduire, la margemais subissent aussi les chocs
de manœuvre pour de nouveauxde l’histoire, qui dépendent sur-
progrès s’amenuise.tout du contexte national. Les
Cette remarque peut se générali-deux grandes guerres, mesu-
ser à l’ensemble des âges. Lesrables par les pointes des
gains vont cependant se réduireannées 1914, 1918 et 1940, ont
peu à peu. Malgré tout, la struc-certes été meurtrières, mais
leurs bilans restent dissimulés ture de la population bretonne
par la baisse tendancielle des conduira inexorablement à une
décès. Le recul de la mortalité, augmentation du nombre de
qui se traduit par une allonge- décès au cours des vingt pro- Les données manquantes en Bretagne de 1952 à 1964 ont été obtenues ici par
ment de la durée moyenne de chaines années. estimation.
Méthodologie
La précision des chiffres ne doit pas faire illusion. Une certaine incertitude pèse sur chacune des séries statistiques présentées. Les populations inter-
censitaires ont été calculées en tenant compte du solde naturel annuel et du solde migratoire apparent moyen.
Les naissances et les décès de 1999 ne sont pas encore comptabilisées, nous avons donc retenu pour 1999 la valeur moyenne des années 1996
à 1998. La population au 1er janvier 1999 est obtenue par rétropolation à partir des résultats provisoires du dénombrement de mars 1999.
La population au 1er janvier 2000 est obtenue en ajoutant le solde naturel précédemment décrit et le solde migratoire apparent moyen de la période
1990-1999.
OCTANT n° 80 7Recensement de la population 1999
mortalité. Ces variations ont d’immigration, creusant ainsi unMouvement naturel en Bretagne (en milliers) èmeconnu la même ampleur au XX différentiel de croissance naturel-
siècle, avec les deux pointes le qui a désormais tendance à
caractéristiques des années s’amplifier.
d’après guerre : soldes de
27 000 en 1920 et de 23 000 en La reconquête du solde
1947-1948. migratoire
Durant la période de l’entre-
Avec l’arrivée du chemin de fer,
deux-guerres, la natalité chutait
la disparition de son activité tex-
plus rapidement que la mortalité,
tile (100 000 métiers à tisser en
de sorte que le solde s’appro-
1800, selon l’abbé Gauthier) et
chait de zéro en 1939. Le baby-
sa forte fécondité, la Bretagne
boom a fait remonter ce solde
èmeest devenue au milieu du XIX
aux alentours de 15 000, niveau
siècle une région de forte émi-où il s’est maintenu jusqu’en
gration. Les transformations de1972, grâce à une quasi-stabili-
l’économie, des moyens desation des naissances et des
production, des coûts et des prixdécès. La natalité est peu à peuÉvolution du solde migratoire en Bretagne de vente, des voies de communi-repartie à la baisse, les famillesentre 1800 et 1999 (en milliers) cation et des modes de vie,nombreuses se raréfient. Dans le
toutes les évolutions poussaientmême temps, l’amélioration des
bon nombre de jeunes adultesconditions de vie et les progrès
sur le chemin de l’exode. Le défi-médicaux ont permis de mainte-
cit migratoire cumulé a atteintnir le nombre de décès bretons
ème380 000 personnes au XIXdepuis 1946 à un niveau proche
siècle. Quoique irrégulier, le mou-de 30 000 par an.
vement d’exode s’est renforcéA l’avenir, le nombre annuel de
èmedurant le XX siècle et jusqu’à lanaissances risque de descendre
guerre de 39-45, puis s’est inver-en dessous de 32 000, tandis
sé. Le solde migratoire de laque le nombre de décès risque
région continue actuellement sade monter au-dessus de 33 000,
consolidation, après avoir passépar le simple effet de la propor-
la ligne du négatif au positif aution de personnes âgées. Ainsi leEvolution du solde migratoire breton estimé entre 1800 et 1999
milieu des années 1960. Le soldesolde naturel breton poursuivrait
èmemigratoire cumulé sur le XXsa chute, il est passé sous la
siècle est cependant déficitairebarre des 10 000 en 1975, ille mouvement naturel est depuisUn bilan naturel presque
de 580 000 personnes. demeure sous les 5 000 depuislongtemps orienté à la baisse.toujours positif Le retournement de tendance est1991, il tend désormais vers zéroSi l’on excepte les périodes des
Au cours des cent dernières le fruit d’un vigoureux effortet pourrait devenir déficitaire. deux guerres mondiales, où le
années, la population bretonne a régional et aussi national, d’ini-En termes de taux d’accroisse-nombre de décès, encore bien
donné la vie à environ 4 636 000 tiatives à la fois publiques et pri-ment, le bilan naturel bretonimparfaitement connu, dépasse
personnes. Dans la même pério- vées pour reconquérir une éco-dépassait le résultat national jus-largement celui des naissances,
nomie productive et moderne. Lade, environ 3 695 000 personnes qu’en 1950, puis les flux migra-le bilan naturel breton a toujours
toires (départs de jeunes et arri- décentralisation de Citroën àvivant en Bretagne sont décé- été positif, mais avec des for-
ème vées d’anciens) ont accentué le Rennes, du CNET à Lannion,dés. De sorte que le bilan naturel tunes diverses. Au XIX siècle, il
ème vieillissement de la région face d’Olida à Loudéac, -entre autres-du XX siècle est excédentaire oscillait déjà entre 3 000 et
au rajeunissement des régions a été accompagnée, suite à lade 941 000 habitants. Toutefois, 20 000, selon les aléas de la
Méthodologie
La connaissance des mouvements migratoires internes à la France étant imparfaite, il convient de se limiter à l’indication des soldes migratoires appa-
rents intercensitaires, obtenus par différence entre la variation de population et l’accroissement naturel.
Les oscillations observées de l’évolution du bilan migratoire peuvent provenir, soit d’inexactitudes des recensements, soit d’effets de génération. Ainsi
la remontée durant l’entre-deux-guerres s’explique par l’arrivée des classes creuses nées durant la guerre 14-18.
8 OCTANT n° 80Recensement de la population 1999
demande bretonne d’une loi de Pyramide des âges - 1901
programme pluriannuelle, du
doublement de la part de la
Bretagne dans les dépenses de
l’Etat (de 2,5 % à presque 5 %).
Parallèlement, le développement
de la filière agroalimentaire
réparti sur toute la région a
contribué au maintien de la
population dans les zones peu
urbanisées.
La déformation
de la pyramide
La transformation progressive de
la pyramide des âges découle à
Pyramide des âges - 1999la fois de l’évolution de la natali-
té, de la mortalité et des mouve-
ments migratoires.
La pyramide de 1901 résulte du
régime démographique encore à
èmel’œuvre au XIX siècle, avec
une natalité plutôt abondante et
une mortalité encore élevée qui
décime les populations dès les
plus jeunes âges, provoquant
une réduction régulière des
effectifs au fil des générations.
La forme pyramidale est sympto-
matique d’une population soumi-
Population 1999 selon projection Omphalese à l’«ancien régime» démogra-
phique, c’est à dire à transition
non achevée. Évolution de la structure de la population bretonne
La pyramide actuelle porte les par grands groupes d’âge
traces des deux grandes guerres
du siècle, mais sa forme tend à
se rectangulariser, sous l’effet
des progrès médicaux qui
repoussent un peu plus chaque
année la durée moyenne de vie.
La réduction de la base de la
pyramide est liée à la baisse de
la natalité. Par ailleurs, la propor-
tion d’habitants de plus de 60
ans a plus que doublé entre
1901 et 1999, passant de 10 % à
23 %.
OCTANT n° 80 9Recensement de la population 1999
Aperçu de l’histoire démographique
de la Bretagne
La marche des siècles Évolution de la population bretonne
1 (en milliers)En recoupant les diverses sources disponibles , il est possible
de se faire une idée approximative de l’histoire démographique
de la région dans ses limites actuelles depuis les premiers
siècles de notre ère. On peut ainsi retenir comme autant de
points de repère : 180 000 habitants en l’an 500, 500 000 en
l’an 1000, 1 000 000 en 1500.
Il semble donc que la population bretonne ait connu une crois-
sance relativement régulière, malgré les a-coups provoqués
par les vagues d’immigration, les guerres, les épidémies et les
famines. Le rythme de croissance séculaire de la population a
très probablement oscillé entre 0,1 et 0,2 % par an jusqu’au
èmeXIX siècle ; un taux moyen de 0,18 % colle de très près aux
observations. Depuis l’an 500 et jusqu’en 1800, on peut ainsi La transition démographique
approcher le niveau de la population bretonne pour l’année a Le concept de transition démographique désigne le passage
par la simple formule : d’un équilibre démographique à mortalité et fécondité fortes, à
Pa = P500 x (1,0018)(a-500) un régime moderne d’équilibre, à mortalité et fécondité basses.
Ce modèle théorique a été vérifié dans tous les pays, sous dif-
ème férentes formes.A partir du XIX siècle, l’effet de la transition démographique
La France présente la particularité d’une chute de la natalitébouscule la régularité du modèle. La baisse de la mortalité
précoce, presque immédiatement associée à la baisse de lainduit une croissance plus rapide. Un mouvement d’émigration
mortalité, ce qui limite considérablement l’effet sur l’excédentèmeperdure toute la première moitié du XX siècle. La croissance
naturel, et son impact, dit multiplicateur transitionnel. La
devient négative après 1914, comme pour corriger une évolu- èmeBretagne s’est un peu distinguée au XIX siècle par une
tion trop hâtive, puis s’accroît nettement après la seconde guer- fécondité plus soutenue, vestige d’une société plus rurale. Mais
re, par inversion du flux migratoire. La composante migratoire son comportement s’est désormais aligné sur celui de la
joue désormais le rôle principal. France.
ème(1) notamment Léon Fleuriot : «Les origines de la Bretagne» (Payot) et «L’espoir breton du XXI siècle» (Coop Breizh)
Méthodologie
Les naissances et les décès sont enregistrés dans la commune où ils surviennent. Depuis 1946, les statis-
tiques de naissances sont aussi comptabilisées au lieu de résidence de la mère, de même les statistiques de
décès sont affectées au lieu de résidence du défunt. Avant cette date, le mouvement naturel n’est donc pas
«domicilié».
Cependant les agrégations départementales au lieu d’enregistrement utilisées ici de 1900 à 1945 donnent des
résultats très proches du mouvement naturel de l’époque, à l’exception notable des périodes de guerre où l’in-Sources utilisées
certitude est répartie entre le solde naturel et le solde migratoire. Une correction a cependant été apportée au
Statistique Générale de la France, nombre de décès enregistrés en Bretagne entre 1914 et 1918, trop éloigné du nombre de décès «domiciliés»:
Résumé rétrospectif 1909. ils ont été estimés en stabilisant la part des décès de chaque département parmi l’ensemble des décès natio-
naux de 1913. Cette hypothèse, qui suppose que les Bretons n’auraient pas subi plus de pertes que la moyen-Mouvement de la population.
ne nationale, conduit à une estimation minimale des victimes de la guerre. Recensements, état civil.
10 OCTANT n° 80Recensement de la population 1999
était déjà plus prospère à la finPopulationsVariation des populations départementales
ème du Moyen-Age. La population adépartementalesau cours du XX siècle
probablement atteint son maxi-
La croissance démographique
mum vers 1866, puis a connu
n’est uniforme ni dans le temps,
une longue période de baisse
ni dans l’espace. Pour résumer
èmedepuis. Le bilan du XX siècle
l’évolution démographique du
reste cependant négatif, le
siècle dans les 96 départements
département a perdu 68 000
métropolitains, nous les avons
habitants depuis 1900, soit uneordonnés selon leur taux de
baisse de 11 %. croissance. Quatre classes
- L’Ille-et-Vilaine atteignait un
d’évolution apparaissent et les
niveau de population proche de
départements bretons se situent
celui des Côtes-du-Nord au
dans les deux premières :
début du siècle. Son évolution
- 28 départements - dont les
est devenue nettement positive à
Côtes-d’Armor - où la popula-
partir des années 1920, la ville
tion a diminué.
de Rennes attirant de plus en
- 41 départements de très faible
plus de jeunes venant notam-
croissance (moins de 0,4 % par
ment des trois autres départe-
en % an). Le Finistère, le Morbihan et
ments. Après la guerre, elle a
l’Ille-et-Vilaine sont dans ce
profité des nombreuses implan-
cas.
tations administratives. La crois-
- 15 départements à croissance
sance de la population s’est
soutenue (entre 0,4 et 0,8 %
maintenue par la suite, atteignantÉvolution des populations départementales bretonnes par an).
près de 1 % par an dans la
(en milliers) - 12 départements en croissance
seconde moitié du siècle.
vive (entre 0,8 et 2,1 % par an).
- Après avoir augmenté de 76 %
èmeParis joue depuis le XIX siècle
èmeau cours du XIX siècle, la
le rôle principal dans la dyna- population finistérienne n’a
mique des migrations internes à èmegagné que 11 % au XX siècle.
la France. Cet effet de la capitale
Mais il faut distinguer une longue
se retrouve généralement dans
période de recul entre 1914 et
quasiment tous les autres pays.
1950, où la population a diminué
En 1851, la région Ile-de-France
de 10 %, en grande partie au pro-
ne représentait que 6 % de la
fit de l’Ile-de-France. La popula-
population française, puis 12 %
tion a ensuite progressé de 16 %
en 1901 et 19 % aujourd’hui. La
dans la seconde moitié du siècle,
population s’est, dans un premier mais sa croissance est désor-
temps, concentrée dans la ville mais très ralentie.
de Paris, puis s’est étendue dans - Enfin, l’évolution de la popula-Pour en savoir plus les départements voisins. A partir
tion du Morbihan est très compa-
des années 1950, des pôles- Un siècle de démographie française, Fabienne Daguet, rable à celle de l’ensemble de la
secondaires sont apparus : Lyon,Insee-Résultats n°434-435. région. On note cependant un
Marseille, Toulouse. - La transition démographique, Jean Claude Chesnais, INED 1986 excédent naturel légèrement
ème ème- Du XX au XXI siècle : l’Europe et sa population après l’an 2000, supérieur, et un déficit migratoire
Jean Bourgeois-Pichat, Ined, Population 1988-1. La Bretagne légèrement plus important. Le
- La population du monde, Ined, Travaux et documents n°139, 1997. par département département se développe sur-
- Les origines de la Bretagne, Léon Fleuriot, Payot, 1980. Les quatre départements bretons tout sur sa partie littorale.
- Toute l’histoire de la Bretagne, Skol Vreizh. présentent des dynamiques bien
- Bretagne une histoire, Louis Elégoët, CRDP Bretagne 1998.
distinctes. - L’espoir breton du XXIè siècle, sous la direction de G Letellier, Coop
1- Les Côtes-du-Nord était le Michel ROUXELBreizh 1998.
en remerciant Mr Loeiz Laurentdépartement le plus peuplé au- Population du temps jadis, Michel Hannoun - Octant n°40, décembre
ème pour ses annotationsdébut du XIX siècle, bien qu’il1989.
ne disposât d’aucune grande- Documentation via Internet, par exemple sur
ville. La zone nord de la régionhttp://www.bretagne.com/doc/firsthis.htm,
http://home.chez.com/buan1/buanhistoire.htm, http://www.ac-rennes.fr
/crdp/AccueilReseau/Vannes/SalonPy/Portail.htm (1) devenu Côtes-d’Armor en 1990
OCTANT n° 80 11

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