Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d'Azur en 2006 : une réalité contrastée

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Tous les quatre ou cinq ans, l'Insee réalise à l'échelle nationale une enquête sur le logement des individus. En 2006, une extension régionale a eu lieu en Provence-Alpes-Côte d'Azur afin d'obtenir des résultats détaillées sur les conditions de logement des habitants de la région.

Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Le logement des immigrés
en Provence-Alpes-Côte d'Azur
en 2006 : une réalité contrastée
PROVENCE-ALPES-CÔTE D'AZUR
RAPPORT D'ÉTUDE
Septembre 2008
N° 18Cette étude a été réalisée dans le cadre d'un partenariat avec
l'ACSÉ, avec l'appui du CRPV
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION
François Clanché
AUTEUR
Jean-Claude Jaillet
RÉDACTEUR EN CHEF
David Levy
Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2006 : une réalité contrastée - Insee - Septembre 2008
© Insee - Acsé 2008SOMMAIRE

INTRODUCTION ........................................................................................................ 2
Les immigrés de Paca : une population différenciée .................................................. 7
Une population plus âgée........................................................................................................................ 7
Des immigrés d’origine maghrébine moins diplômés.............................................................................. 8
Plus de personnes dans les ménages .................................................................................................... 9
Plus de chômage au sein des ménages immigrés................................................................................ 11
Des revenus plus faibles ....................................................................................................................... 12
Les deux tiers des ménages immigrés vivent en appartement..................................14
Une population plus souvent logée en habitat collectif ......................................................................... 14
Un accès inégal à la propriété............................................................................................................... 15
Des immigrés plus souvent logés dans le parc social........................................................................... 18
La suroccupation affecte deux fois plus souvent les familles immigrées ...................23
Des logements de taille similaire pour des occupants plus nombreux ................................................. 23
Plus d’un tiers des personnes vivent en suroccupation ........................................................................ 24
Des défauts de logement plus fréquents............................................................................................... 29
Des logements sociaux satisfaisants dans des quartiers moins attractifs .................33
Les ménages immigrés ont une plus mauvaise opinion de leur logement ........................................... 33
Des quartiers moins bien vus par les ménages immigrés..................................................................... 37
Déménagement et désirs de déménager : quelle mobilité pour les immigrés ?.........39
Un quart des ménages de la région sont des emménagés récents...................................................... 39
Un ménage immigré sur trois souhaite déménager .............................................................................. 41 age isur dix a déposé une demande de logement HLM.............................................. 43
Des aides au logement qui tendent à égaliser les taux d’effort..................................45
Des différences entre immigrés et ensemble de la population qui ne disparaissent
pas avec l’âge............................................................................................................50
Pour conclure ............................................................................................................53
Sources, définitions et références .............................................................................59

Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2006 : une réalité contrastée - Insee - septembre 2008 1 INTRODUCTION

Tous les quatre ou cinq ans, l’Insee réalise à l’échelle nationale une enquête sur le logement des
individus. En 2006, une extension régionale de cette enquête a eu lieu en Provence-Alpes-Côte
d’Azur afin d’obtenir des résultats détaillés sur les conditions de logement des habitants de la région.
Cette extension a été financée par treize partenaires dont l’Agence nationale pour la Cohésion Sociale
et l’Égalité des chances (Acsé). Pour l’Acsé, il est en effet important d’avoir une vision objective des
conditions de logement des populations immigrées dans notre région. Cette enquête fournissant pour
la première fois des données régionales, il ne sera pas possible d’articuler les résultats dans une
perspective longitudinale. En revanche, des comparaisons entre sous-populations et entre territoires
seront réalisées.
À l’heure actuelle, il n’existe pas de résultats détaillés sur le logement des populations immigrées en
région Paca. Cette étude est donc une première.

L’Acsé : défendre la cohésion sociale et l’égalité des chances

L’Acsé est l’Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l’Égalité des chances. C’est un établissement public
national à caractère administratif, chargé de mettre en œuvre les orientations gouvernementales en matière de
politique de la ville, d’intégration, de lutte contre les discriminations et d’égalité des chances.
Elle a été créée par la loi du 31 mars 2006 sur l’égalité des chances pour renforcer l’action de l’État en faveur des
habitants des quartiers de la politique de la ville, de l’intégration des personnes immigrées et issues de
l’immigration et de la lutte contre les discriminations. L’Acsé gère l’essentiel des crédits spécifiques consacrés
par l’État à la politique de la ville et à la politique d’intégration et de lutte contre les discriminations. À ces deux
missions principales s’ajoutent la responsabilité du service civil volontaire, la lutte contre l’illettrisme et la gestion
du fonds interministériel de prévention de la délinquance.
L’Acsé place l’intégration et la lutte contre les discriminations au cœur des Contrats Urbains de Cohésion Sociale
(Cucs) et développe des programmes destinés aux habitants des quartiers de la politique de la ville. Éducation,
formation, accès à l’emploi et à l’activité économique, santé, prévention de la délinquance ou encore
développement du lien social sont des thèmes privilégiés du programme de l’Acsé. La lutte contre les
discriminations, la promotion de la diversité, de la mixité et de l’égalité entre les sexes sont inscrites
transversalement dans tous les dispositifs promus par l’Acsé.
Pour mettre en œuvre ses missions, l'agence mène directement des actions ou accorde des concours financiers,
notamment dans le cadre d'engagements pluriannuels, aux collectivités territoriales, aux établissements publics
de coopération intercommunale compétents et aux organismes publics ou privés, notamment les associations,
qui conduisent des opérations concourant à ces objectifs.
(Source : www.lacse.fr)



Pour nous intéresser au logement des populations immigrées, nous avons choisi de sélectionner tous
les ménages dont au moins un individu de quinze ans ou plus est immigré. Aussi, dans la suite,
lorsque nous parlerons de ménage ou de logement immigré, il faudra comprendre : ménage ou
logement dont au moins un individu de quinze ans ou plus est immigré.
Selon cette définition, il y aurait en Paca 299 000 ménages immigrés soit 14 % des ménages (pour
11 % en France).

Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2006 : une réalité contrastée - Insee - septembre 2008 2
L’enquête Logement : une enquête auprès des ménages

L’enquête Logement est la plus importante source d’informations sur les conditions de logement des ménages.
Son ancienneté (1955) ainsi que sa fréquence et la taille de l’échantillon (64 000 logements en 2006) lui
permettent de fournir des statistiques précises sur les conditions de logement de la population française. Elle
permet d’appréhender de nombreux thèmes tant économiques, comme le montant des loyers ou des charges,
que quantitatifs et qualitatifs, comme la suroccupation des logements, les équipements ou encore l’opinion des
ménages sur leur logement.
Cette enquête est réalisée tous les quatre ou cinq ans à l’échelle nationale, son financement et son organisation
à cette échelle ne permettent pas de faire des exploitations à plus petite échelle. L’échantillon peut toutefois être
renforcé sur certaines zones, produisant ainsi des extensions de l’enquête, afin d’obtenir des résultats significatifs
sur ces zones. L’Insee estime qu’il faut 1 000 répondants sur un territoire donné pour avoir des résultats
représentatifs. Les extensions ont lieu en même temps et avec le même questionnaire que celui de l’enquête
nationale. La phase de collecte de l’enquête Logement 2006 s’est déroulée du 27 février au 23 décembre 2006
en six vagues.
L’unité de base de l’enquête Logement est le ménage qui a déclaré le logement comme résidence principale.
L’enquête se déroule en face-à-face et la durée moyenne de passation du questionnaire est de cinquante
minutes. La récolte des données se fait sur quatre niveaux imbriqués : l’adresse, qui peut contenir plusieurs
logements, ensuite le logement, qui peut contenir plusieurs ménages, puis le ménage composé d’au moins un
individu, et enfin l’individu. Une des nouveautés de l’enquête Logement de 2006 est la différenciation entre le
logement et le ménage (voir définitions).
Des extensions d’échantillon ont été financées dans six régions de France : Nord-Pas-de-Calais, Midi-Pyrénées,
Île-de-France, Bretagne, Corse et Paca. En région Paca, cette extension a été cofinancée par quatorze
partenaires : l’Insee, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la direction régionale de l’Équipement (DRE),
l’Agence pour la Cohésion Sociale et l’Égalité des chances (Acsé), l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise
de l’Énergie (Ademe), l’Agence de Déplacements et d’Aménagement des Alpes-Maritimes (Adaam), les
communautés d’agglomérations de la Riviera Française, du Pays d’Aix, du Pays d'Aubagne et de l'Étoile, d’Ouest
Étang de Berre, d'Agglopôle Provence, la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, le syndicat mixte
pour le Scot du bassin de vie d’Avignon et le syndicat d’agglomération nouvelle Ouest Provence.
Seuls les logements déclarés comme résidence habituelle ont été interrogés. Les logements tels que les foyers
de travailleurs, résidences étudiantes, etc. n’ont pas fait partie de l’échantillon. L’échantillon contient en 2006,
environ 64 000 logements dont 8 000 en Paca. Le taux de réussite de la collecte globale est d’environ deux sur
trois (42 701 logements enquêtés dont 4 902 en Paca).

Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2006 : une réalité contrastée - Insee - septembre 2008 3
Le logement des immigrés : approche sociologique et problématique sociale

Le présent encadré vise à synthétiser quelques-uns des principaux travaux relatifs au logement et aux immigrés.
Il n’est pas constitué de résultats statistiques récents mais contribue à mieux comprendre les phénomènes en jeu
dans ce travail.

La question du logement des immigrés est relativement complexe. Les conditions de logement dépendent de
plusieurs facteurs tels que le parcours résidentiel et social passé, présent et souhaité, les raisons de l’émigration
ou encore la volonté de donner une certaine image de soi. Mais on constate également que la langue et l’origine
(sociale ou ethnique) peuvent être handicapantes pour l’obtention d’un logement adapté dans le pays d’accueil,
spécialement dans les structures sociales souvent pointées du doigt par les défenseurs de l’égalité des chances.
En arrivant dans le pays d’accueil, les immigrés cumulent les handicaps, les difficultés : celle de la proximité avec
la culture du pays et celles des inégalités sociales.

Un immigré se définit démographiquement comme étant né étranger à l’étranger. C’est par ces termes que
l’Insee détermine la qualité d’immigré pour un individu vivant sur le territoire national. Cette définition restrictive
egéographiquement et temporellement implique que les immigrés de 2006 sont venus en France au cours du XX
e
et début du XXI siècle. Le contexte historique des migrations doit être placé dans le contexte historique de ces
cent années.

On ne peut pas parler aujourd’hui en France d’immigration, mais d’immigrations, en ce sens qu’il n’existe pas
d’immigrés dans leur globalité, mais plusieurs groupes d’immigrés avec des origines et des aspirations
différentes, tout ceci rentrant dans le cadre de leur parcours de vie.
L’immigration est le résultat de l’histoire et de différentes politiques gouvernementales s’inscrivant dans des
econtextes internationaux difficilement contrôlables. En France, la première moitié du XX siècle a donné lieu à
une forte immigration européenne faisant suite aux mesures incitatives du gouvernement pour des raisons
économiques et démographiques. La seconde moitié a été plus marquée par l’arrivée d’immigrés issus des
anciennes colonies françaises. Ce sont ces deux groupes d’immigration que l’on retrouve aujourd’hui en France
et notamment en Paca avec huit immigrés sur dix qui viennent soit de l’Union Européenne des 15, soit du
Maghreb.

Chaque individu, et précisément chaque immigré est différent de part son origine, son âge, et ses moyens
financiers. Ces effets, originel, générationnel et financier, structurant l’habitus des individus, entraînent des
dissimilitudes dans leurs conditions de logement, lequel agit comme un stigmate social. L’habitus, structure
structurée et structurante, se construit au long du processus de socialisation des individus et une fois intériorisé,
déterminera leur place dans la société et inversement. Les immigrés, modelés dans des normes dominantes
différentes de celles du pays d’accueil, et souvent peu dotés de capitaux social, économique et culturel se
trouvent à leur arrivée en France dans une situation de domination symbolique. Cette domination symbolique qui
1
est subie par les individus de façon inconsciente est le fait de la position sociale de ces derniers , elle va avoir
pour effet de brider les individus dans leur accès aux droits et aux devoirs du pays d’accueil, en particulier vis-à-
vis du logement.

L’objectif de ce cadrage sociologique est de voir dans quelle mesure le logement agit sur les populations
immigrées comme un stigmate et un déterminant social en France, et par extension en Paca. Les parcours
d’immigration seront décomposés dans un premier temps au travers des différences d’origine et de génération
particulièrement, puis dans un second temps, la discrimination à l’accès au logement social sera déconstruite au
regard des normes dominantes.

Générations, origines et parcours : facteurs déterminants du logement

Pascal Blanchard a insisté en 2006 sur la dichotomie caractéristique de l’immigration française. Il définit alors
deux immigrations : l’une d’origine coloniale, et l’autre d’origine occidentale. Le rapport de la société française à
chacune de ces immigrations est très différent. En effet, « les personnes issues de sociétés qui ont connu
l’esclavage, la domination, la colonisation, un droit spécifique, ne viennent pas s’inscrire, comme immaculées,
dans le statut d’immigré » (Blanchard, 2006). Cet effet résiduel colonial, ancré involontairement dans les
représentations des individus, est d’autant plus fort dans la région Paca où le nombre de personnes « pieds
noirs » est très important.

Au-delà de ces différences entre immigrés occidentaux et coloniaux, des différences générationnelles sont
présentes dans la région, chacune de ces immigrations n’étant pas issue de la même période et donc les
individus n’étant pas au même stade de leur parcours de vie et d’intégration. Ainsi, une fois arrivés en France, ils
ont dû à un moment donné de leur parcours de vie, se loger dans des conditions leur permettant d’accéder à ce
qu’ils sont venus chercher dans leur pays d’adoption. Le logement, reflétant la position sociale des individus, sera
le représentant de ce parcours de vie, il dépendra de ce dernier, mais aussi de la capacité des individus à trouver
un logement adapté à leur famille dans une société où ils n’ont pas nécessairement tous les atouts pour réussir.

1 Voir BOURDIEU P., PASSERON J-C., La Reproduction, Éditions de minuit, Paris, 1970
Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2006 : une réalité contrastée - Insee - septembre 2008 4 C’est à travers le parcours de vie, mais aussi les moyens des individus qu’il faut voir la question du logement des
immigrés.

On a trop souvent tendance à considérer, de façon ethnocentrique, l’immigré, et non pas l’émigré, dans la
recherche en sciences sociales. Les travaux menés par Abdelmalek Sayad en 1977 sur les Algériens en France
peuvent être transposés dans l’analyse de l’ensemble de l’immigration moderne. D’après lui, il est important de
considérer l’origine sociale des immigrés pour mieux comprendre les difficultés éventuelles d’adaptation à la
société d’accueil. Il a ainsi écrit que « Toute étude des phénomènes migratoires qui néglige les conditions
d’origine des immigrés se condamne à ne donner du phénomène qu’une vue à la fois partielle et ethnocentrique :
d’une part comme si son existence commençait au moment où il arrive en France, c’est l’immigrant - et lui seul -
et non l’émigré qui est pris en considération ; d’autre part, la problématique explicite et implicite est toujours celle
de l’adaptation à la société d’accueil » (Sayad, 1977). L’immigré est avant tout un émigré qui a quitté son pays
d’origine dans un but précis. Le considérer en dehors de ce qu’il vient chercher peut poser des problèmes de
compréhension de ses objectifs et désirs, et biaiser notre regard sur ses conditions de vie par la méconnaissance
de ses attentes.

Regarder les attentes des immigrés nous rappelle que l’immigration s’inscrit dans une double perspective de
mobilité et d’expectative : un immigré qui vient en France peut le faire pour diverses raisons. Les principaux
motifs sont : le regroupement familial, la demande d’asile, le travail ou les études (Les immigrés en France, Insee
Références 2005). Le parcours des immigrés dans la société d’accueil dépendra en partie du motif de
l’émigration. Ainsi, dans le cadre d’un regroupement familial, l’immigré désirera vivre avec sa famille, dans le cas
d’une demande d’asile, il va être recueilli dans un centre d’hébergement temporaire, etc. Ces différents parcours
d’immigration, et donc les demandes de mobilité des immigrés, internationales ou nationales nécessitent une
adaptation des localités pour y répondre.

Ernest Burgess, de l’école de sociologie de Chicago, définit en 1925 ce qui transforme une ville au fur et à
mesure des migrations. Il commence par définir plusieurs périmètres dans la ville en utilisant une représentation
en cercles concentriques (la zone d’affaires, la zone de transition, la zone des entreprises et de l’habitat ouvrier et
la zone résidentielle). À partir de cette répartition de la population en cercles concentriques, Ernest Burgess
définit le stade du parcours des migrants suivant la zone dans laquelle ils habitent. La zone de transition, les
« bas-quartiers », est occupée par la population immigrée récente. Au sein de ces quartiers se crée une ou
plusieurs communautés ethniques qui permet la réorganisation des migrants. Sortir de ce quartier c’est pour eux
accéder à une meilleure position sociale. Le but étant d’arriver à se loger dans la zone résidentielle qui est une
zone sans distinction ethnique caractérisée davantage par le statut social des résidents, après un passage dans
la zone de logement ouvrier. La structure de nos villes obéit relativement bien à ce schéma, même si la
représentation spatiale n’est pas toujours concentrique.

Cyprien Avenel, par exemple, fait ressortir les mêmes constats en 2004 dans Sociologie des « quartiers
sensibles » lorsqu’il met en évidence que, pour les immigrés, « le quartier s’accompagne de relations de solidarité
et de convivialité favorisées par l’origine culturelle et l’expérience de migration commune ». On parle alors de
sociabilité communautaire. Il rajoute, pour mettre en avant le parcours de vie des migrants, et la situation
transitoire de ce logement que « Sortir du territoire de la cité revient alors à s’affranchir d’une sociabilité de
voisinage, où chacun se connaît et se surveille, pour intégrer un espace de relations anonymes et autonomes »
(Avenel, 2004). Habiter dans une banlieue agit d’après lui comme un stigmate social, d’autant plus que l’habitant
est dans une situation précaire. En effet, qu’il se considère simplement de passage ou se voit habiter dans ce lieu
pour une période plus longue, il ne percevra pas son environnement de la même manière, et pourra se sentir
enfermé dans une situation qui, à l’origine, n’est pas faite pour durer. Certains individus expriment même de la
honte à mentionner leur lieu de résidence.

Les habitants des quartiers sensibles ressentent donc une stigmatisation sociale. Comment alors considérer la
question du logement social ?

Accès au logement social : entre discrimination et isolement

Le logement HLM a été un véritable bouleversement dans l’hébergement des personnes les plus modestes,
lesquelles se trouvaient, avant la construction de ces ensembles, dans des bidonvilles ou des appartements
insalubres et inadaptés. Cette image souveraine des logements sociaux n’est plus entièrement vraie aujourd’hui.
En effet, bien qu’adaptés aux structures familiales et aux moyens financiers des ménages, les personnes y
habitant ont souvent une mauvaise image des quartiers dans lesquels ils se trouvent, exprimant parfois la honte
d’y habiter. Par ailleurs, on trouve dans la littérature l’idée que certains bailleurs sociaux seraient réticents à
l’hébergement des populations immigrées (Sala Pala V., 2007). Qu’en est-il de cette discrimination d’accès à un
logement pour les populations immigrées, notamment ceux originaires d’anciennes colonies ? Est-on face à une
discrimination ou alors à une volonté des acteurs immigrés de ne pas être stigmatisés dans le logement social ?
Quel-est le poids de l’histoire dans les rapports entre les non-immigrés et les immigrés dans le logement et plus
particulièrement dans le logement social ?

La région Paca, rappelons-le, est composée principalement de deux immigrations : l’une d’origine coloniale, et
l’autre d’origine occidentale. L’importance de l’influence « pieds noirs » dans la région agit, en contribution avec
d’autres facteurs, sur la représentation collective. Ainsi, Thomas Deltombe et Mathieu Risouste ont mis en avant
Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2006 : une réalité contrastée - Insee - septembre 2008 5 en 2006 que ce passé colonial, associé à l’image médiatique des « jeunes des banlieues », des intégristes
islamistes ou encore de la première guerre du Golfe et des attentats du 11 septembre, ont véhiculé cette image
de « l’Arabe » menaçant pour l’occident. Ce modèle du nouvel ennemi international issu d’anciennes colonies
occidentales amène ces dernières dans des considérations discriminatoires contribuant à « l’élargissement d’une
fracture matérielle et symbolique » (Deltombe et al., 2006).

Si le passé colonial de la France apporte son lot de représentations ségrégatives dans la société, les organismes
HLM sont désignés particulièrement pour leur politique de gestion et d’attribution souvent basée sur des
préférences communautaires. Patrick Simon de l’Institut National d’Études Démographiques (Ined) parle en 2003
de la gestion des « populations à risques » dans le secteur social, gestion qui passe par une « discrimination
probabiliste ». Cette discrimination est fondée, plus ou moins objectivement, sur des critères d’appartenance
ethniques, certains ménages ayant déjà causé des problèmes pour la location (impayés, dégradations, etc.). Un
autre problème soulevé dans le secteur social est celui de la volonté de développer la mixité sociale dans les
logements HLM. En effet, afin de respecter cette mixité, les bailleurs sociaux doivent refuser des logements à des
ménages qui en ont paradoxalement le plus besoin. Patrick Simon insiste bien sur le fait que « les discriminations
ne s’expliquent pas uniquement par des dérapages individuels qu’un rappel ferme du règlement permettrait de
corriger. Nous assistons plutôt à une logique impulsée par un système de gestion – financier, administratif et
politique –, qui échappe à toute intention directement discriminatoire, mais justifie, par l’énoncé de ses objectifs,
des sélections prenant en compte l’origine ethnique et raciale des individus ». Ainsi, dans un objectif de mixité
social, les logements les plus accessibles ne le sont pas pour les immigrés pour ne pas augmenter leur
concentration, et ceux où ils pourraient aller ne sont souvent pas accessibles.

En dehors des considérations plus ou moins discriminatoires des bailleurs, les immigrés se heurtent à une autre
difficulté qu’est le langage administratif. Gilles Ascaride et Salvatore Condro relèvent, en 2001, que ce langage
peut en rebuter plus d’un. La fracture symbolique évoquée plus haut rejoint alors le concept bourdieusien de
domination symbolique. Pour les immigrés, et notamment pour les nouveaux arrivants, la complexité
administrative vient s’additionner au problème de la langue. Pour eux, « tout doit être traduit et interprété
convenablement », faute de quoi, « le malentendu naissant peut être à l’origine des pires ennuis » (Ascaride et
al., 2001). Le langage de l’administration est celui de la norme dominante, en totale inadéquation avec les modes
de vie différents des immigrés, souvent pauvres et issus de milieux ruraux (Sayad, 1977), ce qui peut mettre mal
à l’aise ces individus. Une autre barrière que Gilles Ascaride et Salvatore Condro pointent du doigt est la
méconnaissance des devoirs et des droits liés aux prestations sociales impliquant qu’une certaine catégorie de
personnes très mal logées se mettent involontairement en fraude et ne touchent plus les aides, sortant ainsi du
système, et ne pouvant plus se libérer de la situation très précaire dans laquelle ils sont. Dans un contexte de
pénurie de logements sociaux adaptés (en coûts et en localisation) mais aussi de vacance élevée mais
incontrôlable dans le secteur privé, on est en droit de se demander comment ces populations en situation
d’habitat précaire, ne touchant alors plus d’aides, pourront être relogées. La domination symbolique ouvre alors la
brèche de la « fracture matérielle », ne donnant ainsi plus les moyens aux plus « isolés » de se sortir de cette
situation.

Enfin, quand bien même ils arrivent à y avoir accès, le logement social a une double signification pour les
immigrés issus d’anciennes colonies françaises. Pour eux, c’est à la fois une opportunité de vie en communauté,
de partager des valeurs et des origines communes, mais c’est aussi vivre dans un contexte peu valorisant,
renvoyant une mauvaise image de soi relativement à la norme dominante.

Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2006 : une réalité contrastée - Insee - septembre 2008 6
Les immigrés de Paca : une population différenciée
Une population plus âgée

erD’après les premières estimations du recensement daté du 1 juillet 2005, avec une moyenne d’âge
de 49 ans contre 41 ans et demi pour l’ensemble de la population de Paca, la population immigrée
régionale est majoritairement en âge de travailler. La pyramide des âges ci-dessous représente bien
ce phénomène. La proportion d’immigrés de moins de vingt ans est très faible. Ceci est expliqué par
le fait que pour être immigré, il faut être né à l’étranger, mais aussi par le motif de l’immigration qui
peut être la recherche d’un travail. Il en résulte qu’un tiers de la population immigrée a plus de
soixante ans contre seulement le quart de la population de Paca.
En revanche, la proportion de femmes et d’hommes immigrés est semblable au reste de la population
(environ 52 % de femmes et 48 % d’hommes).


Des immigrés majoritairement en âge de travailler
100
90
80
70
60
Femmes immigrées
50 Paca
Hommes immigrés
40
Paca
Femmes ensemble30
Paca
Hommes ensemble20
Paca
10
0
121110 9 8 7 6543 2 101 234 5 6789 101112
en ‰ de chaque sous-population

Champ : population des ménages
Source : Insee, EAR 2004 - 2007, exploitation principale


L’immigration en Paca est principalement composée de deux groupes principaux d’individus : d’une
2 3part, ceux issus de l’Union Européenne des 15 (38 %), et d’autre part, ceux issus du Maghreb
(39 %). L’immigration européenne est une immigration ancienne, alors que l’immigration maghrébine
est plus récente puisqu’elle a pris de l’ampleur il y a quarante ans environ, après les guerres
d’indépendance. Les immigrés d’origine maghrébine ont une moyenne d’âge de 39 ans et demi alors
que ceux issus de l’Europe des 15 ont une moyenne d’âge de 56 ans.
On étudiera souvent par la suite ces deux sous-populations séparément.

2 Sont inclus : France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Irlande, Royaume-Uni,
Danemark, Grèce, Espagne, Portugal, Finlande, Suède et Autriche. Bien entendu, les individus issus
de France ne sont pas considérés comme immigrés.
Le choix de ne considérer que l’Europe des 15 et non pas l’Union Européenne dans sa globalité a été
effectué car les nouveaux immigrés venant de l’Union Européenne élargie sont très différents par
leurs caractéristiques socio-économiques.
3 Sont inclus : Algérie, Maroc et Tunisie.
Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2006 : une réalité contrastée - Insee - septembre 2008 7
âge en annéesDes immigrés d’origine maghrébine moins diplômés

Les immigrés de Paca sont en majorité peu ou pas diplômés. En effet, 13 % des immigrés de 15 ans
ou plus n’ont suivi aucune scolarité, cette proportion étant seulement de 2 % pour l’ensemble des
individus de la région. Et même lorsqu’ils ont été scolarisés, près de 40 % des immigrés de 15 ans ou
plus n’ont obtenu aucun diplôme ou juste un certificat d’études primaires contre 28 % des habitants de
Paca. À l’opposé, la proportion d’individus immigrés de 15 ans ou plus ayant au moins un diplôme
universitaire de deuxième cycle est presque semblable à l’ensemble de la population régionale (10 %
des immigrés pour 11 % de l’ensemble des habitants).


La moitié des immigrés est sans diplôme ou juste avec un certificat d’études primaires
Pas de scolarité
Ensemble
Scolarité, mais aucun diplôme,
des immigrés
Certificat d'études primaires
Certificats, brevets
Bac, brevet supérieurUE des 15
Diplôme universitaire 1er cycle
Diplôme universitaire 2è ou 3è
Maghreb cycle
0% 20% 40% 60% 80% 100%
%
ensemble des individus de plus de 15 ans

Champ : population des ménages de 15 ans ou plus
Source : Insee, EAR 2004 - 2007, exploitation principale


Les individus issus du Maghreb sont nettement moins souvent diplômés que ceux issus de l’UE à 15.
En effet, 63 % des immigrés du Maghreb, de 15 ans ou plus, déclarent avoir au plus un certificat
d’études primaires contre 51 % de ceux issus de l’UE à 15. Ces derniers sont 30 % à avoir le bac ou
plus contre seulement 18 % des individus originaires du Maghreb (39 % pour l’ensemble de Paca).

En Paca, 33 % des personnes actives occupées sont employées et 20 % sont ouvrières. Les
immigrés actifs en emploi sont 30 % d’employés contre 36 % d’ouvriers. Ils sont donc beaucoup plus
souvent ouvriers que l’ensemble de la population active, avec une différence selon leur origine. En
effet, 48 % des immigrés maghrébins sont ouvriers alors que cette part est de 25 % pour les
européens. En cohérence avec leur niveau de diplômé, les immigrés européens exercent plus
souvent des professions intermédiaires ou des emplois de cadres que les immigrés maghrébins. La
répartition des catégories socioprofessionnelles parmi les immigrés européens est relativement
proche de celle de l’ensemble de la population active en emploi de la région.








Le logement des immigrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2006 : une réalité contrastée - Insee - septembre 2008 8
Immigrés Ensemble

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