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À LA RECHERCHE D'UN AMOUR PERDU

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Fraîchement réélu, le député Jean-Baptiste Serra est troublé par sa rencontre avec une journaliste énigmatique. Elle a les traits, et le même caractère singulier, qu'une inconnue dont il a été amoureux il y a quelques mois, avant cette fameuse campagne électorale.
Et si cette mystérieuse jeune femme était son ange gardien ? Et si elle avait agi sur sa personnalité avec une telle force qu'elle avait modifié son destin d'homme comme de politicien ? Et si elle avait bouleversé ses croyances à jamais ?
Désormais, il se devait de tout faire pour la retrouver et pour l'aimer...
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Dominique Mahé des Portes

 

 

 

 

 

 

À la recherche

d’un amour perdu

Roman














Publié par Bookelis

© Dominique Mahé des Portes, 2017

ISBN : 978-2-8221-0041-0













À ma mère,

À ma fille Flore,

À mon frère Franc-Loup

avec toute mon affection.

Introduction

20 juin

Fraîchement réélu au poste de député, le président de l’Union Démocratique, Jean-Baptiste Serra, était un homme de type méditerranéen aux épaules carrées, volontaire. Intelligent, son regard était celui d’un aigle. Les membres de son parti le respectaient, mais le craignaient tout autant. Alors, que lui avait-il pris d’aborder cette journaliste la veille à la sortie de son meeting ? Pourquoi le seul fait de voir et d’adresser la parole à cette jeune femme distinguée l’avait-il troublé ? Son amour-propre ne le lui pardonnait pas. Il s’engouffra dans sa voiture, effondré, furieux, le regard figé, conduisant comme un automate. Il freina brusquement. Les pneus crissèrent sur le goudron, il claqua la porte de sa voiture puis pénétra en trombe à l’intérieur de sa maison, située à la Campagne à Paris. Après s’être impatiemment débarrassé de son manteau, Jean-Baptiste se dirigea vers sa chambre, devenue avec le temps son principal refuge. Nombre de souvenirs, d’objets personnels y étaient dispersés dans un sympathique désordre sur quelques meubles de style ancien. Seuls les livres soigneusement classés dans une belle et grande bibliothèque avaient droit à un sort plus enviable. Il déposa la veste de son complet gris sur un fauteuil, y jeta négligemment sa cravate et s’allongea, perplexe, en position de fœtus. Qui cherchait-il à travers cette journaliste ? Cette brève rencontre avait instantanément éveillé en lui de vives émotions qu’il croyait enterrées à jamais, mais qui apparemment ne demandaient qu’à resurgir telle la lave d’un volcan. Il était quasiment certain qu’elle-même n’était pas restée indifférente à sa personne. Quand leurs regards s’étaient croisés, la reporter avait rougi et rapidement détourné son joli et charmant visage.

Jean-Baptiste fronça les sourcils et, sans en comprendre la raison, essaya d’extraire de sa mémoire les souvenirs d’une autre femme qu’il avait passionnément aimée auparavant. Les images demeuraient extrêmement floues et le torturaient. Brusquement, il éclata : « Ridicule, je suis ridicule, quel rapport pourrait-il y avoir entre cette journaliste et… Il prit sa tête entre ses mains. N’est-ce pas plutôt mon cerveau qui me joue des tours ? Cette femme existe-t-elle vraiment ? »

Cette inconnue était drapée d’une atmosphère nébuleuse, mystérieuse et l’avait envoûté. Pourtant, cette passion avait été une véritable humiliation pour son cœur plus habitué à être aimé qu’à aimer. Comme lui avait fait remarquer, et avec un peu d’envie, un de ses confrères lors d’une soirée mondaine où sa compagnie était particulièrement recherchée par la gent féminine : « Eh bien, ça marche pour toi les filles, dirait-on ! »

 

C’était exact. Mariés très jeunes, sa femme et lui avaient rapidement compris qu’ils n’avaient rien en commun. Aussi avaient-ils préféré divorcer un mois après être passés à la mairie. Cela avait choqué leurs parents et lui-même avait été persuadé qu’il en serait toujours ainsi du mariage, Jean-Baptiste n’avait pas essayé de se remarier, préférant vivre comme un électron libre. Il avait eu de nombreuses conquêtes féminines auxquelles il se gardait bien de s’attacher « les considérant comme des instruments interchangeables d’un plaisir identique ». Seule la politique était sa véritable maîtresse, sa façon de se faire aimer. En cas de défaite, il pouvait dominer ou dissimuler ses sentiments. Bien qu’averti et lucide, le député n’avait pas tardé non plus à être déçu dans ce domaine. Des prétendus amis n’avaient pas hésité à le trahir si cela servait leurs intérêts ou par pure jalousie. Il avait d’ailleurs subi des échecs cinglants. Mais c’était un homme orgueilleux et ambitieux. Il avait vite compris que c’était la règle du jeu et que pour arriver à ses fins, il devait se munir d’une carapace. Et puis il aimait se battre…

 

Jean-Baptiste était issu d’une famille espagnole ayant préféré fuir le régime franquiste. Pressé de s’intégrer dans le monde de la politique, après cinq années à l’I.E.P. (Institut d’Études Politiques) et avec l’appui de nombreux partisans, il s’était présenté comme candidat à la mairie d’une ville bretonne où il avait été élu avec une large majorité. Son aura, son tempérament actif, sa force de caractère, son franc-parler, plaisaient et rassuraient ses électeurs. Il était ensuite devenu député des Côtes-d’Armor, mais son ambition l’avait poussé à quitter son parti pour en créer un autre plus frondeur, l’Union Démocratique, dont il était président.

À partir du moment où il avait rencontré cette femme mystérieuse, la politique l’avait laissé plus ou moins indifférent. Lui qui avait une âme de guerrier, un comportement de macho, s’était surpris à rêver. Il avait immédiatement été fasciné par sa grâce, son charme. Elle avait écartelé son âme. Paradoxalement, pour rien au monde il n’aurait désiré effacer de son cœur les douloureux mais délicieux sentiments qu’il éprouvait pour elle. Le fait d’y repenser était même un bonheur pour lui…

Oui, mais tout avait disparu… Il y avait eu un énorme vide dans son cœur et surtout dans sa mémoire, dont il ignorait la raison. Cette femme n’était pourtant pas un phantasme. Des images lui revenaient à intervalles réguliers.

Dans son souvenir, Jean-Baptiste avait raccompagné une nuit cet être de rêve à son domicile. Impossible pour lui de seremémorer le quartier, la ville. La rue était déserte, le ciel étoilé et la douceur de l’air accentuaient le romantisme de ce moment merveilleux. Ils étaient descendus de voiture. Jean-Baptiste l’avait attirée vers lui sans un mot, leurs yeux reflétant une passion indescriptible. Serrés l’un contre l’autre, leurs corps formaient un brasier. Jean-Baptiste n’avait encore jamais rien ressenti de semblable malgré ses nombreuses aventures. Il se laissait envahir par ses sentiments en silence, le corps vibrant.

En se remémorant cette scène, il exulta, son cœur se mit à battre violemment. Il était en plein désarroi. Son esprit cartésien refit surface. Où et quand cette histoire romanesque s’était-elle déroulée ? Il alluma une cigarette pour se détendre, ouvrit la fenêtre et huma l’air frais de la nuit noire. Ce n’était pas le genre d’homme à se raconter des histoires à l’eau de rose. Si ses camarades l’avaient vu ainsi, ils l’auraient méprisé, ou du moins le lui auraient-ils fait croire pour dissimuler leur jalousie. Depuis que des images lui revenaient régulièrement à l’esprit, Jean-Baptiste souhaitait encore plus la revoir, l’enlacer, écraser ses lèvres contre les siennes.

Mais qu’était-elle devenue ? Cette créature était comme une étoile filante. « Je n’arriverai jamais à la retrouver, la capturer, elle n’est pas de celles qu’on enferme dans une cage ou que l’on cloître dans une île », pensa-t-il désespéré. Il alla prendre une douche et se glissa avec délice dans son lit. Mais il restait obsédé par ses souvenirs et ne parvenait pas à s’endormir. Il fouilla avec fébrilité dans sa table de nuit à la recherche d’un somnifère. Tout au fond du tiroir poussiéreux, ses doigts effleurèrent une photo… Intrigué, il l’examina de près. Durant quelques secondes, il retint son souffle. Cette femme ! Était-ce celle qui avait éveillé ses souvenirs ? Comment cette photo avait-elle pu atterrir ici ? Peut-être la lui avait-il « empruntée » afin de la contempler en toute intimité dans sa chambre ? Son corps, sa silhouette aérienne, ses longs cheveux dorés et ses expressifs yeux bleus en amandelui donnaient l’apparence d’une star ou d’un ange.

Tout excité, il pressa l’image entre ses doigts, la réexamina fou de joie et la plaqua contre son cœur en fermant les yeux. La ressemblance entre cette femme et la journaliste était extraordinaire et le troubla profondément. Jean-Baptiste glissa la photo sous son oreiller. Un sourire flottait sur ses lèvres. Plein d’espoir, son esprit enflammé vogua dans un autre monde qui lui était totalement inconnu et à l’opposé de son caractère. Il avait la sensation de « pénétrer » dans une musique aux sons limpides, étrange, qui enveloppait son amour et le faisait voler comme un pélican. Il se réveilla stupéfait. « Ces images resteront pourtant à jamais ancrées dans ma mémoire », pensa-t-il. À présent, il savait qu’il ne serait plus jamais le même. Seul ce qui concernait cette inconnue lui importait. Il se rendormit à l’aube.

Le lendemain, malgré un sommeil agité, le député paraissait serein. Ses amis et camarades furent même surpris de lui trouver une mine aussi reposée après cette élection mouvementée mais triomphale qui s’était achevée deux jours plus tôt. En réalité, tout en lui bouillait, son corps, son esprit et surtout son cœur. Plus que jamais, il était décidé à connaître l’identité de cette femme. Le soir, dégagé de toutes contraintes, Jean-Baptiste rentra rapidement chez lui pour contempler à nouveau fiévreusement l’image de celle qui n’aurait jamais dû être une inconnue pour lui.

Il s’allongea et ferma doucement les paupières. Lentement, de la photo imprimée dans son esprit jaillirent des souvenirs d’une certaine passion. Mais la véritable passion, c’est son cœur qui lui permettra de la retrouver.

Un amour de Jean-Baptiste

Chapitre 1

Trois mois plus tôt

Lors d’un meeting enflammé en plein air, le député Jean-Baptiste Serra releva ses bras en croix en signe de victoire sous le regard admiratif de ses électeurs, tout en répondant aux acclamations de la foule enthousiaste, avant de donner nombre de poignées de main. Il écarta avec une autorité méprisante certains journalistes qui s’étaient invités lors de cette réunion et qui se vengeraient ensuite en rédigeant des articles odieux le concernant. Aussi, le leader de l’Union Démocratique ne comprit-il pas pourquoi il accepta de saluer aimablement cette journaliste du quotidien Le Libéral, qui représentait la finance, ce libéralisme à outrance qu’il condamnait et la majorité catholique du pays.

 

Dès qu’il la vit, il fut ébloui et n’eut que le réflexe de lui adresser un sourire admiratif, un peu timide même. Et de penser : « Mon Dieu, qu’elle est belle ! » Cela ne dura que quelques secondes. Pour dissimuler son attirance et son émotion, il prit un air hautain. Mais le charisme de cette journaliste l’avait impressionné malgré lui et son cœur qui se méfiait des femmes n’eut pas le temps de protester. Bien que surpris par son attitude, certains reporters n’eurent pas le réflexe de photographier cet instant qui pourtant allait modifier le cours de sa vie.

Rentré chez lui, le député s’assit à son bureau, songeur, puis essaya de travailler, mais son esprit vagabondait. Comment analyser ce qu’il ressentait ? Du reste, en avait-il vraiment envie ? Il préféra laisser ses rêves s’envoler dans des sphères qui lui avaient été jusqu’à présent inconnues.

Il retourna de nouveau à sa tâche, examinant consciencieusement divers dossiers, mais cette « paperasse » ne l’intéressait plus guère à présent. Son portable personnel sonna et il l’ouvrit précipitamment. Une voix langoureuse se fit entendre.

– Alors mon chéri, comment vas-tu ? Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus.

– Ah, Camille, tu es de retour à Paris. Moi aussi, tu me manquais.

Jean-Baptiste fit de son mieux pour que l’intonation de sa voix paraisse enthousiaste et sincère. En réalité, il avait rarement été aussi déçu. « Qu’est-ce que tu espérais pauvre idiot, la journaliste ne t’a même pas donné son numéro de téléphone. » L’appel l’ennuyait terriblement. Camille était l’actuelle maîtresse du député. Leur idylle avait fait la une de journaux à sensation comme Paris Match. Sur la couverture de l’un d’eux, il était en première page en train de l’embrasser d’un air si contraint que c’en était à la limite du comique. Un autre magazine avait prétendu, à sa grande fureur, qu’elle était enceinte de lui.

Svelte, les cheveux longs bouclés, cette grande femme à la voix mélodieuse mêlée à un accent italien original, qu’elle entretenait volontairement, était une star de la chanson.

En quête de nouveaux talents, un artiste célèbre l’avait remarquée et lancée dans le monde musical. Il avait vu juste : sa personnalité clinquante attirait le public. Elle « jetait du jus » et Jean-Baptiste avait flashé sur la star. Bien vite, il avait compris qu’il était une marionnette entre les mains de cette artiste ambitieuse qui – même si elle l’aimait bien – se servait surtout de sa situation pour s’élever dans la société.

– Allô, tu ne dis rien, tu m’entends ?

– Hum… si, si bien sûr, j’étais en train de me demander dans quel restaurant nous pourrions aller ce soir. Écoute, je viens te chercher à 20 heures chez toi et nous verrons cela ensemble, ça ira ?

Ils parlèrent encore un peu et Jean-Baptiste raccrocha
rapidement.

Le député l’emmena dans un de ces merveilleux restaurants qui contribuent au charme et à la célébrité de Paris. Mais l’indifférence de Jean-Baptiste transparut vite. Il avait visiblement l’esprit dans d’autres sphères et ne s’intéressait guère à la conversation.

Quand ils sortirent du restaurant, il prétexta la fatigue pour ne pas continuer la soirée en sa compagnie. Camille, vexée et malheureuse, nedécoléra pas durant le chemin du retour, comprenant à travers son attitude qu’elle perdait son amant.

«  Quelle femme retient son attention ? » se demanda-t-elle.

 

Gabrielle marchait le long du boulevard Haussmann. Elle s’arrêta, leva la tête et regarda avec nostalgie la demeure de Marcel Proust, située au 102. Puis elle observa distraitement, quoiqu’avec un certain plaisir, les vitrines du Printemps.

Quand elle arriva à la rédaction du Libéral, le directeur, Pierre Jourdan, la fit demander. Sur les murs bleu clair de la vaste pièce étaient accrochées quelques photos de paysages maritimes : bateaux dans la tempête, ports de pêche et îles bretonnes. Le directeur trônait dans un fauteuil de cuir noir derrière son bureau. Les épaules larges, grand, blond, le crâne légèrement dégarni, les yeux bleus, il était vêtu d’un costume gris. On l’aurait facilement imaginé en officier allemand. Tous l’admiraient, peu l’aimaient. Sa voix grave et posée achevait de lui conférer une autorité majestueuse. Il semblait ne pas pouvoir détacher son regard de Gabrielle. Il lui désigna courtoisement un siège.

– Assieds-toi, je t’en prie… Alors, je te félicite. Il y eut un bref silence. Qu’une journaliste du Libéral parle sans problème à Jean-Baptiste Serra, c’est un véritable exploit.

Il ajouta perfidement, comme si cela avait une grande importance :

– Il est vrai qu’il a un certain charisme auprès des femmes, sa maîtresse actuelle est la célèbre chanteuse Camille. Une jolie femme, elle a du succès.

Il se leva, s’approcha lentement d’elle, lui caressa doucement les épaules. Il avait du mal à respirer. Pierre Jourdan ne pouvait supporter l’idée qu’un homme de valeur comme Jean-Baptiste Serra ait pu approcher sa protégée.

Pour lui, il ne faisait aucun doute qu’elle avait séduit le politicien. Envoûté, il ne pouvait la quitter des yeux. Avec sa naïveté, Gabrielle était bien capable de rédiger un article élogieux sur « cette saleté de communiste ». Avec agacement, il écrasa son cigare.

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