Pauvretés et Territoires en Nord-Pas-de Calais : Pauvreté et conditions de vie, un éclairage sur le logement et la santé

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Dans quelle mesure les ménages à bas revenus ont-ils des conditions de vie dégradées ? En s'intéressant plus particulièrement aux conditions de logement et à l'accès aux soins médicaux, ce chapitre prend le parti d'apporter des premières réponses à cette question, en mobilisant des éléments statistiques sur des axes prioritaires de l'action publique. À travers l'exploitation de l'enquête logement et de l'enquête santé, nous examinons les conditions de vie des ménages à bas revenus par rapport à celles rencontrées par les ménages modestes et les ménages plus aisés. Tout en rappelant les progrès accomplis au cours des dernières décennies, l'analyse met en lumière les difficultés rencontrées par les personnes en situation de pauvreté, pour lesquelles les conditions de logement ou l'accès aux soins restent difficiles. Les aides « en nature », comme le logement social ou la couverture maladie universelle, répondent à une partie de ces difficultés, sans les effacer entièrement. De plus, les ménages « aux franges de la pauvreté » ne sont pas éligibles à certaines aides, alors que leurs conditions d'existence restent délicates. Avant de détailler ces éléments de réflexion, il convient de préciser deux limites de l'analyse ici conduite. L'enquête logement comme l'enquête santé ne permettent pas d'appréhender les conditions de vie des personnes en très grande précarité, comme les personnes sans abri ou vivant dans des institutions spécifiques. Les situations les plus dramatiques, en particulier pour les conditions de logement ou de soins, échappent donc aux chiffres ici présentés. Par ailleurs, les données reflètent la situation de la période 2001-2002 : pour le cas particulier du logement, la poursuite de la flambée immobilière a pu conduire à une certaine détérioration de la situation des ménages pauvres et modestes.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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- CHAPITRE IV -
Pauvreté et conditions de vie :
un éclairage sur le logement et la santé- CHAPITRE IV -
Pauvreté et conditions de vie :
un éclairage sur le logement et la santé
ans quelle mesure les ménages à bas revenus ont-ils des conditions de vie dégradées ? En s’intéressant
plus particulièrement aux conditions de logement et à l’accès aux soins médicaux, ce chapitre prend leD parti d’apporter des premières réponses à cette question, en mobilisant des éléments statistiques sur des
axes prioritaires de l’action publique.
À travers l’exploitation de l’enquête logement et de l’enquête santé, nous examinons les conditions de vie des
ménages à bas revenus par rapport à celles rencontrées par les ménages modestes et les ménages plus aisés.
Tout en rappelant les progrès accomplis au cours des dernières décennies, l’analyse met en lumière les difficul-
tés rencontrées par les personnes en situation de pauvreté, pour lesquelles les conditions de logement ou l’ac-
cès aux soins restent difficiles. Les aides « en nature », comme le logement social ou la couverture maladie uni-
verselle, répondent à une partie de ces difficultés, sans les effacer entièrement. De plus, les ménages « aux fran-
ges de la pauvreté » ne sont pas éligibles à certaines aides, alors que leurs conditions d’existence restent déli-
cates.
Avant de détailler ces éléments de réflexion, il convient de préciser deux limites de l’analyse ici conduite.
L’enquête logement comme l’enquête santé ne permettent pas d’appréhender les conditions de vie des person-
nes en très grande précarité, comme les personnes sans abri ou vivant dans des institutions spécifiques. Les
situations les plus dramatiques, en particulier pour les conditions de logement ou de soins, échappent donc aux
chiffres ici présentés. Par ailleurs, les données reflètent la situation de la période 2001-2002 : pour le cas parti-
culier du logement, la poursuite de la flambée immobilière a pu conduire à une certaine détérioration de la situa-
tion des ménages pauvres et modestes.
Poste majeur dans le budget des ménages, le logement figure communément parmi les
principales variables pour apprécier les conditions de vie. La qualité de l’habitat et son niveau
d’équipement ont en effet des conséquences directes et multiples sur le bien-être de ses
occupants.
n confort sanitaire en amélioration, Umais des défauts encore nombreux
L’amélioration de l’habitat a d’ailleurs été au coeur des grands programmes de construction
du parc HLM, et reste aujourd’hui une priorité des programmes de rénovation urbaine. De la
sorte, le nombre de logements avec des défauts importants ou des manques d’équipements a
très largement diminué au fil des décennies – tendance qui s’est prolongée au cours des
quinze dernières années.
Ce recul des situations d’inconfort, voire d’indécence, est en particulier visible pour le niveau
d’équipement sanitaire. Sur l’ensemble des ménages du Nord-Pas-de-Calais, la part des
logements sans installation sanitaire ou sans W.-C. intérieur, voire sans l’un ni l’autre, a chuté de
14% à 6% entre 1992 et 2001. L’amélioration des conditions d’habitat a plus particulièrement
bénéficié aux ménages à bas revenus : en 1992, 26% d’entre eux déclaraient un confort
sanitaire insuffisant, contre 10% en 2001 (cf. tableau 1).
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Tableau 1. Confort sanitaire des logements et niveau de revenus
Unités : %
1992 2001
Confort Niveau Ménages Ménages Autres Ménages Ménages Autres
du logement d’équipement bas revenus modestes ménages bas revenus modestes ménages
Logement sans installation sanitaire
(baignoire ou douche) ni W-C. intérieur 16 7443 1
Jugé insuffisant
Logement avec W-C. intérieur mais
sans installation sanitaire, ou avec installation 10 10 5 6 5 3
sanitaire mais sans W-C. intérieur
Logement avec W-C. et installation
sanitaire, mais sans chauffage ou par des 22 24 13 17 18 8
appareils indépendants
Jugé normal
W-C. et installation sanitaire avec
chauffage central (individuel ou collectif) 52 59 78 73 74 88
Ensemble 100 100 100 100 100 100
Source : Insee, Orha-Enquêtes logements 1992 et 2001-2002
L’équipement sanitaire n’est qu’un élément parmi d’autres pour évaluer la décence d’un
logement. Le décret du 30 janvier 2002, relatif à la solidarité et au renouvellement urbain, liste
une série de critères sur les éventuels défauts que présente un logement. Ces derniers peuvent
être regroupés en quatre familles :
• Les problèmes structurels touchent des logements dont le bâti est défectueux (sol fissuré,
façade dégradée) ou manquant d’équipements de base (pas d’alimentation en eau courante,
pas de « coin cuisine », chauffage insuffisant).
•Les difficultés occasionnelles regroupent d’importantes fuites d’eau provenant de la
plomberie, les problèmes d’évacuation de W.-C., les pannes de chauffage, ayant pu se
produire au cours des douze derniers mois.
• Les manques d’équipements concernent les logements dont les installations électriques ou
sanitaires sont insuffisantes (fils électriques ni encastrés ni protégés, absence d’équipement
en prise de terre, absence de W.-C. à l’intérieur ou absence de salle d’eau).
• L’humidité est mesurée par la présence de traces d’humidité apparaissant sur certains murs
ou plafonds du logement.
Graphique 1. Part de logements touchés par un défaut et niveau de revenus
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La part de ménages à bas revenus dont le logement présente un défaut – quel qu’en soit la
famille – est toujours plus élevée qu’au sein des autres ménages (cf. graphique 1) : 20% des
ménages à bas revenus habitent un logement avec des problèmes structurels, contre 15% pour
l’ensemble des ménages du Nord-Pas-de-Calais. Cette sur-représentation ne doit toutefois pas
faire oublier les difficultés rencontrées par le reste de la population, en particulier par les
ménages modestes : 17% de ces derniers habitent un logement avec des problèmes structurels.
Une donnée à prendre en compte dans les dispositifs de rénovation urbaine : in fine, plus de la
moitié des logements défectueux sont habités par des personnes aux ressources supérieures au
seuil de bas revenus.
Par contre, les ménages à bas revenus habitent plus souvent des logements cumulant les
différents défauts, ce qui témoigne d’un état général dégradé de l’habitat. Ainsi, 30% des
ménages à bas revenus déclarent au moins deux types de défauts dans leur logement, contre
20% des ménages modestes et 15% des autres ménages.
Aider les ménages modestes comme pauvres :
l’action des agences immobilières à vocation sociale
Myriam Pioppo, directrice de l’AIVS du Nord, revient sur la nécessité d’aider les ménages modestes.
Les ménages modestes rencontrent d’importantes difficultés pour se loger : avec l’augmentation des ressources du
foyer, les aides au logement diminuent rapidement ; les places disponibles dans le parc locatif social ne suffisent plus
pour répondre à la demande ; les prêts aidés pour l’accession à la propriété, plafonnés dans leur montant, n’ont pas
évolué aussi rapidement que les prix à l’achat.
Aides au logement comprises, un « travailleur pauvre » dispose d’un budget logement équivalent à celui d’un RMIste.
À un détail près : il paie la taxe d’habitation. Une situation encore plus délicate pour ceux dont l’emploi est précaire, car
l’accès au logement n’est pas qu’une question de prix, mais aussi de garanties, avec une exigence croissante des bailleurs
privés. Les personnes travaillant en intérim, par exemple, ont souvent des difficultés à accéder à un logement, parce
qu’elles n’ont ni un emploi « stable » ni les fiches de paie qui vont avec.
L’AIVS du Nord, comme l’AIVS du Pas-de-Calais, essaie de prendre en compte cette dimension, en proposant des
logements aux ménages modestes comme aux ménages pauvres – à tous ceux qui n’ont pas trois fois le montant des
loyers sur leur fiche de paie.
evenir propriétaire Davec de bas revenus ?
Pour des motifs culturels, comme le besoin de sécurité ou le symbole de réussite sociale, et
financiers, avec la constitution d’un patrimoine, devenir propriétaire est l’un des premiers
souhaits des ménages quant au logement.
Les ménages à bas revenus accédant à la propriété sont toutefois minoritaires : en 2001, en
Nord-Pas-de-Calais, près des deux tiers des ménages à bas revenus sont locataires, et un tiers
sont propriétaires ou accédants (cf. tableau 2). À l’inverse, les ménages plus aisés sont pour les
deux tiers propriétaires ou accédants, tandis qu’un tiers sont locataires. Entre ces deux profils,
les ménages modestes sont presque aussi nombreux à accéder à la propriété qu’à louer. Certains
d’entre eux également sont logés gratuitement : c’est notamment le cas des ayants droit du
régime minier logeant dans le parc minier sans verser de loyer.
Les écarts ainsi mis en évidence selon le niveau de revenus se sont accentués au cours des
années quatre-vingt-dix : la part des ménages dits pauvres étant propriétaires de leur logement
a perdu 3 points, quand les parts des ménages modestes et des ménages plus aisés dans cette
situation ont gagné 6 et 8 points.
Ces résultats reflètent tout d’abord d’importants changements dans le profil démogra-
phique des ménages à bas revenus. Au cours des quinze dernières années, la part des jeunes
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ménages s’est accrue, celle des plus âgés a reculé, alors que l’évolution a été inverse parmi les
ménages modestes et les ménages plus aisés.
L’amélioration du niveau de vie des ménages retraités a en effet été plus rapide que celle
des ménages plus jeunes, comme le confirme la diminution historique du nombre d’allocataires
du minimum vieillesse. Or, les ménages âgés sont en plus grand nombre propriétaires de leur
logement, tandis que les jeunes ménages ne disposent pas encore d’une épargne suffisante.
Indépendamment du niveau des revenus, les différences de statut d’occupation reflètent ainsi
des temps différents du cycle de vie que suit un ménage.
Les facteurs financiers – coût à l’achat et contraintes rencontrées pour emprunter – doivent
également être évoqués. Entre 1996 et 2002, le prix au mètre carré habitable des logements
acquis en Nord-Pas-de-Calais a augmenté de près de 80%. Face à cette hausse de prix qui
dépasse la hausse des revenus, ceux qui visent à accéder à la propriété doivent accroître le
montant de leurs emprunts immobiliers, ce qui réduit leur taux d’apport personnel.
En 2001, les ménages à bas revenus ayant récemment accédé à la propriété avait un taux
d’apport personnel faible, en moyenne de 12%, alors que leur apport contribuait en 1992 pour
près de 25% dans l’acquisition de leur logement. Ils ont de la sorte emprunté en moyenne
3,3 fois le montant total de leurs revenus annuels, contre 1,8 fois pour les ménages plus
fortunés.
Tableau 2. Statut d’occupation du logement et niveau de revenus
Unités : %
France Nord-Pas-de-Calais
Statut Ménages Ménages Autres Ménages Ménages Autres
d’occupation bas revenus modestes ménages bas revenus modestes ménage
Propriétaires ou accédants 35 48 63 32 50 67
Locataires 56 45 33 62 42 30
Locataires en secteur social 32 25 13 43 27 15
Locataires en secteur privé 24 20 20 19 15 15
Logés gratuitement ou autre statut 9 7 4 6 8 3
Ensemble 100 100 100 100 100 100
Source : Insee, Orha-Enquêtes logement 2001-2002
L’évolution du marché immobilier et les segmentations urbaines
Gérard Gabillard, directeur adjoint de l’Agence de développement et d’urbanisme de Lille Métropole, met en
perspective l’évolution des marchés immobiliers dans la métropole lilloise.
Les tensions rencontrées aujourd’hui trouvent en partie leur source dans le déficit chronique de la construction neuve
tout au long des années quatre-vingt-dix, plus particulièrement dans le parc collectif, qu’il soit privé ou social. Ce n’est qu’à
partir de 2005 qu’une nette reprise de la construction a pu être constatée. Autant dire que les besoins en nouveaux
logements, accrus par la multiplication du nombre de ménages, n’ont pas pu être satisfaits, malgré les segmentations de
plus en plus nombreuses de grandes maisons en appartements dans les villes-centres.
Du coup, les prix flambent, et pour la première fois, les prix dans l’ancien rejoignent ceux du neuf. Le parcours
résidentiel autrefois pratiqué par les jeunes ménages – acquérir un logement ancien moins cher, pour le rénover avant de
devenir propriétaire dans le neuf – ce parcours là n’est plus possible. La première marche à monter est devenue trop impor-
tante pour les primo accédants. Avec moins de partants, le parc social est saturé. Les taux de mobilité y sont
aujourd’hui particulièrement faibles. La population résidente ne peut en sortir pour concrétiser un projet d’accession. Dans
ces conditions, le parc locatif social n’est plus en mesure d’accueillir les nombreux demandeurs qui souhaitent y accéder.
Dans ce contexte, la hausse des prix contribue à une spécialisation de plus en plus forte du territoire. Le coeur
métropolitain a vu se développer un marché de haut standing, avec des prix de plus en plus élevés. Les espaces
résidentiels périphériques, situés le long des grands axes de communication, ont vu arriver un flux croissant d’accèdants ne
pouvant plus se porter acquéreurs au sein du pôle urbain – et là encore les prix ont rapidement grimpé. À l’inverse, des
quartiers entiers restent figés, avec un marché atone, des prix faibles, et un manque d’attractivité évident. La
plupart du temps, il s’agit des quartiers comprenant de grands ensembles sociaux, ou un parc privé relativement dégradé.
Au final, les écarts de prix entre ces différents territoires ne cessent de croître et génèrent une ségrégation spatiale de plus
en plus forte.
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Depuis la date de l’enquête logement, la poursuite de la flambée des prix dans l’immobilier
a pu fortement contraindre l’accession à la propriété des plus modestes : la hausse des prix entre
2001 et 2006 est estimée à 50% en Nord-Pas-de-Calais.
es aides au logement accompagnent la hausse L des loyers, mais pas celle des charges
Pour faire face au coût représenté par le logement pour ceux dont les ressources sont faibles
ou modestes, les aides sociales françaises comportent un système d’aides à la personne dont le
montant s’accroît avec le coût du logement et diminue avec les revenus du ménage.
En 2001, les dépenses moyennes des ménages à bas revenus pour leur loyer ou leur
remboursement d’emprunt s’élèvent à près de 2 600 euros par an. Avant la prise en compte des
aides au logement, ce montant représente environ 26% des revenus du ménage, un taux
d’effort brut largement supérieur à celui de l’ensemble des ménages, qui avoisine 11%.
Cependant, les aides au logement diminuent nettement le poids de ces dépenses :
atteignant en moyenne 1 700 euros pour les ménages à bas revenus, elles ramènent leur taux
d’effort net à environ 9%, exactement au même niveau que pour l’ensemble des ménages.
Les aides au logement ont ainsi joué un rôle d’amortisseur face à la hausse des loyers
enregistrée au cours de la décennie quatre-vingt-dix – le taux d’effort net en 2001 est au même
niveau qu’en 1992.
Se loger implique cependant d’autres dépenses, en plus du loyer ou des remboursements
d’emprunts, comme les diverses charges individuelles ou collectives, ainsi que les dépenses en
énergie. Ces charges supplémentaires augmentent la part du budget des ménages à bas
revenus consacrée au logement, pour atteindre un taux d’effort total proche de 24% :
une proportion supérieure à l’effort total fourni par l’ensemble des ménages en 2001, de
l’ordre de 15%.
La hausse des coûts de l’énergie enregistrée depuis la date de l’enquête pourrait conduire à
une aggravation de la charge induite dans le budget des ménages. Entre 2001 et 2006, l’indice
des prix de l’énergie a augmenté de 25%, et les ménages à bas revenus sont de plus en plus
nombreux à demander des aides complémentaires, comme celles prévues dans le cadre du
fonds de solidarité pour le logement. Point inquiétant : ces dispositifs gérés par les conseils
généraux ont atteint leur capacité maximale d’intervention, et ne peuvent aujourd’hui
répondre à l’ensemble des demandes.
omment mesurer C l’état de santé ?
Parmi les éléments clés pour apprécier les conditions de vie des ménages, l’état de santé est
sans doute le plus difficile à mesurer. Outre la multiplicité des pathologies possibles, il faudrait
de plus distinguer l’état de santé perçu et déclaré par une personne, de son état de santé réel.
Une personne peut se déclarer bien portante, au moment même où elle est atteinte d’une
pathologie « muette », c’est-à-dire pour laquelle les symptômes ne sont pas encore apparus.
L’enquête sur la santé et les soins médicaux conduite en 2002-2003 apporte toutefois des
éléments de cadrage sur l’accès aux soins et sur les représentations de la santé, dont le lecteur
pourra apprécier les conséquences directes et indirectes sur l’état de santé.
n moindre recours Uaux soins de ville
Les personnes en situation de pauvreté ont un moindre recours aux « soins de ville »,
c’est-à-dire au corps médical exerçant en dehors des établissements hospitaliers, que les autres
personnes aux ressources plus élevées. Alors que sur l’ensemble de la population, le nombre de
consultations par an est en moyenne de neuf pour les moins de 50 ans et de quinze pour les
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Graphique 2. Nombre de consultations par an et par habitant
20 à moins de 50 ans 50 ans et plus
personnes plus âgées, une personne en situation de pauvreté effectue entre deux et trois
consultations de moins par an (cf. graphique 2).
Ce déficit de consultations peut, pour une partie, correspondre à un recours plus fréquent
aux services d’urgence des établissements hospitaliers qui, pour une population en situation de
précarité, se substituent aux cabinets médicaux de ville. Il n’est cependant pas possible de
chiffrer l’ampleur de ce recours aux services d’urgence.
Par ailleurs, le déficit de visites sur le champ des soins de ville se fait principalement au
détriment de consultations les plus spécifiques. Ainsi, les personnes en situation de pauvreté
consultent aussi souvent les médecins généralistes ou les dentistes que les personnes plus aisées.
Par contre, leur recours aux cabinets d’analyses, d’examens ou de radiologie est moindre, de
même que leur recours aux spécialistes. Ce moindre recours aux soins spécialisés laisse craindre
une détection tardive et une prise en charge moins adaptée de certaines pathologies relevant
du champ des médecins spécialistes.
a CMU corrige partiellement L les difficultés d’accès aux soins
Mise en place au 1er janvier 2000, la couverture maladie universelle (CMU) a pour objectif
de garantir un accès pour tous aux soins médicaux. Elle se décompose en deux dispositifs : la
CMU de base, ouverte à tous, et la CMU complémentaire, ouverte aux ménages dont les
ressources n’excédent pas 575 euros par mois et par unité de consommation environ (pour une
définition des unités de consommation ou UC, voir le chapitre 3).
Ainsi, seule une partie de la population à bas revenus est éligible à la CMU complémentai-
re. Par exemple, un couple avec un enfant, disposant d’un revenu d’activité de l’ordre de
1 100 euros nets, a un revenu par UC de 610 euros, ce qui permet de le qualifier de ménage
« à bas revenus » : il n’est toutefois pas éligible à la CMU complémentaire.
Il est dès lors possible d’analyser les différences de recours aux soins entre les ménages béné-
ficiaires de la CMU complémentaire et ceux qui, tout en étant à bas revenus, ne sont pas
éligibles au dispositif (cf. graphique 3). Il ressort que les bénéficiaires de la CMU complémen-
taire réalisent en moyenne deux consultations de plus que ceux n’étant pas éligibles. Ce qui, par
ailleurs, permet de combler le déficit de consultation vis-à-vis des ménages plus aisés. De la
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sorte, un ménage à bas revenus avec la CMU complémentaire a un recours au corps médical très
proche d’une personne du même âge appartenant à un ménage plus aisé.
Toutefois, cette compensation est inégale selon les types de consultations. Le fait de bénéfi-
cier de la CMU complémentaire se traduit par des consultations plus fréquentes chez le
généraliste, tandis qu’aucun effet n’apparaît pour la consultation chez les spécialistes.
Un résultat dont les causes peuvent être multiples : le refus de prendre en charge la CMU par
une partie des médecins spécialistes, des difficultés d’accès à des cabinets médicaux inégale-
ment répartis sur le territoire, ou encore un recours plus marqué des populations à bas revenus
vers les services d’urgence.
Graphique 3. L’effet de la CMU sur le nombre de consultations par an
Le moindre recours aux spécialistes : quelles explications ?
Olivier Lacoste, directeur de l’Observatoire régional de la santé, identifie des effets bien distincts.
Un effet géographique : les spécialistes n’exercent pas, en général, aux endroits où vivent les ménages à bas revenus.
C’est vrai dans les villes, avec les quartiers dits défavorisés où se concentrent les plus démunis, des espaces peu attractifs
pour les cabinets de spécialistes. C’est vrai aussi dans les espaces ruraux : les spécialistes se concentrent dans les pôles
urbains, et rarement dans les hameaux pauvres à la campagne.
Un effet d’éviction : tous les médecins spécialistes n’acceptent pas la CMU, même si un tel refus n’est pas légal.
Des effets culturels : d’une part, le médecin généraliste est perçu comme étant plus proche, plus accessible, en
particulier pour les personnes démunies. Il sera consulté de façon privilégiée. D’autre part, les personnes à bas revenus
pourraient ne pas signaler leur état de santé, ou du moins leur inquiétude, aussi ouvertement que les personnes plus
aisées. C’est ce qu’on appelle la compliance du patient : sa propension à ne pas exprimer sa douleur ou ses appréhen-
sions, qui sont pourtant des indices nécessaires à l’établissement du diagnostic.
Un effet de système : le généraliste a pour mission d’orienter le patient vers le spécialiste approprié. S’il ne le fait pas,
s’il pense que « ça n’en vaut pas la peine », le recours aux soins s’en trouve réduit. Un comportement qui pourrait
d’ailleurs se produire de façon inconsciente.
ne moindre place de la santé Udans les choix alimentaires
Outre le recours aux soins, l’enquête santé permet d’analyser la place qu’occupe la santé
dans les pratiques des ménages, par exemple dans la consommation alimentaire. Dans la région
comme dans l’ensemble du pays, la pauvreté n’est globalement plus synonyme de sous-alimen-
tation. L’apport énergétique assure les besoins essentiels du corps, quel que soit le niveau des
revenus dont dispose la personne – à l’exception des personnes en grande précarité.
INSEE Nord-Pas-de-Calais Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006
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Toutefois, les personnes vivant dans des ménages à bas revenus, dans la région comme en
France, portent une moins grande attention aux conséquences de leur alimentation sur leur
état de santé. Elles sont ainsi moins nombreuses à sélectionner les aliments par souci de santé
(cf. graphique 4). Ce qui résulte en des choix alimentaires perfectibles d’un point de vue
médical. Par exemple, parmi les personnes âgées de moins de 40 ans, près de 40% des
personnes à bas revenus consomment tous les jours des légumes, contre 55% pour les autres
habitants de cet âge.
Ce résultat est en partie lié au mode de préparation du repas : les ménages à bas revenus
ont une consommation plus élevée de produits dits de restauration rapide, c’est-à-dire prépa-
rés d’avance et à la consommation immédiate, comme les pizzas, les hamburgers et les
sandwiches. Ainsi, 65% des personnes à bas revenus de moins de 40 ans ont une consommation
hebdomadaire de produits de restauration rapide, contre 55% pour les autres personnes. Des
pratiques alimentaires dommageables pour l’état de santé, en particulier avec un apport
excessif de glucides et de lipides.
Graphique 4. Part de ménages qui choisissent ou évitent des aliments pour leur effet sur la santé
Sélection de certains Éviction de certains
aliments pour la santé aliments pour la santé
Épicerie sociale, Opaline 62, Taxis verts : des exemples d’actions publiques territorialisées
M. Hervé Poher, maire de Guînes, vice-président du conseil général du Pas-de-Calais en charge de la santé, insiste
sur la nécessité d’une approche territorialisée des politiques de santé, et présente des actions conduites localement pour
améliorer les conditions de vie des plus démunis.
Je souhaiterais tout d’abord indiquer quelques exemples d’actions conduites dans le Pas-de-Calais en vue de
réduire le prix à payer pour être en bonne santé :
- la ville de Guînes a mis en place une épicerie sociale, ouverte aux familles les plus modestes, et dans laquelle il est
possible de s’approvisionner à moindre coût. Avec bien sûr une diversité suffisante pour garantir une alimentation
équilibrée ;
- l’association Opaline 62, cofinancée par le conseil général du Pas-de-Calais et la caisse d’assurance maladie,
oeuvre pour généraliser le dépistage du cancer du sein auprès de toutes les femmes du département âgées de 50 à
75 ans. Pour que le coût des examens ne soit en aucun cas un frein, l’association envoie à chacune une invitation à
bénéficier d’une mammographie de dépistage gratuite.
Le coût toutefois n’est pas tout. Car si on peut se payer une consultation médicale, encore faut-il pouvoir s’y
rendre. Dans les espaces ruraux, l’éloignement par rapport aux villes constitue un frein certain pour le recours aux
spécialistes, aux laboratoires d’analyses, etc. Sur la communauté de communes des Trois-Pays, à laquelle appartient la
commune de Guînes, nous avons développé un système de taxis verts, qui peuvent notamment servir pour se rendre sur
un lieu médical. L’utilisateur paie deux euros, le reste de la course est pris en charge par la communauté de
communes. Un dispositif qui se généralise dans le département.
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