Les abstentionnistes en Bretagne aux élections de 2002 (Octant n° 92)

De
Publié par

Malgré des taux d'abstention parfois élevés, la Bretagne conserve une attitude plus civique que la moyenne nationale. La majorité de ses électeurs inscrits a participé à tous les scrutins de l'année 2002. Le comportement abstentionniste est plus développé dans certaines couches de la population, révélant ainsi une moindre intégration sociale.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
Lecture(s) : 9
Nombre de pages : 4
Voir plus Voir moins

Élections
Les abstentionnistes en Bretagne
aux élections de 2002
Malgré des taux d’abstention parfois élevés, la Bretagne
conserve une attitude plus civique que la moyenne
nationale. La majorité de ses électeurs inscrits a participé
à tous les scrutins de l’année 2002.
Le comportement abstentionniste est plus développé
dans certaines couches de la population,
révélant ainsi une moindre intégration sociale.
’avril à juin 2002, les élections systématique de la participation en l’abstention recouvre cependant uneDprésidentielles puis législatives 2002 d’un échantillon d’électeurs ins- large part de l’électorat : près d’un
ont fait apparaître des taux d’abstention crits. Cette enquête permet de reconsti- électeur sur deux.
élevés dans toute la France. La Bretagne tuer les divers itinéraires de participa-
n’y a pas échappé avec un taux d’abs- tion, regroupés en trois catégories.
Moins d’abstentiontention de 25 % au premier tour des pré-
en Bretagnesidentielles puis environ 33 % aux deux En définitive, seuls 12 % des électeurs
tours des législatives. Cependant, ces bretons n’ont participé à aucun des
mesures -en instantané- de l’abstention quatre tours de scrutin, 35 % ont prati- A chaque scrutin, l’abstention bretonne
ne traduisent pas forcément un désinté- qué une abstention occasionnelle et a été moins marquée que l’abstention
rêt permanent pour le vote. Les absten- 53 % ont voté systématiquement. Plu- nationale, avec un écart de 2 à 3 points :
tionnistes aux présidentielles ne sont sieurs lectures sont donc possibles : par exemple, 32 % en Bretagne contre
pas tous abstentionnistes aux législati- 35 % France entière pour l’abstention
ves, et les votants du premier tour s’abs- la majorité des électeurs inscrits au premier tour des législatives de
tiennent parfois au second. Il existe en montre une assiduité sans faille, 2002. Cet écart n’est pas nouveau, il
effet plusieurs niveaux d’abstention. existait déjà aux élections précédentes
Pour s’y retrouver, l’enquête « Partici- une petite minorité semble bouder et peut être considéré comme une ca-
pation électorale » fournit un suivi systématiquement les urnes, ractéristique de la société bretonne.
Octant n° 92 - Janvier 2003 23Élections
L’enquête « Participation électorale » systématique (aux quatre tours de scru-
epermet d’examiner en détail les différen- tin), la Bretagne se place au 2 rang na-
ces de mobilisation. Elle indique notam- tional juste après le Limousin (56 %).
ement pour la France métropolitaine une Elle se trouve également au 2 rang pour
e
proportion de 13 % d’abstentionnistes la participation intermittente, et au 19
systématiques, 40 % rang sur 22 pour l’abstention systéma-
occasionnels et 47 % de votants systé- tique. La Bretagne apparaît donc
matiques. Comme pour la région Bre- comme une région où la mobilisation
tagne, l’abstention systématique est ré- électorale reste relativement élevée.
duite à un noyau dur représentant
environ un quart de l’ensemble des abs- Comment expliquer cette particularité
tentionnistes. On notera l’importance du bretonne ? Les différences sont particu-
vote occasionnel, qui concerne 40 % lièrement visibles dans l’analyse des
des inscrits. taux d’abstention systématique par ca-
tégories socioprofessionnelles. Globa-
L’enquête permet aussi de classer les ré- lement, 9 % des électeurs bretons qui
gions françaises selon leur degré d’im- travaillent n’ont pas voté, contre 11,6 %
plication dans la vie politique en 2002. au niveau national. En examinant le dé-
Si l’on considère la participation tail des situations, on découvre un
Taux d’abstention en %
En En France
Bretagne métropolitaine
er
1 tour des présidentielles 24,9 27,2
e
2 16,9 19,1
er
1 tour des législatives 32,3 34,9
e
2 33,3 35,4
Taux de participation en %
En En France
Bretagne métropolitaine
Tous les tours 52,7 47,1
Tous sauf un 17,3 19,3
Deux sur quatre 11,9 13,3
Un seul tour 6,3 7,2
Aucun tour 11,8 13,1
Source : enquête Participation électorale en 2002 - Insee
erTaux d’abstention au 1 tour des législatives
40
France
35
30
Bretagne
25
% 20
15
10
5
0
1973 1978 1983 1988 1993 1998 2003
Source : Ministère de l’Intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales
24 Octant n° 92 - Janvier 2003Élections
civisme beaucoup plus marqué dans économiques (encadré ci-contre). Les entre 60 et 74 ans où elle descend en
certaines professions : agriculteur, tech- critères disponibles permettent de dé- dessous de 8 %. Cependant les plus
nicien. Rares sont les cas où l’abstention crire la population de manière objec- âgés ont tendance à déserter peu à peu
bretonne est supérieure à l’ tive : âge, sexe, diplôme, situation pro- les urnes. Les taux d’abstention aug-
nationale : ouvrier agricole, chômeur. fessionnelle et situation familiale. mentent régulièrement après75ans,
très probablement pour des raisons de
Doit-on en déduire que les électeurs santé.
Plus d’abstentionnistesbretons seraient plus civiques que les
autres ? Sans doute, mais les différences Le niveau de formation influence le de-parmi les jeunes
régionales de comportement électoral gré de participation. La probabilitéet les personnes très âgées
reflètent en même temps les disparités d’abstention systématique des non di-
de composition sociale du corps électo- plômés atteint 13 % contre 4 % chez les
ral. Pour mettre en lumière l’effet de ces L’abstention systématique est assez fré- diplômés du second cycle supérieur. La
disparités, une analyse des probabilités quente parmi les jeunes : la probabilité position professionnelle confirme et
d’abstention systématique est menéeen atteint 20 % parmi les 18-29 ans. Elle se renforce cette tendance. Les ouvriers et
fonction de différents critères socio- réduit avec l’âge et particulièrement les artisans s’abstiennent beaucoup plus
volontiers que les cadres et les étu-
diants. Citons deux situations opposées
et significatives : les agriculteurs, inté-
ressésparledébat politique, présentent
Taux d’abstention selon la catégorie socioprofessionnelle une faible probabilité d’abstention sys-
tématique (2,7 %), tandis que les chô-
National Bretagne
meurs, dont l’insertion sociale est cer-
Agriculteur 7,8 2,6 tainement plus difficile, se mobilisent
beaucoup moins (17,6 % d’abstentionArtisan, commerçant 11,7 12,6
systématique).Cadre, profession libérale, chef d'entreprise 5,9 3,6
Profession intermédiaire 8,9 6,2
Technicien, agent de maîtrise 11,7 3,8
Employé fonct publique 12,3 10,1é administratif entreprise 10,2 6,0
Employé commerce 17,9 15,6
Personnel servervices particuliers 14,2 9,7
Ouvrier qualifié 15,1 14,6
Ouvrier non qualifié 19,4 14,3
Ouvrier agricole 9,6 12,1
Ancien agriculteur 15,2 12,5 Pour en savoir plus
Ancien artisan, commerçant, chef d’entreprise 13,4 15,8
La participation électorale au prin-Ancien cadre profession intermédiaire 7,2 4,8
temps 2002 : de plus en plus de vo-
Ancien employé, ouvrier 13,7 14,0 tants intermittents / François Clanché ;
Insee, Division des enquêtes et étudesSource : enquête Participation électorale en 2002 - Insee
démographiques. Dans : Insee Pre-
mière N° 877 (2003, janv.) ; 4p.
Les abstentionnistes en Bretagne / Ni-
cole Allain ; INSEE Bretagne. - Dans :
L’enquête « Participation électorale » Octant N° 73 (1998, mars). - P. 4-6.
Les intermittences du vote : un bilanL’enquête « participation électorale » a été mise en place par l’Insee à l’occasion des
élections de 1995. La participation ou l’abstention de chaque électeur a été relevée de la participation de 1995 à 1997 /
sur les listes d’émargement consultées dans les préfectures. Cette enquête a été recon- François Héran ; INSEE, Division des
duite en 1997 et en 2002 ; l’échantillon a été renouvelé et complété par les nouveaux enquêtes et études démographiques.
inscrits. Dans : Insee première N° 546 (1997,
sept.) ; 4p.A partir du fichier électoral, on a constitué un échantillon de 40 000 électeurs répartis
sur plus de 3 600 communes de France afin de suivre leur comportement d’une élec- La France aux urnes : cinquante ans
tion à l’autre. Pour la Bretagne, l’enquête porte sur 2 179 électeurs dans 175 d’histoire électorale / Pierre Bréchon.
communes. -Dans: Notes et études documentai-
res N° 5066 (1998, janv.) ; 222 p.Le rapprochement de ces données avec un base de données démographiques
(l’Échantillon Démographique Permanent) a permis d’ajouter les caractéristiques so-
Élections présidentielle et municipale
cio-démographique des électeurs.
1995 : un regard sur la non-participa-
L’enquête de 1997 avait révélé une proportion d’abstention systématique de 6 % en tion / Michel Guillement ; INSEE Bre-
Bretagne, mais elle portait sur une série de trois scrutins (élections présidentielles, tagne. - Dans : Octant N°63 (1995,
municipales et législatives) ce qui réduit mécaniquement la fréquence de l’abstention nov.). - P. 5-7.
systématique. Il n’est donc pas possible de comparer les résultats avec ceux de 2002.
Octant n° 92 - Janvier 2003 25Élections
Les facteurs sociaux liés à l’abstention
Probabilité de ne pas voter en 2002 selon la situation de l’électeur
(modèle “toutes choses égales par ailleurs”)
Le profil des « abstentionnistes systé- 0 5 10 15 20 25 30
Hommematiques » est analysé sous différents
Femme
aspects tels que l’âge, le mode de vie,
l’insertion dans la vie profession- 75 ans et plus
60 à 74 ansnelle… Une étude « toutes choses 30 à 59 ans
18 à 29 anségales par ailleurs » permet d’isoler
l’effet propre de chacun de ces fac-
Études supér. 2d cycle
Éér. 1er cycleteurs en éliminant les interactions
BAC
existant entre eux. Le modèle retenu, Brevet
BEP
dit « Logit » détermine pour chaque CAP
CEPélecteur inscrit la probabilité de ne ja-
Aucun diplôme
mais voter en fonction de ses caracté-
Chômeurristiques socio-démographiques. On a
Indépendant
choisi comme électeur de référence Fonction publique
CDD, stagesdans cette étude un Breton de 30 à 59 CDI
ans, titulaire d’un CAP, travaillant
Étudiantscomme ouvrier sous contrat à durée
Ouvriers
Employésindéterminée, habitant, en tant que
Professions interméd.
propriétaire, avec son épouse et ses Cadres
Artisans
enfants, dans une unité urbaine de Agriculture
moins de 200 000 habitants. Les élec-
Locataireteurs correspondant à ce profil se sont
Propriétaire
abstenus systématiquement selon une
Couple avec enfantprobabilité de 11,8 %.
Personne seule
Famille monoparentale
Couple sans enfant
A partir de cette situation de référence,
l’effet de chaque caractéristique socio Divorcé
Célibatairedémographique est isolé. Les dimen-
Veuf
Mariésions sociales les plus significatives
pour expliquer l’abstention systéma-
Agglo > 200 000 h
tique sont l’âge, la situation matrimo- Urbain hors agglo
Ruralniale et l’activité professionnelle.
0 5 10 15 20 25 30
%
Lecture : un électeur dans la situation de référence a 11,8% de chances de n'avoir jamais voté en 2002.
Toutes choses égales par ailleurs, un électeur de moins de 30 ans a 20 % de chances de s'abstenir systématiquement, un électeur
âgé de 60 à 74 ans en a 7,5 %.
Champ : électeurs inscrits en Bretagne en 2002. Situations des électeurs au recensement de 1999,
sauf pour l'âge actualisé en 2002.
Source : enquête Participation électorale en 2002 - Insee
La situation familiale joue un rôle éton- Enfin le cadre de vie s’ajoute aux diffé- Au final, les différences observées entre
nant mais indiscutable. Le fait d’être rents facteurs : on s’abstient plus dans la Bretagne et d’autres régions résultent
marié s’accompagne de plus de civisme les grandes villes qu’à la campagne. pour l’essentiel des facteurs sociodémo-
que l’état de célibataire ou divorcé.De graphiques évoqués précédemment.
même le statut de propriétaire est plus L’effet de la région de résidence, qui dé-
favorable au vote que celui de locataire. coule de l’influence culturelle, est égale-
Il y a donc une corrélation entre le ment vraisemblable. Mais elle est en
mode de vie domestique et l’intérêt partie comprise dans les caractéristiques
pour les « affaires publiques » ou la mo- sociales déjà mentionnées. Elle demeure
tivation politique. de ce fait difficilement quantifiable. Michel ROUXEL
26 Octant n° 92 - Janvier 2003
n

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.