Les lunettes à la loupe - Les femmes portent plus souvent des lunettes que les hommes

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Aux âges où la myopie est encore la principale affection de la vue, c'est-à-dire avant 50 ans, les femmes portent davantage de lunettes ou de lentilles que les hommes. En 1991, l'écart dépasse 15 points entre 15 et 30 ans. Il s'observait déjà en 1980, mais n'avait pas retenu l'attention jusqu'ici. Les données britanniques les plus récentes révèlent le même phénomène, avec des différences un peu moins marquées.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 475 JUILLET 1996
PRIX : 14F
LES LUNETTES À LA LOUPE
Les femmes portent plus souvent
des lunettes que les hommes
Pierre Mormiche, Division enquêtes et études démographiques, Insee
Jérome Wirth, Ensae
Jeune, on porte des lunettes principalementux âges où la myopie est encore la
pour cause de myopie ; puis, la presbytie
principale affection de la vue, s’installe. Ainsi, 60 % des personnes équi Ac’est à dire avant 50 ans, les fem pées déclarent une myopie entre 15 et
45 ans ; 60 % déclarent une presbytie aprèsmes portent davantage de lunettes ou de
55 ans. Jusqu’à soixante ans, les raisons de
lentilles que les hommes. En 1991, l’écartporter des lunettes sont sensiblement les
dépasse 15 points entre 15 et 30 ans. Il mêmes pour les hommes et pour les fem
mes ; par la suite, les femmes qui portents’observait déjà en 1980, mais n’avait pas
des lunettes semblent un peu plus souvent
retenu l’attention jusqu’ici. Les données myopes et un peu moins souvent presbytes
britanniques les plus récentes révèlent leque les hommes. Encore qu’une personne
atteinte à la fois de myopie et de presbytiemême phénomène, avec des différences
puisse avoir tendance à ne signaler que la
un peu moins marquées. maladie la plus ancienne : la myopie.
Près de 50 % des Français portent des lu De 15 à 50 ans, les femmes
nettes ou des lentilles de contact en 1991. portent plus de lunettes
Comme beaucoup de fonctions sensoriel
les, la vue se dégrade avec l’âge selon un Plus surprenant que la progression avec
rythme inégal. De 5 à 19 ans, la proportionl’âge, est l’écart entre hommes et femmes
de personnes équipées en lunettes ou len de 15 à 50 ans. Ces dernières sont alors
tilles croît, puis stagne à environ 30 % jus bien plus nombreuses à corriger leur vue. La
qu’au milieu de la quarantaine. Ensuite, en différence approche 20 % entre 15 et 30 ans
une dizaine d’années, la quasi totalité de laet dépasse 10 % jusqu’à 50 ans. Elle s’ame
population (90 %) est contrainte de porter nuise ensuite, et ne disparaît qu’aux âges
des verres correcteurs. les plus élevés, après 75 ans ( graphique 1).
Fréquence des affections Port de lunettes ou de lentilles selon
déclarées par les porteurs de lunettes le sexe et l’âge en 1991
ou lentilles de moins de 45 ans en 1991
En %
Maladie Hommes Femmes
56,5 58,9Myopie
17,5 17,0Astigmatie
9,3 8,8Hypermétropie
17,0 17,2Autre problème de réfraction
5,4 4,0Strabisme
1,8 1,8Conjonctivites
1,1 0,8Cécité partielle ou totale
0,7 0,2Cataracte
0,4 0,3Troubles rétiniens
0,2 0,2Glaucome
Autres, divers 1,8 2,4
Nombre de déclarations par individu 1,1 1,1
NB. Le total de chaque colonne est supérieur à 100 (proche
de 111,5) en raison des affections multiples
Source : Enquête décennale sur la santé et les soins médicaux
Source : Enquête santé de 1991 1992, Insee.1991 92,Insee
˚?avoir subi au cours des trois dernières
Fréquence des contrôles de la vue depuis trois ans parmi les actifs en 1991
années, un contrôle de la vue. Parmi
les 30 34 ans, 78 % des hommes sont
dans ce cas contre seulement 65 %
des femmes. L’écart atteint son mini
mum chez les 40 44 ans pour aug
menter de nouveau au delà de cet âge.
Les femmes au foyer, en particulier,
consultent moins souvent un ophtal
mologiste. La proportion de femmes
de 20 à 45 ans qui ont consulté au
moins une fois un spécialiste depuis
moins de trois ans tombe à 4 sur 10
parmi les ménagères alors qu’elle est
de 7 sur 10 parmi les femmes actives.
Les obstacles qu’elles invoquent pour
cette consultation sont très rarement
des difficultés d’argent. La question a
été posée chaque fois qu’un problème
de vision a été décelé : c’est plutôt par
manque d’intérêt que les inactives ne
consultent pas d’ophtalmologue. Aux
âges étudiés, 42 % des ménagères in
Champ : Adultes actifs âgés de 20 à 44 ans. voquent une raison du type "pour quoi
faire ?" ou "je n’en ai pas besoin", contreSource : Enquête santé de 1991 1992, Insee.
seulement 18 % des actives. Les fem
mes au foyer sont d’ailleurs les moinsCe phénomène n’est pas récent et que les hommes et font l’objet d’un sui
équipées : le tiers d’entre elles portents’observait déjà en 1980. Une enquêtevi médical plus soutenu et plus pré
des lunettes ou lentilles (34 %) alorsbritannique de 1993 constate la mêmecoce. Qu’en est il pour la vue ?
que les femmes actives ayant un em différence d’équipement de la vue en Phénomène inattendu, ce sont les
ploi sont 42 % à en être équipées.tre hommes et femmes pour les jeunes hommes qui déclarent le plus souvent
adultes : comme en France, elle appa
raît entre 10 et 15 ans ; de 16 à Port de lunettes ou de lentilles par profession selon le sexe en 1991
34 ans, 29 % des hommes portent des
lunettes ou des lentilles de contact,
mais 40 % des femmes ; de 35 à
44 ans, ces proportions passent res
pectivement à 40 et 49 %. Comment
expliquer ces écarts ?
Les affections de la vue ne semblent
pas différentes entre hommes et fem
mes. Les maladies de l’oeil déclarées
par les porteurs de lunettes avant
45 ans sont très largement des trou
bles de la réfraction, dans 90 % des
cas (tableau 1). En tête vient la myo
pie, qui affecte 57 % des hommes "à
lunettes" de moins de 45 ans et 59 %
des femmes ; puis l’astigmatie (18 et
17 %), l’hypermétropie (9 et 8 %) et le
reste des troubles de la réfraction
(17 %). Quant au strabisme (5 et 4 %),
il est fortement concentré avant 15 ans
(près de la moitié des cas relevés).
Pourtant les hommes
n’hésitent pas à consulter
un ophtalmologiste
On sait qu’en règle générale les fem
Champ : Actifs ayant un emploi de 20 à 44 ans.
mes sont plus attentives à leur santé Source : Enquête santé de 1991 1992, Insee.
`´Si l’on se limite aux hommes et fem n’exercent pas les mêmes profes- enfant qui en portent le plus fréquem
mes actifs, afin d’éviter toute distor sions ? Cette hypothèse ne tient pas ment avant 45 ans. Un autre élément
sion imputable aux femmes au foyer, davantage. Quel que soit le groupe desemblerait plaider en faveur d’une
qui vont moins chez l’ophtalmologiste professions considéré, la proportion prédisposition physique : l’écart appa
et ne sont pas suivies par la médecinede femmes ayant une correction de la raît au moment de la puberté féminine.
du travail, les écarts se réduisent maisvue est supérieure à celle de leurs ho Il est nul avant dix ans et atteint son
demeurent à l’avantage des hommes mologues masculins. Les différences niveau maximal entre quinze et vingt ans.
(graphique 2). sont fortes parmi les ouvriers (35 % Cependant une hypothèse liée aux
Un autre élément contredit l’hypo- contre 22 %) et les employés (41 % comportements serait plausible. Les
thèse d’une négligence masculine en contre 28 %), moindres parmi les garçons ont aujourd’hui dix centimè-
matière de correction visuelle. De 15 àcadres et professions libérales (49 % tres de plus que les filles, la différence
24 ans en effet, la proportion de por contre 46 %). À un niveau détaillé, lesétant très fortement concentrée sur le
teurs de lunettes tourne autour de écarts restent sensibles ( graphique 3). tronc. Lorsqu’ils sont assis en cours ou
23 %, et parmi ceux ci 57 % déclarentDans le groupe des enseignants par devant leur table de travail, les gar
être myopes. Ce qui signifie que 13 %exemple, 67 % des femmes contre çons ont donc plus de recul pour lire
des jeunes hommes portent des lunet 55 % des hommes portent des lunet leurs cahiers ou leurs livres. Ensuite,
tes pour myopie. À la même époque, tes ou lentilles parmi les professeurs la lecture de loisirs est plus fréquente
la fréquence des myopies diagnosti et professions scientifiques, 46 % contreparmi les jeunes filles que parmi les
quées par le service de santé des ar 31 % parmi les instituteurs ou assimilés. jeunes garçons ; la proportion de ands"gr
mées à l’occasion des "trois jours", lecteurs" est même double parmi les illes f
donc auprès de la totalité des jeunes d’après l’enquête sur les loisirs de 1988.
Tout se joue à l’adolescence
gens, s’établissait à 9,6 % en 1991 et Selon le témoignage de certains oph
11,3 % en 1992. Rien ne permet donc talmologues, les femmes seraientPeut on invoquer des raisons biologi
de penser que les jeunes hommes né nombreuses à porter des équipementsques à ces différences entre sexe ?
gligeraient de corriger leur myopie. de fatigue, destinés à reposer la vuePremier élément, il ne semble pas que
dans les cas limites de troubles de lales grossesses aient un effet sur la
réfraction, trop faibles pour justifier unNi le métier, ni le diplôme vue. L’écart entre hommes et femmes
diagnostic sûr et précis. Si cette expli se développe avant l’arrivée de la ma n’expliquent l’écart
cation est retenue, elle serait cohé ternité ; de plus, les taux d’équipemententre hommes et femmes
rente avec la plupart des résultatsen lunettes ou lentilles présentent peu
Les écarts entre hommes et femmes présentés ici : pas de sous équipe de différences selon le nombre d’en
s’expliqueraient ils par le fait qu’ils ment des hommes par rapport auxfants et ce sont plutôt les femmes sans
diagnostics mais plutôt un suréquipe
ment féminin ; pas de diagnostic parti
Pourcentage de porteurs occasionnels parmi les détenteurs de lunettes en 1980
culier plus fréquent chez les femmes ;
un écart présent dans pratiquement
toutes les professions ; une apparition
précoce, à un âge où les travaux sco
laires imposent une activité et une fa
tigue visuelle importantes ; enfin une
différence sensible entre les ménagè
res et les femmes ayant une activité
professionnelle, dont la vue est certai
nement plus sollicitée.
En somme, les femmes pourraient
avoir une vue plus fragile parce qu’el
les lisent davantage dans leur jeu
nesse et à une distance plus réduite.
La conjugaison de ces deux facteurs
entraînerait soit des pathologies ocu
laires, soit une plus grande fatigue de
la vision sans pathologie réellement
déclarée, au sens médical. Effective
ment, les données de l’enquête santé
de 1980 (non disponibles en 1991)
montrent que parmi les détenteurs de
lunettes ou lentilles, la proportion des
femmes qui se contentent de les porter
occasionnellement est, avant 45 ans,
Lecture : En 1980, il avait été demandé si les personnes disposant d’un équipement correctif le portaient en permanence,
nettement plus élevée que celle desou seulement occasionnellement.
Source : Enquête santé de 1980 1981, Insee. hommes (graphique 4). Ceci n’expli
ˆL’évolution des années quatre vingt
En 1991, 50 % des Français portent lunettes ou lentilles, contre 43 % seulement onze ans plus tôt. La proportion s’est presqueaccrue à
tous les âges, tant pour les hommes que pour les femmes ( graphiques). On accepte désormais de porter des lunettes, et plus encore
des lentilles, à un âge plus précoce. Un besoin accru peut s’expliquer par le développement de la scolarisation et l’allongemen t des
études et une pratique de la lecture sur écran plus répandue au domicile ou au travail. Les deux paliers – avant l’apparition e lad
presbytie et après – s’observent en 1980 comme en 1991.
Source : enquêtes santé de 1980 et 1991, Insee.
Pour comprendre ces résultats Pour en savoir plus
"Le corps change, son image aussi", par
Les résultats présentés ici proviennent des enquêtes décennales sur la santé et les soins
M. Bordier, Insee Première n° 356,
médicaux menées par l’Insee et le CREDES en 1980 81 et 1991 92. Elles ont porté chacune 1995.
sur 8 000 ménages, et plus de 21 000 personnes de tous âges les composant. En 1980
Clinical refraction , par Borish I. M. College ofcomme en 1991, on demandait à l’un des adultes du ménage quelles personnes du foyer
optometry, Indiana University, third edition.
disposaient de prothèses oculaires, sans distinguer entre lunettes et lentilles. De plus, en
1991, un des adultes du ménage, tiré au sort, était interrogé plus en détail sur sa vue, son"La lecture moins attractive qu’il y a vingt
ans", par F. Dumontier, F. de Singly,éventuel équipement de correction optique et les contrôles ophtalmologiques auxquels il
C. Thélot. Économie et Statistique n° 233,s’était soumis.
1990.
Comme ces enquêtes énumèrent pour chaque ménage, l’ensemble de ses recours aux
soins pendant trois mois, les maladies dont souffrent ses membres, ainsi que toute une "La santé des conscrits", par Ph. Eono,
série d’informations connexes, il a été possible à une équipe de médecins de chiffrer dans J. .N Vernizeau, K. Malek, A. Jammes.
Données sociales, 1996.le détail l’ensemble des maladies, en particulier oculaires. Myopie, hypermétropie,
astigmatie, presbytie, figurent parmi les quelque 2 500 affections dont la prévalence a pu "Petites et grandes misères de la vie quo
être évaluée. tidienne", par M. C. Floury, Na. Guignon,
Ni. Guignon, A. Pinteaux. Données
Sociales, 1996.
"Le recours aux soins se ralentit", par
P. Mormiche, C. Bonnaud. Insee Première
que cependant que partiellement 44 ans, toute la différence leur est im n° 238, 1992.
l’écart d’équipement : de 20 à 34 ans,putable ; après cinquante ans, le phé
Enquête sur la santé et les soins médicauxla moitié de la différence hommes nomène s’inverse, car les hommes
de 1991 92 : Méthodologi, par C. Se emet.
femmes est imputable au surplus d’uti sont plus nombreux à ne porter leurs CREDES, bibliographie n° 965, 1993.
lisatrices occasionnelles ; de 35 à lunettes que de temps en temps.
Direction Générale :
18, Bd Adolphe Pinard
75675 Paris cedex 14
Directeur de la publication :
Paul Champsaur
Rédacteur en chef :
Baudouin Seys
Rédacteurs : F. Magnien,
V. Guihard, C. Dulon
Maquette : Mireille Brunet
ISSN 0997 3192
© INSEE 1996

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