Roumanie : une agriculture de survie, après l'industrialisation forcée

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Avec une politique d'industrialisation et de développement des infrastructures, la population urbaine a triplé pendant le régime communiste et sa part dans le total de la population a progressé. À partir de 1996, le flux migratoire s'est inversé. Ce retour à la campagne est à relier à la contraction de l'emploi dans les secteurs secondaires et tertiaires et à la restitution de terres. Au cours de la transition vers l'économie de marché, les revenus réels ont connu une baisse rapide liée à l'inflation. Le désordre économique général et la baisse de la production ont aussi participé à cette baisse rapide des revenus réels. L'existence d'une économie souterraine qui s'est développée dans des proportions généralement considérées comme préoccupantes a eu une forte influence sur le niveau (à la hausse) et la distribution des revenus (hausse des inégalités). Le régime communiste avait assuré un logement à pratiquement tous les citoyens roumains. Ces logements ont été vendus à leurs occupants à des conditions avantageuses après 1989. Ainsi, aujourd'hui, 95 % des ménages possèdent leur propre logement. Mais la baisse de la construction dans les années 1990 fait qu'à présent, la demande de logement est bien supérieure à l'offre, surtout pour les logements sociaux. Les conditions de logement restent médiocres en particulier dans les zones rurales en raison de l'absence d'équipements publics. Dans les zones urbaines, l'augmentation rapide du prix des charges a coïncidé avec une baisse de la capacité pécuniaire des ménages et les logements qui ne sont plus raccordés aux réseaux publics sont de plus en plus nombreux. L'incidence de la pauvreté est tout particulièrement élevée dans les zones rurales où bas revenus, faibles dotations et mauvaise conditions de confort affectent une part importante des ménages. La pression de difficultés financières grandissantes, due au chômage ou à la faiblesse des retraites, marque aussi la vie d'une part importante des ménages urbains.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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INTERNATIONAL
Roumanie : une agriculture de survie,
après l’industrialisation forcée
Viorica Duma, Maria Molnar, Filofteia Panduru et Daniel Verger*
Suite à une politique soutenue d’industrialisation et de développement des
infrastructures, la population urbaine a triplé pendant le régime communiste et sa part
dans le total de la population a progressé de 24,7 % en 1950 à 54,3 % en 1990. À partir
de 1996, le flux migratoire s’est inversé. Ce retour à la campagne est à relier à la
contraction de l’emploi dans les secteurs secondaires et tertiaires et à la restitution de
terres. Au cours de la transition vers l’économie de marché, les revenus réels ont connu
une baisse rapide liée à l’inflation. Le désordre économique général et la baisse de la
production ont aussi participé à cette baisse rapide des revenus réels qui a touché en
pratique toutes les catégories sociales. L’existence d’une économie souterraine qui s’est
développée dans des proportions généralement considérées comme préoccupantes a eu
une forte influence sur le niveau (à la hausse) et la distribution des revenus (hausse des
inégalités).
Grâce à un programme extensif de construction de grands ensembles, principalement
dans les zones urbaines, le régime communiste avait assuré un logement à pratiquement
tous les citoyens roumains. Ces logements, propriété d’État, ont été vendus à leurs
occupants à des conditions très avantageuses après 1989. Ainsi, aujourd’hui, 95 % des
ménages possèdent leur propre logement. La baisse de la construction dans les années
1990 a cependant mené à une crise dans ce domaine. À présent, la demande de logement
est bien supérieure à l’offre, particulièrement en ce qui concerne les logements sociaux.
Les conditions de logement restent médiocres en particulier dans les zones rurales en
raison de l’absence d’équipements publics (eau courante, gaz naturel, chauffage, etc.).
Dans les zones urbaines, l’augmentation rapide du prix des charges a coïncidé avec une
baisse de la capacité pécuniaire des ménages. Dans ces conditions, les logements qui ne
sont plus raccordés aux réseaux publics (soit sur demande expresse des ménages, soit
suite à des impayés) sont de plus en plus nombreux. L’incidence de la pauvreté est tout
particulièrement élevée dans les zones rurales où bas revenus, faibles dotations et
mauvaise conditions de confort affectent une part importante des ménages. La pression
de difficultés financières grandissantes, due au chômage ou à la faiblesse des retraites,
marque aussi la vie d’une part importante des ménages urbains.
* Viorica Duma et Filofteia Panduru sont membres de l’Institut National de Statistique, Maria Molnar appartient à l’Ins-
titut de l’Économie Nationale et Daniel Verger appartient à l’Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005 193a Roumanie est sortie du régime commu- mie de marché, la détérioration des conditions
niste avec une économie aux performances de vie de la population et, particulièrement,L
modestes et présentant d’importants déséquili- l’amplification des difficultés rencontrées par
bres structurels. Le niveau de vie moyen de la les jeunes familles, ainsi que la tendance à adop-
population était relativement bas. Dans ce con- ter les comportements démographiques spécifi-
texte, le passage d’une économie planifiée à une ques aux sociétés modernes ont entraîné une
économie de marché s’est accompagné d’une baisse continue de la natalité (2). (1) (2)
crise profonde caractérisée principalement par
un déclin continu du Pib, une inflation impor-
Influencé par les mêmes facteurs, le nombre de
tante et une chute brutale des niveaux de vie.
mariages a baissé de 193 000 en 1990 à 130 000
en 2001, et le taux de nuptialité, de 8,3 ‰ à
Cette baisse des niveaux de vie, due à des pertes 5,8 ‰. L’âge moyen au premier mariage a
de revenu, et accompagnée d’une diminution du connu une augmentation entre 1990 et 2001 que
pouvoir d’achat a affecté toutes les catégories ce soit pour les hommes (25 à 27,2 ans) ou pour
de la population. Toutefois, dans ce cadre géné- les femmes (22 à 23,9 ans). L’âge moyen des
ral, certaines catégories ont été plus touchées mères à la naissance a d’abord baissé de 25 ans
que d’autres, et n’ont plus pu couvrir leurs en 1990 à 24,3 ans en 1993, puis est remonté à
dépenses élémentaires. Ainsi, la pauvreté a aug- 25,8 ans en 2001. Le pourcentage des enfants
menté et le sentiment de pauvreté s’est répandu nés de mères de plus de 24 ans a augmenté de
dans une majorité de la population. 40,1 % en 1990 à 51,6 % en 2001. L’âge moyen
à la première naissance est passé de 21,8 ans en
1990 à 23,9 ans en 2001. Le nombre des nésDéclin continu de la population
vivants pour 10 000 femmes de 15 à 49 ans a
baissé de 562 en 1990 à 378 en 2001. Entre cesEn juillet 2001, la population de la Roumanie
deux dates, le nombre de ceux nés de mèresétait de 22,4 millions d’habitants. L’évolution
âgées de 15 à 19 ans a baissé de 515 à 358, celuide la population au cours de la décennie 1990
de mères âgées de 20 à 24 ans de 1452 à 822 ets’est caractérisée par une diminution continue
l’indice conjoncturel de fécondité a baissé ded’une année à l’autre, avec un rythme moyen
1,8 à 1,2. Les difficultés concernant le soin etannuel de - 0,3 % (1). Cette tendance fait suite à
l’éducation des enfants expliquent l’orientationune période de plus de deux décennies durant
vers des familles moins nombreuses (3). Parmilesquelles l’évolution de la population a été
les enfants de moins de 24 ans vivant dans leurinfluencée par la politique démographique pro-
famille, la part des troisièmes enfants et ceuxnataliste de l’ancien régime. Dans les années
d’un rang plus élevé représentait 27,5 % en1970 et 1980, la population a enregistré un
1990 et seulement 19,3 % en 2001. Les aînésaccroissement d’environ trois millions d’habi-
sont passés de 43,5 % à 51,1 % entre ces deuxtants, mais l’intensité de l’accroissement a
même dates. De plus, en 2001, 27 % des nais-connu un fort déclin : si sur la période 1971-
sances ont lieu hors mariage (contre seulement1980, le taux de croissance annuel a dépassé
17 % en 1993).0,9 %, sur la période 1981-1990, celui-ci n’a été
que de 0,4 %.
La hausse de la mortalité a commencé à se
La baisse de la population a pour causes l’émi- manifester au milieu des années 1970, en lien
gration et l’évolution du solde naturel. Si en avec le processus de vieillissement de la popu-
1991, les migrations ont été la cause principale lation. L’accroissement du nombre de décès a
de cette baisse, c’est dès 1992 le solde naturel
négatif qui est devenu le facteur majeur de con-
1. Conformément aux résultats du recensement de mars 2002,traction de la population. La natalité, qui était de
la population de la Roumanie était, au 18 mars 2002, de
16,0 ‰ en 1989, a ainsi baissé de 13,6 ‰ en 21,7 millions d’habitants, soit 1,1 millions de moins que le recen-
sement de janvier 1992, ce qui représente une baisse en taux1990 à 9,8 ‰ en 2001 alors que dans le même
moyen annuel de - 0,5 % durant la période 1993-2002.
temps la mortalité passait de 10,6 ‰ à 11,6 ‰ 2. Ces facteurs agissent à la baisse avant même que le planning
familial n’ait obtenu une reconnaissance légale (de 18 ‰ en 1980(cf. graphique I).
à 14,3 ‰ en 1983 et 16 ‰ en 1989).
3. La Roumanie, tout comme la Bulgarie et la Russie, se carac-
térise par la proportion croissante des familles de descendanceDans les premières années suivant le change-
finale ne comportant qu’un seul enfant (Sobotka, 2003). L’auteurment du régime politique (1990-1992), l’allège- interprète cette évolution dans ce pays comme l’effet des condi-
tions économiques très dures de la transition vers le marché. Ilment des contraintes imposées par la politique
oppose ces pays à ceux de l’Europe centrale où la même évolu-démographique a fait baisser la natalité. Dans la
tion relève d’un alignement sur le style de vie des pays occiden-
période suivante, celle de la transition à l’écono- taux (note de Nicolas Herpin).
194 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005été accentué par la détérioration des conditions Le processus de vieillissement démographique
atteint également la population roumainede vie dans les dernières années de l’ancien
(cf. graphique III). L’âge moyen est passé derégime. D’autres causes sont à évoquer pour les
35,1 ans en 1992 à 37,4 ans en 2001. Lesannées de transition : la baisse persistante du
enfants (15 ans et moins) ont vu leur nombreniveau de vie, l’amplification de la pauvreté, le
diminuer sensiblement, leur part dans la popula-chômage et le stress dû aux difficultés de
tion totale passant de 23,6 % en 1990 à 17,8 %l’adaptation aux nouvelles conditions de l’éco-
en 2001. En revanche, la part des 60 ans et plusnomie de marché. À cela s’ajoutent l’alcoolisme
a augmenté au cours de la même période deet la surconsommation de tabac qui constituent
15,7 % à 18,9 %, et celle des 65 ans et plus, dedes facteurs de risque pour la santé. Ceux-ci ont
10,4 % à 13,6 %. Ainsi, pour 100 personnes decontribué à l’accroissement de la mortalité par
15 ans et moins, on trouvait 66 personnes dedes maladies de l’appareil circulatoire, des
60 ans et plus en 1990, et 106 en 2001. Leappareils respiratoire et digestif, de tumeurs,
vieillissement démographique est plus pro-ainsi que par des lésions traumatiques, des
noncé dans les zones rurales. En 2001, la part deempoisonnements et par d’autres causes exter-
la population âgée de 60 ans et plus était denes. Le cumul de plusieurs de ces facteurs de
24,3 % dans les zones rurales, alors qu’elle étaitrisque affecte plus fortement l’état de santé des
de 14,4 % dans les zones urbaines (18,0 % vs.hommes. La surmortalité masculine est particu-
10,0 % pour les 65 ans et plus). Ainsi, dans leslièrement élevée entre 40 et 60 ans. Ainsi, le
zones rurales, on comptait 124 personnes detaux de mortalité a progressé dans le cas des
60 ans et plus pour 100 de 15 ans et moins, con-hommes de11,5 ‰ en 1990 à 14,0 ‰ en 1996 et
tre 88 dans les zones urbaines. (4)ce constat n’est pas le fait d’une seule classe
d’âge puisque toutes sont concernées par cette
évolution (4). Dans ces conditions, l’espérance
Coût d’arrêt de l’urbanisationde vie des hommes a enregistré une baisse con-
tinue dans la première partie des années 1990,
de 66,6 ans dans la période 1989-1991 à Suite à une politique soutenue d’industrialisa-
65,2 ans dans la période 1995-1997 tion et de développement des infrastructures, la
(cf. graphique II). L’amélioration de cet indica- Roumanie d’après-guerre a enregistré une
teur dans la période suivante (67,7 ans en 1999- importante modification de la structure de la
2001), a eu lieu en parallèle avec la diminution population par lieux de résidence. La population
de la mortalité générale et pour tous les groupes urbaine (5) a triplé dans la période 1951-1990 et
d’âge, notamment de la mortalité occasionnée sa part dans le total de la population a crû de
par les maladies de l’appareil circulatoire et 24,7 % en 1950 à 54,3 % en 1990. L’accroisse-
digestif, ainsi que de celle entraînée par des ment du nombre et du poids de la population
accidents. Les spécialistes expliquent cette ten- urbaine a eu lieu par l’augmentation du nombre
dance récente tout d’abord par l’attention plus de localités déclarées comme villes, ainsi que
grande accordée par la population aux soins de par l’accroissement de la population des villes,
santé. Ensuite et paradoxalement, la forte cette dernière augmentation étant due, dans une
hausse des prix de certains produits carnés et grande mesure, à la migration rural-urbain. La
laitiers a entraîné une baisse du volume con- population rurale s’est maintenue relativement
constante jusqu’au début des années 1980,sommé et a eu un effet bénéfique sur la santé de
période après laquelle on a enregistré une dimi-la population.
nution considérable : de - 1,4 millions sur la
L’espérance de vie des femmes s’est améliorée
sur la période 1990-2000, malgré un recul léger 4. Le taux de mortalité varie entre 1990 et 1996 de 5,3 à 7,5 ‰
pour les hommes entre 40 et 44 ans, de 8,5 à 10,8 ‰ pour ceuxen 1994-1997. En 1999-2001, celle-ci a été
entre 45 et 49 ans, de 12,5 à 15,6 ‰ pour ceux entre 50 et 54 ans
74,8 ans, avec 1,8 ans de plus qu’en 1990 et de 17,7 à 22,3 ‰ pour ceux entre 55 et 59 ans.
5. La statistique démographique en Roumanie enregistre(73 ans). La mortalité infantile a baissé de
comme « urbaine » la population d’agglomérations de tailles dif-
26,9 ‰ en 1990 à 18,4 ‰ en 2001, se situant férentes mais dont le statut d’urbain est fixé par des mesures
légales. Aux termes de celles-ci, il est tenu compte de l’existenceencore à un niveau élevé par rapport aux autres
d’activités non agricoles, significatives pour l’économie de la
pays européens. Le taux de mortalité infantile localité, ainsi que de l’existence d’une certaine infrastructure de
type urbain. Le nombre d’habitants a une importance secondaireest plus élevé en milieu rural (20,9 ‰ en 2001)
dans la définition d’une localité comme urbaine. Ainsi, en 2000,que celui enregistré en milieu urbain (15,6 ‰). la majorité des localités rurales (83,1 %) avaient plus de deux mil-
Les femmes en milieu rural ont un niveau les d’habitants, dont 22,5 % (601 communes, incluant plus de
40 % de la population rurale) avaient plus de cinq milles d’habi-d’éducation moins élevé et surtout leur accès
tants. 35 communes avaient une population qui dépassait dix mil-
aux services médicaux est plus difficile. les d’habitants.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005 195période 1981-1990 et - 0,4 millions sur la une forte proportion de ménages de grande taille
période 1991-2001. La part de la population puisque les ménages de 5 et 6 personnes ou plus
rurale a décru de 54,2 % en 1980 à 45,7 % en représentent respectivement 7,3 % et 5,9 % du
1990 et 45,4 % en 2000. La part de la population total. Contrairement aux autres pays plus riches,
rurale a décru à cause simultanément des flux les ménages de grande taille ne sont pas princi-
migratoires vers les villes et du solde naturel palement en Roumanie des familles avec de
plus négatif dans les campagnes que dans les vil- nombreux enfants. Deux tiers de ces ménages
les ainsi que d’une mortalité plus élevée en n’ont pas d’enfant (66 %), 21 % ont un seul
milieu rural (13,4 ‰ en 1990 et 14,6 ‰ en enfant, 10 % ont deux enfants et seulement 3 %
2001) que en milieu urbain (8,2 ‰ et respective- en ont trois ou plus.
ment 9,0 ‰).
Les couples sans enfant (y compris les couples
qui n’habitent plus avec les enfants) représen-À partir de 1996, le flux migratoire des campa-
tent presque le cinquième du total des ménages.gnes vers les villes s’est inversé. Ces retours à la
Environ une moitié de ces couples (9,1 % decampagne sont liés à la contraction de l’emploi
19,5 %) sont âgés (au moins un des partenaires adans les secteurs secondaires et tertiaires, et à la
65 ans et plus). Les couples sans enfant quirestitution de terres. Suite à la restitution des ter-
vivent en union libre représentent seulementrains agricoles, la plupart des ménages ruraux
1,2 % du total des ménages. L’union consen-sont devenus propriétaires de terrain. En géné-
suelle est une forme de cohabitation qui estral, l’agriculture est pratiquée dans de petites
acceptée avec difficulté dans la société rou-exploitations familiales. Elle assure une partie
maine, notamment dans les campagnes. Laimportante de la consommation alimentaire du
cohabitation sans mariage est tolérée, cepen-ménage mais aussi de la parenté (enfants, frères,
dant, dans le cas où un ou les deux partenaires aetc.) habitant en milieu urbain. Ceci explique le
ou ont des enfants à charge et pour les personnesnombre et le poids de la population ayant des
âgées pour lesquelles le mariage n’a plusactivités dans l’agriculture. En 2001, un cin-
d’importance. Elle est aussi plus tolérée parmiquième de la population du pays (19,7 %) était
les jeunes, qui généralement vivent ainsi dans laactive dans l’agriculture. La population qui
période précédant leur mariage. (6)dépend des ressources agricoles est la popula-
tion active dans l’agriculture à laquelle s’ajou-
tent les personnes inactives, sans retraite et Les couples avec enfants représentent environ
appartenant à des ménages dont au moins une 40 % du total des ménages (cf. tableau 1). Parmi
personne travaille dans l’agriculture. Elle repré- ceux-ci, seulement 21,8 % ont des enfants
sente 29,9 % du total de la population. Les per- mineurs à entretenir (11 % un enfant, 8 % deux
sonnes dont les ressources dépendent exclusive- enfants, 2,5 % trois enfants et plus), les autres
ment du travail dans l’agriculture, soit les actifs sont des ménages où les parents habitent avec
du secteur agricole (sans les retraités) et les per- des enfants majeurs célibataires. La situation est
sonnes inactives (femmes au foyer ou enfants) similaire dans le cas des familles monoparenta-
représentent quant à elles 25,3 % de la popula- les qui constituent 6,4 % des ménages et seule-
tion (cf. INS – enquête Budget de famille, 2001).
Ainsi, l’habitat rural est dominé par l’activité
6. En 2001, la population active dans l’agriculture, la sylvicultureagricole (6).
et la pêche représentait 72,8 % de la population rurale active et
41,6 % du total de la population rurale.
Les traces de la transition
dans la composition des ménages
Tableau 1
Ménages par type de famille (%)La famille a absorbé une partie des bouleverse-
ments de la période et, observée en 2001, en
Total Urbain Rural
garde les traces. L’enquête Budget de Famille
Total 100,0 100,0 100,0(2001), exploitée selon la taille du ménage, fait Homme seul 6,8 5,7 8,1
Femme seule 14,5 13,0 16,4apparaître un nombre important de personnes
Couple sans enfants 19,5 18,3 21,1vivant seules (21,3 % des ménages ;
Couple avec un enfant 18,2 22,9 12,2
cf. tableau 1). Il s’agit plus souvent de femmes : Couple avec deux enfants 15,0 17,5 11,8
Couple avec trois enfants 14,5 %, dont 9,4 % sont des femmes âgées. La
ou plus 6,1 4,4 8,1
proportion des jeunes (moins de 30 ans) qui Famille monoparentale 6,4 7,1 5,6
Autres ménages 13,5 11,1 16,7habitent seuls est faible (0,8 % d’hommes seuls
et 0,6 % de femmes seules). De plus, il existe Source : INS, enquête Budget de Famille, 2001.
196 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005ment 1,6 % des familles avec des enfants de diplôme du secondaire ou du supérieur et un
moins de 18 ans. autre quart, une qualification professionnelle
(cf. tableau 3). Les ruraux, cependant, ont des
niveaux de qualification beaucoup plus faiblesParmi les ménages complexes, ici regroupés
que les urbains. Le pourcentage relativementsous l’intitulé « autres ménages », ceux formés
élevé de ménages ruraux, où la personne depar plusieurs générations représentent 10,8 %
référence possède seulement un niveau d’ins-du total des ménages. Les structures de deux ou
truction primaire, est en partie dû au faitplusieurs noyaux familiaux représentent 4,4 %
qu’environ une moitié des ménages ruraux ontdes ménages, 6,3 % pour les ménages qui com-
comme personne de référence une personneprennent un seul noyau familial (avec ou sans
âgée. Son instruction scolaire a eu lieu dans laenfants) et d’autres personnes (parents, frères
période où l’enseignement obligatoire se résu-ou d’autres parents). Plus fréquents dans les
mait aux premières quatre classes primaires.zones rurales (14,2 % par rapport à 8,0 % dans
Plus de la moitié des ménages ruraux ont pourles villes), les ménages formés par plusieurs
chef de ménage une personne retraitéegénérations constituent, d’un part, un héritage
(cf. tableau 4).du modèle traditionnel, conformément auquel
les générations se complétaient mutuellement
dans la réalisation des activités économiques
La contraction de l’emploi(notamment, celles agricoles) et ménagères, en
accomplissant notamment les soins aux enfants
L’économie roumaine traverse une période deet ceux aux personnes âgées. Dans la période
réformes et de profondes transformations deactuelle de transition, la cohabitation de plu-
toutes ses composantes et structures avec poursieurs générations est liée aussi à la difficulté
d’obtenir un logement, notamment pour les jeu-
nes ménages.
Tableau 3
Niveau d’études de la personne de Les trois quarts du total des ménages ont comme
référence (1)personne de référence un homme, seulement un
En %
quart de ce total étant représenté par les
ménages ayant une femme comme personne de Total Urbain Rural
référence. La repartition des ménages selon Total 100,0 100,0 100,0
Supérieur 8,6 14,2 1,5l’âge de la personne de référence met en
Lycée 24,4 36,6 9,2
évidence la relative importance des ménages où Professionnel de base 25,5 27,7 22,7
Collège 20,5 13,4 29,5cette personne est âgée (cf. tableau 2). Cette
Primaire ou sans formation 21,0 8,1 37,1situation est plus fréquente dans les zones
1. Les niveaux d’instruction sont regroupés ainsi :rurales où le processus de vieillissement - le niveau supérieur inclut les diplômés de l’enseignement
supérieur (longue et courte durée) ;démographique est plus avancé et, où l’on
- le niveau lycée inclut les diplômés du bac, et les sortant des trouve plus souvent des ménages formés de
écoles de formation post-lycée et de contremaîtres ;
plusieurs générations. Les jeunes ménages (dont - le niveau professionnel de base inclut les sortants des écoles
professionnelles et d’apprentis et ceux du premier cycle du la personne de référence a moins de 30 ans) ne
lycée (2 ans) ;
représentent que 5 % de la population rurale. - le niveau du collège inclut les sortants du collège (8 classes
ou 7 classes - pour les générations plus vieilles) ;
- le niveau primaire inclut les sortants du cycle élémentaire
La répartition des ménages selon le niveau (4 classes).
d’éducation met en évidence le bon niveau de
Source : enquête Budget de Famille, 2001, INS.
formation de la population roumaine puisqu’un
tiers des personnes de référence possèdent un
Tableau 4
Catégorie socioprofessionnelle de la personne
Tableau 2 de référence
Répartition des ménages selon l’âge En %
de la personne de référence
En % Total Urbain Rural
Total 100,0 100,0 100,0Total Urbain Rural
Salarié 32,2 45,8 15,2
Total 100,0 100,0 100,0 Employeur 0,7 1,1 0,3
Indépendant non agricole 2,8 2,6 3,1Moins de 30 ans 6,3 7,4 4,8
31 à 40 ans 17,8 20,8 14,0 Agriculteur 9,1 0,6 19,7
41 à 50 ans 21,7 27,0 15,1 Chômeur 6,2 7,4 4,7
51 à 60 ans 18,0 17,8 18,2 Retraité 47,5 41,0 55,6
Autre 1,5 1,5 1,4Plus de 60 ans 36,2 27,0 47,8
Source : enquête Budget de Famille, 2001, INS.Source : enquête Budget de Famille, 2001, INS.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005 197objectif de devenir une économie de marché détériorée. Tout d’abord, le nombre des salariés
efficiente. Mais les restructurations ont conduit a diminué de façon dramatique : de 8,1 millions
à la disparition de nombreuses entreprises fai- à la fin de 1990 pour atteindre 4,6 millions à la
blement rentables. Dans le même temps, on a fin de 2001. Leur part dans l’emploi civil a ainsi
observé une diminution constante de la diminué de 75,1 % en 1990 à 53,9 % en 2001.
demande intérieure liée notamment à la diminu- L’emploi a baissé aussi dans le secteur des
tion du pouvoir d’achat de la population et à services : de 2 970 000 en 1990 à 2 701 000 en
l’effondrement de l’investissement. Les défi- 2000. Même si ce secteur est en croissance rela-
ciences du système institutionnel nécessaire au tive (de 27,4 % en 1990 à 31,3 % en 2000), cela
fonctionnement d’une économie de marché ont
ne traduit qu’une amélioration apparente de la
également joué un rôle important dans la diffi-
structure de l’emploi. Le développement des
culté de la transition au cours de laquelle le pro-
services, en effet, n’a pas été suffisant pourduit national a fortement chuté.
absorber la main-d’œuvre rejetée par le secteur
industriel. (7)
Le produit intérieur brut (Pib) a baissé au cours
de la période 1990-1992 jusqu’à 75 % de son
niveau de 1989 (cf. tableau 5). La reprise en Enfin, une augmentation importante de l’emploi
1993-1996 a permis au Pib de remonter à agricole a eu lieu : de 3 055 000 en 1990 à
88,2 % de son niveau de 1989. Une autre phase 3 523 000 en 2000 (3 456 000 en 2001). Toute-
de récession a suivi en 1997-1999, de telle sorte fois, aujourd’hui, l’agriculture est organisée sur
qu’en 1999 le Pib s’élevait à 77 % de son niveau la base de petites exploitations privées de tout
de 1989. Une nouvelle reprise a commencé en équipement technique efficient. Il s’agit donc
2000 (+ 2,2 % de croissance ; + 5,7 % en 2001). d’une agriculture de dur labeur physique, réali-
En 2001, le Pib par tête était de 52,1 millions de sée dans des conditions difficiles et à faibles
lei soit 6 227 dollars en parité de pouvoir rendements. Ainsi, le retour à l’exploitation de
d’achat (7).
la terre n’a été qu’un pis-aller choisi par une par-
tie de la population affectée par la situation
La baisse de la production a été accompagnée générale difficile. Une part importante de la
d’une sévère contraction de l’emploi
population rurale travaille en fait dans l’agricul-
(cf. tableau 6). L’emploi civil hors agriculture a
ture uniquement à des fins d’autoconsomma-
diminué de façon continue de 10,8 millions en
tion. L’agriculture est ainsi principalement une1990 à 8,4 millions en 1999 avec une légère
activité de survie. augmentation en 2000 (8,6 millions) et son
maintien en 2001. La baisse de l’emploi civil est
apparue principalement dans le secteur indus-
7. Estimation fondée sur les résultats du Programme européen
triel et la structure de l’emploi s’est également de Comparabilité, vague 1999.

Tableau 5
Taux de croissance du PIB
En %
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
Taux de croissance - 5,6 - 12,9 - 8,8 1,5 3,9 7,1 3,9 - 6,9 - 7,3 - 1,2 2,2 5,7
du PIB
Source : INS.
Tableau 6
L’emploi civil (1) en fin d’année
En milliers
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
Employés civils 10 839 10 786 10 458 10 062 10 012 9 493 9 379 9 023 8 813 8 420 8 629 8 563
dont salariés 8 142 7 484 6 627 6 385 6 201 6 048 5 894 5 399 5 182 4 659 4 646 4 613
1. Hors agriculture et emploi militaire.
Source : INS.
198 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005Le résultat de la diminution de l’emploi a été dépendance économique a augmenté. Ainsi, en
2000, la Roumanie comptait 1 000 personnes enl’explosion du chômage (cf. tableau 7). Le
emploi pour 1 599 chômeurs ou inactifs (1 140nombre de chômeurs enregistrés aux offices
en 1990).d’emploi a dépassé un million de personnes et le
taux de chômage officiel a atteint 10 % la plu-
part du temps entre 1993 et 2000. Fin 2001, le
nombre de chômeurs était de 826 900 et le taux Emploi de la population rurale plus élevé
de chômage de 8,6 %. La conjoncture de
l’emploi difficile a conduit à une augmentation Les résultats de l’enquête sur l’Emploi auprès
importante du nombre de retraités, amplifiant des ménages (2001) font apparaître que le taux
ainsi les effets du vieillissement (cf. encadré). d’activité de la population de 15 ans et plus (9) a
Les retraites anticipées ont en effet constitué été de 62,2 % et celui d’emploi de 58,1 %
l’une des « solutions salvatrices » utilisées en (cf. tableau 8). Dans l’ensemble, les deux taux
cas de licenciement par les 50 ans et plus. Le
nombre total de retraités a dépassé le nombre
8. D’autres mesures ont fait pression sur l’emploi. Allongementd’actifs en emploi, principaux contribuables du
du congé de maternité et congé parental ont encouragé les fem-système de retraite. Ceci a entraîné des tensions mes en âge de travailler à quitter le marché de l’emploi (Ros-
tgaard, 2003). En Roumanie, les inscriptions à la crèche quiet des déséquilibres dans le système de retraites
étaient déjà relativement rares par rapport à la Russie en 1989 ontqui n’ont pu être assurées qu’en maintenant les pratiquement disparu en 1997. Le retour à une politique nataliste
s’est traduit en Roumanie par l’allocation familiale qui est redeve-retraites à un bas niveau (8). Le taux d’emploi de
nue universelle (note de Nicolas Herpin).la population en âge de travailler a décru de
9. Le taux global d’activité (calculé par rapport à la population
82 % en 1990 à 64,6 % en 2000 et le taux de totale) a été de 51,1 % et celui d’emploi a été de 47,7 %.
Tableau 7
Chômage officiel en fin d’année
1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
Chômeurs enregis- 337,4 929,0 1164,7 1223,9 998,4 657,6 881,4 1025,1 1130,3 1007,1 826,9
trés (en milliers)
Taux de chômage 3,0 8,2 10,4 10,9 9,5 6,6 8,9 10,4 11,8 10,5 8,6
(en %)
Source : Agence Nationale de l’Emploi.
Encadré
LES RETRAITES
L’âge légal de la retraite dans le système de pensions légal de la retraite est de 65 ans pour les hommes et
en vigueur en Roumanie jusqu’en 2000 a été de 62 ans de 60 ans pour les femmes.
pour les hommes (avec possibilité de retraite à la
Les pensions payées sont dérivées de plusieurs systè-demande à 60 ans, sans diminution du niveau de la
mes de pensions : les assurances sociales d’État, lespension, à condition d’avoir travaillé au moins 30 ans)
assurances sociales pour agriculteurs, les assuranceset 57 ans pour les femmes (55 ans à la demande, à
sociales pour des catégories particulières (avocats,condition d’avoir travaillé au moins 25 ans). Pour des
ministres des cultes etc.). Le niveau des pensions ducatégories spécifiques, l’âge de la retraite était plus
système pour les agriculteurs est plus bas que celui dubas. Dans le nouveau système des pensions, l’âge
système des assurances sociales d’État (cf. tableau).
Tableau
Effectifs de retraités
En milliers
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
Retraités d’assu- 2 570 3 018 3 201 3 253 3 439 3 600 3 740 3 875 4 020 4 181 4 359 4 544
rances sociales
(sans agriculteurs)
Retraités agrico- 1 007 1 016 999 1 139 1 478 1 587 1 612 1649 1 682 1 713 1 751 1 767
les
Source : Ministère du travail et de la solidarité sociale.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005 199ont enregistré une tendance à la décroissance. (49,7 % en 1996 et 56,4 % en 2001). En 2001,
Toutefois, leur évolution diverge selon l’agglo- la population âgée représentait une dixième de
mération de résidence : la baisse est accentuée la population occupée (18,1 % en milieu rural et
en milieu urbain mais en milieu rural, les deux 1,0 % en milieu urbain). 97,6 % de la popula-
taux sont à la hausse. La part de la population tion occupée ayant 65 ans et plus était occupée
active occupée est plus élevée en milieu rural dans l’agriculture. Dans le cas de la population
qu’en milieu urbain. du groupe d’âge de 50 à 64 ans, ce pourcentage
dépasse 60 %.
Le taux élevé d’activité et d’emploi de la popu-
lation rurale est lié à l’activité dans l’agriculture
L’emploi baisse plus vitede la quasi-totalité des ménages ruraux qui
chez les jeunes femmesdétiennent des terrains agricoles. Cultiver ces
surfaces et faire de l’élevage sont une nécessité
pour la consommation alimentaire des membres L’emploi à temps partiel dont la fréquence mar-
du ménage. S’ajoute aussi le sentiment de que une tendance à l’augmentation (de 13,8 %
« devoir vis-à-vis de la terre ». On peut ainsi en 1996 à 16,4 % en 2001), est plus répandu en
comprendre pourquoi l’emploi rural est si milieu rural (26,7 % par rapport à 4,7 % en
important, pourquoi il concerne principalement milieu urbain, en 2001), car lié aux rythmes sai-
l’agriculture, et pourquoi il mobilise autant la sonniers de l’activité agricole. (10)
population des personnes âgées.
Les femmes constituent une part importante de
la population active (cf. graphique V). En 2001,Le taux moins élevé d’activité de la population
leur part dans la population active a été deurbaine dérive, d’une part, de l’entrée plus tar-
46,2 %. Les taux d’activité et d’emploi des fem-dive sur le marché du travail de la population
mes, comparés à ceux enregistrés pour les hom-jeune, enrôlée dans une grande proportion dans
mes, ont autant baissé (55,7 % et 52,4 % contrel’enseignement secondaire et supérieur (10), et,
69,2 % et 64,3 %). La part des femmes activesd’autre part, de l’absence de possibilité pour les
et de celles occupées dans la population fémi-retraités de travailler dans des activités indépen-
nine de 15 ans et plus a une tendance à dimi-dantes notamment agricoles comme c’est le cas
nuer. Cette diminution est plus marquée pour lespour plus d’une moitié des personnes âgées
femmes jeunes (du groupe d’âge de 15 àappartenant au milieu rural. Le taux d’activité
24 ans). Elle s’observe aussi dans le cas de cel-dépasse 80 % pour la population des groupes
les des 25 à 49 ans. Parmi la population fémi-d’âges de 25 à 34 ans (83,2 % en 2001) et de 35
nine âgée (65 ans et plus), la tendance està 49 ans (84,2 % ; cf. graphique IV). Elle est de
inverse. En effet, le taux d’activité pour celles56,6 % pour le groupe d’âge de 50 à 64 ans et de
âgées de 65 ans et plus s’élève et atteint 31,9 %41,5 % pour la population jeune (15 à 24 ans).
en 2001. Les femmes de ce groupe d’âge repré-Le taux d’activité de la population jeune a enre-
gistré une baisse importante, tant en milieu
urbain que rural (de 49,9 % en 1996 à 41,5 % en
10. Actuellement, la durée de l’enseignement obligatoire en2001).
Roumanie est de 8 ans (dont 4 ans d’enseignement primaire et
4 ans de gymnase). Cette étape est achevée par un examen de
capacité (à l’âge de 14-15 ans). L’enseignement secondaire est
Le taux d’activité de la population des 65 ans et constitué de celui du lycée, qui a une durée de 4 ans et se finalise
avec le bac. L’enseignement universitaire a une durée de 3-6 ans,plus est notable : il est élevé et croit de 32,5 %
selon la discipline et la spécialisation. Jusqu’en 1990, la durée deen 1996 et 35,4 % en 2001. En milieu rural, il a l’enseignement obligatoire a été de 10 ans puis est passée à
dépassé 50 % pour le même groupe d’âge 9 ans.
Tableau 8
Taux d’activité et taux d’emploi de la population de 15 ans et plus
En %
Taux d’activité Taux d’emploi
Total Urbain Rural Total Urbain Rural
1996 64,8 60,5 69,9 60,4 55,0 66,9
2001 62,2 55,0 71,2 58,1 49,2 69,2
Source : enquête Emploi, INS.
200 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005sentaient, dans la même année, 11,3 % de influencées par les différences de niveau d’ins-
l’emploi féminin, une proportion qui va crois- truction (cf. tableau 9). Les données relatives à
sant par rapport à l’année 1996 (9,2 %). L’agri- la répartition de la population de 15 ans et plus,
culture reste toujours le principal secteur où selon le niveau d’instruction, mettent en évi-
l’emploi des femmes âgées est élevé. La part dence que les femmes sont moins souvent diplô-
plus élevée et qui va croissant de la population mées du supérieur et ont plus souvent des
féminine occupée à temps partiel est liée aussi à niveaux d’instruction inférieurs, par rapport aux
ce secteur. En 2001, 18,4 % du total des femmes hommes.
occupées travaillaient à temps partiel, 92,1 % de
celles-ci étant occupées dans l’agriculture,
1,8 % dans l’industrie manufacturière et seule- Les jeunes plus affectés par le chômage
ment 6,1 % étaient occupées dans des services.
Défini conformément aux critères du BIT, le
Les femmes salariées représentent 44,7 % du chômage touche moins de monde et ses fluctua-
total des salariés et 53,6 % du total de l’emploi tions sont moins fortes. Les critères sont plus
féminin. 58,3 % des femmes salariées sont restrictifs. De plus, l’activité dans l’économie
occupées dans des services et 35,4 % dans informelle compense, dans une certaine mesure,
l’industrie manufacturière. Les gains salariaux la perte d’emplois dans les activités salariées de
des femmes sont, en moyenne, moindre que l’économie formelle (11). Le taux de chômage,
ceux des hommes, tant au niveau de l’ensemble au sens de la définition du BIT, a été de 6,6 %
de l’économie qu’au niveau de chaque domaine en 2001, évoluant de 8,2 %, en 1994 à 6,0 %, en
d’activité. Cela est aussi vrai dans les activités 1997 et 7,1 % en 2000. Le chômage est plus fré-
dans lesquelles les femmes sont majoritaires quent en milieu urbain, avec un taux de 10,4 %
(commerce, éducation, santé et assistance en 2001 (2,8 % en milieu rural). Les femmes
sociale). Le rapport entre le gain salarial moyen sont affectées par le chômage dans une propor-
brut réalisé par des femmes et celui réalisé par tion plus faible que les hommes. En 2001, le
des hommes a été de 79 % en 1995 et 82 % en taux de chômage des femmes a été de 5,9 % et
2001. La distribution des salariés selon le de 7,1 %, dans le cas des hommes. À la diffé-
niveau des salaires montre la fréquence plus rence des hommes dont le chômage a eu ten-
grande des femmes dans la part inférieure de dance à croître, le chômage des femmes a dimi-
l’échelle des salaires, tandis que les hommes nué en 2001 par rapport à 1996.
sont prédominants dans la part supérieure. En
octobre 2001, les femmes représentaient 57,9 % Les jeunes sont les plus fréquemment frappés
du total des salariés payés au niveau du salaire par le chômage (cf. graphique VI). En 2001,
minimum, tandis que, parmi les salariés gagnant pour les personnes âgées de 15 à 24 ans, le taux
plus de 10 millions de lei, les femmes n’en de chômage a été 2,5 fois plus important que le
représentaient seulement qu’un tiers.
11. Dans l’économie informelle, les échanges de produits et deÉvidemment, les écarts entre les femmes et les
temps de travail ne sont pas soumis aux règles de l’économie for-hommes en ce qui concerne la catégorie socio-
melle contrat de travail, déclaration à l’administration publique,
professionnelle et le niveau des salaires sont prélèvement de taxe, imposition, contrôle sanitaire, etc.).
Tableau 9
Population de 15 ans et plus selon le niveau d’études en 2001 (1)
En %
Supérieur Lycée Professionnel de base Collège Primaire ou sans
formation
Total 7,4 27,8 22,5 26,2 16,1
Hommes 8,3 26,3 29,0 24,2 12,2
Femmes 6,5 29,3 16,4 28,1 19,7
1. Les niveaux d’instruction sont regroupés ainsi :
- le niveau supérieur inclut les diplômés de l’enseignement supérieur (longue et courte durée) ;
- le niveau lycée inclut les diplômés du bac, et les sortant des écoles de formation post-lycée et de contremaîtres ;
- le niveau professionnel de base inclut les sortants des écoles professionnelles et d’apprentis et ceux du premier cycle du lycée
(2 ans) ;
- le niveau du collège inclut les sortants du collège (8 classes ou 7 classes - pour les générations plus vieilles) ;
- le niveau primaire inclut les sortants du cycle élémentaire (4 classes).
Source : enquête Emploi, INS.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005 201taux moyen, et la proportion de ce groupe d’âge 1990 (61,5 % en 2001), et le niveau réel moyen
dans le total des chômeurs a dépassé le tiers des pensions de retraites d’État représentait
(34,9 %). Cependant, l’incidence du chômage 47,6 % (46,3 % en 2001) de celui de 1990. Le
pour cette catégorie de la population a baissé revenu disponible des ménages a, en consé-
pendant la période 1994-1996. Durant ces quence, drastiquement baissé (cf. graphi-
années où le taux de chômage était supérieur à que VII). En 2000, le revenu moyen disponible
20 %, les jeunes approchaient la moitié des chô- réel atteignait 69,4 % du niveau de 1995 (12). En
meurs (48,4 % en 1996). En fait, la diminution 2001, suite à une augmentation de 2,6 %, le
s’est effectuée, dans ce groupe d’âge, par les niveau du revenu disponible moyen a atteint
femmes. Dans le cas des hommes, on observe 71,1 % de celui de 1995. En 2001, le revenu dis-
une légère augmentation. Le chômage de lon- ponible mensuel moyen par ménage était de
gue durée concerne une partie importante de la près de 4 millions de lei, soit environ
population. D’après l’enquête Emploi, en 2001, 5 465 dollars annuels en parité de pouvoir
une moitié du total des chômeurs (49,5 %) était d’achat (ppa).
au chômage depuis plus d’un an et presque un
quart (24,9 %) était au chômage depuis plus de Toutes les catégories de ménages ont subi une
deux ans. La durée moyenne du chômage a été, baisse de leurs revenus réels. Ce phénomène a
dans la même année, de 17,9 mois. Dans le cas été plus prononcé dans les zones urbaines
des 35 à 49 ans, la durée moyenne du chômage (67,0 % et 70,0 % respectivement, en 2000 et
a été de 22,4 mois et dans le cas des 50 ans et 2001, en comparaison des niveaux de 1995) que
plus la durée a été de 23,7 mois. dans les zones rurales. Cependant, tout au long
de la période, les ménages ruraux ont eu des
revenus inférieurs, qui, de plus, n’ont pas crû
Baisse des revenus réels entre 2000 et 2001 : 73,0 % et 72,8 % respecti-
vement du niveau de 1995. La baisse a égale-
Au cours de la transition en Roumanie, les reve- ment affecté toutes les catégories de revenus
nus réels ont connu une baisse rapide liée à réels. Le déclin a été plus brutal pour les revenus
l’inflation. Le désordre économique général et salariaux (en 2001, 69,7 % des revenus de 1995)
la baisse de la production ont aussi participé à et pour les revenus agricoles (65,9 %), plus
cette baisse rapide des revenus réels qui a tou- léger en revanche pour les prestations et les
ché en pratique toutes les catégories sociales. retraites (89,5 %). Ceci est dû à la baisse du
L’existence d’une économie souterraine qui nombre des salariés par ménage et à la hausse du
s’est développée dans des proportions générale- nombre de retraités par ménage, ainsi qu’à la
ment considérées comme préoccupantes a eu hausse des coûts de la production agricole (aug-
une forte influence sur le niveau (à la hausse) et mentation rapide du prix des équipements et des
la distribution des revenus (hausse des inégali- engrais).
tés).
La structure des revenus des ménages (13) se
L’inflation a été élevée durant toute la période caractérise par une part relativement faible des
de transition, avec des taux annuels à deux ou
trois chiffres (cf. tableau 10). Dans ces condi-
12. Des données de bonne qualité sur les revenus et les dépen-tions, le pouvoir d’achat des salaires, des pen-
ses des ménages sont disponibles à partir de 1995, fondées sur
sions et d’autres prestations sociales (alloca- les résultats d’une enquête complexe auprès des ménages, réa-
lisée sur une base annuelle entre 1995 et 2000. Depuis 2001, cestions familiales, allocations chômage, etc.) s’est
données sont rassemblées dans le cadre de l’enquête Budget defortement érodé. En 1999, les revenus salariaux Famille.
réels moyens atteignaient 56,0 % du niveau de 13. Il s’agit du revenu brut des ménages.
Tableau 10
Salaires et pensions réelles
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
Indice des salaires réels 100,0 81,7 71,3 59,4 59,4 66,5 72,7 56,3 58,2 56,0 58,6 61,5
(base 100 en 1990)
Indice des pensions d’assurance 100,0 77,5 63,7 56,5 55,3 61,2 62,8 49,7 48,8 47,6 43,9 46,3
sociale d’État (base 100 en 1990)
Taux annuel d’inflation - 170,2 210,4 256,1 136,7 32,3 38,8 154,8 59,1 45,8 45,7 34,5
(en %)
Source : INS.
202 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005

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