Les étrangers en Guyane : un tiers d'étrangers arrivés en trois grandes vagues

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En Guyane, près de 30% de la population est de nationalité étrangère. Bien qu'arrivés récemment, les Surinamais forment aujourd'hui la première communauté étrangère en Guyane. Les Haïtiens, dont l'arrivée est antérieure, sont passés de la première à la deuxième place entre le début et la fin des années quatre-vingt. Les Brésiliens, premiers arrivés dans la région, se placent maintenant en troisième position.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Les étrangers en Guyane
Un tiers d’étrangers arrivés
En Guyane, près de 30 % de la population est de nationalité
étrangère. Bien qu’arrivés les plus récemment, les Surinamais
forment aujourd’hui la première communauté étrangère en
Guyane. Les Haïtiens, dont l’arrivée est antérieure, sont passés
de la première à la deuxième place entre le début et la fin des
années quatre-vingt. Les Brésiliens, premiers arrivés dans la
région, se placent maintenant en troisième position.
Peu d’asiatiques a Guyane est depuis le début de ment baissé. Mais, elle est restée forte
l’histoire moderne une terre pendant les années quatre-vingt-dix à
L’immigration chinoise en Guyane est Ld’immigration, fortement touchée cause de la mauvaise situation écono-
ancienne et de ce fait, ils sont
par le problème de sous-peuplement. mique au Surinam, de la facilité d’accèsparticulièrement bien intégrés. Un grand
Les diverses tentatives de peuplement et au territoire guyanais, et des bonnesnombre d’entre eux sont nés en Guyane
les différents flux migratoires ont donné conditions économiques et sociales. Leset sont de nationalité française. Leur
à la Guyane une richesse multiethnique. Surinamais constituent en 1999 lecomportement démographique tend à se
rapprocher de celui des Français. Il y a Elle est composée notamment d’Amé- groupe d’étrangers le plus nombreux de
ainsi relativement peu d’enfants de rindiens, de Noirs marrons, de Créoles Guyane (11 % de la population).
nationalité chinoise (seulement 17,5 % guyanais, de Français métropolitains, de
des Chinois ont moins de 15 ans). Le Surinamais, de Brésiliens, de Haïtiens, Les immigrés fuientcommerce constitue le secteur d’activité
de Guyaniens (du Guyana) et de Chi-
de prédilection de cette population. Près leur paysnois. Au total, près d’un tiers de la popu-de 60 % des commerces d’alimentation
lation de Guyane est étrangère.générale sont tenus par des personnes de
L’immigration en provenance de Haïti
nationalité chinoise alors qu’ils ne Les Surinamais sont venus s’installer est plus ancienne. Elle a débuté auconstituent que 1 % de la population
massivement en Guyane au milieu des milieu des années soixante-dix de façonguyanaise. Ils sont particulièrement peu
années quatre-vingt lorsque leur pays estnombreux à souffrir du chômage (7,5 % massive et clandestine. En 1982, les
devenu le théâtre d’une violente guerrede la population active). Haïtiens sont devenus la communauté
civile. Ils se sont principalement instal- étrangère la plus importante du pays etLes Laotiens sont arrivés en deux vagues
lés dans la région du Maroni. Aujour- représentaient 14 % de la populationà la fin des années 70. Il semble que
d’hui, près du tiers de la population de totale. À partir de 1986, le flux s’est pro-seulement un nombre négligeable de
Saint-Laurent-du-Maroni est de nationa- gressivement tari, d’une part, à cause deHmongs venus du Laos ont été
lité surinamaise. Depuis le règlement dunaturalisés. De ce fait, leurs enfants sont la nouvelle politique d’immigration en
encore souvent de nationalité laotienne conflit en 1992, l’immigration a forte- Guyane et, d’autre part, grâce à l’amé-
mais on peut s’attendre à ce que, comme
les Chinois, ils choisissent de plus en plus
souvent la nationalité française.
Année d’arrivée des Brésiliens, Haïtiens et Surinamais vivant en Guyane en 1999
Ils se sont fortement investis dans
2 200l’agriculture. 15 % des agriculteurs de
Guerre civile
2 000Guyane sont des Hmongs alors qu’ils ne au Surinam
représentent qu’à peine 1 % de la
1 800
population guyanaise. Leur solidarité fait
Regroupement1 600qu’ils sont eux aussi relativement peu
familial
nombreux à souffrir du chômage (11 % 1 400
de la population active).
1 200
1 000
Troubles politiques
en Haïti800 Brésiliens
Haïtiens600
Surinamais400
200
0
1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995
Source : recensement population 1999, Insee.
Les premières vagues d’immigration ont des causes politiques. Elles sont suivies
d’une phase de regroupement familial.
économie 1er trimestre 200326 DE LAREUNIONici et ailleurs
en trois grandes vagues
lioration du contexte politique en Haïti. Des femmes avec
La politique de regroupement familial
Pour une nationalité, un profilbeaucoup d’enfants
menée au début des années quatre-vingt
par l’Office des migrations internationa-
Les femmes de Guyane de 1999 mettentles (OMI) permit un ultime rebond de
au monde durant leur vie 3,9 enfants (1).l’immigration haïtienne. Ils ne représen- Pyramide des âges des Surinamais
Elles détiennent presque le record de Guyane en 1999tent plus que9%dela population en
d’Amérique du Sud et des Caraïbes. Sui- ans1999, constituant le deuxième groupe
vant leur nationalité, les femmes n’ont 17 654 Surinamais 90étranger derrière les Surinamais.
soit 11,3 %pas le même nombre d’enfants. Les fem- 80de la population guyanaise
mes étrangères vivant en Guyane ont 70
Photo : D. BENJAMIN - Mozaïk
beaucoup plus d’enfants que les femmes 60
Hommes Femmes
50françaises. En 1999, les Surinamaises en
40ont 6,7 en moyenne durant leur vie, les
30Haïtiennes 4,6 et les Brésiliennes 3,8,
20contre 2,9 pour les Françaises. Les taux
10
de fécondité à moins de 20 ans sont par-
0
ticulièrement élevés, résultant notam- 20 15 10 5 5 10 15 20
ment d’une mauvaise maîtrise des moyens Effectif de chaque âge pour 1 000 habitants
de contraception.
Cependant, la statistique est parfois
trompeuse. Certains bébés comptés nais-La moitié des familles surinamaises
sont installées le long du fleuve Pyramide des âges des Haïtienssent de femmes qui, elles, ne sont pas
de Guyane en 1999Maroni. comptées. En effet, un certain nombre
ansde Surinamaises traversent le Maroni
14 143 Haïtiens 90afin d’accoucher en Guyane. À Saint- soit 9,0 %Les Brésiliens sont venus les premiers 80de la population guyanaiseLaurent-du-Maroni, on estime l’indica-
en Guyane. Dès 1965, ils ont fui les dif- 70
teur conjoncturel de fécondité des Suri-
ficultés économiques de leur pays et 60Hommes Femmes
namaises à plus de 7,5. Ce chiffre estprofité des nombreux grands chantiers 50
disproportionné en comparaison de celui 40lancés en Guyane, notamment la cons-
du Surinam (entre 2,5 et 3 enfants par 30truction du centre spatial guyanais. Au
femme en 2001). On peut estimer à 500 20début, les migrants étaient en majorité
le nombre de naissances de mères habi- 10des hommes en âge de travailler. Au fil
tant à l’étranger, soit 10 % du total des 0des années, ils ont été de plus en plus 20 15 10 5 5 10 15 20naissances de Guyane. Pour les mèresnombreux à s’installer en famille pour Effectif de chaque âge pour 1 000 habitants
étrangères, 15,7 enfants naissent sans vie
profiter des conditions de vie plus favo-
pour 1 000 naissances alors que pour lesrables en Guyane qu’au Brésil. En 1999,
françaises, ce nombre s’élève à 7,5 pourprès de5%dela population de la
1 000.Guyane est de nationalité brésilienne.
Pyramide des âges des Brésiliens
En 1999, les habitants de Guyane de ces de Guyane en 1999Pour ces trois populations, l’immigration
trois principales communautés étrangè-est due à des facteurs politiques (guerre ans
res contribuent pour près de 50 % au 7 171 Brésiliens 90civile, troubles politiques, dictatures) et
soit 4,6 %solde naturel. Ces populations se carac- 80à des facteurs économiques. Travailler de la population guyanaisetérisent par une très faible part de per- 70dans l’industrie, le bâtiment, l’agricul-
sonnes âgées (à peine 3 % des Surina- 60Hommes Femmesture en Guyane permet aux Surinamais,
mais ont plus de 60 ans), et donc une 50aux Haïtiens et aux Brésiliens de subve-
40mortalité faible. À l’inverse, le grandnir à la fois à leurs besoins et à ceux de
30nombre de femmes jeunes favorisent uneleur famille restée au pays.
20forte natalité : 24 % des naissances en
10Guyane sont le fait des Surinamaises.
0
20 15 10 5 5 10 15 20
Si en 1990, les immigrés étaient surtout
Effectif de chaque âge pour 1 000 habitants
des hommes (à 55 %) venus travailler
(1) Nombre d’enfants que mettrait au monde sur les grands chantiers de Guyane, la
une femme ayant atteint l’âge de 50 ans, si à tendance s’est renversée dix ans plus Source : recensement de la population dechaque âge, elle devait connaître la fécondité
tard puisque les femmes deviennentobservée une année donnée (indicateur 1999, Insee.
conjoncturel de fécondité). majoritaires. En 1992 et 1993, l’OMI a
économie1er trimestre 2003
DE LAREUNION 27ici et ailleurs
procédé à une grande opération de régu- d’enfants par famille s’élève ainsi à 2,6
larisation provoquant une hausse des pour les immigrés et à 1,9 pour les Fran-
Des couples métissés demandes de regroupement familial, çais. Ce sont bien entendu les familles
notamment pour les familles haïtiennes. surinamaises qui comprennent le plus
La Guyane est depuis longtemps un pays La proportion de femmes immigrées en d’enfants, avec 3 en moyenne.
de mélange. L’état civil confirme cette âge de procréer s’est donc accrue. La
tradition : en 1999, environ un bébé sur Les familles étrangères sont réparties dejeunesse de ces populations favorise aus-
trois est né de deux parents de la même manière que les familles fran-
si la natalité.nationalités différentes. Ceci explique çaises : près de la moitié vivent dans
aussi pourquoi le nombre d’enfants de l’île de Cayenne, 14 % à Saint-Lau-
nationalité étrangère est plus faible que Des âges très différents rent-du-Maroni et 13 % à Kourou. Néan-
le poids démographique des femmes pour les trois communautés moins, chaque communauté a tendance àétrangères le laissait attendre.
se “rapprocher” de son pays d’origine.
De même, au recensement de 1999, près Les Surinamais sont très jeunes. Plus de les Brésiliens sont plus nombreux à l’Est
d’un couple sur cinq est mixte. la moitié de la population a moins de 20 et la moitié des familles surinamaises
sont installées le long du Maroni.ans. La pyramide des âges a un profil
similaire avec les pays d’Amérique du
Entre 1990 et 1999, le nombre de famil-L’auteur Sud. Elle se caractérise par une base
les monoparentales a nettement augmen-
large et un sommet effilé, signe d’une
té. Durant cette décennie, 40 % desRémi CHARRIER est chargé d’études à la population très jeune. La forme pyrami-
familles étrangères venues s’installer endirection interrégionale Antilles-Guyane dale est due à la forte natalité.
de l’Insee. Guyane sont monoparentales. Des mères
de famille, souvent jeunes, viennent enL’histoire de l’immigration haïtienne se
Guyane à la recherche de meilleureslit dans la pyramide des âges de 1999.
Elle se caractérise par une classe creuse conditions de vie. Malgré leur jeunesse,Source
pour les jeunes adultes (20-30 ans). Les plus de 25 % d’entre elles ont au moins
trois enfants.Haïtiens sont en effet arrivés en deuxCet article a d’abord été publié dans
Antiane-éco n° 54 (octobre 2002 ) par la vagues successives : la première dans les
direction interrégionale Antilles-Guyane années soixante-dix pour fuir les trou- Une explication
de l’Insee. bles politiques en Haïti et la seconde au
socio-économique
début des années quatre-vingt-dix dans
le cadre du regroupement familial.
Les divergences dans le comportement
L’immigration brésilienne, largement démographique des familles françaises
dominée par les hommes jusqu’en 1990 et étrangères s’expliquent en partie par
s’est féminisée par la suite. Les femmes des différences de structure socio-écono-
représentent 49 % des personnes de mique.
nationalité brésilienne en 1999, contre
Les étrangers ont souvent un faible
43 % en 1990.
niveau d’études : 80 % d’entre eux sont
Paradoxalement les enfants brésiliens sont sans diplôme.
assez peu nombreux, alors que les fem-
Plus de 30 % d’entre eux sont ouvriers,mes brésiliennes ont une forte fécondité.
notamment dans le BTP et dans la moi-
Parmi toutes les nationalités présentes en
tié des familles immigrées étrangères, on
Guyane, ce sont les Brésiliens qui ont le
compte au moins un chômeur. Or, lesplus tendance à avoir un conjoint de
familles d’ouvriers et d’agriculteurs sontnationalité française. De ce fait, environ
des familles traditionnellement nom-
deux tiers des enfants nés d’une mère
breuses. À l’inverse, les catégories
brésilienne ont un père de nationalité
socioprofessionnelles prédominantes des
française, et sont donc Français.
familles françaises (employé, profession
En 1999, les familles immigrées étran- intermédiaire) sont celles qui fondent le
gères, c’est-à-dire dont le chef de famille moins de familles nombreuses. À niveau
est né étranger dans un pays étranger, social égal, l’écart entre le nombre
représentent 36 % des familles guyanai- d’enfants dans les familles françaises et
ses. La population immigrée contribue, les familles immigrées étrangères tend à
grâce à son importance numérique, à sa se réduire.
structure par âge et par sexe et à son
La culture et le développement écono-
niveau de fécondité, au maintien des
mique du pays d’où ils viennent expli-
familles nombreuses en Guyane.
quent le reste des différences.
Loin du modèle français de famille à
Rémi CHARRIER
deux enfants, 40 % des familles immi-
grées ont trois enfants ou plus de moins
de 25 ans, contre 25 % pour les familles
françaises de Guyane. Le nombre moyen
économie 1er trimestre 200328 DE LAREUNION

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