Participation électorale de 2002 : plus de votes intermittents en Ile-de-France

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Près de 71 % des électeurs inscrits en Ile-de-France ont participé aux deux consultations du printemps 2002 et 43 % à tous les tours de scrutins. Tout comme les électeurs de province, les Franciliens se mobilisent davantage pour l'élection présidentielle que pour les législatives. Cependant, plus d'un électeur sur dix n'a pas exercé son droit de vote. Etre chômeur, salarié en situation d'emploi précaire ou sans diplôme augmente les risques de ne jamais aller voter. En revanche, être cadre ou être propriétaire de son logement favorise la participation électorale.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Participation électorale de 2002 :
plus de votes intermittents en Ile-de-France
u cours de l’année 2002, les citoyens français, majeurs et non privés
de leurs droits civiques étaient invités à se rendre aux urnes pour par-Aticiper à l’élection présidentielle et aux élections législatives. Un peu
Près de 71 % des plus de 6 millions de Franciliens étaient inscrits sur les listes électorales, mais
près d’un citoyen majeur sur six ne l’était pas. En Ile-de-France, le suivi d’unélecteurs inscrits en
échantillon de 3 750 électeurs inscrits sur toute la période a permis de mesu-Ile-de-France ont
rer la mobilisation électorale, de mieux cerner le profil des électeurs absten-participé aux deux
tionnistes et de repérer les comportements d’une élection à l’autre consultations du
(cf. Méthodologie). Entre civisme ou désintérêt pour la vie politique, les der-printemps 2002 et
nières élections permettent de faire le point.
43 % à tous les tours
de scrutins. Tout
articipation plus forte comme les électeurs de P
aux élections présidentiellesprovince, les Franciliens
se mobilisent
Les Français s’impliquent toujours davantage pour l’élection présidentielle.davantage pour
Ainsi, quel que soit le tour, l’abstention est toujours plus importante pour les
l’élection présidentielle
législatives. Au total, 2,1 % des Franciliens ont participé aux législatives sans
que pour les l’avoir fait aux présidentielles, contre 15,3 % en sens inverse.
législatives.
Cependant, plus d’un En Ile-de-France, lors de l’élection présidentielle de 2002, 86 % des électeurs
électeur sur dix n’a pas inscrits ont voté à l’un au moins des deux tours et environ 63 % ont partici-
exercé son droit de pé aux deux tours (figure 1). Au premier tour, la proportion d’abstentionnistes
vote. Etre chômeur, a été plus élevée qu’en province (32,1 % contre 26,2 %), ce scrutin s’étant
déroulé durant les vacances scolaires des académies franciliennes. Néanmoins,salarié en situation
les électeurs se sont mobilisés au second tour et le niveau de participation d’emploi précaire ou
a atteint un taux record de près de 81 %, dans la région comme en province.sans diplôme
Au total, 14 % d’abstentionnistes systématiques ne se sont pas déplacés, contreaugmente les risques
15 % en province.
de ne jamais aller
voter. En revanche, être Comparée à l’élection présidentielle précédente, la proportion d’abstention-
cadre ou être nistes a augmenté ; ils n’étaient que 12 % en 1995. Malgré la période de
propriétaire de son vacances scolaires, les absents au premier tour étaient moins nombreux (25 %
logement favorise la en Ile-de-France) et le second tour n’avait pas provoqué de sursaut civique
participation électorale. (24 % d’abstentionnistes).
MENSUEL N° 218 - DÉCEMBRE 2002 - 2,2 €
SociétéFigure 1 - Le comportement des électeurs d'un tour à l'autre Par contre, le vote intermittent est plus répandu en
selon l'élection (en %) Ile-de-France. Il est pratiqué par près de 45 % des électeurs, contre
39 % en province, qu’ils se soient abstenus à une des deux élec-
Election Elections
tions (en vert clair : 17,4 % d’abstention occasionnelle) ou aient
présidentielle législatives
voté à chacune en sautant un tour çà et là (en vert foncé : 27,3 %
de votants à chaque élection). Ce phénomène a déjà été observé lorsIle- Ile-
de- Province de- Province des différentes élections de 1995 et 1997 où 56 % des électeurs
France France franciliens adoptaient le vote intermittent, contre seulement
48 % pour la province.
Ont voté aux deux tours 62,6 69,7 54,3 54,2
Ont voté seulement à 1 tour dont : 23,2 15,4 18,3 17,9
Enfin, dans la région, l’abstention systématique (en bleu) est égale-erau 1 tour 5,3 4,1 11,4 10,8
ment inférieure à celle de province : 12,1 % contre 13,3 %. eau 2 tour 17,9 11,3 6,9 7,1
Ainsi, l’Ile-de-France se situe-t-elle en bonne place pour le civis-Se sont abstenus tout le temps 14,2 14,9 27,4 27,9
me : septième rang des régions métropolitaines classées selon la
Source : Insee, enquête sur la participation électorale en 2002 plus faible proportion d’inscrits n’ayant voté à aucun des quatre
tours. Avec moins de 11 %, le Limousin se situe en tête, à l’autre
extrémité, les citoyens de Champagne-Ardenne, Corse, Lorraine,
oins d’électeurs assidus, Nord - Pas-de-Calais et Provence-Alpes-Côte d’Azur sont moins M
davantage de votes intermittents assidus (autour de 16 % d’abstention). L’abstention systématique
l’emporte sur l’abstention occasionnelle dans la plupart des
La participation des Franciliens à l’élection présidentielle est lé- régions métropolitaines, à l’exception de la Corse, de
gèrement supérieure à celle de l’ensemble des provinciaux l’Ile-de-France et de la Lorraine.
(0,8 point d’écart) ; il en est de même pour les législatives
(0,5 point d’écart). Cependant, globalement, en Ile-de-France
comme en province, plus de 70 % de l’électorat inscrit a partici-
pé au moins une fois à chacune des deux consultations de 2002.
La mobilisation des électeurs varie néanmoins d’un tour à l’autre D éfinitions
(figure 2 et Définitions).
Les modes de participation des inscrits
Avec la Lorraine, l’Ile-de-France détient une des plus faibles pro-
En 1995 comme en 2002, les électeurs pouvaient participer à 3 ou 4 tours
portions de votants systématiques (en orange). Au total,
de scrutins, selon que l’élection « locale » s’était déroulée sur un ou deux
parmi les plus de 6 millions de Franciliens inscrits sur les listes
tours. L’enquête sur la participation électorale en 2002 a permis de constituer
électorales, dont 5 % votaient pour la première fois cette pour chaque électeur de l’échantillon un « itinéraire de participation ».
année (voir encadré), 43,3 % des électeurs ont voté aux quatre
Le vote intermittent correspond à deux comportements de vote : tours de scrutins contre près de 48 % en province. Les régions
d’Aquitaine, de Midi-Pyrénées et du Limousin dépassent, - l’abstention occasionnelle pour ceux qui n’ont participé qu’à une élection
quant à elles, 55 %. sur les deux organisées et à un ou deux tours ;
- le vote à chaque élection pour ceux qui ont participé aux deux élections,
mais pas à chaque tour.Figure 2 - Participation aux deux élections de 2002 (en %)
Le vote systématique caractérise ceux qui ont participé aux deux élections
et à chaque scrutin.Vote aux législatives
L’ abstention systématique regroupe les électeurs qui n’ont participé à
2 tours sur 2
Aucun tour 1 tour sur 2 aucune des deux élections.
ou 1 tour sur 1
Aucun tour 12,1 (13,3) 1,2 (0,9) 0,9 (0,8)
’abstention dépend très fortement de l’âgeL
Vote à la
1 seul tour 7,3 (6,0) 5,8 (3,7) 10,1 (5,7)
présidentielle
En Ile-de-France, 732 300 électeurs inscrits - soit 12 % du corps
électoral - n’ont pris part à aucun des quatre scrutins organisés au
premier semestre 2002.
Les 2 tours 8,0 (8,6) 11,4 (13,3) 43,3 (47,8)
L’âge est la variable qui influe le plus sur le taux d’abstention.
Ainsi, l’abstention durable touche-t-elle davantage les électeurs deIle-de-France (Province)
26 à 35 ans et ceux au-delà de 75 ans (figure 3). Pour ces derniers,
la difficulté de se déplacer peut expliquer leur moindre Champ : électeurs inscrits en 2002
Source : Insee, enquête sur la participation électorale en 2002 participation. Figure 3 - Abstentionnistes et votants systématiques Figure 4 - Taux d'abstention systématique aux deux dernières
moins fréquents parmi les jeunes élections selon le sexe et l'âge (en %)
Election ElectionsEn % d'électeurs inscrits
présidentielle législatives
Votants assidus
Sexe
Hommes 14,2 29,5
Femmes 14,2 25,8
Age
De 18 à 25 ans 10,8 34,1
De 26 à 45 ans 14,7 32,3
De 46 à 65 ans 11,0 18,7
De 66 à 75 ans 12,8 18,9
Abstentionnistes permanents 76 ans ou plus 29,2 34,0
18-25 26-35 36-45 46-55 56-65 66-75 76-85 86 ou +
Source : Insee, enquête sur la participation électorale en 2002
Age atteint en 2002
Ensemble des élections présidentielle et législatives de 2002
Source : Insee, enquête sur la participation électorale en 2002
de dégager l’effet propre de chacun de ces facteurs sur l’abstentionA l’inverse, les jeunes âgés de moins de 25 ans, quand ils sont
systématique des électeurs franciliens sur l’ensemble des électionsinscrits, comptent parmi les participants les plus nombreux, puisque
de 2002 (figure 5). seulement 9 % d’entre eux se sont abstenus complètement.
Néanmoins, les jeunes privilégient davantage le vote « présiden-
tiel » que les élections « à la députation » avec un taux d’absten- Ainsi, en France métropolitaine comme en Ile-de-France, les abs-
tion de 11 % pour l’élection présidentielle contre 34 % pour les tentionnistes se retrouvent d’abord au sein des fractions les plus
élections législatives (figure 4). démunies de la population : les chômeurs, les salariés sous contrat
temporaire, les personnes sans diplôme. En effet, toutes choses
égales par ailleurs, en Ile-de-France les non-diplômés s’abstiennent
es milieux défavorisés plus enclins à ne pas voter trois fois plus que les titulaires d’un diplôme d’études supérieuresL
et la probabilité de ne pas aller voter est de huit points
supérieure à la situation de référence. De même, à âge et D’autres facteurs concourent à faire baisser la participation élec-
localisation comparable, les chômeurs et les salariés en situationtorale, tels que le niveau d’instruction, le mode de vie, l’insertion
précaire s’abstiennent plus souvent que les actifs.dans la vie professionnelle. Une analyse économétrique a permis
remières inscriptions MéthodologieP
sur les listes électorales
Les résultats présentés ici sont issus d’une enquête par sondage sur la
participation électorale. Elle s’est déroulée dans toute la France auprès des
préfectures de département dans les dix jours suivant les deux tours des
Au cours de la révision électorale de 2002, on a enregistré 309 800 avis élections présidentielles et législatives, en consultant les listes d’émargement
de première inscription en Ile-de-France, dont 51 % de femmes. Au total, des bureaux de vote mises temporairement à la disposition du public.
les inscrits pour la première fois ou primo-inscrits représentent 5,1 %
du corps électoral*. Cette méthode permet de suivre le même échantillon d’électeurs sur plusieurs
scrutins (39 000 individus métropolitains). Les données socio-
On retrouve naturellement une majorité de jeunes parmi eux : 44 % ont démographiques proviennent de l’échantillon démographique permanent
moins de 25 ans. Bien que les jeunes aient le droit de vote à 18 ans, le (EDP), une base d’études dans laquelle sont conservés des extraits de
boom des inscriptions est enregistré l’année des 19 ans. Ainsi, pour la der- erecensements passés pour un échantillon au 1/100 de la population de
nière révision électorale, on compte près de 66 000 premières inscriptions métropole. C’est par l’appariement avec les données du recensement de
chez les jeunes de 19 ans pour seulement 16 000 chez ceux de 18 ans. 1999 via l’EDP que l’on peut caractériser socialement l’abstention ; certaines
caractéristiques, comme la situation professionnelle, ont pu cependant
Plus on s’éloigne de Paris, plus la proportion des moins de
évoluer depuis.
25 ans parmi les premiers inscrits augmente. Cela tient à la plus forte
proportion de jeunes en grande couronne.
Cette étude ne s’intéresse pas aux électeurs potentiels non inscrits sur les
listes électorales (environ 9 % des Français ayant le droit de vote ne sont
*Depuis 1999, les mairies et l’Insee mettent en place une procédure d’ins-
pas inscrits).cription automatique des jeunes âgés de 18 ans.Figure 5 - Probabilité de n'avoir jamais voté aux deux élections P our en savoir plusde 2002 selon la situation de l'électeur*
Clanché François : « La participation électorale au printemps 2002 - DeEcart à
plus en plus de votants intermittents », Insee première, n° 877, janvier 2003.Caractéristiques de l'électeur la probabilité
)de référence (1)
De la Rochère Bernadette : « La participation électorale aux élections de
Probabilité de référence 16,1 %
1995 et 1997 : les jeunes et les ouvriers se distinguent », Insee Ile-de-France
Sexe à la page, n° 153, mars 1998.
Homme ref
Grosbras Jean-Marie : « Les deux tours de la présidentielle : les électeursFemme - 2,4*
en ballotage », Insee Ile-de-France à la page, n° 103, septembre 1995.
Age
De 18 à 25 ans - 7,0***
Héran François : « Les intermittences du vote. Un bilan de la participation
De 26 à 35 ans ref
de 1995 à 1997 », Insee première, n° 546, septembre 1997.
De 36 à 45 ans - 5,6***
De 46 à 55 ans - 9,3***
De 56 à 65 ans - 6,5***
De 66 à 75 ans - 8,2*** Une fois pris en compte les effets d’âge et de diplôme, l’essentiel
Plus de 75 ans NS des différences entre catégories socioprofessionnelles
Mode de cohabitation disparaissent. Seul le fait d’être cadre supérieur ou d’exercer une
Vivant chez ses parents profession libérale influe positivement sur la participation
Vivant en couple ref électorale. Si hommes et femmes ont des comportements voisins,
Ne vivant pas en couple 4,6**
l’effet isolement joue négativement. Ainsi, contrairement aux
Autres cas (en communauté…) NS
personnes vivant en couple, un adulte seul ou un parent
Catégorie socioprofessionnelle
isolé s’abstient plus souvent. Enfin, le fait d’être locataire et de
Agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d'entreprise NS
résider dans une unité urbaine augmente la propension à ne Cadres et professions intellectuelles supérieures - 8,7***
jamais voter, contrairement à un citoyen propriétaire de son Professions intermédiaires NS
logement.Employés ref
Ouvriers NS
Retraités et autres personnes sans activité professionnelle NS
Diplôme
Françoise BeaufilsDiplôme non déclaré
Sans diplôme 8,1*** Service études et diffusion
CEP 5,4* Dominique Couradin
Brevet, CAP et BEP ref Service statistique
Baccalauréat NS
Diplôme d'études supérieures - 6,7***
Localisation résidentielle
Commune rurale NS
Urbaine hors grandes agglomérations 5,0**
Paris ref
Statut d'occupation
Propriétaire ref
Locataire 3,9**
Autres cas (logé gratuitement…)
Type d'activité
Travail précaire (CDD, stages…) NS
Chômeur 6,5**
Inactifs (élève, étudiant, retraité et autre inactif) NS
Autres (CDI privé, indépendant, fonction publique) ref
Champ : électeurs inscrits en Ile-de-France en 2002.
Directeur de la publication : Alain Charraud - Comité de rédaction : Odile
Bovar - Rédacteur en chef : Jean-François Moreaux - Secrétaire de* La probabilité de n’avoir jamais voté dépend de différentes variables. Mais toutes ces INSTITUT rédaction : Josette Siriostis - Conception graphique : Muriel Granet
caractéristiques ne sont pas indépendantes les unes des autres. Afin d’isoler leur impact Maquette et impression : Symphonie GraphiqueNATIONAL DE LA
respectif, on utilise ici un modèle de régression logistique. Pour chaque caractéristique, STATISTIQUE ET Vente par correspondance : Direction régionale d’Ile-de-France
une modalité est prise comme référence (ref). Les effets des autres modalités s’interprètent Information- Commercialisation - 7, rue Stephenson -Montigny-DES ETUDES ECONOMIQUES le-Bretonneux - 78188 Saint-Quentin-en-Yvelines cedex comme l’écart par rapport à la situation de référence.
Tél. : 01 30 96 90 99 - Fax : 01 30 96 90 27
Direction régionale d’Ile-de-France
INSEE Info Service - Tour Gamma A - 195, rue de Bercy(1) Le signe renforcé (*, ** ou ***) souligne les effets marqués ; ‘NS’ indique que l’effet n’est 7, rue Stephenson - Montigny-le-Bretonneux
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Abonnement : Agnès Vavasseur - 12 numéros par an, France : 22 €
Etranger : 27 € - Le numéro : 2,2 €.Lecture : un électeur qui ne se différencie de l’électeur de référence que par le statut
d’occupation, a plus de chances de ne jamais aller voter s’il est locataire (20,1 %) : 3,9 eN° ISSN 0984-4724 - Dépôt légal : 2 semestre 2002
Code SAGE : I0221852 - Commission paritaire n° 2133 ADpoints d’écart par rapport à la probabilité de référence de 16,1 %.
© INSEE 2002
Source : Insee, enquête sur la participation électorale en 2002
Insee - Ile-de-France à la page figure dès sa parution sur le site internet de l’Insee : www.insee.fr/ile-de-france
N ° 218

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