Voyage dans deux siècles de démographie Le tour de la Basse-Normandie en 34 recensements

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Cent pour cent Basse-Normandie Voyage dans deux siècles de démographie Le tour de la Basse-Normandie en 34 recensements Avec près de 90 habitants au km², la Basse-Nor-Avec une population d’un million et demi de mandie a figuré pendant toute la premièrepersonnes, le territoire bas-normand n’a- emoitié du XIX siècle parmi les régions françai- brite pas aujourd’hui plus d’habitants qu’au ses les plus densément peuplées, à hauteur de edébut du XIX siècle, alors que la population sa voisine haut-normande. En province, seuls le Nord-Pas-de-Calais et l’Alsace affichaient déjàmétropolitaine a doublé. Le poids démogra- des densités supérieures à 100 habitants auphique de la région a donc été divisé par km². Avec 83 habitants au km², la Basse-Nor-deux, modifiant sa place sur l’échiquier des mandie se situe désormais bien en dessous deerégions françaises. À l’aube du XIX siècle, la la moyenne nationale (114 habitants au km²). Basse-Normandie pesait dans la population e De fait, le XIX siècle n’a pas été favorable à lafrançaise autant que la Bretagne ou l’Aqui- Basse-Normandie, seule région à avoir connutaine aujourd’hui (5%). une baisse de population entre les recense- ments de 1801 et 1901. Qu’en sera-t-il demain ? Quel avenir pour les villes touchées par des restructurations in- Avant 1850 : une Basse-Normandie dustrielles ? Quelles mesures publiques peu- repliée sur ses terres vent influer sur les évolutions à venir ?
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Cent pour cent
Basse-Normandie
Voyage dans deux siècles de démographie
Le tour de la Basse-Normandie
en 34 recensements
Avec près de 90 habitants au km², la Basse-Nor-Avec une population d’un million et demi de
mandie a figuré pendant toute la premièrepersonnes, le territoire bas-normand n’a- emoitié du XIX siècle parmi les régions françai-
brite pas aujourd’hui plus d’habitants qu’au ses les plus densément peuplées, à hauteur de
edébut du XIX siècle, alors que la population sa voisine haut-normande. En province, seuls le
Nord-Pas-de-Calais et l’Alsace affichaient déjàmétropolitaine a doublé. Le poids démogra-
des densités supérieures à 100 habitants auphique de la région a donc été divisé par
km². Avec 83 habitants au km², la Basse-Nor-deux, modifiant sa place sur l’échiquier des
mandie se situe désormais bien en dessous deerégions françaises. À l’aube du XIX siècle, la la moyenne nationale (114 habitants au km²).
Basse-Normandie pesait dans la population
e
De fait, le XIX siècle n’a pas été favorable à lafrançaise autant que la Bretagne ou l’Aqui-
Basse-Normandie, seule région à avoir connutaine aujourd’hui (5%).
une baisse de population entre les recense-
ments de 1801 et 1901.
Qu’en sera-t-il demain ? Quel avenir pour les
villes touchées par des restructurations in- Avant 1850 : une Basse-Normandie
dustrielles ? Quelles mesures publiques peu- repliée sur ses terres
vent influer sur les évolutions à venir ?
eJusqu’au milieu du XIX siècle, la Basse-Nor-
mandie, région plutôt riche et densémentSi les recensements de population menés de-
peuplée, se caractérise par une forme d’au-puis 1801 ne permettent évidemment pas de
tarcie. Communications et échanges avec l’ex-
répondre à de telles questions, ils témoi- térieur restant très limités, l’agriculture (avant
gnent de l’influence des mutations économi- tout céréalière) demeure essentiellement vi-
ques : l’organisation des systèmes de vrière et repose sur de petites exploitations né-
cessitant une force de travail nombreuse. Elleproduction joue sur les dynamiques de popu-
s’accompagne d’activités artisanales d’appointlation. Le décollage du Calvados au cours des
- selon les territoires : tissage, poterie, fabrica-
Trente Glorieuses traduit aussi l’effet mar- tion de clous ou autre petite quincaillerie - qui
qué des politiques de déconcentration indus- assurent aux plus démunis d’indispensables re-
venus de complément. Ces “industries domes-trielle et d’aménagement du territoire.
tiques”, présentes jusque dans les zones les
plus rurales, confèrent à la Basse-Normandie
Alors que de nouveaux défis – globalisation, une forme de compétitivité, au sens où l’on
environnement, société de la connaissance, pouvait l’entendre à l’ère proto-industrielle.
métropolisation – s’imposent pour la
Si ces conditions de vie permettent auxconception des stratégies d’aménagement,
Bas-Normands de bénéficier d’une mortalité
les enseignements tirés des bouleverse-
moindre, les naissances sont moins nombreu-
ments passés prennent parfois de singuliers ses qu’ailleurs et la population ne croît guère.
accents de modernité. Faut-il y voir une forme de contrôle des nais-
Cent pour Cent Basse-Normandie n° 226 - février 2012 1
n° 226 - février 2012Le tour de la Basse-Normandie en 34 recensements
sances, en vue de ne pas diviser l’héritage,
et souvent les terres familiales, d’autant
que le droit coutumier ne favorise pas les
successions des fratries nombreuses ?
Quoiqu’il en soit, la Basse-Normandie s’é-
rige déjà, à cette époque, en terre d’émi-
(1)gration, accueillant moins de horsains
qu’elle ne voit partir de ses “enfants”.
L’Ancien Régime s’était achevé en
Basse-Normandie par une progression li-
mitée de la population, nettement plus
lente que dans le reste du Royaume. Du
Consulat aux révolutions de 1830 et 1848,
la région a connu une relative stabilité dé-
mographique, la population bas-normande
restant autour de 1,53 million d’habitants.
1850 - 1920 : peu
d’industries, peu d’hommes
À partir de 1850, le tassement progressif de
la dynamique démographique régionale va d’Auge ou baie des Veys -, se répand et fait ou dans les villes industrielles voisines
se muer en déclin. Les révolutions de l’in- de la Basse-Normandie la région verte que comme Rouen et Le Havre.
dustrie et des transports, élargissant les nous connaissons. Ce basculement partiel
marchés et développant la concurrence, de l’agriculture locale, associé à un début Cette forte émigration, associée à une na-
bousculent les schémas de l’économie de de mécanisation, lamine l’emploi agricole talité toujours en berne et une mortalité en
subsistance bas-normande et la contrai- traditionnel. Face à la concurrence de pro- hausse, en raison notamment des ravages
gnent à se réorienter. duits extérieurs, souvent issus de manufac- directs et indirects de l’alcoolisme, va
tures industrielles, les plus précaires ne conduire la région à un déclassement conti-
Fort de débouchés nouveaux, l’élevage, no- trouvent plus dans le petit artisanat rural nu jusqu’à la première guerre mondiale. Au
tamment bovin, se développe. L’herbage, les revenus d’appoint nécessaires. C’est l’o- recensement de 1911, la Basse-Normandie
limité jusque-là à quelques territoires - pays rigine d’un exode rural massif. a perdu 352 000 habitants par rapport à
1851, soit une baisse de 23 %, imputable
Cet exode ne profitera pas pour autant aux pour un gros tiers au déficit migratoire avec
villes de la région. Car si tout semblait en les autres régions.
place, à l’époque pré-industrielle, pour as-
DE QUOI PARLE-T-ON ? surer à la région un avenir florissant, la Dans le même temps, la population fran-
Basse-Normandie va passer à côté de la ré- çaise s’est quant à elle accrue de 14 %, et
Cette étude s’appuie sur des séries de volution industrielle, qui se jouera davan- rares ont été les régions à perdre des habi-
population constituées à partir de 34 re- tage sur l’axe rhénan et dans les bassins tants (- 18 % pour Midi-Pyrénées, - 10 %
censements réalisés depuis 1801, et éta- miniers. pour la Franche-Comté, - 8 % pour la Bour-
blies pour chacune des communes de la gogne, - 5 % pour la Picardie). Les effets de
errégion, dans leurs limites au 1 janvier Le Calvados, par exemple, n’emploie plus la Grande guerre noirciront encore le ta-
2010. que 0,88 % de la main d’œuvre industrielle bleau, avec un déficit supplémentaire de
(2)du pays en 1896, contre 2,66 % en 1851 . 100 000 habitants en 1921. En soixante-dix
La population prise en compte est la po- Certaines villes, comme Falaise et sa bon- ans, la perte totale s’établit à 447 000 per-
pulation totale pour les recensements neterie, seront frappées de plein fouet. sonnes, et la région ne compte qu’à peine
de 1801 à 1954, la population sans dou- D’autres résisteront mieux, comme la ré- plus d’un million d’habitants.
bles comptes pour les de gion de Flers et Condé-sur-Noireau, au
1962 à 1999 et la population municipale moins pour un temps. Mais dans l’en- Le tournant de
pour le recensement de 2008. semble, les “enfants” des campagnes
l’entre-deux-guerresbas-normandes préfèreront s’exiler à Paris,
Les cartes d’évolution de densité de po-
À partir des années 1920, la chute estpulation ont été obtenues par un lissage
enrayée. À l’arrivée au pouvoir du Front Po-spatial. Elles ne représentent pas la va-
pulaire, en 1936, la Basse-Normandie a re-leur ponctuelle attachée à une com-
gagné près de 28 000 habitants. Lamune mais sa “moyenne” sur 10 (1) Le mot désigne, en parler normand, tout
progression est modeste (moins de 2 000kilomètres à la ronde. Elles estompent étranger à la Normandie
habitants par an), mais l’inflexion de ten-ainsi les disparités très locales pour
dance manifeste. Au tournant du siècle enmieux faire apparaître les grandes ten- (2) Source : “Pourquoi la Basse-Normandie
e
s’est-elle désindustrialisée au XIX siècle ?”, Alain particulier, la trajectoire du Calvados s’é-dances.
Leménorel, L’information Historique, 1985. carte de celle des autres départements
Cent pour Cent Basse-Normandie n° 226 - février 2012 2Le tour de la Basse-Normandie en 34 recensements
leurs dans la région, l’industrie se dé-
veloppe également (plasturgie et électro-
nique à Alençon, industrie mécanique à Li-
sieux, Alençon et Flers).
L’époque est aussi marquée par la révolu-
tion productiviste de l’agriculture. Mécani-
sation et concentration des exploitations
ferment les débouchés aux travailleurs
agricoles des campagnes. Ce qui provoque
une seconde vague d’exode rural, plus mas-
e
sive encore qu’à la fin du XIX , mais alimen-
tant cette fois largement les villes de la
région. La croissance de ces dernières va ra-
pidement déborder leurs frontières, abou-
tissant à l’émergence de véritables
banlieues autour de la ville-centre.
Principale bénéficiaire de ces mutations,
l’agglomération caennaise assied sa supré-
matie et sa vocation, désormais régionale.
bas-normands, alors qu’ils partageaient Le soutien de l’État aux politiques d’aména- Le nouveau campus universitaire de Caen,
qui “aspire” les jeunes étudiants bas-nor-tous trois jusque-là une certaine commu- gement du territoire développe le tissu in-
nauté de destin. dustriel local, et l’ample mouvement de mands, en est une des illustrations. Entre
1946 et 1975, le Calvados gagne ainsidéconcentration qui s’ensuit permet à cer-
De fait, l’industrialisation s’affirme dans la taines entreprises nationales de trouver en 161 000 habitants (soit + 1,2 % par an), tan-
dis que la Manche (+ 16 000) et l’Ornepériphérie caennaise. La mine de Soumont, Basse-Normandie une main d’œuvre bon
la Société des Hauts Fourneaux et Aciéries marché. C’est ainsi que vient s’installer en (+ 20 000) restent en retrait. Pour la
Basse-Normandie, ce retour d’une crois-de Caen, qui deviendra plus tard la Société 1957 Radiotechnique, une filiale de Philips,
Métallurgique de Normandie (SMN), et les ou encore la Saviem (future RVI, puis Re- sance démographique soutenue (+ 0,6 %
par an) reste toutefois en-deçà du rythmechantiers navals de Blainville-sur-Orne sont nault Trucks), sur le site des chantiers na-
emblématiques de ce décollage industriel. vals de Blainville-sur-Orne. À Cherbourg, national (+ 0,9 % par an). Le baby-boom n’a
donc pas autant profité à la région qu’auLe besoin important de main d’œuvre ou- l’Arsenal laisse place à la Direction des
vrière contribuera à fixer davantage de constructions et armes navales, spécialisée reste de la Nation, car il a également contri-
bué à gonfler le déficit migratoire.Bas-Normands sur le territoire. Comme dans la construction de sous-marins. Ail-
pour les autres territoires accueillant des
industries nouvelles, en particulier miniè-
res, le recours à une main d’œuvre étran-
gère se développe : de 2 000 à 3 000
jusqu’en 1911, le nombre d’étrangers rési-
dant dans la région va bondir dans les an-
nées 1920 (11 000 en 1921, 18 000 en 1926,
22 000 en 1931). Ce fait, majoritairement
calvadosien, fait écho à la trentaine de na-
tionalités qui se côtoient ou se succèdent
sur les chantiers de construction de la SMN,
puis au cours de ses premières années d’ac-
tivité. Sans pour autant faire de la
Basse-Normandie une importante terre
d’immigration, le phénomène marque l’amé-
lioration du solde migratoire de la région.
L’embellie des Trente
Glorieuses
Cette embellie va se confirmer au sortir de
la guerre. La Reconstruction et l’entrée
dans les Trente Glorieuses s’accompagnent
d’une croissance démographique sans pré-
cédent dans la région, avec près de 7 000
habitants supplémentaires chaque année
entre les recensements de 1946 et de 1975.
Cent pour Cent Basse-Normandie n° 226 - février 2012 3
3Le tour de la Basse-Normandie en 34 recensements
difficultés, à partir des années 1980, jus- emploi. C’est ainsi que la Basse-NormandieDepuis 1975:àla recherche e
qu'au dépôt de bilan au début du XXI a retrouvé, en 2008, son niveau de popula-
d’un nouveau souffle siècle, leur porteront un coup dur. Alençon, tion de 1866.
le site historique, et Argentan, entre au-
Le constat a perduré depuis, alors même
tres, pâtiront de la fermeture de ces éta- Selon les projections, qui prolongent les
que la croissance de la population française
blissements. tendances récentes, il faudrait encore at-
a ralenti. Depuis 1975, le rythme de crois-
tendre 2030 pour que la population régio-
sance de la population bas-normande est
Dans l’agro-alimentaire, autre secteur nale atteigne à nouveau son pic historique
de 0,35 % par an, contre 0,5 % au plan na- ephare de la région, les entreprises régiona- du début XIX siècle.
tional. Depuis les années 2000, même la
les sont peu à peu passées aux mains de
population du Calvados croît désormais
grands groupes industriels. De même, Nicolas DAVID & Jean-Benoît MASSIFmoins vite que la population française
l’emploi dans le secteur automobile de-
(0,5 % par an, contre 0,7 %). La population (équipe recensements historiques)meure totalement dépendant de sièges so-
de l’Orne, quant à elle, parvient tout juste à Fabrice DANIELOUciaux extérieurs. La logique de
se maintenir légèrement au-dessus des
délocalisation, qui avait permis à la Julien BECHTEL
292 000 habitants. La Manche a connu un
Basse-Normandie de rattraper son retard
développement moins linéaire. Les grands
industriel dans les années 1960, joue dé-
chantiers du nucléaire dans le Cotentin,
sormais contre elle, et la région doit, avec
dans les années 1970 et au début des an- L'Insee tient à remercier M. Jean QUELLIEN,la globalisation, affronter un nouveau
nées 1980, puis l’activité elle-même, ont professeur émérite d'Histoire contemporaine à
changement des modes de production. Elle
impulsé, temporairement du moins, une l'Université de Caen, pour ses précieuxdoit en particulier relever les défis d’une
nouvelle dynamique. En attirant une main conseils.
société de la connaissance et de l’innova-
d’œuvre jeune, et donc des familles, le dé-
tion, désormais principaux moteurs de la
partement est parvenu à gagner près de
croissance économique. Elle reste, en at-
2 000 habitants en moyenne chaque année
tendant, confrontée à un relatif recul de la
entre les recensements de 1975 et 1990.
sphère productive, reléguant vers la présentielle ses espoirs de crois-
Mais la région est avant tout marquée, au
sance. De fait, la dynamique démogra-
cours des trente dernières années, par les
phique est alimentée au cours des
difficultés industrielles. D’abord touchée
dernières années par l’attrait du littoral au-
par la crise de 1973, l’industrie bas-nor-
près des seniors.
mande subit, à partir de 1985, un vaste
mouvement de restructuration. La SMN
2030 : autant d’habitantsdisparaît au début des années 1990.
L’exemple le plus emblématique est, sans qu’en 1830 ?
nul doute, Moulinex. Cette entreprise, très
ancrée localement, avait participé au re- Dans ce contexte, la Basse-Normandie
nouveau d’un certain nombre de territoires peine à retenir ses jeunes adultes, nom-
bas-normands dans les années 1960. Ses breux à quitter la région pour trouver un
Naissances, décès, mobilités
Contribution des soldes naturel et migratoire à l'évolution de la population en Basse-Normandie
Évolution de population Naissances Décès Solde naturel Solde migratoire apparent
(1) (2) (3) (4) = (2) - (3) (1) - (4)
moyenne annuelle moyenne annuelle moyenne annuelle moyenne annuelle moyenne annuelle
1806-1850 + 300 31 200 27 900 + 3 300 - 3 000
1851-1920 - 6 400 26 400 30 500 - 4 100 - 2 300
1921-1945 + 1 000 22 200 20 800 + 1 400 - 400
1946-1974 + 6 700 24 500 13 400 + 11 100 - 4 400
1975-2008 + 4 900 18 500 13 300 + 5 200 - 300
Source : Insee, recensements de la population, État civil.
Les ordres de grandeur sur les naissances et les décès de 1806 à 1961 sont issus de l'ouvrage "Atlas historique et statistique de la
Normandie occidentale à l'époque contemporaine" (Volume 1 : circonscriptions administratives et démographie).
Cent pour Cent Basse-Normandie n° 226 - février 2012 4Le tour de la Basse-Normandie en 34 recensements
Cent pour Cent Basse-Normandie n° 226 - février 2012 - ANNEXE 1 5
5Le tour de la Basse-Normandie en 34 recensements
Annexe 2 : quelques exemples de trajectoires urbaines
Falaise : témoin d’une reconversion industrielle manquée
eFalaise et ses environs abritaient à la fin du XVIII siècle une in-
dustrie tournée vers la bonneterie, le coton, le cuir. Cette industrie
très consommatrice de main d’œuvre a contribué à faire de Falaise
ela deuxième ville du Calvados au début du XIX siècle. Mais le ren-
chérissement du prix du coton, la mécanisation et la concurrence
internationale ont mis à mal ces activités. A ce déclin industriel s’est
associé un déclin démographique qui s’est poursuivi jusqu’à la fin
des années 1940.
La vallée de Flers-Condé au gré des mutations industrielles
L’industrie textile a contribué, un temps, à l’essor démographique
de Flers et Condé-sur-Noireau, faisant même de Flers la cinquième
eville de la région à la fin du XIX siècle. Ses difficultés ont conduit
tout aussi sûrement à leur déclin. La reconversion industrielle dans
l’automobile a relancé une certaine dynamique dans l’a-
près-guerre, mais toute provisoire. Dans cette industrie de main
d’œuvre, les restructurations comme la dépendance à des centres
de décision extérieurs à la région ont par la suite fragilisé le déve-
loppement démographique de ces territoires.
La métallurgie, creuset de l’industrialisation
Le développement de la métallurgie a marqué le réel départ de l’in-
dustrialisation de la région.
L’usine d’électrométallurgie qui naît aux abords de l’estuaire de la
Dives dans les années 1890 transforme durablement Dives-sur-Mer
en cité ouvrière florissante.
Plus près de Caen, l’allemand Thyssen développe ce qui deviendra
plus tard la Société Métallurgique de Normandie, la célèbre SMN.
L’entreprise favorise, près de son usine, la création d’un vaste “pla-
teau” d’habitations, à cheval sur Colombelles, Mondeville et Giber-
ville, afin de fixer ses ouvriers.
La SMN profite en outre de la proximité de la mine de Soumont. Les
mineurs, dont beaucoup sont Polonais, s’installeront en masse
dans la commune voisine de Potigny. Aujourd’hui encore, Potigny
garde la trace de cette immigration : elle demeure la deuxième ville
de la région, après Caen, par la taille de sa population polonaise.
Cent pour Cent Basse-Normandie n° 226 - février 2012 - ANNEXE 2 6Le tour de la Basse-Normandie en 34 recensements
Granville et Côte Fleurie : des corsaires aux bains de mer
e
Dans la première partie du XIX siècle, Granville était le plus grand
port de pêche français avec Saint-Malo, en faisant alors la troisième
ville la plus peuplée de la région. L’activité déclinant, Granville s’est
epeu à peu convertie au tourisme balnéaire, dès le XIX siècle, à l’ins-
tar de la Côte Fleurie.
La mode des bains de mer émerge à partir des années 1830. Sur la
Côte Fleurie, son essor est couplé à celui d’activités touristiques et
de loisir (casinos, hippodromes, etc.). Elle fournit aussi matière à de
grands projets privés. Dans les années 1860, le Duc de Morny
achète à Deauville des terrains jusqu'alors marécageux et les amé-
nage sur le modèle haussmannien. Très vite, et grâce à la desserte
par le chemin de fer, une riche population parisienne se presse en ce
haut lieu du tourisme balnéaire. Cet apport de devises génère des
revenus propres à attirer rapidement une population sur ce littoral.
État et chantiers stratégiques façonnent le destin de Cherbourg
Cherbourg n’a longtemps vécu que pour et par son port militaire,
spécialisé dans la construction et la réparation de bâtiments de
guerre. Elle ne s’est réellement construite, en tant que ville,
e e
qu'entre la fin du XVIII siècle et la première moitié du XIX , avec la
construction de l’Arsenal. Sa population a presque quadruplé en
une soixantaine d’années. Avec 44 000 habitants, Cherbourg-Octe-
ville était en 1861 aussi peuplée que Caen.
Cent pour Cent Basse-Normandie n° 226 - février 2012 - ANNEXE 2 7
7Le tour de la Basse-Normandie en 34 recensements
Annexe 3 : des campagnes aux villes
EXODES RURAUX, URBANISATION
eJusqu’à la moitié du XIX siècle, les campagnes bas-normandes restent densément peuplées.
Ces travaux ont été réalisés au seinAvec l'industrialisation des villes, les emplois ouvriers constituent un puissant incitatif à quit-
d’un pôle national de compétences,ter les villages. Viennent alors 70 ans d’un premier exode rural. Il n'alimente toutefois que
hébergé par la Direction régionalefaiblement les villes bas-normandes : les trois quarts des migrants quittent la Basse-Nor-
de l’Insee de Basse-Normandie, etmandie pour d’autres régions. Entre 1851 et 1921, la population du Havre double, avec
assurant à la fois l’expertise et la dif-85 000 habitants supplémentaires. Grâce à ses communes limitrophes, Rouen progresse
fusion des recensements, notam-d’autant, en développant déjà une agglomération bien au-delà de son centre historique.
ment anciens.Dans le même temps, Caen ne gagne qu’une petite dizaine de milliers d’habitants, et Cher-
Ce pôle met des données à disposi-bourg-Octeville, guère plus. L'exode frappe aussi les bourgs historiques comme Falaise, ou
tion du monde de la recherche, etencore Coutances, Bayeux, Avranches, Valognes, qui perdent des habitants.
contribue par ailleurs à une mission
de sauvegarde du patrimoine deAprès la seconde guerre mondiale, le baby-boom, couplé au décollage industriel des années
données de l’Insee.1960, provoque une accélération de l’exode rural, qui achève de dépeupler les campagnes.
Cette fois-ci, le mouvement profite aux villes de la région, y compris celles qui stagnaient ou
déclinaient avant-guerre (Vire, Falaise, Argentan, Coutances, Saint-Lô, Avranches, Bayeux ...).
L’agglomération caennaise se développe, quant à elle, à un rythme soutenu entre 1946 et
1975 (+ 67 000 habitants pour la seule ville-centre), et s’étend à la périphérie. Hérou-
ville-Saint-Clair symbolise cette croissance express : sa population passe en une quinzaine
d’années, dans les années 1960-70, de moins de 2 000 habitants à 24 000 âmes.
PÉRIURBANISATION, RURBANISATION
DIRECTION RÉGIONALELes villes s’étalent de plus en plus loin de leur centre historique, qui tend désormais à perdre
DE L'INSEEdes habitants. Des travailleurs citadins décident de vivre à la campagne en raison des ten-
DE BASSE-NORMANDIEsions sur les prix immobiliers en ville, ou encore pour profiter d'un autre cadre de vie, d'une
maison, d'un terrain. Au-delà des banlieues strictement urbaines point ainsi une deuxième
couronne d’influence des villes. Cette périurbanisation, qui prend corps dans les années 5 rue Claude Bloch
1980, redynamise certaines communes rurales, et accentue la croissance des communes lit- BP 95137
torales. Depuis 1975, les deux tiers des communes de Basse-Normandie ont gagné des habi- 14024 CAEN cedex
tants. On observe même, en fin de période, un retour à la croissance de certains espaces Tél.:0231457333
ruraux.
www.insee.fr/basse-normandie
Directrice de la publication :
Maryse CHODORGE
Service études et diffusion :
Julien BECHTEL
Rédacteur en chef :
Didier BERTHELOT
Composition PAO :
Françoise LEROND
Marie-Isabelle LARDET
Attaché de presse :
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02 31 15 11 14
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Cent pour Cent Basse-Normandie n° 226 - février 2012 - ANNEXE 3 8

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