Les configurations d'aide familiales mobilisées autour des personnes âgées dépendantes en Europe

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L'enquête Share permet d'étudier l'aide apportée par leurs enfants aux personnes dépendantes âgées d'au moins 65 ans, dans les pays d'Europe. Comment les comportements individuels s'articulent-ils pour donner lieu à des configurations familiales d'aide ? Deux modalités d'implication sont envisagées, selon que les enfants cohabitent ou non avec leur parent dépendant. La proportion de personnes âgées dépendantes recevant un soutien de leur entourage, sous une forme ou sous l'autre, est remarquablement homogène : de 79 % en Suède et aux Pays-Bas à 87 % en Italie. Dans les pays du Nord, la moindre cohabitation inter-générationnelle est en effet compensée par une aide plus fréquente des enfants non cohabitants. Dans les six pays étudiés ici, l'implication des enfants est plus forte lorsque le degré de dépendance du parent est plus élevé et lorsqu'il n'a pas de conjoint. Cependant, le gradient Nord-Sud se retrouve dans la manière dont les enfants s'adaptent à l'absence de conjoint auprès de leur parent dépendant : accroissement de la cohabitation des filles au Sud, accroissement de l'aide « à distance » des fils comme des filles au Nord. La présence d'un conjoint auprès du parent dépendant semble modifier les logiques d'implication des enfants. Si le parent dépendant bénéficie de l'aide de son conjoint l'implication des enfants relève de décisions individuelles conduisant à une probabilité de soutien croissante avec le nombre d'enfants. L'implication auprès des parents sans conjoint relèverait au contraire d'une logique de fratrie visant à leur assurer une probabilité de soutien identique quel que soit le nombre de leurs enfants. Dans les fratries de deux enfants dont le parent est seul, une interaction asymétrique se dessine entre les comportements de l'aîné et du cadet. En moyenne, l'implication du cadet dépendrait de celle de l'aîné (la probabilité de s'impliquer du cadet serait plus faible si l'aîné s'implique lui-même), mais non l'inverse.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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SOCIÉTÉ
Les confi gurations d’aide familiales
mobilisées autour des personnes âgées
dépendantes en Europe
Roméo F ontaine * , Agnès Gr amain ** et Jérôme Wittwer*

L ’enquête Share per met d’étudier l’aide apportée par leurs enfants aux personnes dépen-
dantes âgées d’au moins 65 ans, dans les pays d’Europe. Comment les comportements
individuels s’articulent-ils pour donner lieu à des confi gurations d’aide familiales ? Deux
modalités d’implication sont envisagées, selon que les enfants cohabitent ou non avec
leur parent dépendant. La proportion de personnes âgées dépendantes recevant un sou-
tien de leur entourage, sous une forme ou sous l’autre, est remarquablement homogène :
de 79 % en Suède et aux Pays-Bas à 87 % en Italie. Dans les pays du Nord, la moindre
cohabitation inter-générationnelle est en effet compensée par une aide plus fréquente
des enfants non cohabitants. Dans les six pays étudiés ici, l’implication des enfants est
plus forte lorsque le degré de dépendance du parent est plus élevé et lorsqu’il n’a pas de
conjoint.
Cependant, le g radient Nord-Sud se retrouve dans la manière dont les enfants s’adaptent
à l’absence de conjoint auprès de leur parent dépendant : accroissement de la cohabitation
des fi lles au Sud, accroissement de l’aide « à distance » des fi ls comme des fi lles au Nord.
La présence d’un conjoint auprès du parent dépendant semble modifi er les logiques d’im-
plication des enfants. Si le parent dépendant bénéfi cie de l’aide de son conjoint, l’implica-
tion des enfants relève de décisions individuelles conduisant à une probabilité de soutien
croissante avec le nombre d’enfants. L’implication auprès des parents sans conjoint relè-
verait au contraire d’une logique de fratrie visant à leur assurer une probabilité de soutien
identique quel que soit le nombre de leurs enfants.
Dans les fratries de deux enf ants dont le parent est seul, une interaction asymétrique se
dessine entre les comportements de l’aîné et du cadet. En moyenne, l’implication du
cadet dépendrait de celle de l’aîné (la probabilité de s’impliquer du cadet serait plus
faible si l’aîné s’implique lui-même), mais non l’inverse.

* EURIsCO-LEGOS (Laboratoire d’économie et de gestion des organisations de santé) – Université Paris-Dauphine
** EURIsCO-LEGOS (Laboratoire d’économie et de gestion des organisations de santé) – Université Paris-Dauphine et Centre d’Études
de l’Emploi
Le présent article a été en partie nourri par les réfl exions et discussions menées dans le cadre de l’équipe de recherche MEDIPS. Les
auteurs tiennent à remercier les différents membres de l’équipe ainsi que les participants du séminaire organisé à l’Irdes pour l’élabora-
tion de ce numéro spécial et les deux relecteurs anonymes pour leurs remarques constructives
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 97écrire les modalités d’or ganisation fami- observer les relations économiques dans la Dliale mises en place autour des personnes famille. Le terme de « famille » regroupe ici
âgées dépendantes et analyser leurs détermi- tous les descendants et alliés au premier degré
nants démographiques, économiques et sociaux d’une personne (conjoint, enfants, beaux-
est important pour nourrir la réfl exion sur les enfants, petits-enfants…) même s’ils ne vivent
politiques sociales en direction des personnes pas ensemble et se distingue donc du terme de
âgées dépendantes. On ne peut orienter, soute- « ménage » qui désigne l’ensemble des person-
nir ou compter sur les solidarités familiales sans nes partageant un même logement. La prise en
s’interroger sur leur sensibilité aux structures charge d’une personne âgée dépendante mobi-
familiales, aux trajectoires des individus mais lise en effet son entourage au-delà des seuls
aussi au contexte constitué par le système de membres de son ménage : c’est, pour la France
protection sociale, l’offre d’aide professionnelle tout au moins, un des rares moments où l’on
disponible, ou les normes qui pèsent en matière observe des transferts entre ménages apparen-
de solidarité familiale. De ce point de vue, la tés (Déchaux et Herpin, 2004). On sait cepen-
comparaison internationale offre une vérita- dant encore peu de choses sur le périmètre de
ble perspective. C’est en effet le moyen le plus la mobilisation familiale et ses déterminants
simple de montrer en quoi ces comportements économiques : pourquoi certains membres de la
d’aide familiale s’inscrivent dans un contexte famille sont-ils mobilisés et d’autres non ? De
social, politique et économique et en quoi, en même l’existence d’une dimension proprement
revanche, ils s’en affranchissent. familiale, collective, des comportements d’aide
a été peu explorée par les économistes, dans
Le soutien f amilial apporté aux personnes âgées le contexte français ou plus largement euro-
dépendantes se trouve depuis une vingtaine péen (1) . Peut-on considérer que les comporte-
d’années au croisement de trois types d’ana- ments d’implication des différents membres de
lyse. Une première approche, fortement teintée la famille sont indépendants les uns des autres
d’économie de la santé, s’attache à comprendre ou existe-t-il au contraire une logique d’ensem-
1les modalités de production de soins ou de prise ble, une économie familiale de l’aide ?
en charge de la dépendance. Elle s’intéresse par-
ticulièrement aux questions de substituabilité Conduire une telle analyse nécessite des don-
entre les aides dites formelles et informelles . Sa nées spécifi ques. Il faut en effet disposer d’in-
motivation initiale est d’anticiper l’usage qui formations individuelles et contextuelles sur
pourrait être fait d’une politique de solvabilisa- l’ensemble de la famille d’une personne dépen-
tion de la demande d’aide formelle, son impact dante et non pas seulement sur ceux qui l’aident.
sur la qualité des prises en charge et sur les bud- L’enquête Share est une des rares enquêtes qui
gets publics (Ettner, 1994 ; Pezzin et al. , 1996 ; décrive les transferts d’aide entre ménages et
Hoeger et al., 1996 ; Sloan et al. , 1996). T raitant fournisse des informations individualisées sur
d’une question connexe, mais avec des enjeux de les différents membres de la famille, même s’ils
politique publique différents, la deuxième appro- ne cohabitent plus avec la personne dépendante.
che s’interroge sur le comportement d’offre de Ces données portent, qui plus est, sur un échan-
travail des femmes confrontées à la dépendance tillon sélectionné dans plusieurs pays dotés de
de leur parent âgé. Ce sont alors plutôt les politi- droits de la famille différents (Sosson, 2000).
ques de l’emploi qui sont au centre de la réfl exion Les comportements d’implication familiale
(Boaz et Muller, 1992 ; Pezzin et Schone, 1999). refl étant pour une bonne part les normes mora-
Enfi n, une troisième approche met l’accent sur les en matière de solidarité familiale, normes
la dynamique de l’aide familiale, cherchant à qui ne sont pas sans lien avec celles inscrites
restituer la genèse des transferts entre ménages dans le droit, l’exploitation de l’enquête Share
apparentés et les processus de désignation des prend un intérêt supplémentaire. Dans cet arti-
aidants (Hiedemann et Stern, 1999 ; Engers et cle, nous avons retenu six pays, représentant de
Stern, 2002 ; Wolff, 2006 ; Jellal et Wolff, 2002). façon assez schématique différentes positions du
Il s’agit alors de comprendre comment les struc- curseur entre solidarités collective et familiale
tures familiales et leur évolution peuvent affecter dans les principes de leur système de protection
le soutien apporté aux personnes âgées dépen- sociale : les pays du nord de l’Europe (Suède
dantes par leur entourage et l’usage des politi- et Pays-Bas), les pays d’Europe « continentale »
ques publiques dans ce domaine (Checkovich et
Stern, 2002).
1. Cette remarque concerne les travaux conduits dans une pers-
pective d’analyse économique (les sociologues ont pour leur
part largement investi ce champ). Il faut cependant mentionner La prise en char ge des personnes âgées dépen-
l’exception notable que constituent les travaux de Jellal et Wolff
dantes est en effet un moment privilégié pour (Jellal et Wolff, 2002) à partir de l’enquête 3G.
98 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007(France et Allemagne) et enfi n ceux du sud de rieures au ménage sont interrogées sur l’aide
l’Europe (Italie et Espagne). qu’elles apportent aux soins personnels, aux
tâches ménagères et administratives. Les mem-
bres du ménage ne sont questionnés que sur Les confi gurations d’aide familiales peuvent
les soins personnels. En effet, concernant les aussi refl éter, d’un pays à l’autre, des diffé-ves, il est dif-rences dans l’offre d’aide professionnelle. La
fi cile d’isoler ce qui relève d’une aide fournie question des liens de substitution ou de complé-
en réponse à la dépendance de ce qui renvoie mentarité entre l’aide en nature apportée par les
à une simple répartition des tâches à l’intérieur membres de la famille et celle apportée par des
du ménage. Pour autant, le fait qu’une per-professionnels rémunérés constitue un objet à
sonne âgée dépendante ne vive pas seule modi-part entière et justifi e des investigations spéci-
fi e potentiellement l’implication du reste de la fi ques (Lundborg et al., 2006). P ar ailleurs, si le
famille, même si les cohabitants ne fournissent recours aux aides familiales et professionnelles
aucune aide pour les soins du corps. L’étude du relève d’une même décision, il n’est pas pos-
soutien familial apporté aux personnes âgées sible d’intégrer l’aide professionnelle dont dis-
dépendantes est donc conduite en deux temps. pose une personne âgée dépendante comme une
Dans un premier temps, nous considérons la information exogène dans l’analyse des com-
structure des ménages des personnes âgées portements de solidarité familiale. Cependant
dépendantes. Tenant compte de cette structure, l’implication familiale est prise ici dans une
nous nous intéressons ensuite à l’aide fournie acception très large, sans tenir compte de son
« à distance », c’est-à-dire par des personnes de intensité. De ce fait, elle apparaît peu sensi-
la famille qui ne cohabitent pas avec la personne ble aux effets d’offre propres à chaque pays.
aidée. Cette approche change considérablement L’ajustement entre aides familiale et profession-
le rôle d’une variable classiquement retenue nelle toucherait essentiellement à la nature des
parmi les déterminants des transferts entre tâches effectuées par la famille, à la quantité et
ménages : celle de la distance entre le ménage à l’intensité de l’aide apportée, mais beaucoup
de la personne âgée et ceux de ses aidants poten-moins au fait d’en apporter, sous une forme
tiels. En effet, la cohabitation (correspondant à ou une autre. Les résultats montrent en effet
une distance nulle) devient une modalité même que les comportements d’implication fami-
du comportement d’aide, c’est-à-dire du phéno-liale auprès d’un parent âgé sont remarquable-
mène que l’on cherche à expliquer.ment similaires d’un pays à l’autre : l’analyse,
par les données de Share, du soutien appor té à
leurs parents par les quinquagénaires européens
Un peu moins d’un tiers des Européens confi rme cette forte homogénéité d’un pays
âgés de plus de 65 ans souffrent à l’autre (Ogg et Renaut, 2006). En revanche,
d’incapacitésla fréquence de l’aide apportée et les types de
tâches effectuées sont beaucoup plus variables.
Il e xiste différentes approches permettant Considérer uniquement le fait de s’impliquer et
d’identifi er au sein d’une population les person-non l’intensité de l’implication a l’inconvénient
nes ayant des diffi cultés à réaliser seules cer-de gommer les fortes différences qui peuvent
taines activités de la vie quotidienne (Beaufi ls, exister entre les membres de l’entourage, mais
1997). Suivant le degré du besoin d’aide retenu, permet de minimiser les effets d’offre et donc,
la proportion de personnes identifi ées comme de centrer l’interprétation sur les logiques pro-
dépendantes peut varier du simple au triple prement familiales.
(Colin, 2003).
Nous a vons dans ce travail attribué un périmè-
L’aide aux personnes âgées tre très large à la notion de dépendance, afi n de
disposer d’échantillons suffi samment fournis dépendantes : cohabitation
(cf. encadré 2). Ce choix permet aussi de rendre et aide à distance
les échantillons plus comparables d’un pays à
l’autre. En effet, l’enquête Share ne por te que
ans le questionnaire Share, l’aide appor tée sur les personnes vivant en domicile ordinaire : Dpar un membre de l’entourage (famille, on ne tient donc pas compte de celles qui vivent
voisin, ami, ou autres proches) n’est pas appré- en établissements d’hébergement collectif. Or
ciée de la même façon selon que l’individu fait les taux d’institutionnalisation des personnes
ou non partie du ménage de la personne âgée âgées sont très variables d’un pays à l’autre :
dépendante (cf. encadré 1). Les personnes exté- faibles dans les pays du Sud de l’Europe (2,8 %
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 99pour l’Espagne et 2,7 % pour l’Italie), ils sont domicile malgré de sévères incapacités, pré-
nettement plus importants dans les pays du sentent des caractéristiques particulières. Cela
Nord (8,2 % pour la Suède et 8,8 % pour les pourrait fausser la comparaison avec les pays
Pays-Bas), les pays « continentaux » ayant une où l’institutionnalisation est rare, et où reste
position intermédiaire (6,8 % pour la France et donc à domicile l’ensemble des personnes lour-
l’Allemagne) (Assous et Ralle, 2000). On peut dement dépendantes. L’impact des comporte-
craindre que, dans les pays à fort taux d’ins- ments d’institutionnalisation sur l’échantillon
titutionnalisation, les personnes qui restent à des personnes demeurant à domicile est donc
Encadré 1
LE SOUTIEN APPORTÉ AUX PERSONNES ÂGÉES DÉPENDANTES DANS L’ENQUÊTE SHARE
Aide à la personne ou aide au ménage tes est focalisée sur les enfants de ces personnes.
Cette restriction ne tient pas uniquement à la nature
des données disponibles : le même type d’analyse Un volet du questionnaire Share, intitulé Social
pourrait être mené, à partir des données Share, pour Support, permet d’appréhender l’aide reçue de l’en-
d’autres catégories de personnes apparentées (les tourage par la personne âgée. Cette aide est mesurée
frères et sœurs par exemple). Cependant, que l’on différemment selon qu’elle est apportée par une per-
prenne un point de vue théorique, en matière d’éco-sonne extérieure ou par un membre du ménage.
nomie de la famille, ou un point de vue plus opéra-
tionnel en matière de politiques sociales, l’intérêt se Dans le premier cas, trois types d’aide sont identifa -
focalise sur les enfants. Tout d’abord ils représentent bles :
la majorité des aidants informels. Ensuite leur com-
- l’aide aux soins personnels (s’habiller, se laver, man- portement n’a rien de systématique, à la différence
ger, entrer ou sortir du lit, aller aux toilettes) ; de celui des conjoints par exemple. Enfn l’enca -
drement juridique et les normes sociales proposent - l’aide ménagère (tâches ménagères, courses,
différents modèles de répartition de la charge entre déplacement, petits travaux de réparation ou de jar-
dinage) ; enfants : égalité des enfants devant l’héritage, équité
devant l’obligation alimentaire (pour les pays du Sud),
- l’aide aux tâches administratives (remplir des formu-
choix d’un successeur (par exemple pour les profes-
laires, régler des questions fnancières ou juridiques).
sions indépendantes), rôle prépondérant des flles,
aînesse…Dans le second cas, concernant les aides procurées
par les membres du ménage, seules les questions
En revanche, la structure du questionnaire Share
relatives aux soins personnels sont posées. En effet,
conduit à restreindre le champ de l’analyse aux fratries les deux autres modalités posent traditionnellement
comprenant au plus trois enfants. En effet, le question-
des problèmes de déclarations car elles laissent une
naire ne permet d’identifer qu’un maximum de trois
forte place à l’appréciation des individus sur ce qui
aidants (non rémunérés) extérieurs au ménage. Dès
peut être identifé, parmi les services que l’on se rend
lors, pour les familles nombreuses, certains enfants
au sein d’un ménage, comme de l’aide liée à la dépen-
peuvent ne pas être identifés comme aidant par
dance d’un des membres du ménage et non comme
l’enquête alors qu’ils le sont effectivement. Focaliser
une organisation domestique indépendante de la
l’analyse sur les fratries d’au plus trois enfants permet
dépendance.
de limiter ce risque de censure.
Par ailleurs, lorsque l’individu vit en couple, les ques-
tions relatives à l’aide reçue hors ménage ne permet-
Un exemple
tent pas d’identifer le bénéfciaire de l’aide, la ques -
tion étant formulée de la façon suivante :
« Lequel/Quel autre de ces membres de votre famille
extérieur à votre ménage, de ces amis ou voisins, vous
a aidé … au cours de ces douze derniers mois, vous-
même ou votre mari/femme/compagnon/ compa-
gne ? ». L’aide reçue doit donc être comprise au niveau
des individus quand ceux-ci vivent sans conjoint, mais
au niveau du couple quand l’individu enquêté (le family
Madame et Monsieur A ont eu quatre enfants, dont trois sont encore respondent) vit avec un conjoint.
en vie. Madame A est veuve et vit avec sa fille aînée, divorcée. Elle
déclare recevoir de l'aide pour les tâches administratives de sa
deuxième fille et de son fils. On considérera donc que les trois
De l’aide aux personnes dépendantes au soutien enfants de Madame A sont aidant, la fille aînée (en gris foncé) parce
qu'elle cohabite avec elle, ses deux autres enfants (en gris clair) apporté par leurs enfants
parce qu'ils sont aidants à distance. La famille comporte quatre
personnes : Madame A et ses trois enfants alors que le ménage n’en
comprend que deux Madame A et sa fille aînée.L’analyse du comportement d’implication des mem-
bres de l’entourage des personnes âgées dépendan-
100 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007moins fort si l’on considère une population peu Au re gard de la défi nition extrêmement large
dépendante, moins « à risque » d’entrer en mai- de la dépendance que représentent les deux pre-
son de retraite. miers degrés, 31 % des Européens (appartenant
aux six pays de notre échantillon) âgés de plus
de 65 ans souffrent d’incapacités et la moitié T rois ni v eaux d’incapacités sont défi nis :
d’entre eux sont touchés par au moins une inca-
pacité sévère. Dans les six pays, la proportion de - l’incapacité sévèr , core respondant aux person-
personnes âgées souffrant d’incapacité est forte-nes déclarant avoir des diffi cultés dans au moins
ment croissante avec l’âge. En particulier, plus l’une de ces activités de la vie quotidienne : se
de quatre Européens âgés de plus de 85 ans sur lever et se mettre au lit, prendre un bain ou une
dix déclarent au moins une incapacité sévère.douche, s’habiller ;
- l’incapacité modérée ou légèr , e cor respon-
Des personnes âgées dépendantes plus dant aux personnes déclarant avoir des diffi cul-
isolées au nord de l’Europetés dans au moins l’une des activités suivantes :
manger, préparer un repas chaud, utiliser les toi-
lettes, se déplacer dans une pièce, aller faire les Dans les six pays considérés, la composition des
courses, faire le ménage ou jardiner, prendre des ménages dans lesquels vivent les individus de
médicaments, passer des appels téléphoniques, plus de 65 ans dépendants présente d’importan-
gérer de l’argent ou bien utiliser une carte pour tes différences. Dans les pays du nord de l’Eu-
se repérer dans un lieu inconnu ; rope, en particulier la Suède et les Pays-Bas,
le nombre moyen de personnes par ménage est
- l’absence d’incapacité , correspondant aux inférieur à 1,5 tandis qu’il est, en France et en
personnes ne déclarant aucune limitation dans Allemagne, supérieur à 1,5 et supérieur à 2 dans
les activités de tous les jours. les pays du sud de l’Europe (Espagne et Italie).
Encadré 2
CONSTRUCTION DE L’ÉCHANTILLON
Restituer les logiques familiales suppose d’obser- conjoints n’ont pas été vus. Le manque d’informa-
ver la confi guration familiale des personnes âgées tion sur leur niveau de dépendance est fortement
dépendantes et l’implication de chacun de ses mem- préjudiciable à notre analyse : en effet, lorsque le
bres. Ceci est possible, à quelques restrictions près, family respondent est dépendant, son conjoint peut
dans l’enquête Share. Il faut pour cela constituer un être le principal aidant potentiel ou au contraire une
échantillon de personnes âgées dépendantes, dont on deuxième personne à aider selon qu’il est lui-même
observe correctement la confi guration familiale. dépendant ou non, ce qui modifi e sensiblement la
donne pour l’implication des enfants dans l’aide. Nous
avons dès lors exclu de l’analyse les 3 253 individus Articuler les unités statistiques : individus,
dont le conjoint n’a pas été vu et les 18 individus pour couples, familles et ménages
lesquelles on ne sait pas s’ils cohabitent ou non avec
un conjoint. Nous avons de plus exclu de l’analyse
L’échantillon Share comprend 22 777 individus. Parmi les couples comprenant deux individus dépendants :
eux, tous n’ont pas répondu à l’intégralité du question- dans ce cas, l’existence d’un cohabitant a en effet une
naire. Le protocole de l’enquête prévoyait en effet de signifi cation très différente puisqu’il ne s’agit pas d’un
poser certaines questions, telles celles relatives aux aidant potentiel.
enfants de l’individu ou à l’aide non professionnelle
reçue, à une seule personne par couple d’enquêtés, Parmi les 12 660 observations ainsi sélectionnées
le family respondent. En général, chaque ménage ne (5 809 individus vivant sans conjoint et 6 851 couples
comprend qu’un family respondent . Parmi les 22 777 d’individus), 6 911 observations, assimilables à des
individus que contient la base, 15 930 sont codés ménages, comprennent un individu âgé de plus de
family respondent . Parmi eux, 10 103 déclarent vivre 65 ans. En ne considérant que les données relatives à
en couple et 5 809 déclarent ne pas avoir de conjoint l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie, les Pays-Bas
cohabitant, 18 individus n’ayant pas donné l’informa- et la Suède, notre sous-échantillon est au fi nal com-
tion. posé de 4 655 observations.
Le protocole d’enquête prévoyait aussi d’interviewer L ’échantillon étant constitué à partir de taux de sonda-
les conjoints des individus éligibles. Cependant 3 253 ges variables selon les caractéristiques socio-démo-

ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 101 Au-delà de la taille des ménages, c’est leur les autres pays, mais ceci est plus que compensé
structure même qui varie d’un pays à l’autre. par la cohabitation avec un enfant ou avec une
Ainsi, dans les pays du nord de l’Europe la autre personne, le plus souvent membre de la
majorité des individus dépendants vivent seuls famille. La France et l’Allemagne présentent
(cf. graphique I). Lorsqu’ils cohabitent avec une situation intermédiaire. La part d’individus
une personne, c’est presque toujours avec leur dépendants vivant seuls y est légèrement plus
conjoint. À l’opposé, dans les pays d’Europe du élevée que dans les pays du sud mais les situa-
Sud, les personnes âgées dépendantes ne vivent tions de cohabitation avec un conjoint y sont
seules que dans environ 35 % des cas. La coha- beaucoup plus fréquentes. Les personnes âgées
bitation y est donc plus fréquente mais aussi dépendantes sont donc relativement plus entou-
plus large. Les cohabitations avec un conjoint y rées, et donc probablement plus soutenues par
sont proportionnellement plus faibles que dans des individus cohabitant dans les pays du sud
Encadré 2 (suite)
graphiques des ménages, les statistiques descriptives probable dispersion des normes de solidarité familiale.
ont été effectuées sur données pondérées, les poids Cette remarque concerne avant tout les échantillons
étant recalculés en fonction des critères de sélection construits à l’échelle des personnes âgées dépen-
de nos sous-échantillons. dantes ou des fratries (cf. tableau A), mais devient
moins prégnante dès lors qu’on prend les enfants
des personnes dépendantes comme unité statistique Des échantillons de petite taille
(cf. tableau B). Dans ce cas, une personne âgée ayant
n enfants compte pour n observations. Il nous a semblé
L’enquête Share n’étant pas centrée sur les personnes important que le lecteur garde la taille des échantillons
dépendantes, les échantillons ainsi constitués sont à l’esprit. C’est pourquoi la taille des échantillons est le
de petite taille. Les effectifs sont d’autant plus faibles plus souvent mentionnée entre parenthèses dans les
que les échantillons des différents pays ont été le plus tableaux, dès que les résultats portent sur des caté-
souvent traités séparément pour respecter l’hétérogé- gories à effectifs réduits, telles que les personnes sans
néité, à travers l’Europe, des dispositifs de production conjoint ou les personnes ayant eu un enfant unique
et de fi nancement des soins de long terme ainsi que la par exemple.
Tableau A
Distribution des ménages selon la présence d’individus dépendants
Ef fectifs
Suède Pays-Bas Allemagne France Italie Espagne Ensemble
Ménage sans individu
dépendant 572 507 573 357 466 391 2 866
Ménage avec un individu 315 246 274 221 228 324 1 608
Ménage avec un couple
d’individus dépendants 20 19 28 22 38 54 181
Ensemble 907 772 875 600 732 769 4 655
Lectur e : parmi les 907 ménages suédois présents dans l’échantillon, 572 correspondent à des ménages sans individu dépendant,
315 à des ménages comprenant un seul individu dépendant et 20 à des ménages où les deux membres du couple enquêté sont
dépendants.
Champ : ménages compr enant un individu de plus de 65 ans.
Source : enquête Shar e, 2004.
Tableau B
Distribution des ménages ayant un seul individu dépendant selon le nombre de leurs enfants
En %
Nombr e Suède Pays-Bas Allemagne France Italie Espagne Ensemble
d’enfants
0 14 13 14 19 14 16 15
1 17 12 22 19 20 15 17
2 ou 3 53 51 53 42 46 43 48
4 ou plus 16 24 11 20 20 27 20
Lectur e : parmi les 315 ménages suédois de l’échantillon comprenant un individu de plus de 65 ans dépendant, 168 correspondent
à des ménages dont la personne âgée dépendante a deux ou trois enfants, soit 53 %.
Champ : ménages comprenant un seul individu de plus de 65 ans dépendant.
Source : enquête Share , 2004.
102 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007de l’Europe que dans les pays du nord, les pays sans conjoint et d’autre part que cet effet est
« continentaux » représentant une situation d’ampleur similaire dans les trois groupes de
intermédiaire. pays. Même si la cohabitation inter-génération-
nelle est d’ampleur variable dans les différents
pays étudiés, ces premiers résultats confi rment La coha bitation inter -génér ationnelle
qu’elle constitue, pour une part, dans tous ces comme réponse à la dépendance
pays, une réponse à la dépendance d’un parent
âgé, dès lors que celui-ci ne peut compter sur la Les personnes qui cohabitent a vec la personne
présence d’un conjoint.âgée dépendante constituent un premier cercle
d’aidants potentiels pour pallier les diffi cultés à
Les enfants, principaux aidants réaliser certaines activités de la vie quotidienne.
« à distance »Cependant, la situation est de nature différente
selon qu’il s’agit du conjoint ou des enfants :
alors que la cohabitation avec un conjoint À l’aide apportée explicitement ou non par les
préexiste la plupart du temps à la survenue cohabitants s’ajoute potentiellement l’aide four-
d’une incapacité au sein du couple, la cohabi- nie « à distance » par des individus qui n’habitent
tation avec les enfants pourrait constituer une pas avec la personne dépendante. L’expression
réponse à l’entrée en dépendance du parent. « aide à distance » s’applique à toutes les per-
Classiquement on distingue en effet deux modes sonnes extérieures au ménage même si elles
de cohabitation des enfants avec leurs parents habitent le même immeuble ou la même rue
âgés : les corésidences de toujours et les re- que le ménage. Cette aide peut être fournie par
cohabitations, qui impliquent des enfants ayant des membres de la famille, mais aussi par des
des caractéristiques bien différentes (Attias- voisins, amis, ou autres proches. Le question-
Donfut et Renaut, 1994). naire Share permet d’identifi er l’aide apportée
par des personnes extérieures au ménage selon
Les personnes de plus de 65 ans cohabitent trois modalités : une aide ménagère, une aide
plus souvent avec un de leurs enfants quand administrative et une aide aux soins personnels
elles souffrent d’incapacité (cf. graphique II). (cf. encadré 1). Quel que soit le type d’aide,
En Espagne en particulier, un quart des ména- la majorité des aidants « à distance » sont des
ges de personnes âgées sans incapacité coha- membres de la famille, entre 70 et 90 %, dont
bite avec un enfant ; cette proportion s’élève à les deux tiers sont des enfants de la personne
un tiers en cas de dépendance. L’effet du degré dépendante.
de dépendance persiste si l’on raisonne toutes
choses égales par ailleurs, en particulier à âge La propor tion de ménages recevant une aide « à
et nombre d’enfants fi xés (cf. annexe 1). On distance » est différente selon les pays. C’est en
constate également d’une part que le degré d’in- Italie et en Espagne, pays où les taux de coha-
capacité n’augmente la probabilité de cohabiter bitation sont les plus forts, que la proportion de
avec un enfant que pour les personnes âgées ménages aidés « à distance » est la plus faible.
Graphique I Graphique II
Confi guration des ménages des personnes Proportion de ménages dans lesquelles une
âgées dépendantes personne âgée cohabite avec un enfant
En % En %
100 40
35
80
30
60 25
2040
15
20
10
0
5Suède Pays-Bas Allemagne France Italie Espagne
0
Suède Pays-Bas Allemagne France Italie Espagne
Couple avec ou sans enfant Seul cohabitant avec enfant
Seul cohabitant avec autre que enfant Seul sans cohabitant Seul ou couple sans incapacité Seul ou couple avec incapacité
Lecture : un individu « seul » est un individu sans conjoint. Lecture : un individu « seul » est un individu sans conjoint.
Champ : ménages des personnes âgées de plus de 65 ans souf- Champ : ménages des personnes âgées de plus de 65 ans, don-
frant d’incapacité sévère ou d’incapacité modérée ou légère, nées pondérées.
données pondérées. Source : enquête Share , 2004.
Source : enquête Share , 2004.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 103En fait, si l’on prend en compte le fait que les de l’aide « à distance » apportée par l’entou-
personnes dépendantes vivent seules ou non, les rage croît avec le degré d’incapacité (cf. graphi-
six pays retrouvent des profi ls très similaires. que III) : dans chacun des six pays considérés,
Dans tous les cas, les personnes âgées dépen- la proportion de ménages aidés est supérieure
dantes sont proportionnellement plus nombreu- de dix points quand le ménage comprend un
ses à recevoir une aide « à distance » quand elles individu souffrant d’incapacité sévère plutôt
vivent seules. En moyenne, 22 % des individus que d’incapacité modérée ou légère.
qui vivent avec au moins une autre personne
reçoivent une aide « à distance » contre 65 % Quatr e personnes âgées dépendantes sur
quand ils vivent seuls. L’Allemagne et l’Espa- cinq sont soutenues par leur entourage
gne se distinguent cependant de leurs voisins
européens. En Allemagne, l’aide « à distance » Si l’on prend en compte les différentes formes
apportée aux individus vivant avec au moins d’aide, cohabitation ou aide « à distance », la
une autre personne est plus élevée que dans part de personnes âgées dépendantes soutenue
les autres pays (37 %), ce qui allège d’autant par leur entourage s’avère importante (83 % en
le poids de la prise en charge qui pèse sur les moyenne) et remarquablement similaire dans
cohabitants. En Espagne en revanche, l’aide tous les pays (cf. tableau 1). Plus encore, l’ac-
apportée aux personnes dépendantes vivant seu- croissement du soutien familial en réponse à la
les apparaît moins fréquente que dans les autres sévérité de la dépendance est très comparable
pays (51 %). L’aide « à distance » aurait donc dans les six pays étudiés (cf. annexe 2).
un moindre rôle de compensation de l’absence
de cohabitants. Par ailleurs, tout comme la En revanche, les modalités de ce soutien varient
cohabitation inter-générationnelle, la fréquence d’un pays à l’autre. Dans les pays du sud de
l’Europe (Espagne et Italie), les personnes
âgées dépendantes vivent plus rarement seules
Graphique III et cohabitent plus souvent qu’ailleurs avec un de
Pr oportion de ménages recevant une aide leurs enfants. En contrepartie, elles sont moins
à distance de l’entourage selon le niveau nombreuses à recevoir une aide « à distance ».
d’incapacité
Quand l’aide s’organise à distance, elle est
En %
60 majoritairement hebdomadaire et très souvent
quotidienne. Dans les pays du nord de l’Europe 50
(Suède et Pays-Bas), une proportion relative-
40
ment élevée de personnes âgées dépendantes
30 vivent seules (près de six sur dix), les autres
cohabitant essentiellement avec un conjoint. 20
L’aide « à distance » est plus répandue que dans
10
les pays du sud mais elle est dans la plupart des
0 cas occasionnelle. Les pays d’Europe « conti-Suède Pays-Bas Allemagne France Italie Espagne
nentale » (Allemagne et France) présentent une
Incapacité légère ou modérée Incapacité sévère situation intermédiaire entre les deux groupes
Champ : ménages des personnes âgées de plus de 65 ans souf- de pays précédents. Les personnes âgées dépen-
frant d’incapacité sévère ou d’incapacité modérée ou légère, dantes vivent moins souvent seules que dans les
couples à deux dépendants exclus, données pondérées.
Source : enquête Share , 2004. pays du nord de l’Europe, mais la cohabitation
T ableau 1
Proportion de personnes âgées dépendantes soutenues par leur entourage
En %
Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Suède
Personnes âgées dépendantes cohabitant
avec une autre personne 54 68 60 63 42 37
Personnes âgées dépendantes seules
recevant une aide à distance 29 16 26 24 37 42
Total des personnes âgées dépendantes
soutenues par l’entourage 83 85 86 87 79 79
Lecture : en Allemagne, 83 % des personnes âgées dépendantes sont soutenues par leur entourage, sous une forme ou sous une autre ;
54 % cohabitent avec quelqu’un, 29 % vivent seules mais reçoivent une aide à distance.
Champ : ménages des personnes âgées de plus de 65 ans souffrant d’incapacité sévère ou d’incapacité modérée ou légère, couples à
deux dépendants exclus, données pondérées.
Source : enquête Share , 2004.
104 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007inter-générationnelle est plus rare que dans les 38 % pour l’Espagne. L’implication des enfants
pays du sud. La proportion de ménages rece- apparaît très sensible au fait que le parent dépen-
vant une aide « à distance » est légèrement plus dant puisse ou non compter sur un conjoint. En
importante que dans les pays du sud mais moin- effet, dans tous les pays le taux d’implication
dre que dans les pays du nord. L’aide est moins des enfants est nettement plus élevé auprès des
souvent quotidienne que dans les pays du sud parents sans conjoint : on passe par exemple
mais les ménages aidés quotidiennement sont d’un enfant sur dix à quatre enfants sur dix dans
deux fois plus nombreux que dans les pays du le cas de la France (cf. tableau 2).
nord.
P allier l’absence du conjoint se fait cependant
de différentes façons selon les pays. De plus, les
modalités d’aide semblent peser inégalement
Soutenir un parent dépendant : sur les fi ls et les fi lles (cf. tableaux 3 et 4). Aux
Pays-Bas et en Suède, la cohabitation intergé-décision individuelle ou décision
nérationnelle apparaît quasi inexistante, même collective ?
lorsque le parent dépendant est veuf ou divorcé
(respectivement 3 % et 1 % des enfants cohabi-
u-delà de la gravité de leur état, le soutien tent avec leur parent dépendant). L’isolement du Aapporté aux personnes âgées dépendantes parent est donc uniquement compensé par une
pourrait aussi dépendre de la structure fami- plus large implication des enfants dans l’aide
liale. On a vu, par exemple, que la présence d’un « à distance » et ce dans des proportions simi-
conjoint auprès d’une personne dépendante dimi- laires pour les fi ls et les fi lles. Par exemple, le
nue sa probabilité d’être aidée par une personne taux d’implication à distance passe de moins
extérieure au ménage. La taille de la famille, en d’un enfant sur dix lorsque le parent peut comp-
particulier le nombre des enfants, pourrait aussi ter sur un conjoint, à un sur quatre aux Pays-
entrer en ligne de compte. On pourrait également Bas et à plus d’un sur trois en Suède, quand le
s’attendre à ce que les personnes âgées reçoivent parent est isolé. En Allemagne et en France,
d’autant plus d’aide de leurs enfants que ceux-ci les enfants pallient aussi l’absence de conjoint
sont nombreux ; avoir beaucoup d’enfants proté- auprès de leur parent dépendant par un plus
gerait contre le risque d’être « abandonné » des fort taux d’aide à distance (même si les taux
siens. On pourrait au contraire envisager que de cohabitation inter-générationnelle atteignent
les enfants s’impliquent d’autant moins auprès presque un enfant sur dix quand le parent est
de leur parent qu’ils ont des frères et sœurs qui sans conjoint). Mais les taux d’implication des
fi lles et des fi ls ne sont plus similaires contrai-peuvent le faire, adoptant ainsi un comportement
rement à ce qui est observé pour les Pays-Bas et qualifi é de « passager clandestin ».
la Suède. En Allemagne et en France, lorsqu’un
parent est seul, près d’une fi lle sur deux lui Analyser le rôle de la structure familiale sur
apporte un soutien à distance, contre un fi ls sur le soutien apporté aux personnes âgées dépen-
quatre. Enfi n, l’Espagne et l’Italie se distinguent dantes suppose d’articuler deux points de vue :
celui des personnes dépendantes (quelle est leur
probabilité d’être aidée selon qu’elles ont un
conjoint, un ou plusieurs enfants ?) et celui de Tableau 2
leurs aidants potentiels au premier rang desquels Taux d’implication des enfants selon la
situation matrimoniale de leur parent se situent leurs enfants (quelle est leur probabi-
dépendantlité d’aider selon que leur parent a un conjoint,
En %
selon qu’ils ont ou non des frères et sœurs ?).
Leur par ent dépendant vit... Le soutien reçu par les parents est en effet le
... avec un conjoint ... sans conjoint résultat de l’agrégation des comportements de
leurs différents enfants. Italie 27 Espagne 47
Allemagne 22 Allemagne 43
Espagne 19 Italie 41
France 11 France 41
Les enfants pallient l’a bsence de conjoint Pays-Bas 10 Suède 40
Suède 9 Pays-Bas 26 auprès de leur parent dépendant
Lectur e : en Italie, 27 % des enfants participent au soutien de
leur parent dépendant quand ce dernier a un conjoint alors qu’ils Si l’on considère comme impliqué auprès de sont 41 % quand il n’en a pas.
Champ : enfants de personnes âgées dépendantes de plus de 65 son parent dépendant tout enfant cohabitant ou
ans ayant un nombre d’enfants inférieur ou égal à trois, couples
« aidant à distance », le taux d’implication des de dépendants exclus, données pondérées.
Source : enquête Share , 2004. enfants s’échelonne de 20 % pour les Pays-Bas à
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 105par le rôle de la cohabitation. Le comportement A voir plus d’enfants n’augmente pas la
des fi ls apparaît insensible à la situation matri- probabilité d’être aidé pour les personnes
2moniale de leur parent dépendant : ils sont, dans âgées dépendantes sans conjoint
tous les cas, moins impliqués qu’ailleurs dans
l’aide à distance mais plus souvent cohabitant
La propension d’un enf ant à s’impliquer dans (aux alentours de 15 % des fi ls en Espagne et
le soutien à un parent dépendant pourrait aussi de 25 % en Italie). En revanche, pour les fi lles,
être infl uencée par le comportement de ses frè-cohabiter avec leur parent semble bien un moyen
res et sœurs (2) et la taille de la fratrie. Le taux de compenser l’absence de conjoint. Alors
d’implication des enfants dont le parent n’a pas qu’elles ne sont pas plus cohabitantes que les
de conjoint diminue de façon régulière avec la autres Européennes lorsque leurs parents sont
taille de la fratrie (cf. tableau 5) ; cette baisse encore en couple, environ un tiers d’entre elles
est nette que l’on passe des enfants uniques aux vivent avec leur parent dépendant lorsque celui-
fratries de deux ou des fratries de deux à celles ci est seul. Dans ces deux pays, la cohabitation
de trois enfants. En revanche, la proportion de semble donc un support privilégié de l’aide
parents recevant de l’aide n’évolue pas de façon familiale aux personnes âgées dépendantes,
avec une signifi cation différente pour les fi lles
et les fi ls : re-cohabitation de circonstance pour 2. Nous devons signaler ici que nous n’observons pas l’éven-
tuelle implication des enfants auprès de leurs beaux-parents, les premières et co-résidence de toujours pour
nous nous intéressons donc aux interactions au sein de la lignée
les seconds (Attias-Donfut et Renaut, 1994). uniquement.
T ableau 3
T aux d’implication à distance des enfants auprès de leur parent dépendant selon qu’il est seul ou
en couple
En %
Filles Fils Ensemble des enfants
Avec Sans p* Avec Sans p* A vec Sans p*
conjoint conjoint (1) conjoint conjoint (1) conjoint conjoint (1)
Allemagne 21 46 < 0,01 17 26 0,28 19 37 < 0,01
Espagne 6 44 10 18 0,26 8 29
France 14 41 0,01 2 26 < 0,01 8 35 < 0,01
Italie 21 19 0,88 5 13 0,34 14 17 0,72
Pays-Bas 6 25 0,02 8 23 0,04 7 24 < 0,01
Suède 6 46 < 0,01 10 35 < 0,01 8 40
1. Probabilité critique du test bilatéral d’égalité des taux selon la situation matrimoniale du parent dépendant.
Lectur e : en Allemagne, 21 % des filles participent au soutien à distance de leur parent dépendant quand ce dernier a un conjoint alors
qu’elles sont 46 % quand il n’en a pas. La probabilité de se tromper en disant que ces deux proportions sont différentes est inférieure
à une chance sur cent.
Champ : enfants de personnes âgées dépendantes de plus de 65 ans ayant un nombre d’enfants inférieur ou égal à trois, couples de
dépendants exclus, données pondérées.
Source : enquête Share, 2004.
T ableau 4
Taux de cohabitation inter-générationnelle des enfants avec leur parent dépendant selon qu’il est
seul ou en couple
En %
Filles Fils Ensemble des enfants
Avec Sans p* Avec Sans p* A vec Sans p*
conjoint conjoint (1) conjoint conjoint (1) conjoint conjoint (1)
Allemagne 2 9 0,15 5 9 0,37 4 9 0,11
Espagne 6 37 < 0,01 16 14 0,78 11 29 0,02
France 5 8 0,56 1 9 0,15 3 9 0,17
Italie 9 30 0,08 22 29 0,56 19 26 0,10
Pays-Bas 2 2 0,80 3 4 0,70 3 3 0,92
Suède 1 1 0,82 1 0 0,32 1 1 0,76
1. Probabilité critique du test bilatéral d’égalité des taux selon la situation matrimoniale du parent dépendant.
Lectur e : en Allemagne, 2 % des filles cohabitent avec leur parent dépendant quand ce dernier a un conjoint alors qu’elles sont 9 %
quand il n’en a pas. La probabilité de se tromper en concluant que ces deux proportions sont différentes est de 15 chances sur cent.
Champ : enfants de personnes âgées dépendantes de plus de 65 ans ayant un nombre d’enfants inférieur ou égal à trois, couples de
dépendants exclus, données pondérées.
Source : enquête Share , 2004.
106 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007

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