Accroche-toi Tome 1

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Course-poursuite dans le milieu de la mafia toulousaine Cavale haletante d'un couple en péril Quand Fred, jeune informaticien tout juste arrivé à Toulouse, retrouve par hasard Martine, son amour de lycée, la passion est immédiatement ravivée. Mais à peine leur relation renouée, le passé de Martine la rattrape. Menacée par la mafia et recherchée par la police, elle doit prendre la fuite après une violente échauffourée, entraînant Fred dans son sillage. S'ensuit alors une course effrénée à travers la ville et contre la montre. Quel est donc le secret de Martine? L'amour du jeune couple pourra-t-il y survivre? Pour son premier roman, Philippe Milhau signe un polar réaliste, rythmé par les embûches dressées sur le chemin du couple en cavale.
Publié le : vendredi 10 juin 2011
Lecture(s) : 56
EAN13 : 9782304020007
Nombre de pages : 215
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2Accroche-toi

3
Philippe Milhau
Accroche-toi
Tome I
Polar
5Éditions Le Manuscrit
























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02000-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304020007 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02001-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304020014 (livre numérique)

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à Lisa...
7
8 B&G
1
– Cinquante pour cent viande de porc, de
dinde, gelée, foie de porc, œufs entiers, bouil-
lon, amidon de riz, protéines de soja, de lait,
lactose, dextrose, assaisonnement, sel, conserva-
teur : E250, E252, antioxygène : E301, acidi-
fiant : E330, stabilisants : E450, E451, épaissis-
sant : E407, colorants : E120, E150a...
Il replace le pâté en croûte enveloppé dans sa
tribune lumineuse et garde imprimée sur le vi-
sage une contracture sceptique, une moue tra-
hissant une certaine désolation. Toute cette
nourriture sous cellophane, cette fuite, cette
course aux profits, toute cette consommation
excessive. L’homogénéisation du goût, de
l’aspect, de la couleur. Produisons vite, augmen-
tons les marges, et inondons la Planète de notre
soupe, vite, vite. Désolant. Nous sommes trim-
balés dans les soutes de “the international busi-
ness”, et ça va vite, trop vite. Il sait tout cela,
comme tout le monde, il sait mais...
Il marmonne toujours et pousse son caddie
plus loin:
9 Accroche-toi
– Cochonneries!
Il s’arrête distrait devant les produits laitiers
bio, en retire, du fond de la gondole, un paquet
de yaourts. Mais même ici, le doute subsiste. Un
néon clignote au-dessus de sa tête et découpe
son visage comme un vieux huit millimètres.
Fronçant les sourcils, il vérifie la date limite du
paquet et le range à côté de ses légumes.
– Quatre yaourts bio : 3 euros.
Avec le reste, ça fait trente-six euros dix. Le
plus dur c’est les virgules.
Il croise ces allées chargées de lourds convois
de citadins pressés. Ces silhouettes qui
s’effacent devant lui. Un dernier élan, avant
d’acquérir le repos d’un week-end sur des boîtes
de pizza et des poulets rôtis. On se rue sur ces
promotions électorales, on se bouscule devant
les tranches de jambon, on patine sous le poids
d’un chariot qui changera bientôt d’image et ne
sera plus qu’un regret en bas d’un ticket de
caisse. On essaye, on compare, on tâte et on se
presse entre ses rayons de coton et d’acrylique.
Pendant un moment il médite. Sur ce qui lui
passe par la tête, sur tout, sur rien, sur rien du
tout. Souvent sur ceux qui lui passent sous le
nez. Cette foule de contemporains et de
contemporaines. Pauvres victimes d’un système
qui leur échappe. Pauvre... Pas forcément, ils
ont l’air presque joyeux. Ça grouille de partout,
ça s’émoustille, on pourrait se croire à la foire.
10 Accroche-toi
C’est bien puisque des foires, il y en a plus.
C’est un drame. Ce n’est plus rentable depuis
que les gens passent leur week-end dans les su-
permarchés.
Finalement qui sommes-nous, sommes-nous
encore maîtres de notre destin, de notre quoti-
dien, de notre week-end ?
– Deux paquets de pain au lait: deux euros
cinquante-neuf. Ça fait trente-huit euros
soixante-neuf.
C’est toujours comme ça les courses, c’est
souvent ça, la solitude. Ça médite dans la tête,
ça trotte. La solitude, ça vous ronge par la tête,
ça change les courses en débat sur l’existentiel
de l’homme au supermarché. Ça change les
courses en corvée. C’est surtout de ne rien
acheter qui est déprimant. Le manque d’envie.
– Deux boîtes de maquereaux à la moutarde:
un euro soixante-sept. On en est à...
Alors ça mine, pourtant, il n’est pas malheu-
reux, non. Pas plus que quelqu’un qui renonce à
un pâté en croûte industriel par souci de résis-
tance, par nature contestataire. Il n’aime pas
faire les courses, c’est tout, ça l’ennuie. C’est
surtout méditer qu’il n’aime pas, ça fait mal à la
tête, la solitude qui ronge. Alors il compte, ça
l’occupe, ça mobilise déjà un côté de son cer-
veau. C’est déjà un côté sauvé de la solitude.
– Une boîte de cinq cents grammes de lentil-
les vertes du Puy: 3 euros vingt.
11 Accroche-toi
Il compte ses courses, de tête. Au début
c’était dur. Après ça devient un jeu, il faut ce
concentrer. Ça évite de trop méditer, de trop
penser, de penser à rien. Il vaut mieux compter
que de penser à rien, ça fait gagner du temps à
la caisse. C’est les virgules, le plus dur. Mainte-
nant ça va, il s’est organisé. Une moitié du cer-
veau qui compte, l’autre qui lit les étiquettes de
pâtés en croûte.
Ici, des raviolis en promotion. Non, non. Il
ne cède pas. Manipulation! Ne pas foncer sur
les promotions. Article premier du solitaire de
supermarché.

Il promène son compagnon de fer sans se
débattre, la paix flotte sur son sourire, enfin.
Car plus le caddie se remplit, moins il médite.
Calcule oblige. Dans la cohue de ce vendredi
soir, il progresse avec une lassitude agréable. Il
est serein, inaccessible, dressé sur la plus haute
marche de l’indifférence. On le bouscule, on le
projette dans ces allées de damiers immaculés. Il
se laisse bercer par ce flux bouillonnant. Plus
loin, il pointe au-dessus des étals de boucherie,
son ticket à la main pour deux tranches de faux-
filet, du lard et un peu de saucisse.
– Boucherie: quatorze euros quatre-vingt.
On en est à...
Il rencontre des visages sans éclat, des mo-
mies sans volume, des êtres effacés, endormis
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dans les brumes d’une existence pliée. Sans
doute leur ressemble-t-il. Il jette un coup d’œil
engourdi sur les promotions peintes de ces dra-
peaux de papier. Suspendus au plafond, il
considère soupçonneux leurs mouvances venti-
lées par le chauffage. Il finit sa ronde au rayon
des liquides et des alcools. Il attrape une bou-
teille de whisky, on ne sait jamais, s’il reçoit.
– Whisky, “Clan Cambell”: treize euros
vingt. Ça nous porte à....
Très vite, il prend sa place dans la file qu’il a
choisie comme ayant la caissière la plus rapide.
Il pose ses mains fines sur la poignée de son
véhicule et questionne sa montre - Six heures et
demie. L’addition est terminée et comme à cha-
que fois un petit trac se fait ressentir dans son
ventre. Rien de méchant juste le goût du jeu.
Soixante et onze euros quarante-huit centimes.
L’appoint est dans sa main. La méditation peut
reprendre et avec le visage repeint d’innocence,
il épie les clients les uns après les autres.
Des pétales brillantes bordées au coin des
cils, des boucles brunes et le teint pâle. La face
défroissée, sec comme un os. Avec sa morpho-
logie fluette et rabougrie, il donne l’apparence
d’un pigeonneau pendu sur la broche de son
caddie. Le ronflement sourd du fond sonore
s’étire en écharpe, où s’entrelacent les voix, les
appels, les froissements des poches plastiques,
13 Accroche-toi
et où carillonnent avec enthousiasme les tiroirs-
caisses.
Fred a vingt-six ans, il est informaticien et
travaille depuis trois ans dans une société de
prestations informatiques. Il habite depuis peu à
Toulouse et arrive tout droit de la région pari-
sienne où il a effectué ses débuts professionnels
à la sortie de l’université. C’est avec bonheur
qu’il est revenu dans sa région natale, où pres-
que, puisqu’il est originaire du Gers. Certes, il
est en pleine phase d’aménagement et
d’adaptation à la vie toulousaine mais ne re-
grette en rien sa mutation. Il a juste un peu de
mal à se repérer en voiture, à se garer et à
s’imposer sur les bretelles du périph. Encore
l’esprit entre deux mutations, il dort dans les
cartons, sur des résonances aux parfums de
peinture fraîche.
C’est bien de se retrouver dans le sud. La vie
loin de ses origines lui était difficile. Même s’il
ne côtoie pas plus ses anciens amis et sa famille,
l’air qu’il respire porte des arômes rassurants.
La vie semble plus limpide, moins amère. Tou-
louse est une ville à part, une péninsule qui vous
enivre dans les filets d’une fièvre païenne.
Toute approche en est facilitée, une commu-
nion spontanée.
Evidemment il manque un prix et la voix du
plafond demande le responsable du rayon sec.
– Quelle poisse!
14 Accroche-toi
Le couple de retraités qui culbutait sur lui
leur caddie, change de caisse et trouve anormal
que les caisses fermées sont plus nombreuses
que celles ouvertes. Encore deux qui méditent,
mais à voix hautes. Ils n’ont pas tout à fait tort
non plus, mais aussi, pense-t-il, si tout le monde
et surtout les retraités ne s’empressaient pas au
même moment ça limiterait l’attente. Ils peu-
vent venir le lundi. Il n’y a pas de jour pour
méditer.
– Enfin! Ce n’est pas trop tôt... Pour un sac
de nouilles! Des nouilles industrielles en plus!
Les articles reprennent leur ballet ponctué
par le “bip” du code barre, le froissement des
poches plastifiées et l’enregistrement informati-
que des prix. Bientôt, c’est à Fred de déposer
ses provisions sur le tapis roulant. Sourire jus-
qu’aux oreilles et le total dans la main. Il se pré-
sente devant la blouse fade de la douanière qui
ne lève pas les yeux. Il lui souhaite bien le bon-
jour et presque surprise de cette attention, elle
lui décroche enfin un timide sourire en réponse.
Elle n’est pas bien jolie non, mais semble douce
comme un enfant qui aurait grandi soudain trop
vite. Elle pose son regard vide sur ces articles
anonymes et ce n’est pas ce bleu aux yeux mal
étalé qui ferait croire qu’elle puisse encore rêver.
Fred l’examine curieux, ce visage blême au chi-
gnon remonté, aux boucles d’oreilles trop lour-
des. Silencieuse, absente, encore devant une
15 Accroche-toi
journée sans surprises, sans joie et sans relief.
Pourtant il a beau la regarder, il n’y décèle ni
colère, ni envie et pas l’ombre d’une révolte
naissante. Elle ne médite même pas sur ces
troupeaux de consommateurs aveugles et peu
courtois. Elle pourrait compter mais non ; la
machine fait tout. Oubliée là par un destin en
manque d’imagination. Sommes-nous toujours
maîtres de notre destin ?
– Soixante et onze euros quarante-huit cen-
times, s’il vous plaît.
– Ouais!
Elle encaisse l’appoint en le dévisageant un
peu décontenancée tandis qu’il finit d’emballer
ses affaires, glorieux. Il se presse, car c’est le
moment le plus crucial. Emballé les provisions
dans les sacs, le tout en moins de deux minutes
en payant en même temps. Tout le monde vous
regarde, déjà les articles du suivant arrivent sur
le tapis et enfin... Ouf! C’est fait. Avec la même
tendresse, il la remercie quand déjà, reprend la
chansonnette des bips.
Après les caisses, il arrête son chargement
devant les étages de livres d’une des boutiques,
fleurissant la galerie marchande du “Leclerc
Saint-Orens”. Il flâne un peu, sacrifié à une lan-
gueur hésitante, une nonchalance douce.
Reprenant sa route, il remonte cette haie de
caisses bruyantes, semblable aux lignes de dé-
part de Vincennes. Des bourrasques d’air chaud
16 Accroche-toi
aux odeurs d’eau de Cologne, de brioches et de
produits d’entretien viennent caresser son vi-
sage paisible.
Il n’est pas très grand, quoique de taille ac-
ceptable et n’est pas très épais non plus. Un
long front lisse semble s’étirer sur sa chevelure
volante et s’apparente à ces longues plages nues
qui, à chaque marée descendante grignotent len-
tement la mer. Ses cheveux peignés de tolérance
s’éparpillent comme des enfants en récréation,
baladent leurs reflets bruns et légers au hasard
des mouvements. Son visage fin et discret
s’affiche sympathiquement et reflète la simplici-
té, la naïveté aussi. Les yeux marron posés sur le
regard sage de la sérénité, sa vision est lointaine
et paisible. Il pince chaque attention d’une pe-
tite mimique qui lui donne un air malicieux.
C’est juste un air car de malice, c’est plutôt une
attention particulière à un environnement
commun, de naïveté c’est certainement un dé-
sintéressement à un environnement moins
commun. Ses sourcils remontent en esquisse
au-dessus de longs cils qui rendraient jaloux les
filles. Ses lèvres fines ne se desserrent que ra-
rement et ne trahissent aucune agitation.
La démarche hésitante, il coupe la route aux
autres piétons sur sa monture de fer. Son ano-
rak trop grand et ouvert, lui pèse. Il pense
l’enlever mais n’en fait rien, bientôt, il sera de-
hors et octobre commence à affûter ses longues
17 Accroche-toi
dents glacées. Absent, il passe devant ces publi-
cités en carton et en couleur, nous invitant à
choisir le dernier forfait de chez “un tel”, le
dernier portable de chez machin, avec en ca-
deau la prise allume cigare et la pochette cein-
ture. Lui, de portable, il n’en a pas. Parce que
c’est la mode, parce que ça file le cancer, parce
qu’il a personne à appeler en pleine rue.
C’est en lançant un ultime regard vers les
caisses qu’il l’aperçoit. Non! C’est impossible!
Ici, maintenant! Un flash lumineux le traverse,
le transporte. Il n’en croit ses pauvres yeux brû-
lants. Non! Ce ne peut pas être, elle,. Son cœur
se met à battre comme un fou. Ses mains trem-
blent de peur, s’électrocutent sur la rampe du
caddie. Sa figure se contracte. Une vague glacée
inonde son corps et pourtant il brûle, oui, il se
consume comme un toit de chaume. Il a chaud,
il a froid, il ne sait plus. Il s’arrête sur un vertige,
pétrifié, oui ; c’est elle...
Elle est là.
Martine.
Revenue du passé, d’un rêve, d’un souvenir.
Il ne peut le croire, déjà les larmes s’annoncent
aux portes de ses yeux. Il la regarde, ses joues
tremblent, son regard chancelle. Le souffle
coupé, la gorge sèche comme le grand canyon,
il halète. Son armure vient de tomber à ses
pieds, il est tout nu, vissé dans ses chaussettes.
Ses bras soudain trop lourds traînent par terre.
18 Accroche-toi
Il avance d’un pas et sombre dans le plâtre, les
gens l’évitent embêtés, amusés même. Et bien-
tôt, elle le remarque et plante ce sourire éclairé
sur la statue de son corps. C’est un magma déli-
cieux qui débouche ses artères et frappe à la
porte de son cœur déchiré. Dans un malaise, il
pâlit, il n’est plus qu’un mannequin de pous-
sière. Il se décompose, sa bouche se déchausse,
il ouvre les mains, l’appelle mais aucun son ne
sort de sa bouche. Puis, enfin:
– Martine...
– Fred! Putain Fred, ça alors!
Elle s’empresse de ranger ses bières dans son
sac à dos, tandis qu’il se déambule pour la re-
joindre en répétant son prénom. Elle est rayon-
nante et lui sourit avec toute la fougue de sa
jeunesse. Il arrive, l’embrasse sur les joues. Son
parfum l’inonde, il en a le vertige tant l’émotion
est forte. Sa peau est tiède comme les plages du
Brésil, et c’est comme de la bossa-nova au fond
de ses yeux. La caissière attend poliment qu’elle
paye, il n’y a plus personne autour d’eux, le ma-
gasin est vide et il n’en peut plus de ne rien dire.
Ils sont tous les deux avec leurs souvenirs qui
rejaillissent. Elle rit de le voir si ému, ses che-
veux clairs habillent son visage comme ces ri-
deaux accrochés aux fenêtres des mas de Pro-
vence. Ils s’échappent en un petit chignon colo-
ré et ces lambeaux dorés illuminent le feu de
son sourire.
19 Accroche-toi
– Nom de dieu! Si je m’attendais!
Il pose ses doigts sur le cuir de son blouson
et les retire aussitôt. Il a envie de pleurer et se
rabat sur quelques mots lâchés en bégayant.
Quelques mots incertains, anodins. Il est dé-
concerté, cloué devant son regard mouillé de
taches émeraude qui, s’échappent et dispersent
des traînées de limpidité verdâtre. Elle a l’œil
vif, précis et transperçant. Il se débat, évite son
regard car ça le brûle et pourtant y replonge
avec délice. Il s’imprègne de ses mots qui
s’éparpillent autour de lui, mais ne répond pas
où n’importe quoi. Il bafouille, trébuche au pied
de ses lèvres nues, simplement voilées de pu-
deur. Il voudrait soudain les mordre et goûter
tout ce qu’elles cachent de féminité, ce nectar
précieux.
La caissière s’impatiente.
– Non de Dieu! Martine!
Il est heureux et dévisage cette vitrine de pâ-
tisseries, en buvant à pleine bouchée les vapeurs
tièdes de sa beauté. Un diamant perle sur sa na-
rine droite, une éloquence inouïe. Elle porte aux
pieds de grosses baskets noires, un vieux jean
moule sa fine silhouette et un tee-shirt menu se
cache sous son blouson ouvert. Son cou est en-
touré d’un bandana noir. A son coude, un cas-
que de moto intégral à la visière fumée, vrai-
ment non, elle n’a pas changé, toujours ce gar-
çon manqué.
20 Accroche-toi
– S’il vous plaît! Ça fait sept euros, quarante
centimes.
Sans considérer la caissière, elle déplie sur le
tapis un billet de dix euros, remonte son sac sur
ses épaules et récupère sa monnaie.
– Merci, au revoir.
Puis, elle s’approche de Fred, lui tape dans le
dos et l’invite à boire un coup à la brasserie d’en
face.

– Je viens souvent ici, dit-elle en s’installant à
une table, ils ont presque toutes les bières du
monde.
Fred dégrafe son anorak et s’assied en face
d’elle, laissant son caddie à quelque pas. Très
vite un garçon arrive et les interroge en essuyant
la table avec une éponge.
– Pour moi une “douglas”.
Fred se redresse d’un coup sur sa chaise.
– Euh... Pareil, s’il vous plaît.
– Alors, raconte-moi?
Elle sourit, sort un paquet de tabac froissé,
l’ouvre, retire une feuille et se roule une ciga-
rette avec allégresse. Lui, il est très nerveux et
ne tient pas en place sur sa chaise. Il joue avec
le cendrier et commence à raconter son par-
cours depuis la seconde au lycée, depuis qu’ils
se sont perdus de vue.
Il se perd vite dans ses pensées, verrouille
son regard sur elle, tremble quand elle colle le
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