Le cadre de vie, comment le perçoit-on ?

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Deux ménages sur trois sont exposés à des nuisances. Le bruit, la pollution et l'insécurité sont particulièrement ressentis par les ménages habitant en agglomération et sont directement liés aux caractéristiques de la vie urbaine. Parmi les citadins, les ménages parisiens cumulent le plus souvent l'ensemble des nuisances. Des ressources élevées permettent d'éviter les quartiers bruyants et pollués mais exposent plus souvent aux vols de voiture et aux cambriolages. Quelle que soit leur zone d'habitation, les jeunes sont plus souvent exposés aux nuisances que leur aînés. Avec l'âge, les ménages ont davantage les moyens et le désir de s'installer dans des quartiers moins exposés.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 476 JUILLET 1996
PRIX : 14 F
LE CADRE DE VIE,
comment le perçoit-on ?
Emmanuelle Crenner, Division conditions de vie des ménages, Insee
En 50 ans, la population urbaine de notreeux ménages sur trois sont exposés
pays a doublé quand la population totale
à des nuisances. Le bruit, la pollu- n’augmentait que d’un tiers. La plupart desD tion et l’in sécurité sont particulière- nouveaux urbains se sont installés en ban
lieue dans un urbanisme qui s’est répandument ressentis par les ménages habitant en
au fil des circonstances et souvent dans
agglomération et sont directement liés auxl’urgence des besoins.
Vivre en ville ou en banlieue constitue encaractéristiques de la vie urbaine. Parmi les
principe un choix, mais peut être, dans cer citadins, les m énages parisiens cum ulent le
tains cas, une obligation, particulièrement
plus souvent l’ensemble des nuisances. pour les jeunes à la recherche d’un emploi.
Cette nécessité, qui fait loi pour le plusDes ressources élevées permettent d’éviter
grand nombre, s’accompagne de facilités
les quartiers bruyants et pollués m ais expo-
et de nuisances. Les facilités d’accès aux
sent plus souvent aux vols de voiture et auxcommerces, aux services et aux spectacles
furent longtemps avancées pour plaider encambriolages. Quelle que soit leur zone
faveur de la vie urbaine. Les nuisances du bruit,
d’habitation, les jeunes sont plus souvent
de la pollution, de l’insécurité, de la congestion
exposés aux nuisances que leur aînés. assombrissent de plus en plus la vie des
citadins, surtout dans les banlieues déshéritées.Avec l’âge, les ménages ont davantage les
Le souci de connaître les conditions de vie
moyens et le désir de s’installer dans des
de la population, au delà de leur seul
quartiers moins exposés. aspect monétaire, conduit les pays de
Qualité de l’environnement des ménages selon le type de commune,
l’âge de la personne de référence et levee rnu du ménage
En %
Actes de Vol ou
Gêné par le Gêné par la Cambriolage du
vandalisme cambriolage de
bruit (1) pollution (2) logement (3)
(3) ,(4) voiture (3) ,(5)
Type de commune
Rural 23 14 16 7 2
Agglomérations (hors parisienne) 43 18 36 17 4
Agglomération parisienne (hors Paris) 55 19 46 25 5
Paris 5626 4425 5
Age de la personne de référence
Moins de 30 ans 53 16 36 24 4
De 30 à 50 ans 44 19 36 20 4
Plus de 50 ans 34 17 29 9 3
Niveau de vie
Inférieur au premier quartile 38 20 34 12 3
Du premier au 3° quartile 40 16 32 15 3
Supérieur au 3° quartile 42 17 34 20 5
Statut d’occupation du logement
Propriétaire ou accédant 34 17 28 13 4
Locataire 49 18 40 19 4
Ensemble 4018 3316 4
Clé de lecture : en zone rurale 23% des ménages sont gênés par le bruit alors que dans l’ensemble de la population 40% des ménages sont gênés par le bruit.
(1) Une nuisance provoquée par le bruit peut provenir de la circulation, d’un aéroport, d’une voie de chemin de fer, des passants, de commerces aux alentours du loge
ment ou encore du voisinage ou d’une autre source extérieure au logement.
(2) Gêné par la pollution signifie que la pollution rend difficile d’ouvrir les fenêtres d’au moins une des pièces du logement.
(3) Ces événements ont pu avoir lieu au cours des années 1994 et 1995.
(4) On entend par actes de vandalisme, des détériorations ou des destructions de biens publics ou de parties communes d’immeubles (des halls, des ...) p parukringse-
ment gratuites.
(5) La proportion est calculée sur les seuls ménages disposant d’une voiture.
Source : Enquête permanente sur les Conditions de vie des ménages, janvier 1996
˚
INSEE PREMIEREl’Unio n Européenne à mettre en place Vivre en zone rurale ne signifie cepen de ces deux années. Les cambriolages
un suivi d’indicateurs sociaux cou- dant pas pour autant tranquillité abso de logements sont moins fréquents :
vrant les problèmes d’environnement, lue : 22% des ménages vivant en zoneprès de 4% des ménages déclarent
de logement et de sécurité. Début rurale déclarent être gênés par le toutefois en avoir été victime au cours
1996, l’Insee a lancé une enquête surbruit. des années 1994 et 1995.
la façon dont les ménages jugent la Au bruit s’ajoute la pollution. Un peu Le vandalisme et les vols de voiture
qualité de leur environnement. moins de 20% des ménages déclarent sont plus fréquents en zone urbaine,
que la pollution de l’air les empêche et particulièrement en région pari
Les nuisances de la ville d’ouvrir les fenêtres de leur logement, sienne, que dans des zones rurales.
au moins à certains moments de la Sur l’ensemble de la période, 25%
Il ressort de cette enquête que le bruitjournée. La grande majorité d’entre des ménages parisiens se sont fait
est la nuisance la plus fréquemment eux souffrent également du bruit. voler ou cambrioler une voiture contre
ressentie. Près de 40% des ménages La pollution aussi est plus souvent res seulement 17% des ménages dans les
se déclarent gênés, au moins de sentie par les ménages citadins que autres agglomérations et 7% de ceux
temps en temps, par le bruit lorsqu’ils par ceux habitant en zone rurale. La vivant en zone rurale. En banlieue
sont dans leur logement (tableau 1). spécificité de la région parisienne parisienne, les ménages habitant dans
Pour 90 % d’entre eux cette nuisance s’étend à cette nuisance puisque plus une cité ou dans un grand ensemble
provient soit de la circulation, soit du de 20% des ménages souffrent de la en sont plus souvent victimes : 30%
voisinage, soit du cumul de ces deux pollution (ce taux atteint même 26% d’entre eux ont été concernés en 1994
sources de bruit. dans la ville de Paris) alors qu’ils ne et 1995, contre 15% des ménages
Plus de la moitié des ménages habitant sont que 14% en zone rurale. vivant en immeuble en dehors des cités
en agglomération ou en région pari La détérioration des équipements (graphique 1).
sienne sont régulièrement gênés par le environnant le logement est source
bruit, contre moins d’un ménage sur d’insatisfaction et provoque un senti Les parisiens cumulent
quatre en zone rurale. ment d’insécurité. Un tiers des ména les nuisancesToutes les sources de bruit sont direc ges déclarent habiter dans un quartier
tement liées aux principales caracté où ont eu lieu des détériorations, qu’ilsPrès de deux ménages sur trois
ristiques de la vie en agglomération. jugent purement gratuites, de biens ressentent l’une au moins de ces nui
Dans la majorité des cas, il s’agit de publics ou de parties communes d’im sances et un quart cumule une nuisance
bruits provenant de voitures, de trains meubles. Par ailleurs, au cours des d’environnement, bruit ou pollution, et
ou d’avions. Un ménage citadin sur années 1994 et 1995, 16% des ména un problème d’insécurité, vandalisme
quatre et un ménage parisien sur trois ges disposant d’une voiture se sont ou vol (tableau 2). Ces ménages sont
déclare avoir été gêné dans son loge fait voler ou cambrioler leur voiture, unle plus souvent situés en région pari
ment par ce type de bruits liés à la tiers d’entre eux ayant même subi ce sienne : environ 40% des ménages
proximité d’infrastructures de trans préjudice à plusieurs reprises au courshabitant Paris ou sa banlieue décla
port, particulièrement concentrées sur
les zones urbaines.
La deuxième source de bruit provient du
Exposition aux actes de vandalisme selon l’habitat (en agglomération)voisinage : plus de 20% des ménages
citadins et 30% des ménages parisiens
déclarent être gênés par les bruits des
voisins contre seulement 6% des ména
ges habitant en zone rurale. L’habitat
collectif accentue la proximité du voisi
nage : 34% des ménages vivant dans un
immeuble sont gênés par leurs voisins
contre seulement 9% de ceux vivant
dans une maison individuelle.
Enfin, 7% des ménages citadins et 10%
des ménages parisiens sont gênés par
d’autres bruits provenant des commer
ces, des lieux de spectacles ou des pas
sants, contre seulement 2% des ménages
ruraux. Les commerces et services
sont aussi beaucoup plus nombreux et
concentrés dans les agglomérations : plus
de 80% des ménages habitant en zone
urbaine bénéficient de la présence, à
moins de 10 minutes à pied de leur loge
ment, d’au moins trois des principaux
types de commerce ou service, contre
(1) voir "Pour comprendre ces résultats".
seulement 40% en zone rurale. Source : Enquête permanente sur les Conditions de vie des ménages, janvier 1996
?Influence du niveau de ressources sur l’exposition aux nuisances selon le type de commune
Exposition au bruit Exposition aux actes de vandalisme Exposition aux vols de voiture
Source : Enquête permanente sur les Conditions de vie des ménages, janvier 1996
tes (appartenant au quart des ménages
Cumul des nuisances selon le lieu d’habitation et l’âge
ayant le niveau de vie le plus faible) sont
En % exposés au bruit contre seulement 53%
Ménages cumulant Ménages n’étant exposés des ménages appartenant au quart le
des nuisances à aucune des
plus riche (graphique 2). Pour les actes
(1) nuisances recensées
de vandalisme, il en va de même : 56%
Type de commune
des ménages modestes de la banlieueRural 9 57
Agglomérations (hors parisienne) 27 32 parisienne habitent dans des quartiers
Agglomération parisienne (hors Paris) 38 19 où les actes de vandalisme sont fré-
Paris 42 19
quents contre 42% à peine des plus
Age de la personne de référence aisés.
Moins de 30 ans 33 25
Des ressources élevées permettent ainsi
De 30 à 50 ans 28 31
d’éviter certains inconvénients de la viePlus de 50 ans 19 43
en zone urbaine, mais elles en attirent
Ensemble 24 36
d’autres : 20% des ménages les plus ri
(1) Les ménages cumulant des nuisances sont gênés par une nuisance directement liée à leur environnement (le bruit ou la pollution) et exposés à
ches ayant une voiture ont subi un volau moins un problème de sécurité (vandalisme, vol de voiture ou cambriolage de logement).
Source : Enquête permanente sur les Conditions de vie des ménages, janvier 1996 ou un cambriolage de voiture contre
rent vivre dans un environnement cu eu lieu au cours des deux dernières seulement 12% de ceux ayant le moins
mulant les nuisances, alors que 25% années. Près d’un quart des ménages de ressources (tableau 1). De même,
seulement des ménages dans les au sont gênés par le bruit ou la pollution tout en étant peu nombreux, les cam
tres agglomérations et moins de 10% mais ne subissent aucune autre nui briolages de logement sont deux fois
des ménages ruraux ont une qualité sance. plus fréquents parmi les ménages
de vie aussi dégradée. riches que parmi ceux disposant d’un
A l’opposé, un peu plus d’un ménage faible revenu.Qualité de vie et revenus ne
sur trois n’est gêné par aucune des Au total, le revenu ne semble passont pas toujours synonymes
nuisances relevées par l’enquête. Ils permettre d’éviter le cumul des nuisances,
vivent le plus souvent loin des agglo La qualité de l’environnement dépend tel qu’il est enregistré dans l’enquête.
mérations : 90% sont installés hors deainsi étroitement de la densité urbaine.
la région parisienne et 40% d’entre Mais les citadins ont une latitude plus ou Le cadre de vie : un souci
eux vivent en zone rurale. moins grande pour choisir un quartier et qui vient avec l’âge
Une majorité des ménages se trouventun type d’habitat. Au sein des zones
dans un environnement qui, s’il ne urbaines, les personnes aisées s’instal Les jeunes ménages s’installent plus
cumule pas tous les problèmes, n’est lent dans des environnements un peu souvent dans les agglomérations :
pas pour autant jugé parfait. Plus de moins exposés au bruit et aux actes près de deux ménages sur trois dont
15% des ménages ne souffrent ainsi nide vandalisme que les personnes plus la personne de référence a moins de
du bruit ni de la pollution mais vivent modestes. C’est en banlieue parisienne 30 ans vivent dans des communes de
dans des quartiers dans lesquels des que le clivage est le plus net. Plus de plus de 100 000 habitants et près d’un
actes de vandalisme ou des vols ont 60% des ménages banlieusards modes quart à Paris ou en région parisienne.
`¸de référence a moins de 30 ans (gra
Exposition au bruit selon l’âge Pour en savoir plus
phique 3). De même, parmi ceux qui
par type de commune possèdent une voiture, 10% des
"L’environnement", "Le bruit", G. Rotman,ménages dont le chef a plus de 50 ans
Données sociales, Insee, 1984.
ont été victimes de vol ou de cambrio
lage de leur voiture, contre près de "Dis moi où tu habites, je te dirai qui tu es",
25% de leurs cadets. Les ménages jeu M. Marpsat, Economie et statistique,
nes cumulent plus souvent l’ensemble n° 211, Insee, juin 1988.
des nuisances : parmi les ménages de
"Villes et campagnes", Contours etmoins de 30 ans, un sur trois est expo
caractères, Insee, 1988.
sé au bruit ou à la pollution et à des
actes de vandalisme ou des vols, contre
"Enquête conditions de vie, perspectives
seulement un sur cinq parmi ceux qui et aspirations des Français : premiers
ont plus de 50 ans. (tableau 2) résultats, phase XIII", Les rapports du
C.R.E.D.O.C., 1990.Les jeunes ménages sont sans doute
en phase transitoire avant une instal
"Conditions de vie des ménages, enquê lation plus définitive dans un cadre
tes 1986 1987 et 1993 1994 ", N. Manon,
plus accueillant. Lorsque s’éloignent
Insee résultats, 1996.
les contraintes de la vie active et que
les enfants deviennent indépendants, des ménages et celle d’octobre des
il devient possible d’éviter les princi contacts sociaux et de la participation à la
paux problèmes d’un mauvais envi vie sociale.
Source : Enquête permanente sur les Conditions de vie des ronnement. Le niveau de vie du ménage correspond à
ménages, janvier 1996
son revenu par équivalent adulte et résulte
Pour comprendre du rapport entre le revenu global du mé D’autre part, le niveau des ressources
ces résultats nage et la somme des unités de consomma s’accroît généralement au fur et à
tion (uc). Les unités de consommation sontmesure que l’on avance en âge, au fil de
calculées avec l’échelle "d’Oxford" qui af la carrière. En même temps, avec l’âge
Le dispositif d’enquêtes permanentes fecte un coefficient de valeur 1 à la per et l’arrivée des enfants, le souci se fait
sur les conditions de vie des ménages sonne de référence, celui de 0,7 à tous lespeut être plus grand de vivre dans un
(EPCV) permet, depuis janvier 1996, d’étu autres adultes du ménage et celui de 0,5environnement de qualité. Cette préoc
dier de manière annuelle l’évolution d’indi aux enfants.cupation s’accompagne souvent du
cateurs sociaux harmonisés dans Le questionnaire de l’enquête permet depassage du statut de locataire à celui de
l’ensemble de l’Union Européenne. L’en distinguer les différents types d’habitat aupropriétaire. Les différences de cadre
semble des indicateurs est divisé en trois voisinage du logement. L’enquêteur indi de vie entre les ménages ayant de fai
groupes, dont chacun fait l’objet d’une en que lui même si le voisinage est plutôtbles ressources et les ménages au
quête annuelle, en janvier, en mai ou en constitué de maisons individuelles, d’im revenu élevé reflètent donc en partie les
octobre, réalisée auprès d’un échantillon demeubles collectifs ou des deux à la foisdifférences existant entre les ménages
8 000 logements. L’enquête de janvier (habitat dit mixte) et précise aussi, dans lesitués en des points différents de leur
1996, intitulée "qualité de l’habitat et du cas où le logement se situe dans un envi cycle de vie.
voisinage", apporte des données sur les ronnement d’immeubles collectifs, s’il s’agitPar ailleurs, quelle que soit leur zone
nuisances subies par les ménages aux d’une cité.d’habitation, les ménages les plus jeu
alentours et à l’intérieur de leur logement, Des analyses multivariées ont préalable nes subissent plus souvent les nuisan
sur l’importance des équipements à proxi ment été effectuées, sous la forme de mo ces que les ménages plus âgés. Ainsi,
mité du logement, sur les relations de dèles "logit", pour vérifier l’importance desdans les zones urbaines, seulement
voisinage et sur l’insécurité aux alentours effets propres de chacun des critères d’ana 37% des ménages de plus de 50 ans
du logement. Celle de mai traite des problè lyse (âge, lieu d’habitation, niveau de vie...)déclarent souffrir du bruit contre près
mes de santé et des difficultés financières toutes choses égales par ailleurs.de 55% des ménages dont la personne
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75675 Paris cedex 14
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