Les effets d'âge et de génération sur le niveau et la structure de la consommation

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La population française ne cesse de vieillir et l'accent est souvent mis sur le rôle que pourrait tenir, à l'avenir, la consommation de ceux que l'on nomme désormais les « nouveaux seniors ». En effet, le passage à la retraite n'est plus, en général, synonyme de perte de niveau de vie : déjà en 1990, le niveau de vie des ménages de plus de 60 ans était, en moyenne, de 10 % plus élevé que celui des ménages de moins de 60 ans. Or jusqu'à présent, les études sur la consommation suggèrent que celle-ci diminue avec l'âge. La déformation de la structure de la population au profit des catégories de niveau de vie élevé, mais a priori sous-consommatrices, fait donc peser de fortes incertitudes sur le niveau de la consommation des ménages au cours des décennies à venir. Toutefois, ces études comparent des générations différentes à une même date. Suivre des échantillons des mêmes cohortes de ménages au fur et à mesure de leur vieillissement permet, en revanche, de bien différencier l'effet propre de l'âge de celui de l'appartenance à une génération spécifique. L'effet du vieillissement de la population sur la consommation apparaît alors plus faible. Une déformation notable de la structure de la consommation avec l'âge est la croissance de la part de consommation de loisirs après la retraite.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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CONSOMMATION
Les effets d’âge et de génération
sur le niveau et la structure
de la consommation
Marceline La population française ne cesse de vieillir et l’accent est souvent mis sur le rôle
Bodier* que pourrait tenir, à l’avenir, la consommation de ceux que l’on nomme
désormais les « nouveaux seniors ». En effet, le passage à la retraite n’est plus, en
général, synonyme de perte de niveau de vie : déjà en 1990, le niveau de vie des
ménages de plus de 60 ans était, en moyenne, de 10 % plus élevé que celui des de moins de 60 ans. Or, jusqu’à présent, les études sur la consommation
suggèrent que celle-ci diminue avec l’âge. La déformation de la structure de la
population au profit des catégories de niveau de vie élevé, mais a priori
sous-consommatrices, fait donc peser de fortes incertitudes sur le niveau de la
consommation des ménages au cours des décennies à venir.
Toutefois, ces études comparent des générations différentes à une même date.
Suivre des échantillons des mêmes cohortes de ménages au fur et à mesure de leur
vieillissement permet, en revanche, de bien différencier l’effet propre de l’âge de
celui de l’appartenance à une génération spécifique. L’effet du vieillissement de la
population sur la consommation apparaît alors plus faible. Une déformation
notable de la structure de la consommation avec l’âge est la croissance de la part
de consommation de loisirs après la retraite.
n 1998, les plus de soixante ans représen- n’aurait vu son niveau de vie moyen baisser
* Au moment de la ré- E taient 20,4 % de la population, contre après le passage à la retraite (Legris et Lollivier,daction de cet article,
Marceline Bodier appar- 16 % en 1946. La population française ne cesse 1996). D’une part, les changements démographi-
tenait à la division
de vieillir au fur et à mesure que l’espérance de ques à l’intérieur des ménages (départ des
Conditions de vie des
vie à la naissance augmente : elle est passée, enfants, veuvage) compensent, en partie, l’éven-ménages de l’Insee.
pour les hommes, de 63,4 ans en 1950 à 74,1 tuelle baisse de ressources, et d’autre part, le
ans en 1996, et, pour les femmes, de 69,2 ans à rendement du capital de rapport se trans-
82,0 ans (Insee, 1999). forme : il est davantage versé sous forme d’in-
térêts, alors qu’il était plutôt capitalisé avant la
Même s’il faut tenir comptedelavariété retraite. Ainsi, on estimait déjà en 1990 que le
des situations individuelles, le passage à la niveau de vie des ménages de plus de 60 ans
Les noms et dates entre retraite n’est plus en moyenne synonyme de était, en moyenne, de 10 % plus élevé que celui
parenthèses renvoient à
perte de niveau de vie : si on suit les généra- des ménages de moins de 60 ans (Hourriez et
la bibliographie en fin
tions, aucune de celles nées depuis 1896 Legris, 1995).d’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325, 1999 - 4/5 163Encadré 1
ISOLER L’EFFET DU VIEILLISSEMENT SUR LA CONSOMMATION
Pour évaluer comment évolue la consommation appartiennent les ménages. Or on suit les cohortes
d’un ménage lorsqu’il vieillit, il faudrait pouvoir sui- au travers d’enquêtes qui ont eu lieu à des dates où
vre au cours du temps la consommation des la conjoncture et l’environnement économique, ins-
mêmes ménages (1), c’est-à-dire disposer de don- titutionnel, social, étaient sans doute à chaque fois
nées de panels. Or, en France, on ne dispose que différents. Plusieurs cohortes qui ont des âges dif-
de données transversales sur la consommation, cel- férents coexistent à chaque date, et il est possible
les des enquêtes Budget de Famille. Quatre que le même événement (par exemple, un change-
enquêtes quinquennales, dont les données sont com- ment de législation sur la TVA, ou encore, une
parables entre elles, ont été réalisées depuis 1979. hausse du niveau de vie) vienne modifier les com-
Elles ne permettent pas de suivre des ménages ; en portements de toutes les générations qui le vivent à
revanche, on peut dans chaque enquête identifier la même date, mais à différents moments de leur
des ménages appartenant à la même « cohorte ». cycle de vie.
Des cohortes de ménages Or il est impossible de séparer les influences res-
pectives de l’âge, de la cohorte et de la date. En
Une cohorte de ménages est un groupe de ména- effet, si on dispose de données de cohortes tempo-
ges définis par des critères qui ne changent jamais relles Y mesurant le phénomène y pour lesct
au cours de leur cycle de vie : le critère le plus évi- cohortes c l...C , aux dates t l...T ,et qu’on
dent est la date de naissance, c’est-à-dire la suppose que Y dépend d’une constante ,de lact
génération ; mais aussi le niveau de diplôme de fin cohorte c, de la date t et de l’âge a de la cohorte
d’études de la personne de référenceduménage, cà la date t, avec donc par définition t c a,on
puisqu’il est défini une bonne fois pour toutes écrit :
(Cardoso et Gardes, 1996). Nous appellerons donc
« cohorte » un groupe de ménages de même géné- Y ct a c t ct
ration (définie en plages quinquennales de dates de
naissance) et de même diplôme de fin d’études (en où , , sont les coefficients d’indicatrices res-a c t
quatre niveaux : pas de diplôme ou CEP ; CAP, pectivement d’âge, de cohorte et de date ;
BEP, BEPC ; baccalauréat;supérieur au baccalau-
réat). est le terme d’erreur.ct
Constituer des pseudo-panels Il s’agit d’un modèle d’analyse de la variance à trois
facteurs;mais,enraisondelarelationexacteen-
Dans chaque enquête Budget de Famille, il est possi- tre les trois dimensions étudiées, on ne peut pas
ble d’identifier les représentants de ces cohortes, et, les identifier les trois effets avec les seuls choix habi-
échantillons d’enquêtes étant suffisamment grands (en- tuels de situations de référence.
viron 9 000 ménages à chaque enquête), chacune
d’entre elles génère des échantillons aléatoires succes- Séparer les effets d’âge, de cohorte et de date
sifs de ménages de chaque cohorte. L’idée est que
suivre le comportement moyen d’une cohorte revient à On rencontre dans la littérature différents moyens
suivre le comportement d’un ménage représentatif de pour séparer les effets d’âge, de cohorte et de date.
la cohorte : en utilisant les données moyennes pour
chaque cohorte calculées sur quatre enquêtes succes-
sives, on a alors des données temporelles qui 1. Si tant est que l’on admette que l’on peut suivre des ménages
permettent de suivre des cohortes, comme on suivrait dans le temps, cequi est impossiblepardéfinition.Habituellement,
des ménages dans un véritable panel. Cette façon de on résout partiellement le problème en repérant les ménages par
suivre le comportement moyen de cohortes de ména- leur personne de référence : c’est ce que nous ferons. Ainsi, lors-
que nous parlerons de l’âge ou du diplôme du ménage, nous nousges au travers d’enquêtes aléatoires successives,
référerons à l’âge ou au diplôme de la personne de référence.plutôt que des ménages au travers d’un panel, se
2. À l’instar des vrais panels, et d’ailleurs de toutes les enquêtesnomme « pseudo-panel ».
auprès des ménages, demeure l’attrition « naturelle » résultant
des décès au fur et à mesure de l’avancée en âge. En particulier,
On utilise les pseudo-panels pour suppléer l’ab-
une partie des effets mis en évidence peuvent être dus au fait que
sence de panels, mais leurs données ne sont pas plus les générations sont anciennes, et plus on estime des effets
nécessairement de moins bonne qualité : en parti- sur un échantillon tiré au hasard dans une population dont une part
culier, ils échappent aux inconvénients des est décédée, et une autre part est logée dans des institutions ne
abandons des ménages interrogés au fur et à me- faisant pas partie des « ménages ordinaires » ; du fait de la plus
grande espérance de vie des femmes, cela revient à attribuer auxsure des vrais panels (l’« attrition » (2)), et aux
générations les plus anciennes et aux plus grands âges les préfé-effets d’apprentissage, que l’on rencontre sur les
rences de leur partie féminine. Cela dit, le problème n’aurait puêtrepanels, puisque à chaque date, on a un nouvel
résolu que si on avait mené des enquêtes « Budget de Famille »
échantillon représentatif des cohortes suivies.
suivant la méthodologie actuelle dès l’entrée dans l’âge adulte des
générations les plus anciennes représentées dans l’enquête de
À partir de données ainsi constituées, on cherche à 1979 : il suffira donc pour notre étude de toujours se demander si
isoler l’effet « pur » de l’âge, et en particulier l’effet la féminisation des ménages plus âgés ne peut pas être, en partie,
de l’âge valable quelle que soit la cohorte à laquelle à l’origine des phénomènes mis en évidence.
164 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325, 1999 - 4/5
de vie par la décroissance des besoins avecMesurer l’effet de l’âge
l’âge. Pourtant, il ne s’agit là que de comparai-sur la consommation
sons entre des populations différentes (en parti-
Jusqu’à présent, les études sur la consomma- culier de générations différentes) à une même
tion des plus âgés ont abouti à la conclusion que date, et non du suivi des mêmes ménages au fur
la consommation diminue avec l’avancée en et à mesure de leur vieillissement. On ne peut
âge, à revenu et taille de ménage donnés : donc pas en déduire quel est l’effet de l’âge sur
d’après l’enquête Budget de Famille de 1995 la consommation : en effet, rien ne permet d’af-
par exemple, à revenu et taille du ménage firmer que lorsqu’on compare plusieurs géné-
égaux, la consommation des ménages est maxi- rations à une même date, le comportement des
male à 49 ans. Puis elle décroît : à 70-74 ans, la parents préfigure celui des enfants quelque 25
consommation moyenne d’un ménage repré- ou 30 ans plus tard. C’est même d’autant moins
sente 89 % de celle d’un ménage de 40-44 ans probable qu’en 1995 coexistent des générations
de même niveau de vie, et à 80-84 ans, elle n’en nées au début du siècle, qui ont vécu des pério-
représente plus que 74 %. des de guerre et de pénurie, des générations
nées dans les années 30 et jusqu’au baby-boom,
La déformation de la structure de la population au qui ont grandi pendant les « trente glorieuses »,
profit de catégories à niveau de vie élevé mais et des générations nées après les années 50, qui
apriori sous-consommatrices fait donc peser des ont connu le ralentissement de la croissance
incertitudes fortes sur le niveau de la consomma- assez jeunes. Ainsi, il faut déterminer dans
tion des ménages au cours des décennies à venir. quelle mesure la sous-consommation des
ménages âgés, à revenu et taille du ménage
Or on explique habituellement le résultat de la équivalents, s’explique par un effet propre au
diminution de la consommation en fin de cycle vieillissement, et dans quelle mesure elle est
Encadré1(fin)
On ne peut pas mesurer les trois dimensions, âge, Enfin, on peut chercher à caractériser un des trois
cohorte et date avec la même unité,c’est-à-dire par effets par des variables auxiliaires qui résument son
exemple, construire le modèle en exprimant l’âge mode d’action. Par exemple, on peut rechercher
en tranches décennales, ou sous forme d’une fonc- une caractérisation de l’effet de date, en se deman-
tion quadratique, et les deux autres dimensions en dant quelles modifications du contexte économique,
tranches quinquennales. Mais de telles conventions social et institutionnel sont survenues aux dates
demeurent fragiles car elles contournent la difficulté des enquêtes, qui pourraient avoir influencé le com-
d’identification sans vraiment la résoudre. De fait, portement de tous les ménages à chaque date,
les résultats obtenus avec plusieurs solutions de ce quels que soient leur âge et leur génération. En ma-
type se sont avérés instables : les résultats sem- tière de consommation, on pense bien sûren
blent beaucoup dépendre des unités choisies. premier lieu aux modifications de niveau de vie,
puisque le revenu reste la principale variable expli-
On peut également poser de véritables contraintes cative de la consommation. Or on sait que le niveau
supplémentaires sur les paramètres afin de rendre de vie des ménages âgéss’élève : ainsi, l’introduc-
le modèle théorique identifiable. Pour cela, le tion du niveau de vie prend sans doute en partie en
meilleur moyen consiste à s’appuyer sur un examen compte les effets liés aux évolutions du contexte
approfondi du phénomène étudié, qui seul peut déterminant la consommation d’une date à l’autre,
suggérer la bonne contrainte à poser. Ainsi, ici, et nous écrirons un modèle expliquant la consom-
nous pourrions faire référence à des études anté- mation par l’âge, la cohorte et le niveau de vie (cf.
rieures qui montrent que du point de vue des encadré 2). Cela revient alors à supposer que la
hausses de niveau de vie, il y a « une césure forte dateserésume au niveau de vie, c’est-à-dire uni-
entre [les générations] nées jusqu’à la guerre et cel- quement à ce qui provient de l’évolution des
les nées à partir de 1950 » (Legris et Lollivier, revenus d’une part, et de la composition des ména-
1996). Les générations nées avant cette date sont ges d’autre part (donc, de la fécondité et des choix
celles qui ont vécu le développement de la société maritaux) : on ne prend pas en compte une éven-
de consommation, toutes à partir d’âges différents ; tuelle évolution générale des goûts des ménages,
quant aux plus récentes, elles l’ont toujours connu, survenant par exemple sous l’effet des modes ou
et peut-être les différences d’habitude de consom- de modifications plus profondes dans les attentes
mation au sein de toutes les générations nées des consommateurs (Rochefort, 1997). On suppose
après 1950 sont-elles suffisamment faibles pour également qu’un même choc conjoncturel sur le re-
justifier de postuler que les effets de cohorte sont venu a les mêmes conséquences, quel que soit
nuls à partir de cette date de naissance. Mais un l’âge du ménage, ce qui d’aprèslathéorie du cycle
simple examen des graphiques montre que cette de vie et du revenu permanent, sous l’hypothèse
solution ne semble pas bien adaptée à tous les pos- d’anticipations rationnelles, dépend de la persis-
tes de consommation. tance du choc.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325, 1999 - 4/5 165l’expression du comportement spécifique à laGraphique I
génération à laquelle ces ménages appartien-Évolution de la consommation totale*
nent (cf. encadré 1).A - Par génération
* Dans les graphiques,
les estimations trans-
versales (« between ») À niveau de vie égal, les générations
selon l’âge mélangent le
plus anciennes consommaient moins
fait que les individus ap-
partiennent à une géné-
ration donnée et se On postule qu’il existe un profil de la consom-
situent à un âge donné.
mation spécifique à l’âge, indépendant de la
En revanche, les esti-
cohorte à laquelle appartient la personne demations longitudinales
(« within ») bénéficient référence du ménage, à revenu et taille de
du fait que l’on suit les
ménage constants tout au long du cycle de vie
mêmes générations
(cf. encadré 2). La génération et le diplôme dependant quatre enquê-
tes différentes. On fin d’études de la personne de référence déter-
observe, pour chaque
minent à quel niveau ce profil s’établit ; pour un
génération, de combien
revenu et une taille du ménage donnés, les pro-le vieillissement affecte
les dépenses (condition- fils selon l’âge pour les différentes cohortes
nellement aux autres
sont semblables, et se déduisent les uns des
variables explicatives). B - Par cohorte
autres par un coefficient multiplicatif.Plusieurs générations
se recouvrant à un âge
donné au cours des
Pour la consommation totale, c’est principale-
différentes enquêtes, on
ment après 70-74 ans que le profil longitudinalpeut en inférer, moyen-
nant une hypothèse de par âge ainsi obtenu diffère du profil par âge
régularité, de combien
observé en coupe transversale, ici représenté
les dépenses évoluent
par une estimation « between », qui revient àau cours d’un cycle de
vie ainsi reconstitué. estimer des modèles sans effets de cohorte sur
un échantillon constitué des quatre enquêtes
(cf. graphiques I-B). À revenu et taille donnés, la
consommation atteint en effet, à 80-84 ans, 85 %
de ce qu’elle aurait été à 40-44 ans si ces ménages
gardaient le même revenu et la même taille,
contre 72 % en coupe transversale (cf. tableau 1).
Lecture : Le premier graphique présente quatre courbes, une par À revenu et taille du ménage égaux, la décrois-
niveau de diplôme, qui représentent l’évolution de la consomma-
sance de la consommation après 70 ans obser-
tion au fur et à mesure des générations, toutes choses égales par
vée en coupe s’explique donc, en partie, parailleurs (revenu, taille de ménage, âge de la personne de référence).
La référence est la consommation des ménages nés en 1945- l’appartenance des ménages de plus de 50 ans à
1949, et de niveau de diplôme « CAP,BEP ou BEPC ». Cette
des générations qui ont toujours eu l’habitude
référence vaut 1, et en ordonnée, on a le coefficient par lequel il
de consommer moins (cf. graphique I-A). Deuxfaut multiplier la consommation moyenne de la référence pour
avoir celle des autres cohortes. ménages de même revenu, de même taille, et de
Le deuxième graphique donne le profil par âge de la consomma-
même diplôme, mais dont les personnes de
tion toutes choses égales par ailleurs (revenu et taille de ménage
référence sont nées à soixante ans d’intervalleégaux, pour une même cohorte); deux profils sont donnés, l’un
en transversal (« between »), et l’autre en longitudinal (« within »). (1900-1904 et 1960-1964), ont ainsi au même
À l’instar de l’économétrie des panels, on peut en effet disposer à
âge un écart de consommation variant de 12 %
partir des mêmes données de deux types d’estimations : les esti-
à 20 % selon le niveau de diplôme considéré.mations en transversal reviennent à travailler sur le comporte-
ment moyen des individus (pour les panels) ou des cohortes Les générations les plus anciennes n’ont sans
(pour les pseudo-panels) sur les différentes dates où ils sont
doute pas débuté dans la vie avec les mêmes
observés. On s’intéresse donc à l’hétérogénéité entre diffé-
perspectives de niveau de vie que les plusrents individus ou entre différentes cohortes, en neutralisant la
variabilité d’un même individu ou d’une même cohorte au cours récentes : leur jeunesse s’est déroulée pendant
du temps, ce qui s’apparente à un travail en coupe. Quant aux
une des deux guerres mondiales, ou entre les
estimations en longitudinal, elles reviennent à travailler précisé-
deux, c’est-à-dire pendant des périodes dement sur cette variabilité intra-individuelle (ou intra-cohorte),
autour du comportement moyen de chaque individu ou cohorte pénurie ou de niveau de vie beaucoup plus fai-
au cours du temps, ce qui s’apparente à un travail sur séries.
ble que dans la deuxième moitié du siècle.
Pour chaque profil, la situation de référence est la situation
Même si par la suite le niveau de vie de cesmoyenne sur l’ensemble des âges. En ordonnée, on a le coeffi-
cient par lequel il faut multiplier la consommation moyenne pour ménages a augmenté, même si la « société de
avoir, toutes choses égales par ailleurs, la consommation à cha-
consommation » les a incités à consommer
que âge.
plus, ils ont gardé leur habitude de dépenserSources : enquêtes Budget de Famille 1979, 1984, 1989, 1994.
166 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325, 1999 - 4/5moins que leurs descendants ne le feraient plus très différents selon le diplôme. Or d’après les
tard au même âge. Autrement dit, leur revenu théories du revenu permanent (Adda, 1995), la
permanent, défini comme l’espérance de reve- consommation est corrélée avec les chocs per-
nus futurs, a toujours été plus faible, ce qui manents affectant le « revenu permanent »,
explique qu’ils aient toujours eu tendance à c’est-à-dire, l’espérance de revenus futurs.
consommer moins, pour un revenu courant Autrement dit, la réponse à une augmentation
donné (Adda, 1995). de revenu est d’autant plus forte qu’il s’agit
d’une augmentation plus permanente. Ainsi,
toutes choses égales par ailleurs, la consomma-
Les ménages les plus diplômés tion des ménages les plus diplômés d’une géné-
d’une génération consomment le plus ration est entre 1,20 et 1,65 fois plus élevée que
la consommation des ménages les moins diplô-
Si l’on raisonne cette fois sur des moyennes més de cette même génération (1).
tous diplômes confondus, la baisse de la con-
sommation selon l’âge observée en coupe s’ex-
La diminution de la consommationplique aussi par le fait qu’au fur et à mesure de
leur apparition, les générations sont de plus en avec l’âge est modérée mais bien réelle
plus diplômées. À revenu, taille du ménage et
âge égaux, la consommation des ménages nés à Une partie de la décroissance de la consomma-
une même date est en effet d’autant plus élevée tion avec l’âge s’explique par un effet spécifi-
que les ménages sont plus diplômés. C’est sans que au vieillissement, en tout cas indépendant
doute dû au fait que lorsque des ménages de
niveaux de diplôme très différents, mais de
1.Pours’assurerdelarobustessedesconclusionsiciexposées,
même génération ont le même niveau de vie au
les mêmes estimations ont été réalisées en excluant les âge, il s’agit plus souvent d’une situation générations extrêmes, moins représentées dans l’échantillon,
sans que le sens des résultats n’en soit modifié.temporaire, les profils de revenu par âge étant
Tableau 1
Rapport entre la consommation des 60-64 ans, 70-74 ans, 80-84 ans, et celle des 40-44 ans en
transversal (« between ») et en longitudinal (« within »)
Rapport à la consommation des 40-44 ans de la consommation des...
... 60-64 ans ... 70-74 ans ... 80-84 ans
« between»« within»« between»« within»« between»« within »
Consommation totale 0,97 1,02 0,84 0,93 0,72 0,85
Alimentation 1,18 0,96 1,12 0,86 0,92 0,69
Habillement 0,84 0,61 0,73 0,40 0,47 0,21
Disposition du logement 0,67 1,26 0,53 1,35 0,54 2,02
Énergie pour le logement 1,30 1,29 1,30 1,30 1,27 1,36
Équipement du logement 1,06 0,98 0,73 0,70 0,51 0,51
Services domestiques 1,04 1,00 2,33 2,27 4,78 5,19
Santé 1,46 1,69 1,76 2,32 1,99 3,07
Transports 0,87 1,17 0,48 0,84 0,19 0,52
Télécommunications et poste 1,03 2,02 0,96 2,54 0,79 2,88
Télécomm et poste 0,68 0,51 0,33
(modèle avec effet prix)
Loisirs 0,86 1,18 0,68 1,13 0,53 0,98
Autres biens et services 0,77 0,85 0,63 0,75 0,50 0,67
Lecture : à revenu et taille égaux,lorsqu’on compare des ménages de cohortes différentes, la consommation des ménages de 60-64
ans représente 97 % de celle des ménages de 40-44 ans.
Si on compare les ménages d’une même cohorte au fur et à mesure de leur avancée en âge, leur consommation à 60-64 ans repré-
sente 105 % de ce qu’elle aurait représenté à 40-44 ans s’ils avaient eu le même revenu et la même taille de ménage à cet âge.
À noter que les résultats en transversal sont présentés, alors même qu’ils proviennent de modèles mal spécifiés puisque des tests de
Fisher montrent que les effets de cohorte sont toujours globalement significatifs (cf. annexe): outre ce fait que l’on spécifie mal le mo-
dèle si on omet les indicatrices de cohorte, cela permet de prendre la mesure des erreurs que l’on commet sur les effets d’âge lorsqu’on
omet ces indicatrices, et qui sont des erreurs que l’on fait couramment lorsqu’on travaille sur des données en coupe.
Source : enquêtes Budget de Famille.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 324-325, 1999 - 4/5 167Encadré 2
L’IDENTIFICATION DES EFFETS D’ÂGE, DE COHORTE ET DE PÉRIODE :
UNE MODÉLISATION

Comme le suggère Deaton (1985), considérons la X se présentera sous la forme des proportions
clt
fonction de consommation du ménage h , écrite de ménages de chaque taille dans chaque cellule.
comme un modèle de panel à effets fixes :

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