Les détenus et leur famille : des liens presque toujours maintenus mais parfois très distendus

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Six détenus sur dix ont, dans leur famille proche, au moins une personne qui leur rend visite de façon mensuelle, voire hebdomadaire. Inversement, un détenu sur dix n'a aucun contact avec elle, qu'il s'agisse de visites, de coups de téléphone ou de lettres. Cet isolement n'est pas compensé par des contacts réguliers avec des personnes extérieures au cercle familial proche. L'âge et l'ancienneté de l'incarcération jouent en défaveur de la préservation de relations régulières. Il en est de même de la présence d'une incapacité sévère. En moyenne, seules deux personnes de la famille proche du détenu lui rendent visite au moins une fois par an. Les relations avec le conjoint et les enfants sont souvent très distendues : la moitié seulement des détenus reçoivent la visite de leur conjoint au moins une fois par mois et un tiers d'entre eux voient leurs enfants à ce rythme. L'éloignement géographique du lieu de détention est inversement lié à la fréquence des visites.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Population, famille 1
Les détenus et leur famille :
des liens presque toujours maintenus
mais parfois très distendus
Aline Désesquelles, Annie Kensey*
Six détenus sur dix ont, dans leur famille proche, au moins une personne
qui leur rend visite de façon mensuelle, voire hebdomadaire. Inversement,
un détenu sur dix n’a aucun contact avec elle, qu’il s’agisse de visites, de
coups de téléphone ou de lettres. Cet isolement n’est pas compensé par des
contacts réguliers avec des personnes extérieures au cercle familial proche.
L’âge et l’ancienneté de l’incarcération jouent en défaveur de la
préservation de relations régulières. Il en est de même de la présence d’une
incapacité sévère. En moyenne, seules deux personnes de la famille proche
du détenu lui rendent visite au moins une fois par an. Les relations avec le
conjoint et les enfants sont souvent très distendues : la moitié seulement
des détenus reçoivent la visite de leur conjoint au moins une fois par mois
et un tiers d’entre eux voient leurs enfants à ce rythme. L’éloignement
géographique du lieu de détention est inversement lié
à la fréquence des visites.
emaintienderelations de procédure pénale, comme un permettent des rencontres pro-
satisfaisantes en quantité facteur de réinsertion (enca- longées entre les détenus et leurL comme en qualité entre dré 1). La mise en fonctionne- famille, répond à cette logique.
les détenus et leur famille est re- ment des unités expérimentales Ces unités sont accessibles aux
connu, en particulier par le Code de visite familiale (UEVF), qui membres de la famille ainsi
* Aline Désesquelles est responsable de la division Enquêtes et études démographiques de l’Insee, et Annie Kensey, responsable du secteur
Démographie pénitentiaire à la direction de l’Administration pénitentiaire du ministère de la Justice.
Données sociales - La société française 59 édition 2006
11 Population, famille
qu’aux personnes justifiant « d’un La quasi-totalité des détenus a de réponsedonnéedépenddel’an-
véritable et solide lien affectif » la famille proche (encadré 3) cienneté de l’incarcération. Les
dans le cadre d’un projet familial. mais 10 % d’entre eux n’ont au- personnes incarcérées depuis
cun contact avec elle. Pour les moinsd’unanvontrépondreen
personnes non incarcérées, à fonction de ce qui s’est passé auLes spécificités de la biographie
structure par âge et sexe iden- cours des quelques mois passésfamiliale des hommes détenus
ont été décrites grâce à l’en- tique, cette proportion est un peu en prison mais il n’est pas cer-
quêteÉtudedel’histoirefami- plus élevée (14 %). Les détenus tain que leur réponse soit la
liale de 1999. Ainsi, les âgés de 30 ans ou plus sont da- même au bout d’un an. Par
engagements familiaux des dé- vantage touchés (15 % des 30-49 exemple, une personne incar-
tenus sont non seulement plus ans, 12 % des 50 ans ou plus) cérée depuis un mois, qui n’a pas
précoces que pour les person-
que les détenus plus jeunes reçu de visite depuis son incarcé-
nes non incarcérées mais ils
(5 %). Lorsque l’incarcération re- ration, est susceptible de ré-sont aussi plus fragiles, davan-
monte à cinq ans ou plus, les dé- pondre qu’elle ne reçoit pas detage marqués par des ruptures
tenus sont aussi plus souvent visite. Mais dans les mois quid’unions (Cassan F. et Toule-
dans ce cas (13 %). suivent, elle va peut-être en rece-mon L., 2002 ; Cassan F. et Ma-
ry-Portas F.-L., 2002). Cette voir. La réponse des personnes
étudefaitlepoint surles rela- détenues depuis peu est en soi
tions que les détenus entretien- intéressantemêmesielle n’estLes visites, plus
nent avec leur famille proche. pas complètement comparable àfréquentes pourLa source utilisée ici est l’en- celle donnée par les personnes
quête HID-prisons de 2001 dont les jeunes détenus
détenues depuis au moins un an.
l’objectif premier était d’étudier
Pour tenir compte de cette diffi-lessituationsdehandicapen
Les questions sur la fréquence culté sans trop restreindre lemilieu carcéral mais qui permet
des visites reçues étaient posées champ de l’étude, les résultatségalement d’analyser leurs rela-
à l’ensemble des détenus mais la présentés par la suite ne portent,tions familiales (encadré 2).
Encadré 1
Les contacts avec l’extérieur en milieu carcéral selon le Code de procédure pénale
L’article D. 402 du Code de procé- nu que par une décision spéciale et prévenus, le magistrat saisi du dos-
dure pénale stipule « qu’en vue de motivée. Ces détenus doivent pou- sier de l’information peut prescrire
faciliter le reclassement familial voir recevoir des visites au moins une interdiction de communiquer
des détenus à leur libération, il trois fois par semaine (art. 145-4, pour une période de dix jours, re-
doit être particulièrement veillé au D. 64 du Code de procédure pénale nouvelable une seule fois.
maintien et à l’amélioration de (CPP)).
leurs relations avec leurs proches, – pour les condamnés, le permis est Les lettres qui sont reçues et en-
pour autant que celles-ci parais- délivré par le chef de l’établissement voyées peuvent être lues à des
sent souhaitables dans l’intérêt des pénitentiaire. Il ne peut le refuser fins de contrôle par l’administra-
uns et des autres ». Ainsi, la déten- aux membres de la famille du tion pénitentiaire. Les corres-
tion concerne aussi le quotidien condamné (y compris les concubins) pondances sont donc effectuées
des proches des détenus et, en tout ou à son tuteur, sauf pour des mo- sous pli ouvert, à l’exception de
premier lieu le cas échéant, leurs tifs liés au maintien de la sécurité. la correspondance avec certaines
conjoints et leurs enfants. Toute autre personne peut être auto- autorités administratives ou ju-
risée à rencontrer un condamné s’il diciaires et certains avocats.
Les visites apparaît que ces visites contribuent
à son insertion sociale ou profes- Le téléphone
Lesrèglesapplicablesauxcondi- sionnelle. Les prévenus doivent pou-
tions et au déroulement des visites voir recevoir des visites au moins Seuls les condamnés incarcérés
varient selon que le détenu est pré- une fois par semaine (art. D. 403 à dans les maisons centrales et les
venu ou condamné : D. 412 du CPP). centres de détention ont accès au
– pour les prévenus, le permis ou téléphone. L’identité du corres-
l’autorisation de visite est délivré La correspondance et la sortie pondantetle contenu de la
par le magistrat chargé du dossier d’écrits conversation sont contrôlés. La
de l’information judiciaire. Après périodicité est en théorie men-
le premier mois de détention pro- Les détenus peuvent écrire tous les suelle mais le règlement inté-
visoire, le juge d’instruction ne jours et sans limitation à toute per- rieur de l’établissement peut
peut refuser un permis de visite à sonne de leur choix et recevoir des prévoir une plus grande fré-
un membre de la famille d’un déte- lettres de toute personne. Pour les quence.
Données sociales - La société française 60 édition 2006
2Population, famille 1
sauf précision contraire, que sur Un détenu sur cinq ne reçoit pas cas. À l’opposé, 40 % des détenus
les personnes incarcérées depuis de visite de sa famille proche (fi- ont au moins un visiteur hebdo-
au moins six mois (soit 68 % des gure 1), mais seuls 15 % des madaire (voir les définitions de
détenus). moins de 30 ans sont dans ce l’encadré 3) ; c’est le cas de la
Encadré 2
L’enquête HID-prisons
L’enquête HID-prisons (Désesquel- res de France métropolitaine choi- filtre : « Parmi les parents que vous
les, 2003) étend au milieu carcéral sis au hasard : vingt-cinq maisons venez de me citer, y en a-t-il avec
l’enquête « Handicaps-Incapaci- d’arrêt, six centres de détention et qui vous ayez gardé des
tés-Dépendance » réalisée par l’Insee une maison centrale (encadré 4). contacts ? ». En cas de réponse po-
auprès des personnes vivant en mé- Dans chacun d’eux, un échantil- sitive, et pour chaque parent proche
nages ordinaires (1999) et en insti- lon aléatoire de 50 à 100 person- cité (sauf les petits-enfants et les
tutions socio-sanitaires (1998). nes majeures a été constitué. Les grands-parents et en se limitant en
L’enquête HID-prisons porte sur détenus bénéficiant d’un régime outre aux deux enfants et deux frè-
l’ensemble des détenus, hommes ou de semi-liberté, c’est-à-dire ne res ou sœurs vus le plus souvent),
femmes. Mais les hommes consti- passant que les nuits en prison, les informations suivantes ont été
tuent une très large majorité des dé- et ceux hospitalisés en ont été ex- recueillies : sexe, âge, lieu de rési-
tenus (96 %). clus. dence, fréquence des visites, fré-
quence des échanges de nouvelles
La conception de l’enquête a été Ainsi, 2 800 personnes ont été sélec- par lettre ou par téléphone.
confiée à l’Institut national d’études tionnées sur les 44 000 du champ
erdémographiques (Ined) dans le de l’enquête au 1 mai 2001. Parmi Les définitions suivantes ont été
cadre d’un groupe de projet réunis- elles, 2 031 personnes ont d’abord ré- retenues :
sant des représentants de plusieurs pondu au questionnaire « VQS-pri-
organismes de recherche, dont sons » destiné à sur-représenter les famille proche :parents,
l’Institut national de la santé et de personnes en situation de handicap. grands-parents, conjoint – y com-
la recherche médicale (Inserm) et le Finalement, 1 314 personnes ont pris fiancé(e), partenaire, petit(e)
Centre national de la recherche été invitées à répondre au question- ami(e) –, frères et sœurs, enfants,
scientifique (CNRS), l’Institut na- naire HID et 1 284 entretiens ont petits-enfants ;
tional de la statistique et des études été réalisés. Les résultats présentés
économiques (Insee), la direction dans cet article portent sur cet visiteur hebdomadaire : personne
de l’Administration pénitentiaire échantillon qui, après redresse- de la famille proche qui vient au
(Dap) du ministère de la Justice, la ments statistiques, est représentatif moins une fois par semaine ;
direction générale de la Santé de la population du champ de l’en-
(DGS) et la direction de la Re- quête. visiteur mensuel : personne de la
cherche, des études, de l’évaluation famille proche qui vient au moins
et des statistiques (Drees) du minis- Famille proche et visites : ques- une fois par mois et moins d’une
tère de l’Emploi et de la Solidarité. tionnement et définitions fois par semaine ;
Tirage de l’échantillon Les questions relatives aux relations
visiteur annuel : personne de la fa-
avec la « famille proche » (cf. infra) mille proche qui vient au moins une
L’enquête a été menée en mai 2001 sont introduites par une description fois par an et moins d’une fois par
dans 32 établissements pénitentiai- de ce réseau et par une question mois.
Encadré 3
La situation familiale des détenus
Dans lecadredel’enquête d’un(e) fiancé(e), d’un(e) petit(e) (12,5 %), ce qui s’explique par
HID-prisons, les détenus ont été in- ami(e). Quatre détenus sur dix dé- leur jeunesse : en moyenne, les
terrogés sur leur situation fami- clarent être en couple. détenus sont âgés de 35,1 ans.
liale. Les résultats obtenus sont Huit détenus sur dix ont leur
très proches de ceux observés lors Au moment de l’enquête, 54 % des mère en vie et 56 % leur père.
de l’enquête sur l’histoire familiale détenus avaient un ou plusieurs Enfin, les fratries sont nombreu-
des détenus de 1999. enfants en vie (élevés ou adop- ses : les détenus ont en moyenne
tés) ;enmoyenne,ilsont2,1en- plus de quatre frères ou sœurs ;
Six détenus sur dix ont un « parte- fants. Ils sont peu nombreux à seuls 5 % sont des enfants uni-
naire », qu’il s’agisse d’un conjoint, déclarer être grands-parents ques.
Données sociales - La société française 61 édition 2006
31 Population, famille
moitié des 18-29 ans contre seu- prévenus et les condamnés (enca- ans. C’est avec les longues peines
lement un quart des 50 ans ou dré 1). que l’écart se creuse : seulement
plus. Cependant, la situation pé- un quart des condamnés à une
nale, notamment en termes d’an- Les caractéristiques pénales ont la peinedecinqans ou plus ontun
cienneté d’incarcération mais même influence sur la fréquence visiteur hebdomadaire mais ils
aussi de lieu de détention, peut des visites que l’âge. Ainsi, seuls ont en revanche plus souvent des
être à l’origine de cet effet très 26 % des détenus en centre de dé- visiteurs qui se déplacent à un
marqué de l’âge (encadré 4).Les tention ont au moins un visiteur rythme mensuel ou annuel (43 %
détenuslesplusâgéssontenef- hebdomadaire, contre 44 % des contre 17 % pour les détenus
fet souvent ceux dont l’incarcéra- détenus en maison d’arrêt. Les condamnés à une peine de moins
tion est la plus ancienne et dont prévenus ont plus souvent des vi- de deux ans).
la peine est la plus longue. Ils sitesque lescondamnés;lamoi-
sont également sur-représentés tié d’entre eux a même au moins Uneanalyse multivariéeaétéréa-
dans les centres de détention. En un visiteur par semaine. De ce lisée pour mesurer l’effet de
outre, les autorisations de visite point de vue, les prévenus sont chaque caractéristique individuelle
et leur fréquence sont délivrées comparables aux détenus condam- prise séparément : sexe, âge, si-
de manière différente pour les nésàdespeinesdemoins de cinq tuation familiale (avoir ou pas
Figure 1 - Fréquence des visites de membres de la famille proche
en %
A de la famille proche
Fréquence des visites (groupes exclusifs) Pas de
famille Ensemble
Au moins Au moins proche
Plusieurs fois Moins Pas
une fois une fois
par an souvent de visite
par semaine par mois
Groupe d’âge
18-29 ans 49 25 5 6 15 < 1 100
30-49 ans 31 21 13 7 28 < 1 100
50 ans ou plus 25 27 16 7 24 1 100
Ancienneté de l’incarcération
Moins de 2 ans 47 17 7 6 23 < 1 100
2 à 5 ans 35 27 11 8 19 < 1 100
5 ans ou plus 19 30 18 7 25 < 1 100
Statut pénal
Prévenu 47 22 7 4 19 < 1 100
Condamné :
– peine inférieure à 2 ans 51 13 4 5 26 1 100
– peine de 2 à 5 ans 50 18 8 6 18 < 1 100
– peine égale ou supérieure à 5 ans 25 28 15 9 23 < 1 100
Type d’établissement
Maison d’arrêt 44 19 7 6 22 < 1 100
Centre de détention 26 28 16 7 23 < 1 100
Situation de handicap
Au moins une déficience 35 20 12 7 25 < 1 100
Au moins une incapacité : 38 18 12 6 25 < 1 100
– physique 32 19 15 4 29 1 100
– psychique 39 17 11 6 26 < 1 100
Ensemble 37 23 11 7 22 < 1 100
Champ : détenus incarcérés depuis au moins six mois.
Lecture : 49 % des détenus âgés de 18 à 29 ans reçoivent la visite d’un membre de leur famille proche au moins une fois par semaine ; 7 % des détenus reçoivent
la visite de membres de leur famille proche mais pas plus d’une fois par an.
Source : enquête HID-prisons, 2001.
Données sociales - La société française 62 édition 2006
4Population, famille 1
un conjoint, avoir ou pas des en- frère/une sœur en vie), catégorie L’éloignement géographique n’a
fants, avoir ou pas son père/sa socioprofessionnelle, ancienneté pas été intégré dans cette analyse
mère en vie, avoir ou pas un de l’incarcération (figure 2). car il n’est connu que pour les
Figure 2 - Facteurs influançant la probabilité d'avoir au moins un
Encadré 4 visiteur hebdomadaire ou pas de visite
ProbabilitéGlossaire juridique
Caractéristiques
Pas Au moinsDétenu : personne incarcérée, pré- du détenu
venue ou condamnée, dans un éta- de visite un visiteur hebdomadaire
blissement pénitentiaire.
Situation de référence 38 47
Prévenu : personne (en liberté ou Sexe
détenue dans un établissement pé- Homme Réf. Réf.
nitentiaire) poursuivie pour con-
Femme ns ns
travention ou délit et qui n’a pas
encore été jugée ou dont la Groupe d'âge
condamnation n’est pas définitive. 18-29 ans Réf. Réf.
30-49 ans 19*** - 17***
Condamné : personne déclarée
50 ans ou plus ns - 19*
coupable d’avoir commis une in-
Situation familialefraction par une décision défini-
tive. Pas en couple Réf. Réf.
En couple - 22*** 26***
Régime de semi-liberté : modali-
N’a pas d’enfants Réf. Réf.
té d’exécution d’une peine permet-
A des enfants ns nstant à un condamné d’exercer, en
dehors d’un établissement péniten- N’a pas de parents en vie Réf. Réf.
tiaire, une activité professionnelle,
A au moins un des 2 parents en vie - 13* 15*
de suivre un enseignement ou de
N’a ni frère ni sœur Réf. Réf.bénéficier d’un traitement médical.
À l’issue de ces activités, le A au moins un frère ou une sœur ns ns
condamné doit rejoindre le centre
Catégorie socioprofessionnelle
de semi-liberté.
Employé Réf. Réf.
Indépendant ns nsMaison d’arrêt : établissement pé-
Cadre - profession intermédiaire - 24** nsnitentiaire qui reçoit les prévenus
et les condamnés dont la durée de Ouvrier ns ns
peine restant à purger est infé- N’a jamais travaillé ns ns
rieure ou égale à un an lors de la
Ancienneté de l’incarcérationcondamnation définitive, ou les
condamnés en attente d’affectation Moins de 2 ans Réf. Réf.
dans un établissement pour peine 2 à 5 ans - 10* - 13**
(centre de détention ou maison
5 ans ou plus ns - 26
centrale).
Situation de handicap
N’a pas d’incapacité physique Réf. Réf.Centre de détention : établisse-
ment pénitentiaire accueillant les A au moins une incapacité physique 11* ns
personnes majeures condamnées
N’a pas d’incapacité psychique Réf. Réf.
qui présentent les perspectives de
A au moins une incapacité psychique ns nsréinsertion les meilleures. Leur ré-
Champ : détenus incarcérés depuis au moins six mois.gime de détention est orienté prin-
Lecture : les effets de chaque facteur sont présentés en écart par rapport à une situation de référence, notée Réf.cipalement vers la resocialisation
La situation de référence correspondant à un détenu homme, âgé de 18 à 29 ans, ne vivant pas en couple avantdes détenus.
son incarcération, n'ayant ni enfant, ni parent en vie, ni frère ou soeur, employé avant son incarcération, incarcéré
depuis moins de deux ans, et n'ayant ni incapacité physique, ni incapacité psychique.Maison centrale : établissement
La probabilité estimée qu'un tel détenu n'ait pas de visite est de 38 %. Toutes choses égales par ailleurs, cettequi reçoit les condamnés à une ou
probabilité augmenterait de 19 points si le détenu était âgé de 30 à 49 ans.plusieurs peines d’emprisonne-
La probabilité qu'il ait au moins un visiteur hebdomadaire est de 47 %. Toutes choses égales par ailleurs, cettement dont la durée totale est supé-
probabilité diminuerait de 17 points si le détenu était âgé de 30 à 49 ans.rieure à cinq ans. Leur régime de
La probabilité qu'un coefficient soit nul est, selon les cas, inférieureà1‰(notée ***), comprise entre 1 ‰ et 1 %détention est axé essentiellement
(notée **), comprise entre 1 % et 5 % (notée *), ou supérieureà5%(nonsignificativeàceseuil, notéens).sur la sécurité.
Source : enquête HID-prisons, 2001.
Données sociales - La société française 63 édition 2006
51 Population, famille
détenus qui sont en contact (vi- variable analysée est le fait d’avoir sont pas dans l’impossibilité to-
site, courrier ou téléphone) avec au moins un visiteur mensuel. tale de se rendre au parloir, il
un tiers. Cette analyse confirme n’est pas exclu que la difficulté
que, notamment à ancienneté de que représente ce déplacement
Situations de handicapl’incarcération comparable, les conduise à des visites moins fré-
et relationsvisites sont d’autant moins fré- quentes. Mais la causalité pour-
avec la famillequentes que l’âge du détenu est rait aussi être en sens inverse :
élevé. L’ancienneté de l’incarcé- l’isolement relationnel engendré
ration a un impact incertain. Lessituationsdehandicapsont par l’absence de visite pourrait
D’un côté, plus un détenu est très fortement sur-représentées favoriser l’apparition de troubles
depuis longtemps en prison, en milieu carcéral par rapport à psychiques.
plus sa probabilité d’avoir des l’ensemble de la population du
visites hebdomadaires est faible. même âge (Désesquelles, 2002 et Seules les incapacités sévères
De l’autre, les personnes incarcé- 2005). Pour reprendre la termi- (fait seul avec beaucoup de diffi-
rées depuis moins de deux ans nologie de l’Organisation mon- cultés / besoin d’aide partielle ou
sont plus souvent sans visite. Le diale de la santé (OMS, 1980), il totale) sont ici prises en considé-
fait d’être en couple est, de tou- convient de se demander si l’exis- ration. Le croisement entre la
teslesvariablesinclusesdansle tence d’une déficience ou une in- fréquence des visites et l’exis-
modèle, la caractéristique qui capacité en prison se traduit par tence éventuelle d’un handicap
joue le plus fortement sur la fré- un « désavantage » en termes de (figure 1) ne donne pas de résul-
quence des visites. Avoir son relations familiales (encadré 5). tats très contrastés. Les détenus
père ou sa mère en vie aug- Les détenus ont répondu au ayant une incapacité physique
mente aussi significativement questionnaire dans les parloirs ont cependant un peu moins
cette probabilité. En revanche, des avocats ; ainsi, les détenus souvent un visiteur hebdoma-
avoir des enfants ou des frères confinés dans leur cellule en rai- daire (32 %) et sont un peu plus
et sœurs est sans effet ; ce résul- son d’un handicap n’ont pu être fréquemment sans visite (30 %).
tat est inchangé lorsque la interrogés. Même si certains ne L’analyse multivariée confirme ce
résultat : le fait d’avoir une inca-
pacité physique est significative-
Encadré 5
ment associéàl’absencedevisite
Déficience, incapacité et désavantage (figure 2). Elle ne révèle pas non
plus de lien significatif entre laLa déficience est une altération blème psychique. Mais ceci per-
d’un organe ou d’une fonction psy- met de les différencier des présence d’une incapacité psy-
chologique, physiologique ou ana- incapacités dont l’origine est ex- chique et la fréquence des visites.
tomique. clusivement psychique et qui Cependant, la même analyse res-
sont repérées par des questions
treinte aux personnes incarcéréesL’incapacité est la réduction par- sur les difficultés d’orientation
depuis au moins un an montretielle ou totale de la capacité à ac- dans le temps (ne plus se souve-
complir une activité dans les nir à quel moment de la journée une corrélation positive significa-
limites considérées comme norma- on est) ou dans l’espace (avoir tive entre la présence d’une inca-
les pour un être humain. Dans le des difficultés à retrouver son
pacité psychique et l’absence de
questionnaire, cinq grands domai- chemin) et sur les problèmes de
visite.nes ont été distingués : comportement (pro de
– la toilette, l’habillage et l’alimen- communication non liés à un
tation ; problème sensoriel, comporte-
– l’élimination ; ments agressifs ou impulsifs, Les deux tiers
– les transferts et les déplacements ; mise en danger de soi). Seules les
des visiteurs sont– voir, entendre, parler (difficultés incapacités sévères (fait seul
dues à un problème sensoriel) ; avec beaucoup de difficultés / be- les parents et les frères
– la souplesse et la manipulation soin d’aide partielle ou totale)
et sœurs du détenu(usage des doigts, des mains, des ont par ailleurs été prises en
pieds). considération.
Les détenus ont en moyenne unL’incapacité physique désigne Le désavantage est la réduction
ici une difficulté dans l’un au partielle ou totale de la capacité peu plus de deux visiteurs qu’ils
moins de ces cinq domaines. Il à accomplir un rôle social dans rencontrent au moins une fois
s’agit en fait d’une dénomination les limites considérées comme par an. La figure 3 fournit un
abusive car une partie de ces in- normales, compte tenu notam-
certain nombre d’informationscapacités peut résulter d’un pro- ment de l’âge de la personne.
sur le profil de ces visiteurs. Tous
Données sociales - La société française 64 édition 2006
6Population, famille 1
lesdétenus ontété iciprisen renseigné, notamment lorsque le res. Les conjoints ne représentent
compte, quelle que soit leur an- visiteur est le conjoint. Il s’agit que 12 % de l’ensemble des visi-
cienneté d’incarcération. donc sans doute plutôt de fem- teursmais22 % desvisiteurs
mes, qui seraient ainsi assez net- hebdomadaires. Les parents et
Dans les questionnaires, le sexe tement majoritaires, surtout les frères et sœurs des détenus
des visiteurs n’est pas toujours parmi les visiteurs hebdomadai- représentent les deux tiers des vi-
Figure 3 - Profil des visiteurs
en %
Caractéristiques des visiteurs Visiteur hebdomadaire Visiteur mensuel Visiteur annuel Ensemble des visiteurs
Homme 32 42 43 41
Femme 46 48 46 43
Non précisé 22 10 11 16
Moins de 18 ans 17 17 17 17
18-29 ans 26 27 21 22
30-49 ans 31 31 28 28
50 ans ou plus 26 24 34 28
Non précisé - < 1 < 1 5
Père 111114 13
Mère 24 20 18 18
Conjoint 22 9 10 12
Enfant 16 20 21 19
Frèreousœur 274037 35
Non précisé - - - 3
Incarcéré dans le même établissement 3 - - 1
Vit dans la même ville ou ses environs 42 19 10 22
Vit dans la même région 46 52 33 38
Vit plus loin, en France 8 27 44 25
Vit plus loin à l’étranger 1 1 13 10
Non précisé < 1 < 1 - 4
Source : enquête HID-prisons 2001.
Figure 4 - Fréquence des contacts à distance (téléphone ou courrier) avec la famille proche selon la
fréquence des visites
en %
Fréquence des visites (groupes exclusifs)
Contact à distance Ensemble
Au moins une Au moins une Plusieurs fois Moins Pas
fois par semaine fois par mois par an souvent de visite
Au moins une fois par semaine 65 69 53 44 23 53
Au moins une fois par mois 21 20 30 43 16 22
Au moins une fois par an 3 2 15 5 8 6
Moins souvent 1 1 < 1 4 < 1 1
Pas de contact à distance 10 8 2 4 53 18
Ensemble 100 100 100 100 100 100
Champ : détenus incarcérés depuis au moins six mois et ayant de la famille proche.
Lecture : 65 % des détenus incarcérés depuis au moins six mois et ayant au moins un visiteur hebdomadaire sont en contact par lettre ou téléphone (contact« à
distance ») avec une personne de leur famille proche.
Source : Enquête HID-prisons, 2001.
Données sociales - La société française 65 édition 2006
71 Population, famille
siteurs. Les frères et sœurs sont 71 % des visiteurs mensuels, et une personne de leur famille à
particulièrement représentés par- de 43 % des visiteurs annuels. un rythme hebdomadaire.
mi les visiteurs mensuels (40 %) 71 % des conjoints qui ne se dé-
et annuels (37 %). 17 % des visi- placent qu’une ou plusieurs fois
teurs sont des mineurs : dans par an, habitent en dehors de la Un détenu sur deux
trois cas sur quatre, ce sont les région où se trouve le détenu. entretient des relations
enfants de la personne incarcérée en dehors du réseau
et dans un cas sur quatre ses frè-
familial proche
res ou sœurs. Le téléphone
et le courrier
Parmi les visiteurs annuels, on La moitié des détenus déclarent
complètent les visites
compte un nombre non négli- avoir des contacts réguliers (visi-
geable de conjoints (10 % des vi- tes, courriers, coups de télé-
siteurs) et d’enfants (21 % des En dehors des visites, les rela- phone) avec des personnes
visiteurs). Près de la moitié tions avec la famille prennent extérieures à leur famille proche.
(43 %) des détenus en couple parfois la forme d’échanges télé- Le plus souvent, il s’agit d’un(e)
voient leur conjoint au moins phoniques ou épistolaires (enca- ami(e) (36 % des détenus) ou
une fois par semaine, 10 % au dré 1). Un détenu sur deux d’un parent plus éloigné (30 %).
moins une fois par mois et 7 % incarcéré depuis six mois ou plus Plus rares sont ceux qui reçoi-
plusieurs fois par an. Les rela- correspond ainsi avec une per- vent la visite de voisins (4 %) ou
tions avec les enfants sont elles sonne de sa famille proche au d’anciens collègues (4 %).
aussi souvent très distendues : la moins une fois par semaine (fi-
moitié des détenus ayant des en- gure 4). En revanche, 18 % des De nouveau, la faiblesse des re-
fants les voient au plus une fois détenus n’ont aucun contact de lations à l’intérieur du réseau
paran. 16 %envoientaumoins ce type. familial proche (figure 5) n’est
un une fois par semaine, 17 % pas compensée par l’existence
une fois par mois. Fréquence des visites et intensité de contacts réguliers à l’exté-
des échanges téléphoniques et rieur de ce réseau : ceux qui
L’éloignement géographique ne fa- épistolaires vont de pair ; autre- n’ont pas de relations avec leur
vorise pas les visites. Les visiteurs ment dit, il n’existe pas de phé- famille proche ont moins sou-
réguliers résident plus souvent à nomène de « compensation », vent un autre contact régulier
proximité de l’établissement péni- bien au contraire. Ainsi, les déte- (44 % contre 56 %). In fine,
tentiaire que les autres : 42 % des nus qui ont au moins un visiteur 22 % des détenus incarcérés de-
visiteurs hebdomadaires habitent par semaine ou par mois sont puis au moins six mois n’ont
la même ville et 88 % la même aussi plus souvent en contact té- pas de visite régulière (au
région. Ce n’est le cas que de léphonique ou épistolaire avec moins une fois par mois) ni de
Figure5- Existence de contacts réguliers avec d'autres personnes selon la fréquence des visites de la
famille proche
en %
A de la famille proche
Fréquence des visites (groupes exclusifs) Pas de
famille Ensemble
Au moins Au moins Pas proche
Plusieurs fois Moins
une fois une fois de
par an souvent
par semaine par mois visite
Au moins un contact régulier 58 59 55 36 44 18 53
Pas de contact régulier 42 41 45 64 56 82 47
Ensemble 100 100 100 100 100 100 100
Champ : détenus incarcérés depuis au moins six mois.
Lecture : 58 % des détenus ayant au moins un visiteur hebdomadaire ont également un contact régulier (visite, courrier, téléphone) avec une personne
n’appartenant pas à leur famille proche.
Source : enquête HID-prisons 2001.
Données sociales - La société française 66 édition 2006
8Population, famille 1
leur famille proche, ni d’autres
Pour en savoir pluspersonnes.
Cassan F., Mary-Portas F.-L., Désesquelles A., « L’enquêteLa moitié des détenus se sont
« Précocité et instabilité familiale HID-prisons : leçons d’une en-fait desamisdansl’établissement
des détenus », Insee Première, quête particulière », Courrier des
pénitentiaire. Il s’agit souvent de
n° 828, février 2002. Statistiques, n° 107, p. 43-54, 2003.
détenus jeunes, dont l’âge moyen
est 32,8 ans (contre 35,1 ans Cassan F., Toulemon L., «L’en- Désesquelles A., «Handicapen
pour l’ensemble des détenus), vironnement familial des déte- milieu carcéral : quelles différences
nus » in Données sociales-La avec la situation en population gé-prévenus ou condamnés à une
société française 2002-2003, nérale ?»,Ined, Population-F,peine inférieure à deux ans
p. 59-68. n° 60 (1-2), p. 71-98, 2005.
(28 % contre 22 %). Dans plus
de la moitié des cas, ces amis Désesquelles A. et le groupe de OMS, « International Classifica-
sont même considérés comme projet de l’enquête HID-prisons, tion of Impairments, Disabilities
« Le handicap est plus fréquent and Handicaps. A manual of classi-proches. Ceux qui ne se sont pas
en prison qu’à l’extérieur », fication relating to the consequen-fait d’amis souhaitent le plus
Insee Première, n° 854, ces of disease », Éditions de l’OMS,
souvent ne pas créer de liens d’a-
juin 2002. Genève, 1980.
mitiéauseindelaprison.
Données sociales - La société française 67 édition 2006
9

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