accroche-toi tome 2

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Course-poursuite dans le milieu de la mafia toulousaine Cavale haletante d'un couple en péril Quand Fred, jeune informaticien tout juste arrivé à Toulouse, retrouve par hasard Martine, son amour de lycée, la passion est immédiatement ravivée. Mais à peine leur relation renouée, le passé de Martine la rattrape. Menacée par la mafia et recherchée par la police, elle doit prendre la fuite après une violente échauffourée, entraînant Fred dans son sillage. S'ensuit alors une course effrénée à travers la ville et contre la montre. Quel est donc le secret de Martine? L'amour du jeune couple pourra-t-il y survivre? Pour son premier roman, Philippe Milhau signe un polar réaliste, rythmé par les embûches dressées sur le chemin du couple en cavale.
Publié le : vendredi 10 juin 2011
Lecture(s) : 49
EAN13 : 9782304022803
Nombre de pages : 199
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2Accroche-toi

3
Philippe Milhau
Accroche-toi
Tome II Le regain
Roman noir
5Éditions Le Manuscrit
























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02280-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304022803 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02281-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304022810 (livre numérique)

6
7
8 B&G
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Ça y est, au fond de la rue, Martine aperçoit
les deux yeux rouges, saturés, mouillés de la
super cinq. Elle a coupé les phares et reste à
distance. Le véhicule prend un peu de vitesse
sur le boulevard d’Arcole, Martine suit mais
ne peut se tenir trop près. Tino sait qu’elle a
une moto et de plus, il se tient sur ses gardes.
Sur les lignes droites, elle se laisse lâcher, gar-
dant simplement la tache rouge en point de
mire. Ils suivent le boulevard de Strasbourg.
Bientôt, celui-ci disparaît derrière un bloc
d’immeuble, elle doit accélérer pour se porter
à la hauteur du croisement et retrouver la
trace de la Renault. Curieusement Tino s’est
glissé dans de fines ruelles. Fred est calme, en-
core ensorcelé par les images froissées de sa
tirade. Elle sent ses bras lui cisailler le ventre à
chaque fois qu’elle met les gaz. La poursuite
s’essouffle, elle devient lancinante. La voiture
emprunte un dédale de rues, retrouve le bou-
levard Lazare Carnot, s’immerge de nouveaux
dans de petites ruelles pour finalement em-
9 Accroche-toi
prunter l’Allée Jean Jaurès. Pourquoi tant de
détours? Martine est craintive. Tino sait-il qu’il
est suivi? Ou tout simplement est-il prudent?
Pourquoi tant de précautions?
Maintenant la super cinq file sur l’avenue
Georges Pompidou. Large boulevard qui les
mène vers le Nord, ils passent la Roseraie. Ti-
no sort de la ville. Où va-t-il? Martine est pré-
occupée, surtout qu’à deux reprises, elle a sur-
pris des éclats de phares dans son rétroviseur.
Sur ces larges tranchées désertes, désolées, il
est difficile d’être discret. La route D’Agde, ils
sautent l’autoroute, un panneau: “Zone
d’activités Prat Gimont”. Ils découpent ces
zones rectilignes, bordées de lourds entrepôts
aux parures métalliques, des chantiers de ma-
tériels agricoles, des stocks de poutres de fer,
de tiges filetées de gros calibres. Il y a aussi
des champs de parpaing étalés en petits tas,
des grues déshabillées de prises, une casse
auto bien isolée. Plus loin, des ateliers sidérur-
giques, des hangars industriels. Là, ils croisent
en diagonales une vieille voie ferrée, écrasée
par le poids d’un temps révolu. Des wagons
de matières premières et de marchandises y
devaient être acheminés dans les deux sens.
Où Tino se dirige-t-il? Et vers quoi ou qui? La
moto roule à bas régime, toujours lumières
éteintes, au loin la voiture sale tourne lente-
ment sur la droite. Petite accélération, Martine
10 Accroche-toi
s’engage dans la crevasse balayée par les vents.
Elle stoppe de suite en se rabattant sur un
trottoir, derrière la remorque vide d’un ca-
mion abandonné là.
– Rapidement, elle coupe le moteur, met la
béquille et se dégage de la moto où trône en-
core Fred droit comme un bagage attaché.
Cachée derrière la remorque, elle observe. À
une centaine de mètres, la voiture s’est garée
le long d’un sinistre bâtiment. Elle peut distin-
guer la silhouette effilée de Tino qui traîne la
serveuse et disparaît dans la façade de
l’immeuble. Elle se retourne, Fred est là, im-
passible. Les bras derrière son dos, il se tient
aux deux poignées qui se trouvent au-dessus
de la roue. Comme la moto stationnée est
penchée, il reste prostré comme la tour de
Pise. À chaque image qu’elle reçoit de lui, c’est
la même chose, la même candeur. Elle remue
la tête, pose une main sur sa cuisse.
– Allez, il faut y aller.
– Qu’est-ce qu’il y a?
– Ils sont entrés.
Fred amorce sa descente, toujours le sac sur
son dos. Mais quand il décroche son pied gau-
che celui-ci pèse une tonne. Il doit lutter pour
l’extraire d’une mystérieuse prise et ne pas
tomber. Surpris, il suffoque, un cri et il sou-
lève son pied. Des milliers de filaments brunâ-
tres, étirés, le séparent du cale-pied, ou plutôt
11 Accroche-toi
du pot d’échappement qui se trouve sous ce-
lui-ci. Il appelle. Il essaie de se sortir de cette
pègue, qui le poursuit, il tente une retraite vers
l’arrière mais les fils plastifiés s’allongent tou-
jours mais ne cèdent pas. Martine approche,
une forte odeur de pneus brûlés se répand sur
la chaussée. Elle comprend tout de suite en
repérant la marque carbonisée de la semelle de
Fred sur son pot d’échappement “Devil”.
– Fred! Non, c’est pas vrai!
– Quoi? Quoi, qu’est-ce que c’est?
– T’as laissé ton pied sur le pot! Ta semelle
a fondu!
Fred incommodé, tente de soulever son
pied pour l’examiner mais à chaque fois celui-
ci se décolle péniblement du sol en faisant
“shlock”, il déséquilibre le jeune homme. Il
sautille sur son ultime jambe et parcourt quel-
ques mètres sur le trottoir, se tenant l’autre
entre les deux mains. Enfin, il repose sa
jambe, tâte l’adhérence qui enfin s’estompe
sous les yeux de Martine résignée à garder son
calme. Sa vie est en train de se jouer à quel-
ques pas de là et lui, il joue à la marelle sur les
dalles goudronnées de l’allée.
– Allez, dépêche-toi!
Martine a déjà quelques longueurs d’avance
et frôle le mur pour se mouvoir dans son obs-
curité. Fred la rejoint. Seuls les décollements
singuliers de sa semelle ponctuent leur silen-
12 Accroche-toi
cieuse remontée de la rue. Elle a sorti son pis-
tolet et le cramponne avec conviction et dé-
termination. Fred lui souffle sur l’épaule:
– On devrait pas laisser le sac?
Martine réfléchit, remue la tête et lui expli-
que sur un mince filet de mots qu’elle préfère
le garder. Quand ils arrivent au pied du mo-
nument, Fred relève sa tête lourde et doulou-
reuse. La façade se tend comme un immense
écran de cinéma en veille. Gris, maussade, lu-
gubre. Des fenêtres aux verres brisées se déta-
chent sans relief, des corniches abîmées re-
haussent leurs ombres effacées, hachurées.
Les ouvertures rares qui donnent sur la chaus-
sée sont rayées de grilles de fer. La nuit enve-
loppe la large tranchée ouverte à la faux, on ne
distingue plus l’horizon, la fin de la zone, le
début de la pénombre. C’est la mort qui rôde
sur les bourrasques repeintes en gris qui lami-
nent l’asphalte. La super cinq est là, une roue
sur le trottoir.
Des odeurs de souffre, de rouille, humide
et moite leur collent au visage. La façade bla-
farde découpe tout espoir d’expiration comme
la lame d’une hache plantée devant leur ave-
nir. Ils approchent. Une lourde grille, haute
comme un étage débite la vue d’une cour inté-
rieure en tranches verticales. D’un gris verdâ-
tre, moucheté de rouille, griffée, rongée, elle
se dresse comme une limite. Des grappes de
13 Accroche-toi
lierre et de plantes rampantes s’agrippent sur
ses parois blêmes. Martine pose une main sur
un des barreaux, le vent siffle, elle applique
son regard par-dessus. La cour est vide, dallée
de pavés arrondis par l’usure. Rien ne bouge,
rien ne tremble, pas même le vent. Il semble-
rait que la vie elle-même se soit arrêtée aux
lourdes grilles. Fred se porte à sa hauteur,
s’appuie sur les barreaux collés par le froid.
Un grincement sinistre décolle les parois du
silence, une volée de pigeons s’échappe d’une
fenêtre brisée au-dessus de leur tête. Leurs sil-
houettes claires sur les froissements claqués de
leur vol déchirent la nuit comme la lame ar-
gentée d’un sabre. Martine le bouscule, elle le
tire au sol. Accroupis sur leurs genoux, la face
collée sur les sceaux qui ornent la partie basse
et pleine de la grille. Regards rivés, respira-
tions muettes, visages déchirés.
Ils attendent - Rien.
Les molécules funestes du néant retombent
lentement sur la cour comme les flocons du
doute. Martine se relève, doucement, ses
membres en contraction se déplient, s’étirent.
Fred reste debout, un pas en arrière. Il est
saoul. Les yeux gonflés, saturés par les vais-
seaux sanguins qui inondent ses globes oculai-
res. Le regard vitreux, la bouche ouverte, dé-
laissée.
14 Accroche-toi
L’enceinte est encadrée de bâtiments, une
coursive part sur la gauche, les bureaux de
l’intendance s’enchaînent jusqu’au bout. Les
verres des vitres ondulées se détachent de
l’obscurité. Au fond, deux halls grands chacun
comme l’entrée d’un garage de bus, laissent
deviner deux escaliers parallèles. Sur la droite
après le bureau de la direction, cela devait être
la salle de stocks. Pas de fenêtre, une large ou-
verture fermée par un portail de bois. Les éta-
ges tachés de brèches délabrées, courent sur
toute la surface et donnent à cette cour
l’étrange image d’une enceinte de prison.
Était-ce un signe? Martine relâche ses pou-
mons sur un souffle, un vertige. L’œil grave, le
nez retroussé, elle considère un moment le
scellement de la grille. Une lourde chaîne
rouillée entoure les faces jointes des deux bat-
tants. Le grand cadenas a l’air de tenir ferme-
ment les maillons ovales. Comment sont-ils
entrés? De là où elle était, elle n’a pu le voir.
Elle a juste vu deux silhouettes avalées par la
gueule ouverte de l’immeuble, sans retenue,
sans infraction. Elle se recule, questionne la
façade complice de la peur - Rien - Pas
d’autres entrées. Elle se rabat sur la grille, en
vérifie la condamnation. Impossible de passer.
Elle applique une pression, l’ouverture gémit
comme la respiration aiguë d’un accordéon.
15 Accroche-toi
De nouveau, elle se recule sur le trottoir abî-
mé.
Une, deux secondes.
Fred est prostré sur la grille, collé comme
une sardine sur un barbecue. Puis le visage de
Martine s’éclaire, plus loin, sur la gauche de
l’entrée, à l’opposé d’où ils étaient arrivés. Là,
il y a une fenêtre dont les barreaux sont espa-
cés, isolés, il en manque un. Pas de vitres, pas
de volets. Ici, un homme peut passer. Ele
montre du doigt, Fred sourit, elle est formida-
ble. Martine passe la première, elle se suspend
par ses deux bras agrippés aux barreaux, et
avec la légèreté d’un chimpanzé, elle disparaît
les pieds en avant dans l’enfer maculé des té-
nèbres. Fred ne l’a plus en vision, un bruisse-
ment de verre brisé accueille sa réception, puis
plus rien.
– Martine?
Fred avance la tête, la retire. Il tangue,
l’angoisse lui monte dans un étourdissement.
Ses pensées enchaînées renoncent à toute ini-
tiative. Des flashs avortés lui reviennent en
désordre. Il rote. Des vapeurs d’alcools
s’évaporent en brumes bleutées. Un regard
derrière lui, la cicatrice du paysage est toujours
la même, aucune fuite, aucune issue de ce cô-
té-là. De nouveau, il scrute la cavité épaisse et
muette de l’encadrement de la fenêtre. Le noir
est compact, resserré. Il perçoit les palpita-
16 Accroche-toi
tions de son cœur qui perforent son esprit
comme un compte à rebours. La dernière
pensée, la dernière volonté. Il chuchote en-
core une fois le prénom de Martine - Pas de
réponse.
Alors qu’il s’avance pour s’infiltrer entre les
barreaux, soudain le visage de Martine
s’allume au travers du rideau drapé des ténè-
bres, comme une orchidée mordorée qui re-
surgit de l’enfer. Il sursaute, glose, une main
sur la bouche, l’autre sur le cœur.
– Qu’est-ce que tu fous!
Il se hisse difficilement sur la marche de bé-
ton soutenant les montants de l’ouverture.
Martine l’agrippe par le col, le ramène vers lui.
Le sac reste coincé, sans doute retenu par une
des sangles. Elle tire, il gémit, aucun résultat.
La scène tourne au cauchemar, au ridicule.
Martine force et tire sur le blouson de Fred,
rien n’avance. Ce dernier reste pendu par les
mains, le poids dans le vide, il est pétrifié, im-
puissant. Autour la nuit fait pression, la peur
leur tiraille le ventre. Fred grimace, ses jambes
en appui fléchissent, ondoient, son corps bas-
cule. Martine le retient, masque ses gestes de
légèreté, d’adresse. Elle recule Fred dans le
vide, juste retenu de la chute par les bras vail-
lants de Martine. De sa main gauche elle lâche
prise, empoigne le sac et l’extirpe des bar-
reaux. Ensuite c’est à Fred, alors elle le sou-
17 Accroche-toi
lève sans gémir et ils se retrouvent tous les
deux dans le cirque funeste de la pièce.
Dehors le vent sillonne en rondes régulières
ces allées de vide, ces trottoirs profonds, ces
trajectoires perdues. Tous deux sont absorbés
par le noir, digérés. Quelques tâtonnements,
des bruits sourds, feutrés. Une allumette cra-
que, le parfum du souffre jaillit en fumée
bleue. Leur visage s’illumine comme des por-
traits interdits, occultes, où ondulent des om-
bres sévères. Leurs corps habillés d’une rai-
deur sèche sont tordus sur la flamme qui va-
cille. Martine tend le bras vers le décor, pivote
légèrement et déjà la flamme faiblit et
s’évanouit, happée par un souffle froid.
Un autre grattement.
Martine dirige la lumière ondulée sur les
murs et avance dans la pièce. Fred la talonne.
Au coin opposé une porte se dessine. Les
murs sont flanqués d’étagères où
s’entreposent encore des rangées d’archives
poudrées de poussière et tissées dans des co-
cons de soie grise. Sur un bureau recouvert de
verres brisés et de gravats, un vieux registre en
cuire est ouvert, quelques feuilles s’en déta-
chent mais restent figées.
Troisième allumette.
Leurs souffles résonnent. Près de la porte,
un autre bureau se dresse devant un meuble
vertical à fermeture roulante. Sur le plateau
18 Accroche-toi
une plaque de plâtre du plafond s’est écrasée,
soufflant des flots de poussière, sur les murs
encore tachés de poudre blanche. Des fils
électriques émergent des fissures du plafond
décrépit, on dirait les racines d’un arbre qui
pendraient dans la cavité humide d’une grotte.
Aux endroits où le plâtre a abandonné sa
prise, on voit traverser des lattes de bois ser-
rées, bombées, colmatées de plâtre et de
chaux. L’usine devait être vieille à en croire les
installations électriques; rouillés, culasses et
interrupteurs en porcelaine. Martine revient
sur la porte avant de perdre l’allumette dans
une plainte retenue, elle s’est brûlée.
Quatrième allumette.
Ils avancent. Vu l’épaisseur du bâtiment
qu’elle a évaluée avant d’y pénétrer, cette
porte donnerait sur un couloir découpant l’aile
de l’usine en deux rangées de bureaux indé-
pendants. Elle approche, colle son oreille sur
le bois sale - Aucune réponse, aucun écho.
Elle serre sa main gauche autour de la poi-
gnée blanche, tremblante. L’allumette meurt
par terre. De la main droite, elle cramponne
son automatique, sa blessure lui fait mal mais
elle n’y fait pas cas. Il y a juste cette désagréa-
ble sensation de sang coagulé qui colle son
pansement de fortune et la dérange dans sa
prise. Elle gonfle sa poitrine, un regard sur
Fred, la poignée s’abaisse dans un crépitement
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