Les aides financières entre ménages : De plus en plus d'aides aux jeunes générations.

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Avec l'allongement de la scolarité, les difficultés d'accès à l'emploi ou encore le changement de mode de vie, la solidarité familiale est mise à contribution. Elle concerne de plus en plus de ménages. Ces aides n'entraînent pas de réelle réduction des inégalités car elles bénéficient plus aux jeunes ménages de milieux favorisés, et constituent ainsi un transfert intergénérationnel. La redistribution des revenus en faveur des plus pauvres est d'abord, et dans une toute autre mesure, le fait des aides sociales.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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société
Les aides financières entre ménages
De plus en plus d’aides
Avec l’allongement de la scolarité, les difficultés d’accès à
l’emploi ou encore le changement de mode de vie, la solidarité
familiale est mise à contribution. Elle concerne de plus en plus de
Définitions ménages. Ces aides n’entraînent pas de réelle réduction des
inégalités car elles bénéficient plus aux jeunes ménages de
Les aides financières sont des dépenses
milieux favorisés, et constituent ainsi un transferteffectuées par un ménage pour les besoins
intergénérationnel. La redistribution des revenus en faveur desd’un autre ménage. Les autres formes de
solidarité ne sont pas étudiées dans cet plus pauvres est d’abord, et dans une toute autre mesure, le fait
article. Les aides décrites dans cet article des aides sociales.
sont versées spontanément ; ainsi les
pensions alimentaires que l’on doit verser
es Réunionnais sont de plus en l’aide s’accompagne d’une dépense pour
suite à une décision de justice n’entrent
plus nombreux à s’entraider. En le ménage donneur et un transfert moné-
pas dans le champ de l’étude. Les L2001, trois ménages sur quatre taire a lieu. Ces transferts sont apportés
transferts de patrimoine sont également
versent une aide à leurs proches contre en nature pour les deux tiers et ils cor-hors champ, ainsi que les dons effectués
un sur quatre en 1995. La progression du respondent, le plus souvent, à des paie-
entre personnes habitant sous le même.
niveau de vie favorise l’entraide car elle ments de frais courants de santé, de trans-
permet à certains ménages d’aider leur ports, de culture, de loisirs, de vacances,Niveau de vie : il est égal au revenu du
entourage alors qu’ils ne le pouvaient d’enseignement ou d’autres dépenses deménage divisé par le nombre d’unités de
pas auparavant. Au total, 68,4 millions ce genre, soit la moitié des aides verséesconsommation (uc). Le niveau de vie est
d’euros ont ainsi été redistribués en au total. Il existe d’autres formes de soli-donc le même pour tous les individus
2001. Les ménages donnent ainsi, en darité. Par exemple, 8 % des ménagesd’un même ménage. Les unités de
moyenne, 430 ) par an, soit près de 2 % interrogés sont logés gratuitement et 2 %consommation sont généralement
deleurrevenu. disposent d’un véhicule prêté. Cependantcalculées selon l’échelle d’équivalence
ellesnefontpasl’objetdecette étude.dite de l’OCDE modifiée qui attribue 1 uc Il peut s’agir d’aides en espèces ou en
au premier adulte du ménage, 0,5 uc aux nature. Dans le premier cas, le donneur
autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 Des plus âgés versverse au receveur une somme d’argent
uc aux enfants de moins de 14 ans. non obligatoire que ce dernier peut dépen- les plus jeunes
ser librement. Dans le second cas, leLe seuil de pauvreté : le seuil de pauvreté
donneur finance directement des achats Plus un ménage avance en âge, plus ilétudié est un niveau de pauvreté relatif
(alimentation, vêtements, chaussures et donne et moins il reçoit. En effet, prèscalculé à partir du niveau de vie des
équipement du logement) ou les frais cou- des deux tiers des flux monétaires seménages réunionnais. Il correspond à la
rant du receveur, par exemple le paie- dirigent des ascendants vers les enfantsmi-médiane de la population observée.
ment d’un loyer. Dans les deux cas, ou petits enfants. Dès qu’un enfant a
Montant moyen des aides selon l’âge
Bibliographie
700 700
Aides versées Aides reçues
L”es aides financières entre ménages”
600 600
C de Barry et D. Eneau, INSEE Première,
n°441 - avril 1996. 500 500
"Culture familiale de solidarité”
400 400
C. Attias-Donfut, Retraites et Société,
n° 20, décembre 1997. 300 300
"Les transferts publics et privés entre
200 200
générations” C. Attias-Donfut, Retraites
et Société, n°20, décembre 1997. 100 100
0 0
moins de 25 25à34 35à44 46à59 +de60 moins de 25 25à34 35à44 46à59 +de60
ans ans ans ansL’auteur
David PERRAIN est Volontaire Civil de
Les aides sont principalement versées par les ménages de 40 à 60 ans au bénéficel’aide technique à la direction régionale presque exclusif des jeunes de moins de 25 ans.
de La Réunion.
économie 3e trimestre 20048 DE LAREUNION
en euros par an
en euros par ansociété
aux jeunes générations
Les défavorisésAides financières en moyenne reçues ou versées selon les
ne sont pas tous aidéscaractéristiques de la personne de référence du ménage
Aides Aides A première vue, ces aides permettent de
moyennes moyennes réduire les inégalités. En effet, ce sont
reçues par an versées par an lesménagessesituantparmiles25%
les plus aisés qui donnent les montants
Ensemble 128 301
les plus importants (deux fois plus qu’un
ménagemoyen)tandisqueles25%lesOccupe un travail
plus pauvres bénéficient de cette formeMoins de 30 ans 255 185
115 414Plus de 30 ans de redistribution car ils reçoivent plus
qu’ils ne versent. De plus, pour un
Chômeur ménage se situant en dessous de seuil de
Moins de 30 ans 252 182 pauvreté à La Réunion, ces aides comp-
Plus de 30 ans 89 133
tent pour 4,2 % de son niveau de vie
c’est-à-dire qu’elles ont six fois plusDescendant de cadres ou professions intermédiaires
Moins de 35 ans 513 319 d’importance pour eux que pour un
Plus de 35 ans 185 1 077 ménage possédant un niveau de vie
moyen.
Descendant d'employés ou d'ouvriers
Moins de 35 ans 239 172 Cependant cette redistribution est ciblée
103 276Plus de 35 ans vers les ménages transitoirement sans
ressources : étudiants habitant un autre
Jeunes diplômés du supérieur (étude achevée) 466 320
logement, jeunes cherchant un emploi
Jeunes non diplômés du supérieur** (étude achevée) 103 276
ou qui viennent de rentrer dans la vie
active ou encore personnes inactives se25 % les plus pauvres
retrouvant à la tête d’un ménage aprèsMoins de 30 ans 562 41
1
Plus de 30 ans 64 86 une séparation. Parmi les 25% de
Retraités 18 104 ménages les plus pauvres, les jeunes
(ceux où le chef de famille a 30 ans ou
Personnes seules ou couples sans enfant
moins), bénéficient d’aides en moyenne
Moins de 30 ans 388 202
9 fois supérieures à celles dont bénéfi-60 432Plus de 30 ans
cient les autres ménages. En revanche,
les défavorisés présentant une pauvreté deRetraités 34 504
nature plus structurelle (c’est-à-dire ceux
25 % les plus riches 189 673 qui ont plus de 30 ans et qui n’ont pas de
travail ou un emploi peu rémunéré, ou
Ayant des enfants hors du domicile 64 473
les retraités possédant une faible pen-
sion) peuvent moins compter sur leur
N.B. : Pour l’ensemble des ménages, les aides reçues sont inférieures aux aides données :
entourage pour compléter leurs ressour-
d’une part, les déclarations des ménages sous-estiment davantage les aides reçues que les
ces.aides fournies ; d’autre part, il y a une “fuite” des aides en direction de personnes se trouvant
hors de la base de sondage (étudiants en résidence universitaire ou hors du département,
personnes âgées en maison de retraite, famille des immigrés vivant à hors du département …). Principaux bénéficiaires, les
* y compris les personnes au foyer jeunes ménages plutôt
** c’est-à-dire les non diplômés ou détenteur d’un CAP, BEP, BEPC ou d’un BAC technique
favorisésChamp : ensemble des ménages
Source : INSEE, Enquête Budget de Famille 2001.
Hormis les étudiants, les principaux béné-
ficiaires de ces redistributions sont des
jeunes plutôt favorisés ; et tout d’abord
quitté le cocon familial, les parents ver- né comme en taux d’effort. C’est à partir favorisés par le milieu social de leur
sent deux fois plus d’aides qu’un autre de 30 ans que le montant moyen des famille. L’entraide familiale est d’abord
ménage. Vers 50 ans, un chef de famille aides fournies dépasse celui des aides ver- le fait des ménages aisés qui soutiennent
débourse 474 ) par an d’aide en 2001. sées. L’ensemble de ces aides financiè-
Ces ménages versent sept fois plus d’aides res a donc pour conséquence d’amélio-
qu’ils n’en reçoivent. Les ménages à la rer légèrement le niveau de vie des 1) - Cf “Les aides financières entre ménages”
retraite ou retirés des affaires, se mon- moinsde30ans(+1,4%). C de Barry et D. Eneau, INSEE Première,
trent les plus généreux, en montant don- n°441 - avril 1996.
économie3e trimestre 2004 9DE LAREUNIONen bref
la génération suivante. En effet, parmi
les jeunes favorisés, les enfants de cadres Dernières nouvellesreçoivent évidemment plus que les autres.
A âge égal, ces aides sont, en moyenne,
2,5foisplusimportantesquepourles
Taux de chômage de 1993 à 2004enfants d’employés ou d’ouvriers. En Les résultats de l’enquête
outre,lesménagesaisés(les25%les
emploi 2004
plus riches) versent deux fois plus d’aides
qu’un ménage moyen. La solidarité fami-
Au cours des douze mois précédant mailiale accentue donc les écarts entre les
2004, l’emploi salarié et non salarié dansjeunes issus de milieux favorisés et les
le secteur privé marchand a crû de 4 %.autres. Ensuite, les ménages de jeunes
Ce résultat confirme la tendance favo-diplômés du supérieur sont trois à quatre
rable observée à partir de l’indicateur tri-fois plus aidés que ceux ayant un niveau
mestriel publié par l’Insee et des chiffresd’études inférieur alors qu’ils ont toutes
produits par l’Assedic. En revanche, leles chances de mieux réussir leur car-
nombre de personnes bénéficiant d’unrière et qu’ils ont déjà un niveau de vie
“contrat aidé” a diminué significative-deux fois supérieurs à ces derniers. C’est Source : Insee, enquête emploi
ment sur la même période, après uneau début du cycle de vie que les trans-
première baisse enregistrée l’année pré-ferts sont les plus importants : lorsque le
chômage réunionnais et traduit un décou-
cédente.ménage est jeune et/ou qu’il n’a pas
ragementface à un marché du travail dif-
encore d’enfant ou qu’il vient de s’ins-
Le chômage au sens du BIT concerne ficile.
taller.
33,5%delapopulationactiveenmai
Dans leurs démarches pour trouver ou
2004, soit 3 000 chômeurs de plus qu’en
retrouver un emploi, les chômeurs ontDes plus riches vers les 2003, et une augmentation de 10 000 au
moins souvent recours à l’ANPE. Laplus pauvres par la cours des deux dernières années. Après
proportion de ceux qui ne sont pas ins-
une baisse continue du taux de chômagesolidarité publique crits à l’Agence progresse d’année en
depuis 1998, l’inversion de tendance
année(7%en2001,13%en 2004).
observée en 2003 se confirme, et deuxLa famille aide donc les jeunes ménages
seuils sont à nouveau franchis : celui d’unà démarrer dans la vie. Cette entraide ne Succès grandissant des jeuxactif sur trois au chômage, et celui desréagit pas à une logique de redistribution
de hasard et d’argent100 000 chômeurs. Parmi eux 7 sur 10des richesses des plus riches vers les plus
sontauchômagedepuisunanouplus.pauvres mais à une logique de redistri-
En métropole, les dépenses des ménagesbution familiale des plus âgés vers les La situation des femmes vis-à-vis de
en jeux de hasard et d’argent, nettes deplusjeunes. l’emploi se dégrade nettement : non seu-
leurs gains, se sont accrues de 4,4 % par
lement le chômage des femmes subit uneLa refonte de la distribution des revenus an depuis quarante ans. Sur la période, la
hausse d’un point en un an, mais de sur-ne s’obtient que par les aides sociales. part de la dépense consacrée aux jeux de
croît leur taux d’activité est en baisseLes aides familiales, les aides au loge- hasard et d’argent a plus que doublé. En
pour la seconde année consécutive.ment, le RMI et les aides d’invalidité 2003, les dépenses nettes de gains consa-
Mêmesi2000femmesde25à49anssepermettent aux ménages les plus pauvres créesàcesjeuxontétéde305eurospar
sont retirées du marché du travail, led’élever leur niveau de vie et ainsi de ménage, soit 1,4 fois le budget consacré
taux de chômage féminin dans cetteréduire les inégalités. En effet, ces pres- à la télévision. Les Français jouent à la
tranched’âgepasseau-dessusde35%tations sociales contribuent pour plus de Française des jeux (Loto, jeux instanta-
la moitié à leur niveau de vie (et près des en2004. nés avec grattage), au Pari Mutuel
deuxtierspourles15%desménagesles Urbain (PMU) et Paris Mutuel Hippo-
Le taux de chômage masculin, enplus pauvres). Le reste de leurs ressources drome(PMH)etdanslescasinos.revanche, augmente très peu, mais cette
provient de revenus d’activité, de retrai-
stabilité recouvre une augmentation chez Sur la dernière décennie, la part de lates et d’autres revenus. Si on supprimait
lesjeunes etunebaisseaprès50ans. dépense de consommation consacrée auxtoutes ces aides, un quart des ménages
jeux des casinos a été multipliée par cinqréunionnais se trouveraient en dessous Entre 20 et 30 ans le taux de chômage est
alors que celle des PMU et PMH a dimi-du seuil relatif de pauvreté monétaire de 47,7 %. Ces jeunes chômeurs connais-
nué. Depuis 1988, ce secteur a profité derecalculé (contre un peu moins de 10 % sent des périodes de chômage sans inter-
l’autorisation d’exploiter les machines àavec les aides sociales). Cela permet ruption de plus en plus longues : un sur
sous. Celles-ci représentent 90 % du pro-donc de réduire les inégalités. Sans ces quatre est sans emploi depuis 3 ans ou
duit brut des jeux dans les casinos.prestations, les 10 % les plus riches à La pluset6sur10depuisunanouplus..
D’abord limitée aux stations balnéairesRéunion auraient un niveau de vie 10
et thermales, leur implantation a étéEntre mai 2003 et mai 2004, la popula-fois supérieur à celui des 10 % les plus
ensuite autorisée dans les grandes villestion active n’augmente que de 3 000 per-pauvres. Grâce à l’intervention publique,
à caractère touristique et près de Paris,sonnes, alors que la population en âge decetécart diminue de moitié.
ce qui devrait encore pousser la crois-travailler croît de 10 500 individus. La
David PERRAIN sancedecesecteuràl’avenir.conjonction de la baisse du taux d’activi-
té et de la hausse du taux de chômage est
Source : Insee, comptes nationauxcaractéristique de l’évolution récente du
économie 3e trimestre 200410 DE LAREUNION

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