A l'école . Sociologie de l'expérience scolaire

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L'école, en France, n'a pas seulement changé de forme. Elle a changé de nature. Les valeurs républicaines, les contrats pédagogiques, les règles et les objectifs clairement identifiés sont en crise. De nouveaux publics scolaires brouillent les cartes, l'utilité des diplômes est incertaine, la culture juvénile puise au-dehors autant qu'au-dedans, l'universalité des principes cache mal la concurrence entre filières et entre établissements.


François Dubet, Danilo Martuccelli et leur équipe d'enquêteurs ne se sont pas limités à ce constat qui aurait pu alimenter un essai en chambre, un de plus. Sur plusieurs années, ils ont observé et questionné les écoliers, les collégiens, les lycéens afin de décrire et comprendre quelle est leur expérience de l'école, quelles relations ils nouent avec les adultes, professeurs ou parents. Cette école n'est pas seulement "inégalitaire" : elle produit des itinéraires différents et des individus différents. Elle n'est plus une institution qui fabrique des sujets conformes mais un espace où naissent des projets multiples. La nostalgie de l'âge d'or républicain n'est plus de mise. Ce livre, qui revisite l'école de l'intérieur, nous oblige à penser son actualité, donc sa transformation.


Publié le : vendredi 31 janvier 2014
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EAN13 : 9782021069174
Nombre de pages : 372
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couverture

Des mêmes auteurs

Ouvrages de François Dubet

Lutte étudiante

(avec Alain Touraine, Zsuzsa Hegedus et Michel Wieviorka)

Seuil, 1978

 

La Prophétie anti-nucléaire

(avec Alain Touraine, Zsuzsa Hegedus et Michel Wieviorka)

Seuil, 1980

 

Le Pays contre l’État. Luttes occitanes

(avec Alain Touraine, Zsuzsa Hegedus et Michel Wieviorka)

Seuil, 1981

 

Solidarité

(avec Alain Touraine, Jan Strzelecki et Michel Wieviorka)

Fayard, 1982

 

Le Mouvement ouvrier

(avec Alain Touraine et Michel Wieviorka)

Fayard, 1984

 

L’État et les Jeunes

(avec Adil Jazouli et Didier Lapeyronnie)

Éditions ouvrières, 1985

 

Immigrations, qu’en savons-nous ?

La Documentation française, 1989

 

Pobladores. Luttes sociales et démocratie au Chili

(avec Eugenio Tironi, Vicente Espinoza, Eduardo Valenzuela)

L’Harmattan, 1989

 

Les Lycéens

Seuil, 1991, « Points », n° P303, 1992, 1996

 

Les Quartiers d’exil

(avec Didier Lapeyronnie)

Seuil, 1992

 

Sociologie de l’expérience

Seuil, 1994

 

Universités et Villes

(avec Daniel Filâtre, François-Xavier Merrier, André Sauvage et Agnès Vince)

L’Harmattan, 1994

 

Penser le sujet. Autour d’Alain Touraine

(avec Michel Wieviorka)

Fayard, 1995

 

À l’école. Sociologie de l’expérience scolaire

(avec Danilo Martuccelli)

Seuil, 1996

 

Le Grand Refus

(avec Alain Touraine, Didier Lapeyronnie, Farhad Khosrokhavar, Michel Wieviorka)

Fayard, 1996

 

École, familles : le malentendu

(avec Bernard Charlot, Philippe Meirieu, François de Singly)

Textuel, 1997

 

Dans quelle société vivons-nous ?

(avec Danilo Martuccelli)

Seuil, 1998

 

Pourquoi changer l’école ?

Textuel, 1999

 

L’Hypocrisie scolaire

(avec Marie Duru-Bellat)

Seuil, 2000

 

Les Inégalités multipliées

Éditions de l’Aube, 2001

 

Le Déclin de l’institution

Seuil, 2002

 

Le rapport Langevin-Wallon

(avec Claude Allègre et Philippe Meirieu)

Mille et une nuits, 2004

 

L’école des chances : qu’est-ce qu’une école juste ?

Seuil, La République des idées, 2004

 

Injustices. L’expérience des inégalités au travail

(avec Véronique Caillet, Régis Cortéséro, David Mélo, Françoise Rault)

Seuil, 2006

Des mêmes auteurs

Ouvrages de François Dubet

Lutte étudiante

(avec Alain Touraine, Zsuzsa Hegedus et Michel Wieviorka)

Seuil, 1978

 

La Prophétie anti-nucléaire

(avec Alain Touraine, Zsuzsa Hegedus et Michel Wieviorka)

Seuil, 1980

 

Le Pays contre l’État. Luttes occitanes

(avec Alain Touraine, Zsuzsa Hegedus et Michel Wieviorka)

Seuil, 1981

 

Solidarité

(avec Alain Touraine, Jan Strzelecki et Michel Wieviorka)

Fayard, 1982

 

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(avec Alain Touraine et Michel Wieviorka)

Fayard, 1984

 

L’État et les Jeunes

(avec Adil Jazouli et Didier Lapeyronnie)

Éditions ouvrières. 1985

 

Immigrations, qu’en savons-nous ?

La Documentation française, 1989

 

Pobladores. Luttes sociales et démocratie au Chili

(avec Eugenio Tironi, Vincente Espinoza et Eduardo Valenzuela)

L’Harmattan, 1989

 

Les Lycéens

Seuil, 1991 et « Points », n° P 303, 1992, 1996

 

Les Quartiers d’exil

(avec Didier Lapeyronnie)

Seuil, 1992

 

Sociologie de l’expérience

Seuil, 1994

 

Universités et villes

(avec Daniel Filâtre, François-Xavier Merrien, André Sauvage et Agnès Vince)

L’Harmattan, 1994

 

Penser le sujet. Autour d’Alain Touraine

(avec Michel Wieviorka)

Fayard, 1995

 

Le Grand Refus

(avec Alain Touraine, Didier Lapeyronie, Fashard Khosrokhavar et Michel Wieviorka)

Fayard, 1996

 

Écoles, familles : le malentendu

(avec Bernard Charlot, Philippe Meirieu et François de Singly)

Textuel. 1997

 

Dans quelle société vivons-nous ?

(avec Danilo Martuccelli)

Seuil, 1998

 

Pourquoi changer l’école ?

Textuel, 1999

 

L’Hypocrisie scolaire

(avec Marie Duru-Bellat)

Seuil. 2000

 

Les Inégalités multipliées

Éditions de l’Aube, 2001

 

Le Déclin de l’institution

Seuil, 2002

 

Le rapport Langevin-Wallon

(avec Claude Allègre et Philippe Meirieu)

Mille et une nuits, 2004

 

L’école des chances : qu’est-ce qu’une école juste ?

Seuil, La République des idées, 2004

 

Injustices. L’expérience des inégalités au travail

(avec Valérie Caillet, Régis Cortéséro, David Mélo et François Rault)

Seuil, 2006

 

L’Expérience sociologique

La Découverte, « Repères », 2007

 

Faits d’école

Éditions de l’EHESS, « Cas de figure », 2008

 

Le Travail des sociétés

Seuil, 2009

 

Les Places et les Chances. Repenser la justice sociale

Seuil. La République des idées, 2010

 

Les Sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale

(avec Marie Duru-Bellat)

Seuil, 2010

Ouvrages de Danilo Martuccelli

La France raciste

(avec M. Wieviorka, P. Bataille, D. Jacquin, A. Peralva et P. Zawadzki)

Seuil, « L’Épreuve des faits », 1992 et « Points Actuels », 1993

 

Racisme et Xénophobie en Europe

(avec M. Wieviorka, P. Bataille, K. Cooper et A. Peralva)

La Découverte, 1994

 

Décalages

PUF, 1995

 

La Plaza vacia

(avec Maristella Svampa)

Buenos Aires, Losada, 1997

 

Dans quelle société vivons-nous ?

(avec François Dubet)

Seuil, 1998

 

Sociologies de la modernité. L’itinéraire du XXe siècle

Gallimard. « Folio-Essais », 1999

 

Dominations ordinaires. Explorations de la condition moderne

Balland, 2001

 

Grammaires de l’individu

Gallimard, « Folio-Essais », 2002

 

Matériaux pour une sociologie de l’individu. Perspectives et débats

(avec Vincent Caradec)

Presses universitaires du Septentrion, 2004

 

La consistance du social. Une sociologie pour la modernité

Presses Universitaires de Rennes, 2005

 

Forgé par l’épreuve. L’individu dans la France contemporaine

Armand Colin, 2006

 

Cambio de Rumbo

Santiago, LOM. 2007

 

El desafio latino-americano

(avec Bernard Sorj)

Buenos Aires, Siglo XXI, 2008

 

Le roman comme laboratoire. De la connaissance littéraire à l’imagination sociologique (avec Anne Barrère)

Septentrion, 2009

 

Les sociologies de l’individu

(avec François De Singly)

Armand Colin, 2009

 

¿Existen individuos en el Sur ?

Santiago. LOM, 2010

 

La société singulariste

Armand Colin, 2010

La recherche dont rend compte ce livre a été menée par une équipe qui s’est mobilisée durant près de trois ans. Elle était composée de :

  • Olivier Cousin, chargé de recherches au CNRS, CADIS

  • Eric Debarbieux, maître de conférences à l’université de Bordeaux II

  • Bernadette Dumora, maître de conférences à l’université de Bordeaux II

  • Alain Laflaquière, professeur à l’université de Bordeaux II

  • Jean-Claude Laulan, psychologue scolaire

  • Georges Poulmarc’h, psychologue scolaire

  • Jean-Claude Pujol, conseiller d’orientation

  • Anne Barrère, Joëlle Favre, Cécile Gontier, Lyda Lannegrand, Jean-Philippe Guillemet et Yves Montoya, étudiants à l’université de Bordeaux II.

 

Cette recherche a été réalisée dans le cadre d’un contrat établi entre le CADIS, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et l’université de Bordeaux II.

Remerciements


Il nous faut remercier particulièrement les proviseurs des lycées, les principaux des collèges et les directeurs des écoles primaires qui nous ont accueillis dans leurs établissements, ainsi que M. André Pouille, recteur de l’académie de Bordeaux.

Mireille Coustance a assuré la gestion de la recherche et la mise au point du manuscrit. Maryse Bigeardel, Claudine Decock, Anne-Sophie Gadrey, Alix Garnier et Emmanuelle Labarthe ont effectué le secrétariat des groupes. Alban Bouvier, maître de conférences, nous a apporté son concours.

Les membres du CADIS, notamment son directeur, Michel Wieviorka, Didier Lapeyronnie et Alain Touraine, ont formé l’espace de discussion dans lequel ce travail a été élaboré. Il a aussi bénéficié du soutien du département de sociologie de l’université de Bordeaux II.

 

Ce livre est dédié à tous les groupes d’écoliers, de collégiens et de lycéens de Bordeaux, de Lille et de Saint-Denis qui en sont la matière principale. Il est aussi dédié aux instituteurs, aux professeurs, aux parents, aux professionnels de l’éducation qui ont participé à cette étude soit comme membres des groupes, soit comme interlocuteurs. Enfin, ce livre est dédié aux élèves de la cinquième D du collège Berthelot, à Bègles.

Introduction


Que fabrique l’école ? On répond généralement à cette question de trois manières : quelles sont les inégalités produites par l’école, est-elle adaptée à l’environnement économique et à l’emploi, quelles sont les connaissances acquises au cours des différents cursus ?

Le problème auquel voudrait répondre ce livre est d’une tout autre nature. En demandant ce que fabrique l’école, nous aimerions savoir quels types d’acteur social et de sujet se forment au cours des longues heures et des nombreuses années passées à l’école, étant entendu que l’école ne se réduit pas à la classe, qu’elle est aussi faite des mille relations entre des maîtres et des élèves, qu’elle est un des espaces essentiels de la vie enfantine et juvénile. Sans rien ignorer de ses fonctions de reproduction sociale, il nous faut la concevoir comme un appareil de production. L’école ne produit pas seulement des qualifications et des niveaux plus ou moins certifiés de compétences, elle produit aussi des individus ayant un certain nombre d’attitudes et de dispositions. Mais cette définition ne suffit pas car l’école fabrique des sujets ayant, plus ou moins et selon diverses modalités, la maîtrise de leur vie et de leur propre éducation. Les acteurs sont aussi les sujets de leur propre éducation. Dans la mesure où elle possède cette capacité, l’école a aussi le pouvoir de détruire les sujets, de les plier à des catégories de jugement qui les invalident ; du point de vue des élèves, l’éducation peut avoir du sens, elle peut aussi en être privée.

A première vue, cette interrogation renvoie au seul thème de la socialisation scolaire. Longtemps, on a pensé que l’école était une institution transmettant, par le biais des connaissances et par la forme même de la relation pédagogique, les normes et les valeurs générales d’une société. Peu à peu, les enfants quittaient le monde particulier des familles et, en grandissant, accédaient à une culture universelle, les grandes œuvres, la science, qui en faisait des individus, des sujets d’autant plus autonomes qu’ils avaient intériorisé une culture dont les maîtres et les professeurs étaient les médiateurs. L’école chrétienne fabriquait des chrétiens, celle de la République, des Français et des citoyens rationnels. Bien sûr, cette école produisait aussi des paysans, des ouvriers, des ménagères, des cadres et des fonctionnaires. Mais elle engendrait un type de sujet considéré comme d’autant plus autonome qu’il avait intériorisé des principes universels. Si beaucoup de Français sont aussi fortement attachés à l’image de l’école républicaine, c’est moins en raison de ses vertus sociales que parce qu’elle pouvait réaliser une « paideia fonctionnaliste » ; elle paraissait capable de former, dans le même mouvement, des acteurs sociaux intégrés et des sujets autonomes et critiques, des citoyens rationnels et « libres ».

Cette croyance, que l’on peut aujourd’hui considérer comme naïve, mais qui règne encore dans bien des esprits, identifiait la socialisation, la formation des acteurs sociaux, et la subjectivation, la formation de sujets autonomes. Elle postulait la continuité des deux processus, et c’est pour cette raison que les sociétés modernes ont aussi longtemps cru à l’éducation, à la continuité des fonctions de socialisation et des fonctions de « libération » du savoir. En France, cette image de l’éducation reste attachée à l’école républicaine formant à la fois des Français partageant les mêmes valeurs, et des citoyens capables d’exercer un jugement personnel. Le paradoxe de toute éducation, la production d’acteurs à la fois semblables et autonomes, paraissait ainsi surmonté. L’école était conçue comme une institution transformant des valeurs en normes, et des normes en personnalités. L’éducation devait assurer simultanément l’intégration de la société et la promotion de l’individu.

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