Les loisirs des actifs : un reflet de la stratification sociale

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Le temps de loisirs des actifs s'organise à un double niveau. Au quotidien, il est principalement encadré par les contraintes du temps de travail professionnel et des tâches domestiques et apparaît essentiellement comme un temps résiduel. D'un autre côté, beaucoup d'activités de loisirs, dont la fréquence dépend surtout des ressources sociales, culturelles et financières des individus, demandent à être planifiées et réclament des plages de temps libre plus étendues que celles offertes par l'emploi du temps des jours de travail ordinaires. Ces deux échelles temporelles, le quotidien et le temps long, sont, en partie, liées par un principe de compensation. Les catégories qui disposent de peu de temps libre au quotidien (en particulier les cadres) sont celles dont la propension aux loisirs du temps long est la plus forte - surtout pour les loisirs culturels. Celles qui disposent de beaucoup de temps libre au quotidien (principalement les ouvriers) sont celles pour lesquelles cette propension est la plus faible. Pour l'essentiel, ce sont principalement les ressources financières et culturelles des individus qui expliquent la propension aux loisirs du temps long quel que soit leur contenu, la capacité à user d'un temps de loisirs rationné apparaissant elle-même fortement dépendante de ces mêmes facteurs.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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EMPLOI DU TEMPS
Les loisirs des actifs : un reflet
de la stratification sociale
Philippe Coulangeon, Pierre-Michel Menger
et Ionela Roharik*
Le temps de loisirs des actifs s’organise à un double niveau. Au quotidien, il est
principalement encadré par les contraintes du temps de travail professionnel et des tâches
domestiques et apparaît essentiellement comme un temps résiduel. D’un autre côté,
beaucoup d’activités de loisirs, dont la fréquence dépend surtout des ressources sociales,
culturelles et financières des individus, demandent à être planifiées et réclament des
plages de temps libre plus étendues que celles offertes par l’emploi du temps des jours
de travail ordinaires.
Ces deux échelles temporelles, le quotidien et le temps long, sont, en partie, liées par un
principe de compensation. Les catégories qui disposent de peu de temps libre au
quotidien (en particulier les cadres) sont celles dont la propension aux loisirs du temps
long est la plus forte – surtout pour les loisirs culturels. Celles qui disposent de beaucoup
de temps libre au quotidien (principalement les ouvriers) sont celles pour lesquelles cette
propension est la plus faible. Pour l’essentiel, ce sont principalement les ressources
financières et culturelles des individus qui expliquent la propension aux loisirs du temps
long quel que soit leur contenu, la capacité à user d’un temps de loisirs rationné
apparaissant elle-même fortement dépendante de ces mêmes facteurs.
* Philippe Coulangeon, Pierre-Michel Menger et Ionela Roharik appartiennent au CESTA – EHESS/CNRS.
Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.
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n 1999, les actifs occupés consacraient cha- quées au cours de la journée de remplissage du
que jour, en moyenne, 2 h 13 mn à des acti- carnet et taux d’incidence des 14 catégories deE
vités de loisirs, compte tenu des activités de loisirs retenues dans la nomenclature des
« semi-loisirs » (bricolage et jardinage princi- activités quotidiennes (cf. encadré 1) (3). La
palement). Non strictement accomplies sous deuxième porte sur les variables du question-
naire individu correspondant aux activités del’emprise de la nécessité, celles-ci peuvent donc
loisirs effectuées au cours des quatre semainesêtre soustraites au calcul des temps contraints
précédant l’enquête : nombre d’activités pra-des jours ordinaires de travail. Ces activités
tiquées parmi les huit activités désignéesquotidiennes ne représentent, toutefois, qu’une
comme activités de loisirs dans le questionnairepartie des loisirs des actifs. Plus le temps requis
et taux d’incidence de chacune d’entre ellespar les loisirs est important, et moins ils peuvent
(cf. encadré 2). Enfin, la troisième comprend uns’inscrire dans les interstices libérés au quoti-
ensemble de caractéristiques socio-démogra-dien des contraintes du temps de travail et des
phiques (sexe, âge, diplôme, catégorie sociopro-tâches domestiques. Il en va notamment ainsi de
fessionnelle, taille de la commune de résidence,la plupart des loisirs de sortie, qu’il s’agisse
revenu moyen par unité de consommation dud’activités de plein air ou de sorties à caractère
ménage de l’individu), auxquelles s’ajoute uneculturel, qui demandent généralement à être un
variable mesurant la durée de l’ensemble destant soit peu planifiées et qui s’effectuent plutôt
temps contraints (travail professionnel et tâchesau cours des périodes de repos ou de congés.
domestiques) au cours de la journée de remplis-L’enquête Emploi du temps 1998-1999 de
sage du carnet. Ces données sont ensuite soumi-l’Insee tient compte de ces deux catégories de
ses à une analyse des correspondances multiplespratiques, en enregistrant en parallèle la fré-
dans laquelle les variables des deux premièresquence des loisirs pratiqués au quotidien, dans
séries sont traitées en variables actives et cellesle carnet d’activité rempli le jour de l’enquête, et
de la troisième série en variables complémentai-celle des activités pratiquées au cours des quatre
res. Le plan des deux premiers facteurs repré-semaines qui la précèdent, dans le questionnaire
senté dans le graphique suggère deux logiquesindividu (1).
distinctes d’organisation des loisirs selon
l’amplitude temporelle considérée : temps longCette double temporalité des loisirs est présen-
des loisirs saisis dans le questionnaire rétrospec-tée ici à partir d’une analyse des correspondan-
tif sur les quatre dernières semaines, tempsces multiples effectuée sur un sous-échantillon
court des loisirs quotidiens consignés dans lede l’enquête Emploi du temps (2). Les caracté-
carnet. (1) (2) (3)ristiques de ces activités relèvent de chacun de
ces deux ordres temporels : loisirs du quotidien
et loisirs occasionnels s’inscrivant dans la L’organisation du temps libre : un reflet
durée. En se limitant aux actifs occupés décrits de la stratification sociale et culturelle
dans leur quotidien de travail ordinaire, on cher-
che à préciser la relation entre le rationnement Le premier facteur, qui absorbe près de 8 % de
du temps libre au quotidien sous la contrainte du la variance totale du nuage de points, est princi-
temps de travail et du temps consacré aux tâches palement construit par la variable du nombre de
domestiques, et l’incidence des pratiques de loi-
sirs saisies dans la description rétrospective des
activités effectuées au cours des quatre semai- 1. Cet article s’appuie sur une exploitation des résultats de l’édi-
tion 1998-1999 de l’enquête Emploi du temps de l’Insee. Cettenes précédant l’enquête. Il s’agit ici, plus parti-
enquête, menée auprès de 16 136 individus répartis dans 15 150
culièrement, de tester l’hypothèse d’une com- ménages, fournit, après celles de 1974-1975 et 1985-1986, trois
séries d’informations sur les emplois du temps des Français. Lapensation entre ces deux échelles temporelles.
première provient du questionnaire rempli par l’ensemble des
16 136 individus de l’échantillon, la deuxième du carnet d’activi-
tés rempli par 15 441 individus, et qui rend compte, par séquence
de 10 minutes, de l’ensemble des activités effectuées au cours
d’une journée, et enfin la troisième du semainier rempli par 6 396Une double échelle
individus. L’ensemble des résultats commentés dans cet article
portent exclusivement sur les deux premières séries de données.du temps des loisirs
2. Échantillon de 4 290 individus comprenant l’ensemble des
actifs occupés ayant rempli au cours de l’enquête un carnet
d’activités journalier durant une journée ordinaire de travail ne
es individus présents dans l’échantillon sont présentant pas de caractère exceptionnel.
3. Les activités inscrites dans le carnet journalier peuvent l’être àLcaractérisés par trois séries de variables. La
titre d’activité principale ou à titre d’activité secondaire. Pour cer-
première comporte un ensemble de descripteurs taines activités de loisirs, comme la télévision et surtout, l’écoute
de la radio, la citation à titre est très fré-des pratiques quotidiennes de loisirs renseignées
quente. Dans la mesure où l’on s’intéresse ici aux activités de loi-dans le carnet journalier à titre d’activité
sirs pratiquées pour elles-mêmes, seules sont retenues les
principale : nombre d’activités de loisir prati- activités citées à titre d’activité principale.
40 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 352-353, 2002
Encadré 1
UNE NOMENCLATURE DES PRATIQUES QUOTIDIENNES DE LOISIRS
Dans quelle mesure les pratiques liées à la commen- activités. Une difficulté technique, qui tient à la fai-
salité relèvent-elles des loisirs ? Jusqu'à quel point les blesse des temps moyens consacrés aux activités de
tâches liées à l'éducation et au divertissement des loisirs au quotidien, conduit à opérer des regroupe-
enfants relèvent-elles du temps contraint ? Face à ments entre les différentes pratiques. Toutefois, afin
l'incertitude qui affecte la définition du temps de loi- d’assurer le lien, lorsque cela est possible, entre les
sirs, le choix a été fait dans cet article d'éliminer du informations collectées dans les carnets et les infor-
champ des loisirs toutes les activités équivoques mais mations recueillies dans les questionnaires individus,
d’y intégrer les activités désignées par l'Insee comme certains regroupements adoptés par l’Insee n’ont pas
activités de « semi-loisirs » (jardinage et bricolage, été retenus, quitte à isoler des activités dont les taux
pour l'essentiel, c’est-à-dire les postes 370 à 379 de la d’incidence apparaissent particulièrement faibles
nomenclature des activités de loisirs de l’enquête (cf. tableau). Cette décision introduit une contrainte
Emploi du temps 1998, exception faite du poste 371, forte dans le traitement statistique d’informations dont
isolé par ailleurs), dans la mesure où ces activités la significativité est affectée par la faiblesse relative
d'autoproduction répondent aux trois principaux critè- des effectifs. Étant donnée la méthode d’analyse
res de la définition canonique du loisir (absence de adoptée dans cet article (ACM sur les pratiques de loi-
contrainte institutionnelle, désintéressement, plaisir). sirs au quotidien et sur les quatre semaines précédant
De la même façon ont été inclues dans les temps de l’enquête), cette contrainte n’apparaît pas insurmonta-
loisirs les activités de création artistique (poste 371) et ble. Pour un certain nombre de variables, les modalités
les réceptions et sorties (postes 510 à 513). sont, en partie ou en totalité, ventilées dans l’ACM
lorsque les effectifs correspondant sont inférieur à 2 %
Dans les séries de données collectées dans l’enquête de l’effectif total de l’échantillon. L’ACM détermine
Emploi du temps au niveau des carnets journaliers, les leurs coordonnées dans le plan factoriel, mais elles ne
variables considérées correspondent au nombre de contribuent pas à la définition des facteurs.
séquences et aux temps déclarés pour les différentes
Tableau
Nomenclature des activités de loisirs
Libellé de
Variable Modalités Postes du carnet
la variable
1 Semi- Semi-loisirs 0 = absence 370 : Semi-loisirs (Bricolage, jardinage, etc.) à but associatif
loisirs 1 = présence une fois 372 : Réparations et travaux d’entretien relatifs aux voitures et
> 1 = présence plusieurs fois deux roues
373 : Bricolage
374 : Jardinage
375 : Soins aux animaux domestiques (vaches, porcs, poules),
hors travail professionnel classé en 211
376 : Soins aux animaux de compagnie
377 : Autres activités ménagères (visites d’une nouvelle maison
d’habitation, etc.)
379 : Semi-loisirs (Bricolage, jardinage, etc.) pour un autre
ménage
2 Sortie Sorties (hors 0 = absence 510 : Réceptions et sorties associatives
spectacles) 1 = présence une fois 511 : Visite chez des amis, parents, hors ménages (n.c. repas)
> 1 = présence plusieurs fois 512 : Réception d’amis, parepas)
513 : Autres sorties donnant lieu à des rencontres (kermesse,
fête de village, dancing, discothèque, etc.)
3 Sport Sport 0 = absence 610 : Activités associatives relatives à un club sportif
1 = présence une fois 611 : Culture physique chez soi 612 : Activités sportives (entraînement ou compétition, jeux
sportifs)
4 Balade Balades 0 = absence 620 : Activités associatives relatives à un « club » promenades,
1 = présence une fois chasse, pêche, champignons
> 1 = présence plusieurs fois 621 : Promenades et excursions
622 : Promenade au jardin
624 : Promenades en ramassant des fruits, des champignons,
etc.
625 : Plage, activités relatives au camping
5 Chasse- Chasse- 0 = absence 623 Chasse-pêche
pêche pêche 1 = présence une fois
> 1 = présence plusieurs fois
6 Lecture Lecture 0 = absence 631 : Lecture (sans autre indication) 632 : Lecture de livres 633 : Lecture de revues, de journaux

ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 352-353, 2002 41
pratiques de loisirs effectuées au cours des qua- raît lui aussi nettement corrélé avec le nombre
tre semaines précédant l’enquête, dont la contri- de pratiques saisies sur le rétrospectif long.
bution est la plus élevée parmi l’ensemble des L’âge, enfin, est négativement corrélé à cet indi-
variables actives. Le déplacement de la droite cateur, dont l’association avec la résidence dans
vers la gauche du plan factoriel correspond ainsi les grandes agglomérations française, et a for-
à une augmentation du nombre et de la fré- tiori à Paris, suggère par ailleurs l’effet des con-
quence des activités déclarées dans le question- traintes de localisation des équipements de loi-
naire rétrospectif, quel qu’en soit le contenu. sirs, principalement perceptible dans le domaine
des loisirs culturels (bibliothèques, musées,
théâtres, salles de concerts et cinémas).Ce premier facteur discrimine par ailleurs nette-
ment les comportements observés en fonction
des variables socio-démographiques projetées Ainsi, la temporalité des loisirs saisie par l’enre-
en variables supplémentaires sur le plan facto- gistrement des pratiques effectuées dans le mois
riel. S’agissant du nombre d’activités pratiquées précédent l’enquête apparaît sous-tendue par
au cours des quatre semaines précédant l’inégale capacité à planifier et à organiser de
l’enquête, ce premier axe oppose ainsi, du côté manière active l’espace du temps libre, capacité
gauche, les cadres et les professions intermé- qui semble dépendre pour l’essentiel du revenu
diaires, aux ouvriers et aux agriculteurs, du côté et des facteurs sociaux et culturels traditionnelle-
droit. Il oppose, de la même façon les hauts ment mis en avant dans l’analyse des disparités
revenus (11 000 francs – 1 677 euros – ou plus observées en matière de pratiques culturelles.
de revenu mensuel par unité de consommation),
du côté gauche de l’axe, aux niveaux de vie les
Les loisirs quotidiens : un temps résiduelplus modestes (revenu par unité de consomma-
tion inférieur à 5 500 francs – 838 euros), du
côté droit. Le niveau de diplôme, qui distingue Le deuxième facteur, qui absorbe un peu moins
nettement les diplômés du supérieur des non- de 5,5 % de la variance totale du nuage de
diplômés, et même des seuls bacheliers, appa- points, hiérarchise principalement les individus
Encadré 1 (suite)
Tableau (suite)
Libellé de
Variable Modalités Postes du carnet
la variable
7 Radio, hi-fi Radio, hi-fi 0 = absence 636 : Écoute de la radio
1 = présence une fois 637 : Écoute de disques, K7, CD
> 1 = présence plusieurs fois
8 Télé Télévision, 0 = absence 634 : Télévision
vidéo 635 : Vidéo
9 Farniente Farniente 0 = absence 641 Ne rien faire, penser, se détendre
1 = présence une fois
> 1 = présence plusieurs fois
10 Ciné Sorties au 0 = absence 653 : Cinéma
cinéma
11 Autres Autres sorties 0 = absence 652 : Assistance à un spectacle, concert, variété, cirque, foire,
sorties culturelles 1 = présence une fois fête foraine, théâtre, ballet, salon auto, etc.
culturelles > 1 = présence plusieurs fois 654 : Musée, expos
12 Spectacles Sorties à 0 = absence 651 : Assistance à un spectacle sportif
un spectacle
sportif
13 Jeux Jeux 0 = absence 662 : Jeux de société, jeux électroniques d’extérieur (flipper,
1 = présence une fois etc.)
> 1 = présence plusieurs fois 663 : Jeux de hasard et d’argent
664 : Divers (mots croisés, concours, modélisme)
665 : Réalisation et visionnage de films, vidéo, photos
666 : Micro-informatique domestique, jeux informatiques
667 : Jeux SAI
668 : Loisirs SAI
14 Art Pratiques 0 = absence 371 Créations artistiques
artistiques 1 = présence une fois 661 : Pratique de la musique, du théâtre, de la danse (hors
amateur > 1 = présence plusieurs fois cours)
42 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 352-353, 2002
selon la variable du nombre d’activités de loisirs tion des usages du temps long. On peut ainsi
pratiquées chaque jour, qui lui apporte la plus avancer que le temps quotidien n’est pas un
forte contribution. Le déplacement de la partie temps de la distinction (Bourdieu, 1979), qui se
basse vers la partie haute du plan factoriel cor- manifeste en revanche très nettement, comme il
respond ainsi à une augmentation du nombre vient d’être montré, dans la saisie rétrospective
des activités de loisirs effectuées au quotidien et des loisirs sur le temps long.
de la fréquence de la plupart d’entre elles prises
séparément au cours de la journée de remplis-
sage du carnet. L’espace des loisirs
Les paramètres introduits en variables supplé-
mentaires apparaissent moins nettement organi- a liste des activités de loisir citées dans le
sés sur ce facteur que sur le précédent, à carnet journalier recoupe imparfaitementL
l’exception de la variable de la durée totale des celle soumise dans le questionnaire au titre des
temps contraint (temps de travail et temps des pratiques effectuées durant les quatre semaines
tâches domestiques) au cours de la journée de précédant l’enquête. On peut toutefois établir
remplissage du carnet, qui apparaît négative- une certaine équivalence en ce qui concerne les
ment corrélée au nombre d’activités de loisirs sorties au cinéma, les sorties culturelles, les sor-
pratiquées au cours de cette même journée. À ties à un spectacle sportif et les pratiques sporti-
l’échelle du quotidien des jours ordinaires de ves, présentes, sous des libellés voisins, aux
travail, le temps de loisirs apparaît donc comme deux niveaux d’enregistrement des pratiques.
un temps résiduel, dont l’organisation résulte Les trois premières citées sont présentes dans
principalement des contraintes exercées par les moins d’1 % des carnets remplis au cours des
autres temps de la journée, et dépend peu, en jours ordinaires de travail, mais en proportion
revanche, des ressources économiques, sociales sensiblement plus élevée dans les carnets rem-
et culturelles qui interviennent dans l’organisa- plis durant les jours de congés et de vacances,
Encadré 2
UNE NOMENCLATURE DES LOISIRS DES QUATRE SEMAINES PRÉCÉDANT L’ENQUÊTE
Les pratiques de loisirs effectuées au cours des quatre En ce qui concerne les pratiques saisies sur les quatre
semaines précédant l’enquête et citées dans le ques- semaines précédant l’enquête, la nomenclature
tionnaire figurent dans le tableau ci-dessous. reprend telle quelle la liste des activités citées dans le
questionnaire individus.
Variable Libellé de la variable Modalités
1 CINE Sortie au cinéma 0 = aucune
1 = une seule
> 1 = plusieurs fois
2 TH. CONC Sortie au concert, au théâtre ou au ballet 0 = aucune
1 = une seule
3 MUSEE Visite d’un musée ou d’une exposition d’art 0 = aucune
1 = une seule
> 1 = plusieurs fois
4 BIBLIOTH Fréquentation d’une bibliothèque 0 = aucune
1 = une seule
5 SPEC. SPOR Assistance à un spectacle sportif 0 = aucune
1 = une seule
> 1 = plusieurs fois
6 PARC. EXC Visite d’un parc d’attraction ou excursion 0 = aucune
1 = une seule
7 AUTR. DIV Autre divertissement 0 = aucune
1 = une seule
> 1 = plusieurs fois
8 SPORT Pratique d’une activité sportive 0 = aucune
1 = une seule
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 352-353, 2002 43
cités ici à titre de comparaison, et qui ne font pas Parmi les pratiques de loisirs qui relèvent nette-
l’objet de l’analyse présentée dans cet article ment de l’environnement quotidien, selon le cri-
(cf. tableau 1). Elles comptent plus précisément tère retenu au paragraphe précédent, cinq appa-
au nombre des activités de loisir pour lesquelles raissent nettement liées à l’espace domestique :
le rapport entre le taux d’incidence mesuré dans farniente, télévision, lecture, radio et hi-fi, semi-
les carnets remplis au cours des jours ordinaires loisirs. Ces activités, qui peuvent être fraction-
de travail et les carnets remplis au cours des nées et se combiner à d’autres pratiques, comme
jours de congés ou de vacances est supérieur à c’est nettement le cas pour la télévision, ne
deux, seuil qui peut-être retenu comme valeur nécessitent ni mise en condition particulière, ni
limite au-delà de laquelle les activités de loisir dépenses de temps associées (temps de transport
sortent nettement de l’espace des loisirs du en particulier), et s’intercalent aisément entre
quotidien. les autres temps sociaux. Si certaines d’entre
elles requièrent des coûts d’équipement non
négligeables (télévision, hi-fi), il s’agit en outre
Les loisirs quotidiens sont souvent de loisirs dont les coûts marginaux sont faibles
des loisirs d’intérieur ou nuls. (4)
Certaines de ces activités, qui ont une incidence
faible, voire très faible, lorsqu’elles sont saisies Les loisirs culturels de sortie concernent
au niveau quotidien (4), et dont la pratique surtout les classes supérieures
requiert un temps qui n’est ordinairement pas
compatible avec les contraintes du quotidien, Ces loisirs domestiques, qui apportent au
n’apparaissent pourtant pas comme marginales deuxième facteur une contribution particulière-
lorsqu’elles sont saisies sur une plus large ment forte, notamment dans le cas des semi-loi-
échelle temporelle – de 11 à 15 % pour les sor- sirs, de la lecture et de la télévision, s’opposent
ties au spectacle ou l’assistance à des spectacles aux activités qui se déroulent prioritairement
sportifs, et 29 %, pour le cinéma (cf. tableau 2). hors du cadre domestique, qui demandent à être
À cette distinction entre loisirs quotidiens et loi- préparées et planifiées sur une durée qui
sirs non quotidiens s’ajoute une double opposi- dépasse généralement l’échelle du quotidien et
tion qui la recoupe en partie, sans la recouvrir en
totalité : opposition entre loisirs d’intérieur et
4. Dans l’analyse des correspondances multiples, les modalitésloisirs d’extérieur, d’une part, opposition entre
correspondantes n'atteignant pas le seuil de 2 % fixé pour laloisirs culturels et loisirs non culturels, d’autre
prise en considération au titre des modalités actives ne contri-
part. buent pas à la construction des facteurs.
Tableau 1
Taux d’incidence des pratiques de loisirs quotidiennes des actifs occupés selon le type de journée
En %
Journée normale Jours de congés
de travail et de vacances Ensemble (b)/(a)
(a) (b)
Farniente 14,8 15,1 14,9 1,0
Télévision, vidéo 70,2 77,3 72,4 1,1
Lecture 25,4 35,5 28,6 1,4
Radio, hi-fi 3,4 5,3 4,0 1,5
Semi-loisirs 23,8 41,5 29,3 1,7
Pratiques artistiques amateurs 0,3 0,5 0,4 1,8
Sport (1) 5,8 10,8 7,4 1,8
Jeux 6,9 15,8 9,7 2,3
Sorties (hors spectacles) 12,5 33,2 19,0 2,7
Sorties au cinéma (1) 0,7 2,7 1,3 3,9
Autres sorties culturelles (1) 0,6 2,8 1,3 4,3
Balades 4,9 27,0 11,8 5,5
Chasse-pêche 0,2 1,7 0,7 7,0
Sorties à un spectacle sportif (1) 0,3 2,2 0,9 8,6
Taille de l’échantilllon 4 290 1 888 6 178
1. Ces activités ont un équivalent strict dans le rétrospectif sur quatre semaines.
Lecture : 10,8 % des carnets remplis durant une journée de vacances ou de congés contiennent une pratique sportive, soit 1,8 fois plus
que dans les carnets remplis au cours d’une journée ordinaire de travail.
Champ : ensemble des individus ayant rempli un carnet au cours d’une journée normale de travail, d’un jour de repos légal ou férié non
travaillé ou d’une journée de vacances (6 178 individus).
Source : enquête Emploi du temps 1998-1999, Insee.
44 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 352-353, 2002
qui sont aussi, pour la plupart d’entre elles, des mesure où il met en jeu simultanément loisirs
activités relativement onéreuses, en comparai- occasionnels et loisirs du quotidien. Les com-
son des loisirs du quotidien : sorties au cinéma, portements en matière de lecture, en particulier,
sorties culturelles, assistance à un spectacle relève d’une interprétation simultanée des deux
sportif et pratique d’une activité sportive. La axes. La lecture, qui est en effet assez proche du
pratique de ces activités apparaît inversement pôle des loisirs culturels de sortie, de par les
très nettement liée au premier facteur, et son caractéristiques sociales qui lui sont associées et
intensité, clairement associée aux caractéristi- de par son positionnement dans le plan factoriel,
ques socioculturelles des individus (catégorie apparaît en effet comme le plus « extérieur »
socioprofessionnelle, diplôme, lieu de résidence des loisirs d’intérieur, comme le plus enclin à
et revenu), semble beaucoup moins dépendante extraire les loisirs quotidiens des frontières de
du volume de temps libre quotidiennement dis- l’espace domestique.
ponible que celle des activités précédemment
À l’opposé, les variations d’intensité de l’usagedécrites. Elle sépare ainsi assez nettement le
quotidien de la télévision, qui, dans ses modali-mode de vie des catégories supérieures du sala-
tés extrêmes (c’est-à-dire aucune séquence auriat (cadres supérieurs et professions intermé-
cours de la journée de remplissage du carnet vsdiaires) de celui des classes populaires (agricul-
plusieurs séquences), apporte une forte contri-teurs et ouvriers) qui s’opposent sous le rapport
bution au premier facteur, sans équivalent parmides ressources détenues et mises en œuvre dans
les autres pratiques quotidiennes, décrivent uneles loisirs ; revenu et capital culturel, d’un côté,
diagonale qui suggère l’effet inverse, parmi lestemps libre, de l’autre.
variables introduites en variables supplémentai-
res dans l’analyse des correspondances, des res-Un troisième principe de différenciation, lié au
sources les plus liées au premier facteur (capitalcontenu culturel des loisirs, isole à l’extrême
culturel) et les plus liées au second facteurgauche du plan des deux premiers facteurs, la
(temps libre quotidiennement disponible). Pluspratique intensive, au cours des quatre semaines
les disponibilités quotidiennes en temps libreprécédant l’enquête, des activités à fort contenu
sont importantes et moins le capital culturel estculturel (fréquentation des théâtres, des salles
élevé, plus la pratique quotidienne de la télévi-de concerts, des musées, des expositions, des
sion est intensive, et plus la probabilité d’occur-bibliothèques), qu’il oppose à la pratique inten-
rence des pratiques occasionnelles de loisirssive, au quotidien, des activités les plus éloi-
cultivés est faible. Inversement, la probabilitégnées du pôle de la « culture cultivée » (télévi-
d’occurrence de cette dernière catégorie de pra-sion, semi-loisirs, chasse et pêche). S’il se
tiques apparaît d’autant plus forte que le tempsdéduit principalement du premier facteur, aux-
de loisirs quotidien est contraint par un temps dequelles les activités à fort contenu culturel
travail professionnel et domestique important etapportent une contribution plus élevée que celle
que la dotation en capital culturel est élevée. Lades autres loisirs, à l’exception de la pratique
télévision apparaît ainsi comme le loisir de pré-sportive, la prise en compte simultanée des deux
dilection de ceux dont le temps libre est la seuleaxes permet d’en préciser le sens, dans la
ressource disponible en abondance et qui ne dis-
posent pas à l’inverse des ressources sociales et
culturelles qui autorisent l’accès aux autres loi-
Tableau 2
sirs, et singulièrement aux loisirs culturels (5).Taux d’incidence des pratiques de loisirs
au cours des quatre semaines précédant
l’enquête
En % 5. Les trois premiers facteurs issus de l’ACM totalisent 17,35 %
de la variance totale du nuage de points. Les facteurs suivants,
Pratique d'une activité sportive 49,0 qui absorbent moins de 4 % de la variance totale, ne sont pas
retenus dans l’analyse présentée dans cet article. Le troisièmeSortie au cinéma 29,1
facteur fait nettement apparaître la différenciation des loisirs
Autre divertissement 24,0 selon leur contenu culturel notamment à travers l’opposition,
parmi les loisirs quotidiens, de la lecture et de la télévision, quiAssistance à un spectacle sportif 15,7
apparaissent négativement corrélées. La projection des variables
Visite d'un parc d'attraction ou excursion 13,8 illustratives dans le plan formé par les premier et troisième fac-
teur, non commenté dans cet article, désigne par ailleurs la prati-Visite d'un musée ou d'une exposition d'art 13,5
que intensive de la télévision comme l’un des loisirs
Fréquentation d'une bibliothèque 11,8 emblématiques des ruraux et des habitants des villes moyennes,
et plus généralement, des catégories situées au bas de l’échelleSortie au concert, au théâtre ou au ballet 11,1
des catégories socioprofessionnelles, des qualifications et des
revenus, tandis que le fait de ne pas regarder du tout la télévisionLecture : 29,1 % des répondants ont été au moins une fois au
pendant le temps libre est associé aux caractères opposéscinéma durant les 4 semaines précédant l’enquête.
(cadres, habitants des grandes agglomérations et singulièrementChamp : ensemble des individus ayant rempli un carnet au cours
parisiens) et à la fréquentation des équipements culturels dansd’une journée normale de travail (4 290 individus).
les quatre semaines précédant l’enquête.Source : enquête Emploi du temps 1998-1999, Insee.
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culturels, au volume et à la nature des capitauxLes déterminants
détenus par les individus (capital économique vsde la consommation de loisirs capital culturel). Selon cette interprétation le
rationnement du temps libre au quotidien
n’exerce pas d’effet spécifique sur les compor-es deux échelles temporelles qui se déga-
tements observés sur le temps long, lorsque sontgent de la lecture du plan des deux premiersL
contrôlés simultanément les caractéristiques desfacteurs issus de l’analyse des correspondances
individus et des loisirs.multiples apparaissent, en première analyse,
comme deux principes indépendants d’organi-
sation des loisirs des actifs. L’examen détaillé On peut enfin faire l’hypothèse que la propen-
du plan factoriel suggère toutefois l’existence sion aux loisirs mesurée sur le temps long est
d’une relation inverse entre ces deux échelles. d’autant plus élevée que le revenu est important.
Ainsi les cadres, qui sont aujourd’hui parmi les Selon ce raisonnement, l’effet contre-intuitif
actifs ceux sur qui pèsent les plus fortes con- des contraintes d’emploi du temps se manifeste
traintes d’emploi du temps au quotidien (Ferma- seulement lorsque le rationnement du temps
nian, 1999), figurent aussi parmi les plus gros libre est compensé par un niveau de revenu
consommateurs de loisirs, notamment de loisirs élevé, et résulte donc d’un arbitrage temps/
culturels (fréquentation des musées, des théâ- revenu.
tres, des cinémas et des salles de concerts), lors-
que ceux-ci sont appréhendés en dehors des
La portée de ces trois interprétations concurren-
limites du quotidien. Inversement, les ouvriers,
tes est évaluée au moyen d’un modèle logit
dont les contraintes d’emploi du temps appa-
dichotomique, qui régresse la probabilité
raissent plus faibles que celles des cadres, sont
d’occurrence des loisirs mesurée dans le ques-
parmi les plus faibles consommateurs de loisirs,
tionnaire rétrospectif des quatre semaines précé-
lorsque cette consommation est appréhendée
dant l’enquête sur la durée quotidienne du temps
sur le temps long. On peut aussi remarquer, à la
contraint, le revenu par unité de consommation et
lecture du plan factoriel, que la présence
le diplôme, auxquels s’ajoutent trois autres carac-
d’enfants dans le ménage, qui va logiquement
téristiques socio-démographiques (âge, sexe,
de pair avec un alourdissement des contraintes
composition du ménage – c’est-à-dire la présence
sur le temps quotidien, ne semble pas incompa-
ou l’absence d’enfants de moins de trois ans et de
tible avec une propension plus affirmée que
plus de trois ans), ainsi qu’une caractéristique
la moyenne aux loisirs, et notamment aux
d’environnement (commune de résidence). Pour
loisirs culturels, saisis sur le temps long
tenir compte de l’hétérogénéité des loisirs dont
(cf. graphique).
l’incidence est mesurée sur les quatre semaines
précédant l’enquête, on teste en fait deux modè-
les, qui s’appliquent pour l’un à la probabilité des
Trois interprétations loisirs culturels et pour l’autre à celle des loisirs
en termes d’arbitrage non culturels (cf. tableaux 3 et 4).
Cette relation inverse peut s’interpréter en ter- La mise en œuvre de cette procédure d’évalua-
mes d’arbitrages inter-temporel, les contraintes tion s’appuie sur un raisonnement qui conduit
qui pèsent sur le temps quotidien étant suppo- formellement à mesurer l’effet d’un événement
sées compensées par l’intensité des pratiques de daté (temps de travail professionnel et temps de
loisirs pendant les jours de congés et les jours de travail domestique le jour de remplissage du car-
repos hebdomadaires, qui transparaît indirecte- net) sur un événement qui lui est antérieur (pro-
ment dans la saisie rétrospective des loisirs pra- babilité d’occurrence des loisirs culturels au
tiqués au cours des quatre semaines précédant cours des quatre semaines précédant l’enquête).
l’enquête. Si cette première interprétation est Elle repose donc sur l’hypothèse que le temps de
vérifiée, on s’attend à ce que la durée du temps travail professionnel et le temps de travail
contraint au quotidien soit positivement liée, à domestique déclarés le jour de remplissage du
autres caractéristiques individuelles contrôlées, carnet sont représentatifs de l’emploi du temps
à la propension aux loisirs mesurée au cours des ordinaire de la personne remplissant le carnet.
quatre semaines précédant l’enquête. Cette hypothèse apparaît assez réaliste, du fait
des caractéristiques de la population retenue. En
On peut alternativement rapprocher la propen- particulier, le fait de ne retenir que les actifs
sion aux loisirs mesurée sur le temps long, en occupés ayant rempli le carnet un jour de travail
distinguant les loisirs culturels des loisirs non ne présentant pas de caractère exceptionnel,
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Graphique
L’espace des loisirs : plan des deux premiers facteurs issus de l’analyse
des correspondances multiples
Source : enquête Emploi du temps 1998-1999, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 352-353, 2002 47
limite la sensibilité du temps de travail au jour de Les loisirs dépendent plus des ressources
la semaine retenu pour le remplissage du carnet. et de l’environnement que du temps libre
Il reste que, si l’on se place dans le cadre d’un L’examen des paramètres figurant dans les
modèle d’arbitrage temps contraints/loisir, on tableaux 3 et 4 permet de rejeter sans équivoque
peut suggérer qu’un individu ayant eu peu l’hypothèse de la compensation « pure » entre
d’activités de loisir dans les semaines précédant les deux échelles temporelles du loisir. À autres
l’enquête connaît, dans la période de remplis- variables contrôlées, la durée quotidienne du
sage du carnet, une incitation forte à un rééqui- temps de loisirs n’exerce pas d’effet significatif
librage en faveur des loisirs, à supposer qu’il sur la probabilité des loisirs culturels, et si un
dispose d’une certaine maîtrise des contraintes effet significatif apparaît du côté des loisirs non
de temps de travail professionnel et domestique. culturels, il est de très faible ampleur et, surtout,
Si tel est le cas, la variable du temps contraint négatif (6). Autrement dit, la propension aux loi-
quotidien est endogène, et sa prise en compte sirs non culturels enregistrée dans la saisie
introduit un biais dans l’estimation des paramè- rétrospective des activités exercées au cours des
tres du modèle. Le test effectué selon la procé- quatre semaines précédant l’enquête est
dure décrite dans l’encadré 3, permet en fait
d’écarter cette hypothèse d’endogénéité de la
6. Rappelons que les variations du temps sont exprimées envariable « temps contraint », et les paramètres
séquences de 10 minutes. L’effet cumulé d’une augmentationqui figurent dans les tableaux 3 et 4 ne sont donc
d’une heure du temps contraint correspond donc à une multipli-
6pas biaisés. cation par (1 - 0,004) , soit un effet marginal de - 0,02 %.
Tableau 3
Probabilité des loisirs culturels au cours du mois précédant l’enquête (modèle logit dichotomique)
Effet marginal
Modalité de référence Modalité active Coefficient Test
(en %)
Constante 0,29
Fréquence de la situation de référence 57,1
Durée des temps contraints (1) - 0,0005 n.s.
Sexe Femme 0,38 < 0,001 9,1
Homme
Âge - 0,04 < 0,001 - 0,9
Commune de résidence Commune rurale 0,09 n.s.
Commune de moins de 20 000 habitants De 20 000 à 100 000 habitants 0,23 < 0,1 5,6
Plus de 100 000 habitants 0,58 < 0,001 13,3
Agglomération parisienne 0,55 12,6
Paris 1,31 < 0,001 26,1
Diplôme Bac technique ou professionnel 0,72 < 0,001 16,2
Inférieur au bac ou sans diplôme Enseignement supérieur 1,31 < 0,001 26,1
Revenu par unité de consommation Moins de 5 500 francs - 0,11 n.s.
De 5 500 à 7 999 francs De 8 000 à 10 999 francs 0,33 < 0,01 7,7
11 000 francs et plus 0,51 < 0,001 11,8
Type de ménage Avec enfants de moins de 3 ans - 0,55 < 0,001 - 13,6
Sans enfant Avec enfants de plus de 3 ans 0,07 n.s.
Avec enfants de tous âges - 0,31 < 0,1 - 7,7
- 2 Log L
Modèle avec constante seulement 5 573
Modèle avec constante et variables
indépendantes 4 792
ddl 16
P < 0,001
1. Le temps de travail et le temps des tâches domestiques pris en compte correspondent aux durées observées au cours de la jour-
née de remplissage du carnet.
La situation de référence correspond aux modalités en italique.
Lecture de l’effet marginal : pour les individus correspondant à la situation de référence, la probabilité d’avoir effectué au moins une acti-
1 1ˆ ˆvité de loisir culturel au cours du mois précédant l’enquête est égale à p = ----------------------------------- - soit en l’occurrence p = ------------------------------------ - =
1 + exp()–b0 10+ exp(),29
0,571, c’est-à-dire, exprimé en pourcentage, 57,1 %, soit la fréquence de la situation de référence. Les autres valeurs exprimées dans la
colonne effet marginal correspondent aux écarts par rapport à la modalité de référence. Ainsi, pour les femmes, la probabilité modélisée
1ˆvaut p==-------------------------------------------------------------- - 0,662 soit 66,2 %.
10+ exp[]–(),38 –0,29
et l’écart par rapport aux hommes vaut, toutes choses égal par ailleurs, 66,2 - 57,1 = 9,1 %.
Champ : ensemble des individus ayant rempli un carnet au cours d’une journée normale de travail (4 290 individus).
Source : enquête Emploi du temps 1998-1999, Insee.
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